Voici les textes du mois de Mars 2001 :

Femme au fichu

A Daumesnil elle est montée, jeune et belle
un fichu de soie noire sur la tête
un enfant dans ses bras
endormi, les cheveux en joyeuse tignasse.

J'ai quitté bienheureux le strapontin du coin
retrouvant les réflexes de quand j'étais enfant
et puis, elle était belle, esquissant un sourire.
" Madame, si vous voulez vous asseoir!"

Elle me tendit la main.
Je me surpris à mettre,
dans sa paume, la pièce de dix francs
d'un incertain remord.

Ma voisine d'en face
une femme à peine vieille
s'étonna
et un ange passa .

Jean-Pierre HANNIET - France

 

Traits de Venise


Irréalités en pastel
Des oiseaux bleus ouvrent leurs ailes
champignons blancs
Mozart peut- être
qui aime un petit page
et qui trace sur un nuage
des arpèges de neige...

Tout est dans cette main de pierre
que de baisers furtifs dans son mystère

La lune aussi descend ici
quand un bateau s'enflamme en coucher de soleil

Et savez vous
que le glissement des gondoles
est aussi silencieux que le brouillard?

Hélène SORIS - France

 

Crépuscule de plage

Tout le jour, la lumière crue a étendu ses ombres décharnées.
Alentour, ce désert constellé de milliers de dunes,
alternance d'altitude que des pieds maladroits ont foulés.
Qu'il est bon d'attendre un ciel étoilé près de la lagune,
quand la lune enfin diffuse, règne sur nos esprits embués.
Quelques secondes pour se fondre dans les couleurs prunes,
car bientôt, il n'y aura plus que le murmure du ressac argenté.
La nuit salvatrice apaisera nos corps usés, et la grande dame brune
comme une éclipse, étendra son voile sur nos yeux émerveillés.

Valérie VIVES - France

 

Ecume

En pull marine au bout du môle
Tu écoutes les goélands
En contre-chant sur l'océan
Embruns jouant sur mèches folles

Bulles salées sur symphonie
Gouttes de pluie au coin des yeux
La bruine pleure avec les cieux
Sous le grain des amours finies

Ce n'est qu'un matin ordinaire
De mâts dressés sous ciel d'ennui
Un jour qui ressemble à la nuit
Sur le port où chacun s'affaire.

Tu voudrais cacher ta détresse
Mais tu n'écoutes que le vent
Qui murmure les mots d'avant
Dans le souffle de ses caresses.

Et lorsque le soleil se lève
Dans les plis creux de l'outremer
Son or fait scintiller la mer
Sur laquelle s'enfuit ton rêve.

Sur l'horizon se fond la voile
Une tâche qui disparaît
Sur le reflux de la marée
Comme la fin sur une toile

Sur le jusant l'écume danse
La valse trouble de l'absence

Michel BOURHIS - France

 

ton ombre colle à la neige
comme une petite nuit
où l'autre corps somnole
la lumière aussi
donne le ton

Alain RAIMBAULT - Canada

Chroniqueurs : Angel - Bernard - Hélène - Elie

 

Voici les textes du mois de Février 2001 :

 

Solitude tropicale

Tu errais, l'esprit trouble marécage,
à travers une nuit sans paysage.
Le cœur si lourd d'avoir déjà voyagé,
au cœur de ces constellations tant explorées.
Tu errais, l'esprit trouble marécage,
au cœur d'une ville mangrove sans rivage.
Tu y engloutissais ton corps sans racines,
dans l'euphorie, de liqueurs assassines.
En haut, la lune se voilait d'un halo de miroirs,
facettes de ta vie mystérieuse et illusoire.
Tu dévoilais peu à peu ton existence,
au comptoir, des rires en avalanche.
Nu et dépouillé de certitude,
tu t'accrochais au filament usé de ta solitude.
Tu as traversé le bar comme un somnambule,
poussant du pied, toutes les capsules !

Valérie VIVES - France

 

le silence vit
de tes départs contre toi
des eaux malgré la lune
du ciel trop clair
de tes attentes

Alain RAIMBAULT - Canada

 

Poésie à l'accent grave

Poétique poète
tes accents filent de tous côtés
ta licence est accent aigu
ton poème se veut accent grave.

Sa chevelure brûle les rimes
et cette femme, grand poète
est poétesse, accent aigu
comme son art et ses images.

Vous mêlez tout,
maudits et romantiques,
vos mondes claquent
accents légers ou frénétiques
et pour chacun de vous
pour chacun de nous
le monde est tout un poème
à l'accent grave.

Jean-Pierre HANNIET - France

 

Le vieux créole

L'homme, au pas de son humble case créole
Bleue coiffée d'un rougeoyant toit de tôle
Attend patiemment que vacillent les heures
Assis sur sa chaise assaillie de pleurs.

Elle le soutient dans sa fin de voyage
Erodée comme lui par la longue route de l'âge.
De son regard alourdit il aspire le monde
Acceptant résigné sa vision inféconde.

Hâlé par un soleil aux rayons enrubannés
Il offre un visage froissé par tant d'années,
Cicatrices refermées du temps qui s'égare
Sous ses yeux froncés affûtant son regard.

Celui-ci bien fatigué ramène à lui l'infini
Se créant un monde dans cet espace bien défini
Qu'habille l'ombre étroite d'un chapeau patiné
Façonné par ses doigts noueux et épuisés.

Rafraîchit par ce puits de silence, éclaboussé
Par des cris lointains d'enfants, il écoute pousser
les fleurs ornant son allée quelque peu dégarnie
Où flotte une tendresse pour son âme jaunie.

Jean-Paul SIBONI - Ile de la Réunion

 

Rêve

Silence... Silence... Silence ! tout le monde dort
Je ne veux aucun bruit, aucun désordre.

Je veux entendre l'haleine du plaisir
Je veux sentir les sursauts d'un corps
Je veux en plongeant en ses entrailles
Caresser l'abîme d'où je viens. Que le désir
Lance dans les cieux mille feux d'artifice
Qui font briller les étoiles et les rend moins mornes.

Silence... Silence... Silence ! tout le monde dort
Je ne veux aucun bruit, aucun désordre.

Je veux rêver aux gestes euphoriques,
Je veux ouïr les mots impudiques.
Je veux effleurer les silences du plaisir
D'un regard qui se perd en des prairies
Célestes où les coeurs vibrent
Au firmament des interdits.

Silence... Silence... Silence ! tout le monde dort
Je ne veux aucun bruit, aucun désordre.

Je veux le silence dans la nuit du rêve
Je veux l'apaisement de l'être
Je veux l'amante anti-stress
Je veux l'ange maîtresse
Je veux la muse chaque soir
Jusqu'au trépas de mon désespoir.

Silence... Silence... Silence ! tout le monde dort
Je veux n'entendre que le souffle de l'amour
Et de la Paix sur la TERRE.

Gérard TROUGNOU - France

 

Au bord de l'eau

Au bord de l'eau
tout est propice
à la rêverie

Une chaloupe qui se berce
au clapotis de l'eau
en attendant que je prenne le large
avec elle
pour aller au-delà de l'horizon
qui semble se perdre avec le ciel bleu

c'est la rivière de mon enfance . . .

Rita LEIGH - Québec

 

Madame l'inconnue

Madame l'inconnue
un soir je vous ai vue
vous plantiez des roses dans les rues
et puis le lendemain
tout était gris sans rien.

Madame l'inconnue
vous étiez dans la rue
debout et toute nue
vous êtes tombée des nues
quand j'vous ai aperçue.

Madame l'inconnue
les pavés poussent bien,
les fleurs sous les pavés
se morfondent en vain
et moi je ne suis rien.

Madame l'inconnue
les roses sont dans vos mains
mes jours, sans lendemain
cueillez cueillez-moi bien.

Madame l'inconnue
je suis parti sans rien
j'espérais votre main
vous n'êtes pas venue.

Pascal VILLARET - France

 

Le sommeil semble enfui
En attendant le jour
Ma main cherche une vie
Par delà ses contours.

Le souffle que je sens
Ne vient pas de mes lèvres
Mais fait vivre pourtant
Et m'insuffle une fièvre.

Baignant dans la sueur
D'un rêve inachevé
J'entends dans la moiteur
Ma voix toute essoufflée.

La présence sentie
Tout autour de mon être
Impalpable ironie
S'amuse a être spectre.

Je regarde flotter
Mon corps qui en éveil
Dans sa nimbe dorée
Surveille mon sommeil.

Et le matin me trouve
Unique et dépitée
Affamée je suis louve
Mon double est envolé.

Michèle HERNOUT - France

Chroniqueurs : Angel - Alain - Bernard - Hélène - Marie-Jeanne - Elie

 

Voici les textes du mois de Janvier 2001 :

 

Tanka

dans le soir qui tombe
cette heure hésitante
glisse vers la nuit

une brise nonchalante
de son chant berce la terre

Paule-Andrée LECOMPTE - Québec


Tout te dire

Je voudrais tout te dire
Mon présent et mon passé
Mes chagrins et mes plaisirs
Et mon envie d'exister

Je voudrais aussi te murmurer
Des mots doux à l'oreille
Me blottir dans tes bras au coucher
Et être à tes côtés au réveil

Je voudrais simplement découvrir
Ce que longtemps j'avais espérer
Retrouver le plaisir de vivre
Et surtout d'aimer

Fabienne ROLAIN - Belgique

 

Un sentier de montagne

Il est si merveilleux ce petit sentier,
Bordé de saules et de peupliers,
Un clair ruisseau le traverse,
Son murmure doucement me berce,
On dit que dans son eau vive,
Nagent quelques truites lascives.

Ce sentier est si parfumé
De menthe et de serpolet,
Que j'ai toujours le désir de m'y arrêter,
De m'asseoir et me reposer,
Sur un petit mur en ruines,
Où courent quelques capucines,
Où s'accroche un lierre nerveux,
Où s'aventure aussi un lézard audacieux.

Les fleurs n'y sont pas rares,
Elles poussent en liberté, au hasard,
Associant joliment leurs couleurs,
Et répandant leurs douces senteurs.
Ce sentier s'enfonce dans le bois,
Où les oiseaux y sont rois,
Leurs chants mêlés, si mélodieux,
Me laissent rêveur, et je suis heureux.

Des clarines tintent dans le lointain,
Un berger chante un refrain,
De menus branchages délicats,
Craquent sous les pas.
Je suis tout plein de rêveuses pensées,
Dans la douce lumière de ce petit sentier.

Christian BLANCHARD - France

 

La vallée de la mort

Dans la longue vallée de la mort,
J'ai promené mon pauvre corps,
Traînant ainsi de lourdes chaînes,
Mon âme hurlant toute sa peine,

La nuit venant, il faisait sombre,
Je n'ai rencontré nulle ombre,
J'ai entendu le bruit de mes pas,
Mais combien le sol était froid,

Il n'y a donc rien, ni personne,
Juste mon cœur qui résonne,
Les douleurs vrillent mon corps,
Je ne connais pas mon pauvre sort,

Le silence m'étonne beaucoup,
Il fait presque trop doux,
La solitude ne me pèse pas,
J'avance maintenant pas à pas,

Au loin, je remarque une lumière,
Je ne suis pas encore de pierre,
Devant moi se dessine une porte,
Mes pieds vers elle m'emporte,

La vie est donc encore là, ici bas,
Ce n'est pas la fin de mon combat,
Suis je sortie de mon cauchemar?
Faut il attendre l'heure du départ?

J'essuie toutes mes larmes,
J'apaise un peu mon âme,
La vie réelle est devant moi,
La vallée n'est déjà plus là

Michèle ROELLINGER - France

Chroniqueurs : Angel - Alain - Bernard - Hélène - Marie-Jeanne - Elie

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