Poésie en Ligne

 

Parallèlement à la revue trimestrielle, An + désire faire vivre la poésie par l'intermédiaire de la Toile. Dès lors, mensuellement, nous publions, ici, vos poèmes. Pas n'importe quoi... un éventail que nous voulons universel et amical. Pas nécessairement inclus dans la revue.

Voici la sélection de Mars 2003 :

 

Alchimie

Quand par-dessus nos têtes le ciel s'obscurcit
Se revêtant d'un voile couleur des ténèbres
Quand la nuit fait au monde un ombrage funèbre
Et que les rues s'emplissent d'hommes endurcis

Solitaire et songeur, je m'enferme en ces murs
Qui sont mon paradis, mon foyer, mon royaume
C'est alors que le bonheur qui mon coeur embaume
Explose et se répand sans le moindre murmure.

Et ma plume si lourde devient rossignol
Ey ma feuille rameau, d'où tant de mots s'envolent
Et mes écrits bourgeons, de demain sans ennui

Et ma vieille guitare devient jeune viole
Et l'horizon bouché un ciel qui me décolle
Et tout, autour de moi, lumière de la nuit.

SKALDELINE - France

Il suffit de si peu

Il suffit de si peu
Pour que le cœur embrase
Un autre coeur aussi
Aux détours de la vie

Et de si peu encore
Pour que son ciel vous manque
Lorsque l'on s'aperçoit
Que l'on est dans la nuit

Et le jour semble pâle
Au doux bonheur enfui,
Le temps qui s'y égrène
S'habille
Des amours mortes.

Kathy FERRE - France

Manège

Moi, déjà des rides au coin des yeux
Toi, qui fait le chemin du printemps
Moi, encore le sourire à mes lèvres
Toi, qui voile ton regard de ciel
Moi, encore timide pour demain
Toi, qui revient de l'éphémère
Moi, une rose dresse sa lumière
Toi, qui recueille son parfum
Moi, ta main rencontrée par hasard
Toi, le pas et le geste attendus
Moi, qui protège la branche du froid
Toi, l'esprit respire le végétal
Moi, la vie fleurit à tout prix
Toi, la pluie tremble dans les larmes
Moi, courbe des rives abandonnées
Toi, ombre filée de mille soies
Moi, mains en prière sur l'argile
Toi, retrouvé au coeur de la nuit
Nous, comme empreintes du jour naissant

Nicole BARRIERE - France

Et pourtant…

Je t'ai aimé tout ce temps
Avec la folie du vent
La douceur des champs de blé
Des chants d'oiseaux
Et pourtant….

Dans le silence le Silence
M'appelle sans cesse
sans mots ni chanson
Sans me donner un nom
Et pourtant…

Mon chant d'oiseaux n'est
Ni le tien ni le mien mais le Sien
Il est le chant d'oiseau, l'oiseau
Et moi et toi et eux à la fois
Et pourtant….

Ce sont tes bras qui me serrent
C'est dans tes yeux qu'Il plonge
Tu ne vois que le vert de mes yeux
Et L'Amoureux t'échappe
Et pourtant…

Je l'oublie dans tes bras
Mais dans notre sommeil
Notre Amant silencieux
Nous prend toi et moi
Et pourtant…

Marianne HARVEY - Grande-Bretagne

Par la fenêtre


Par la fenêtre
Le ru de béton
Noir et obscurci

Par la fenêtre
Quelques piétons
Nuageux aussi

Par la fenêtre
L'arbre qui semblait vert
Enflammé soudain

Par la fenêtre
Mon reflet au travers
Visage anodin

François DUMONT - Québec
17 ans

L'heure est venue
dans le désert
et dans les villes

de se taire et de se terrer

pour n'être pas
la proie des ombres ensablées

des chenilles crachant le feu

et des oiseaux tonitruants
d'où pleuvent des oeufs incendiaires

L'heure est venue
de se plier
aux dictats
de deux assassins

et de n'avoir qu'un seul poème
pour s'indigner

Philippe QUINTA -France

Le temps d'un regard
La part du rêve
Impose sa présence.
Mi-loup, mi-ange,
Les louanges
Entament l'écorce
De la méfiance.
Intrusion...
Dévastation...

Marie DEPRIS - Belgique

 

Chroniqueurs : Hélène - Sarah
Invitée : Micheline BOLAND

Voici la sélection de Février 2003 :


Col Claudine

L'enfant en col Claudine,
Petits noeuds bleus
Dans les cheveux,
Dînait d'une dînette,
D'un trop gros rien d'anorexie,
Sans envie, restait en vie.

L'enfant poids-plume
Plumait, la nuit, son oreiller,
Durant les ennuis d'insomnie,
Pactisait avec la lune,
Rêvait de tout dire à la plume
Sergent-major, de son plumier.

L'enfant petite mine,
Minée par les angines,
Mordait sa fièvre de rage,
A l'école des nuages,
Buvait ses larmes, de l'autre école
Imaginant les images.

L'enfant en blouses rapiécées,
A cloche-galoches cloutées,
Clouait ses mains sur ses frayeurs,
Butait dans les claquements de bottes,
Hurlait aux sirènes hurlantes,
Aux avions-bombes semant des tombes.

Enfant d'une enfance,
Mon enfance,
Retourne vers la voie lactée,
Je ne t'ai pas aimée.

Nicole HERAULT - France

Il me faudra bien
repasser de l' autre côté de leurs vies
toucher leurs yeux déteints
affronter leurs corps gisants de paroles
pour respirer un peu

Il y aura
cette pluie oubliée sur la fenêtre
un geste sur le papier ébouriffé
et le couteau émoussé des idées

Il me faudra bien
lever les bras vers leurs mains oubliées
suivre le même chemin froissé
révéler leur silence
pour respirer un peu

Il y aura
la vitre ridée du passé
appuyée contre moi
et les notes du temps

dispersées

Daniel EMORINE - France

Terril

L'oreille posée sur le rail rouillé
je les entendais parler à voix rauque
Les lumières de la nuit crépitaient
sous l'orage venu du septentrion

D'un geste sans cesse répété
l'un des deux hommes tirait de son ventre
des poignées et des poignées d'étoupe
qu'il laissait choir aux pieds de l'autre

La molette du charbonnage tournait
Le vent secouait les vitres et les ardoises
et les rompait comme du vieux pain
Bras ballants démarche élastique
les deux hommes ont traversé le terril
comme s'il n'avait jamais existé.

Jean-Marie FLEMAL - Belgique

Invitation

Tiens-toi à la rambarde,
l'escalier est fragile
fait de bric et de broc:
La descente se perd dans un creux élastique.

Ici, les bâtisseurs ne font que suggérer.

Tu glisseras le long de rampes vaporeuses
à l'envers de nos nuits
là ou nul fleuve n'inonde
les yeux de pleurs déçus.

Viens me rejoindre en l'épicentre du nuage noir,
la porte s'ouvre avec délicatesse
je t'attendrai couché
dans les drapés d'un courant d'air.

Je t'offre à désirer des éclipses d'étoiles,
un zeste d'eau de pluie,
nous sècherons nos bouches
sur un rayon de lune. Nu.

Et nous joindrons nos mains en des battements d'ailes.

Nous laisserons filer les étoiles fugaces,
fatiguées de filer des courses bien trop folles
et nous les poserons sur d'invisibles tombes
à l'écart de la mousse et des fumées d'argile.

Viens ,je t'attends déjà
dans notre azur tranquille...

Je sens que le hasard y pose un pied gracile.

BUKO - France

La Dame de Pique

Il arrive parfois qu'au détour d'une rue,
Les pieds las et râclant le béton des trottoirs,
L'on rencontre en tournant une femme aux yeux noirs
Que l'on ne connaît point, que l'on n'a jamais vue.

Une femme fort belle, ainsi qu'une statue,
(Ô Vénus de Milo)que l'on voudrait revoir,
En un quelqu'autre lieu où l'on pourrait s'assoir;
Voir partager tous deux cette flamme têtue

Qui toujours nous sourit lorsqu'on est amoureux.
C'est ainsi, soir de mai, qu'en frôlant son épaule,
Un frisson nous parcoure et nous rend malheureux;

C'est ainsi, qu'éperdu et se sentant tout drôle,
L'on entend dans le noir, l'oeil brouillé sans qu'il plût,
S'éloigner cet Amour qu'on ne reverrait plus!

Paul HARNOIS - Québec

Je dis…

Je dis rideau et le vent se lève avec force
bondissant dans des remous insolites

Je dis vent et je grimpe le cœur battant
sur les nuages qui délirent en fureur

Je dis nuages et s'assombrissent d'un seul coup
les coins secrets de mes détresses

Je dis secrets et des valises lamentables
s'écroulent en colère du haut de l'armoire

Je dis valises et je bloque les serrures pour écarter
les loups garous qui entrent sans frapper

Je dis loups garous et je n'en finis pas de pleurer
le sang s'est caillé dans mes veines

Je dis sang et un coquelicot a jailli rouge
dans la pollution grise de ce monde inconscient

Je dis coquelicot et je souris, je relève la tête
il était temps, j'étais à bout de cris, à bout de souffle

Je dis souffle et tu respires au creux de mon cou
et la vie renaît au plus chaud de ton rire…

Nicole VERSAILLES - Belgique

Le rire

Bien à l'abri dans leurs cavernes
chantent en chœur des gouttes d'eau
qui tombent en faisant des cernes
sur les rochers courbant le dos.

Et l'on entend dans ces lieux sombres
mille sons clairs et cristallins
qui font lever dans la pénombre
des diamants et des lutins.

C'est ainsi qu'au fond de ta gorge
naissent soudain insouciants
mille bris d'eau qu'un souffle forge
en les roulant entre tes dents.

Ils ont le goût de l'ombre fraîche
des sous bois et des noisetiers
où l'écureuil sur l'herbe sèche
file et bondit dans les sentiers.

Voici ton rire qui défile
entre les perles des rochers
et qui s'envole et se faufile
aussi vif que flèche d'archers.

C'est tout un champ vert émeraude
sur fond de ciel et de saphirs
où dans les airs le chant qui rôde
prend son envol sur les zéphyrs.

Sur les ravines de ce monde
il se dresse comme un clocher
qui tinte et entraîne en sa ronde
les gens perclus et estropiés.

Claude PECH - France

Je suis…

Je suis…
Là-bas, ce bel oiseau qui chante,
Ivre de ciel bleu, en l'Avril
Et qui mêle à son chant, l'attente
Des jours heureux, après l'exil

Je suis…
La douceur de ce crépuscule,
Le long sillon noir qui s'endort
En cicatrice majuscule,
Au coeur de terre, sombre décor

Je suis…
Le grain de sable en son désert,
Multitude en sa solitude,
Glacé, brûlant, à ciel ouvert,
Au vent rude qui le dénude

Je suis…
La perle d'eau au bord des cils
Lorsque la pluie, au cœur s'installe
Plus qu'à son aise, en ses grésils,
En un soupir lourd qui s'exhale

Je suis…
La simple lumière du jour
Qui se reflète en ta prunelle,
L'oubli du Temps, mon cher amour,
Sous tes baisers en kyrielle…

Kathy FERRE - France


Chroniqueurs : J-P - Philippe - Elie
Invitée : Diane DESCOTEAUX

Voici la sélection de Janvier 2003 :


Je l'aime par le soleil,
La pluie et la rosée.
Par le nuage, je le chante
Et par le vent aussi.
Je l'aime par le silence
Et le murmure des branches.
Je l'aime par la bise
Et la bruine,
Par la fleur et l'oiseau.
Par le printemps coule mon amour
Et par l'automne aussi
Et la joie qui me saoule
Est la caresse promise
Aussi bien que l'azur de ses yeux.

Micheline BOLAND - Belgique

Dans la courbe

Dans la courbe de ces fins d'après-midi
Cassée avant de se fondre en pleine nuit
Des silhouettes disloquées s'enfuient.
Ce sont des fantômes vêtus de guenilles,
L'un, en clown, jongle avec ses béquilles,
Un autre, décapité, s'agenouille et prie,
Un fou échange un œil rose pour deux gris,
Un malade mange des ordonnances et sourit,
Un financier chevauche un dinosaure sénile
Et des gourous découpent les derniers civils.

C'est bien le passé qui nous tire vers l'infini.
L'avenir aux mille idées, lui, s'est endormi.

Alain BERNIER - France

J'aurais aimé …

J'aurais aimé
Être harpiste
Philharmonique de Berlin
Voir danser des chérubins
Dans les yeux des petits enfants

J'aurais aimé
Exécuter des pointes parfaites
Ballet Royal de Londres
Casse-noisettes à la Noël
Éblouissement des petits enfants

J'aurais aimé
Être magicienne au pays des fées
Sortir de mon chapeau
Châteaux aux mille cachettes
Amusement des petits enfants

J'aurais aimé
Chanter les plus belles berceuses
Empruntées aux trois ténors
Chapelle Sixtine pour décor
Assoupissement des petits enfants

Huguette O'NEIL - Canada

Qui joue aux dés?

L'étang du bois d'en bas
n'est qu'un trou de hasard
jeté dans la broussaille
La preuve:
une grenouille égarée
au milieu de la chaussée
Jouait aux dés
le chemin qu'il lui faudra prendre
pour rejoindre sa bande!

XIARIANN - France

migratoire

la nourriture
les baies
comme
pour de grands oiseaux
aux ailes
de ciel

volatiles
déchirures
terrestres
dessinant
le pointillé
mouvant
des côtes

jusqu'à

l'extrêmité
du manque

Patrick DEVAUX - Belgique

Femme à la plume

Femme à la plume
femme en contours
en noir et blanc
coeur de papier
corps en épures
et sans visage
juste habillé
d'un impudique trait de plume.

Femme au fusain
femme en contrastes
en noir et gris
coeur de charbon
corps en ombrures
gonflé d'orage
juste vêtu
d'un indiscret coup de fusain.

Femme à la nuit

Yves-Fred BOISSET - France

"Soie - chat"

Ce matin-là
Joyeux et las
Il ronronna
Chaleur contact
Reflets velours
Il s'éveilla
Tendre soupir
Soyeux désir
L'oil chatoya
Caresse moirée
Douceur d'été
Tout bascula
Chatouilleuse
Délicieuse
Chatemine

annie contin *- France
* En miniscules à la demande de l'auteur

?

Poème, texte, apostrophe;
page blanche oubliée
portée aux milles et une nuits
des mots
de l'arbre à l'hiver
d'aujourd'hui à demain...

Paul HARNOIS - Québec
17 ans

Chroniqueurs : Hélène - J-P - Jean-Pierre
Invitée : Sarah GODFROID

Les poèmes précédents :

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1 Trimestre 2001 | 2 Trimestre 2001 | 3 Trimestre 2001 | 4 Trimestre 2001
1 Trimestre 2002 | 2 Trimestre 2002 | 3 Trimestre 2002 | 4 Trimestre 2002

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