Marion


Marion, Georgette Mariot ?!
Mille sketches
C'est pour toi, filleke !

Georgette Mariot, c'est à dire Marion brûle toujours les planches avec la passion qui la Georgette Mariot...Bruxelloise non peut-être ? dévore depuis ses cinq ans.

A la suite d'une erreur à la télévision, mon nom est devenu Marion, explique la comédienne qui compte 66 printemps. Ils avaient noté "Mario" et se sont dit: "C'est une femme, cela ne peut pas être cela!" Et ils en ont fait "Marion". Du coup, tout le monde m'a appelée comme ça, y compris mon mari.

Le théâtre et Marion, c'est une longue histoire d'amour.

A cinq ans, je jouais le rôle de la maman du Petit Poucet à la maternelle. Et à l'entracte, j'avais disparu. On a fait venir la police qui m'a retrouvée en haut de l'escalier de l'école. Je pleurais parce que j'avais abandonné mon petit garçon dans la forêt...Plus tard, j'ai été au lycée français puis à Frans Fisher. Je n'ai jamais fait le conservatoire. J'ai tout appris sur le tas. A la fin de mes études d'arts décoratifs, en 1952, la directrice a monté "Faisons un opéra" de Benjamin Britten, l'histoire d'un petit ramoneur à Londres qui en raclant une cheminée - les enfants servaient d'outils - tombe dans la répétition d'un opéra. Werner Degan et Marcel Cornelis qui montaient "Le théâtre flottant" m'ont repérée et cela a été le début de ma carrière. Mais "Le théâtre flottant" a coulé corps et biens.

Et elle s'est donc tournée vers la télévision qui en était à ses débuts. Je me suis présentée en demandant s'il n'y avait pas de boulot pour moi, comme si j'étais Brigitte Bardot. Et ça a marché.


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Elle a réalisé plus de 1.000 sketches avec Stéphane Steeman et a été la maman du célèbre Bébé Antoine. Sans oublier le théâtre, toujours présent dans sa vie.Qui se souvient de "Bébé Antoine" ?

On ne fait pas le métier de comique sans être généreux. Pour faire rire les gens, il faut beaucoup donner. Je suis du signe du Bélier, et j'ai la rigueur du soldat presque mathématique, pas froide. Mais en même temps, le Bélier fonce et va vers des choses presque impossibles à atteindre. Je me lance souvent des défis. J'ai réussi pas mal de trucs dans ma vie parce que j'ai osé prendre le risque et au prix de beaucoup de boulot. Mais pour faire rire, il faut un peu de folie, de l'humour. seuls les gens qui ne se prennent pas au sérieux ont de l'humour. On rit quand le miroir n'est pas trop méchant, quand on y reconnaît un voisin, par exemple. Mais il ne s'agit pas d'être grossier ou agressif. Il faut que cela reste tendre. Pour l'instant à part Bedos et Devos, cela tourne tout le temps autour des histoires de cul.

Pour elle, le rire a une fonction importante dans la société.

Il sert à positiver les choses. Quand je vois toutes les horreurs à la TV, des choses bien réelles qu'il ne faut pas ignorer, on peut parallèlement à cela essayer d'apporter un sourire qui fait que l'on donne de sa personne en positivant. Nous ne sommes pas si mal après tout. On mange tous les matins et on peut changer les chaussures des gosses quand ils augmentent d'une pointure. Les gens qui font la gueule ne se donnent pas de bonheur non plus. J'ai toujours des pièces de 20 F dans ma voiture pour les personnes qui sont là avec leur gobelet. Un jour, je n'en avais plus et je me suis excusée. L'homme m'a dit: "Mais votre sourire est un cadeau!"

Pourtant la vie n'a pas toujours été drôle pour Marion. Elle reçoit actuellement une pension de...325 BEF par mois (ah! le statut artiste!) et a été écarté de la RTBF sans explications.

Ils n'ont tout simplement plus fait appel à moi après 30 ans. J'étais complètement déboussolée parce que je n'avais plus de travail. Je ne pouvais pas faire du théâtre en même temps. ce n'était pas mon style de pleurer mais j'ai quand même encaissé le coup. A l'époque, Louis Boxus adaptait l'éloge de la folie en le traduisant du latin. Je lui ai dit: "Tu es fou! Erasme, cela va être du chiant'" Je l'ai lu et pas du tout, Erasme était une sorte de chansonnier de son époque. Le succès a été fabuleux et m'a redonné confiance en moi et je n'ai plus arrêté depuis.

Marion a été citée pour l'Eve du théâtre en 1987.


"C'est pour toi, filleke"fermer la fenêtre

Puis, il y a 7 ans, j'ai eu envie de créer une petite maison qui serait un endroit où les gens pourraient rencontrer des comédiens pour demander par exemple des conseils pour les spectacles. Pour ça, j'avais en vue l"île Saint-Louis", un bistrot théâtre de 30 places, rue des Eperonniers. J'en parle à la ville de Bruxelles et Michel Demaret, le bourgmestre d'alors, a été emballé. Il a acheté la maison en disant: "C'est pour toi, filleke!" Mais des travaux devaient être faits. Aujourd'hui il n'y a que les chats et les rats qui y vivent le coeur léger.

Un peu plus tard, le Botanique lui demande s'il lui est possible d'organiser des animations pour re dynamiser le café-théâtre. Marion remet un projet prévoyant une activité quotidienne. Malheureusement, les subventions ne suivent pas (1,3 million) mais elles permettent néanmoins la création des Lundis-théâtre, soit 35 séances en début de semaine pour faire connaître ce type de spectacle à un prix modique. Marion s'en occupe seule tout en poursuivant son métier de comédienne. (...)

D'un point de vue culturel, on trouve beaucoup de choses méconnues à Bruxelles. Mais peut-être que l'appétit de culture n'est pas assez important.

Marion, d'origine auvergnate et née à Liège, affectionne tout particulièrement l'esprit bruxellois.

Il fait penser à l'esprit marseillais, avec beaucoup de bon sens, d'humour et de générosité. Ainsi trois soldats vont à la guerre. Un Parisien, un Londonien et un Bruxellois. Tous les trois meurent au combat. Sur l'épitaphe du Parisien, il est mis: Ci-gît Jean Dupont, mort pour la patrie. Sur celle du Londonien: Ci-gît John Smith, mort pour la reine. Et sur la tombe du Bruxellois, Ci-gît Jef Van Copenolle, mort contre son goût.

Hermine Bokhorst - "Le Soir" du lundi 11 octobre 1999.


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