Voici les textes du mois de Décembre 2000 :
Attirance
Tes yeux sont des lacs argentés
Ou je baigne ma délivrance
J'entends tes mots qui sont tissés
Comme des draps de renaissance.
Je m'y love et je m'y complais
J'ai peur de subir la souffrance
Mais le matin est un soufflet
Qui attise le mot confiance.
Sur un perchoir de volupté
En équilibre je me lance
Et me rattrape à tes poignets
Retenant mon souffle en urgence.
Alors je mets tous mes secrets
Au creux de tes mains en silence
Et tes bras sur moi refermés
Retiennent ma vie en errance
L'histoire qui ne sera jamais...
Il y a l'inexpliqué
Il y a aussi l'inexplicable
Puis les impondérables
Et l'infaisable
L'irréalisable
Il y a l'impuissance
Qu'il faut savoir apprivoiser
Chercher vers quoi se retourner
Trouver d'autres raisons d'exister
Les horloges s'entêtent à sonner
Leurs aiguilles s'appliquent à nous détricoter
Brin par brin, maille par maille
Et l'existence morne continue vaille que vaille
Au-delà ce qui fut
Malgré ce qui est
Et tout ce qui ne sera jamais
Il y a cette trop simple
Mais ô combien solide certitude
De ton empreinte indélébile sur ma vie
Stigmates tapissant mon âme . . .
Un seul baiser
Qu'on me donne juste quelques plumes
et je ferai une aile pour embrasser le ciel
Car je suis astrologue et un peu hors du temps
Pourtant!...
Je vois souvent le bleu il me cache les astres
Mais j'aime son espace il emporte l'écho
Mes doigts sont attachés à la sphère
au cristal évidé silence de lumière
Qu'on me fasse taire et qu'on laisse envoler
ma bouche de mensonges juste pour ce baiser
au monde.
Bord d'elles
Et des filles-dentelles émergent
sulfureuses, complices de nuits
chargées et lubriques.
Et la sueur tenace, acide et plaquée
sourd de ses reins crucifiés
Et assiste, lâche à ces débordements
la dame-dortoir,
qui sait fermer ses narines étroites
à l'appel de l'odeur démone,
et restitue en caillots noirs
sa fielleuse agonie
de n'avoir sur compter les étoiles
ou s'en faire des amies.
Combats pour la vie
Bénie entre toutes les femmes,
Mère de cet enfant violé
Par cette bestialité inassouvie
Combats pour sa vie.
Bénie entre toutes les femmes,
Mère de cet enfant torturé
Dans les geôles de la tyrannie
Combats pour la vie.
Bénie entre toutes les femmes,
Mère de cet enfant éduqué
Dans l'intolérance et la perfidie
Combats pour sa vie.
Bénie entre toutes les femmes,
Mère de cet enfant accidenté
Dans l'instant d'une sortie
Combats pour une vie.
Mère bénie entre toutes les femmes,
Anéantie par ces douleurs endurées,
C'est de ton combat accompli
Que jaillit la force de vie !
Yvonne OLLIER - France
un autre soir
surgit du miroir des étoiles
et sur les pages de l'eau
son reflet lentement se dépose
et cette nuit toujours immobile
dans la fraîcheur de l'herbe et des nuages
comme un lointain sentiment
tellement venu longtemps et tellement souvent
quelle est donc cette clarté fragile
à peine regardée mais toujours désirée
cette lune qui s'ouvre et se ferme
sur les toits et les corps
et quelque part le soir se déplace
des tendresses au début des chambres
laissent les mots se taire
sur la jetée de la nuit
à quelle distance la nuit est-elle de l'aube ?
Angel - Québec
Spectre
La mort survole l'infini
Entre les tombeaux de l'oubli
Et monte jusqu'à leur père
Les brumes pâles et amères.
Les vagues faites de larmes
S'échouent au lointain rivage
Creusant sillages et remparts
De dunes sculptées de marbre
Gérard TROUGNOU - France
Enfant dans la guerre
Un enfant sur un chemin de terre,
Aux yeux égarés, semble chercher.
Pour lui, c'est bien un triste mystère
De ne plus savoir s'il faut marcher.
Il a laissé, tout derrière lui,
Son cher village qui brule encore,
Faisant comme un soleil dans la nuit.
Et c'est pour cela qu'il est dehors.
Il est seul, sans parent, sans humain !
Les larmes coulent sur son visage.
Seul, marche à coté de lui un chien,
Les deux fuient la guerre qui fait rage.
Les canons tonnent encore près d'eux,
Lançant en sifflant leur goût de mort.
Combien sont-ils donc de malheureux,
Entraînés dans ces terribles sorts ?
L'enfant, pieds nus appelle au secours !
Qui entendra ce cri de souffrance,
Il n'y a personne aux alentours,
Comment croire à cette indifférence ?
Quels pays à voulu cette guerre ?
Qui pourra, voudra y mettre fin ?
Depuis toujours, ce mal prolifère.
Que pour tous, la paix revienne enfin.
Que le ciel redevienne tout bleu,
Que les oiseaux retrouvent leurs chants,
Prions au futur miraculeux.
Voir au calme,le soleil couchant !
Michel BAUDOUIN - France
Chroniqueurs : Angel - Hélène - Marie-Jeanne - Elie
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Voici les textes du mois de Novembre 2000 :
MEMORY
La neige patiemment se dépose
sur les branches du sapin bleu,
jusqu'à le faire ployer, harassé,
comme un petit vieux résigné.
Ses branches hier encore si effilées
ne sont plus que des masses effondrées,
pendant tristement vers le sol.
Et moi, dans ma cage-peau,
suspendue dans la fragilité de ce siècle métallique,
je cherche des yeux le phare,
la maison ou l'île nébuleuse
où j'ai sûrement dû un jour être heureuse . . .
Je l'ai lu quelque part;
c'est inscrit en italique dans un coin précis de ma mémoire.
Distraitement, je trace une ligne,
écriture initiatique,
sur la buée qui recouvre les angles de la fenêtre.
L'eau dégouline en minuscules rigoles
qui m'entraînent dans un songe en marge du réel,
au cur de mes passions endormies.
L'astre lunaire, comme un il ouvert dans la nuit,
jette un rayon de lumière qui baigne le vieux sapin bleu.
Je le croyais enfariné;
voici que je le découvre illuminé, scintillant de clarté.
Dehors le ciel se métamorphose.
La nuit est intensément bleue et la lune presque rose.
Mes images internes et externes se juxtaposent.
Il suffirait de si peu, oui de si peu, pour que j'ose ! . . .
Dorothy LEIGH - Québec
Un automnal regret
Traversant dans l'azur
Les cieux bleus encore
Le regret d'un été
Sur les cuivres et dorures
Des rameaux portant d'ors
Et déjà ce passé
Comme une déchirure
Dans l'autan soufflant fort
Aux cimes défeuillées
Mais coiffant les guipures
Des charmes rouille et or
Le regret d'un été
Automnal regret
Porte sa déchirure
A ces pans de guipure
Que l'autan soufflant fort
Dépouille de son or.
Eric LACROIX - France
aujourd'hui
Une fille a posé son sourire
Sur une épaule
Sur mon épaule
est-ce qu'on hérite notre sourire
de quelqu'un
Je n'ai pas pu m'abstenir de suivre Lydé
le bouton de la chemise de nuit
comme obstacle du désir
Quand je me suis déshabillé
Des ombres
de son corps et de l'arbre
Les coqs riaient déjà.
Matthieu GOSZTOLA - France
Douleur
Insaisissable bonheur
Rêve inaccessible
Plaisir transformé en douleur
Espoir devenu impossible
Et autant de tendresse
S'évanouissant dans le néant
D'un amour qui vous caresse
Tout en vous tuant
Fabienne ROLAIN - Belgique
Toujours là
Lorsque je m'en irai par dessus l'horizon
Ne vas pas sangloter sur une sombre pierre,
Pense que je m'en vais vivre une autre saison
Fleurissant au-delà des murs d'un cimetière
La mort n'arrête rien, c'est un nouveau départ
Un peu comme un bateau redéployant sa voile,
Chaque être est un oiseau qui niche puis repart
Reconstruire son nid sous une belle étoile;
Ne dis pas que plus rien nourrit ton souvenir,
La cendre m'emportant, te laissera mon âme
Les vers lus, le bouquin que ta main va rouvrir
Prendront alors l'aspect d'une joyeuse flamme
La vie est infinie au creux de ton chemin,
Elle est là dans le vent, la lumière, les roses,
Et moi, je reviendrai t'offrir un doux câlin
Quand ton regard heureux se noiera dans ces choses
Patrice PIALAT - France
Au pas de chaque jour,
Je vais.
Aux échos alentour,
Me tais.
Adonné au silence,
Ce langage divin
Que parle la conscience
Quand tout n'est plus que rien.
Au pas du temporel
Défile l'essentiel,
Je sais.
Arthur BRONTE - Au delà
Chroniqueurs : Hélène - Marie-Jeanne - Alain - Elie
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Voici les textes du mois d'Octobre 2000 :
Nous aurons l'âge des ruisseaux
L'âge du vent
Du large soufflant
Dans les rameaux.
Nous aurons l'âge des grands mers
De la lumière
Et du soleil
D'un bleu de ciel.
Nous aurons l'âge de l'amour
L'âge d'un jour
Ou d'éternelles
Ombres d'ailes.
Nous aurons l'âge indéfini
Comme un instant
Comme une vie
Pour deux amants.
Eric LACROIX - France
La flamme
Au crépuscule du matin,
La flamme s'endort en silence.
Au crépuscule du matin,
Quand la chaleur du fagotin
S'estompe d'une révérence,
Nourris la braise du destin
Où l'étincelle d'un lutin
Illumine ton existence.
Le pin donne sa pleine essence
Dans l'âtre au rêve enfantin,
A la lumière de jouvence.
Sur une couche de satin,
La flamme s'endort en silence.
Elie DUVIVIER - Belgique
Qu'attendre du jour,
Si ce n'est l'éclipse totale
A la tombée de la nuit.
Avec les ombres troublantes
Des buissons enchevêtrés,
Les successions de champs
Aux linéaires constants.
L'herbe progresse
Au sortir de la terre,
Des ombelles dominent les prés,
Le papillon voltige, ici et là,
Glane son pollen et repart.
Même le saut-du-loup regorge
De tiges herbacées.
L'acoustique embrase les lieux
Avec des temps forts,
Stridulations aux heures chaudes.
La baguette du chef plane
Invisible sur les reliefs,
L'eau ajoute ses notes
Que le silence identifie.
Marie-Jeanne SAKHINIS-DE MEIS - France
Sarajevo
le bleu d'azur du ciel
Une balle qui se perd
Dans le corps d'un enfant
Il tombe
la couleur du cinabre sur le sol
Il n'a pas eu le temps de tomber amoureux
Il est resté enfant
c'est peut-être préférable
Il n'a pas eu à chercher chez tous les êtres
Le regard d'une fille rencontrée par hasard
Et puis laissée dans le cours de la vie
Comme l'eau
qui goutte du robinet
Matthieu GOSZTOLA - France
Le plus beau des poèmes
La feuille blanche
Où tout reste à faire
Où tout reste à dire
Où tout est à écrire
Où tout est possible.
Candy PTIBEURRE - Belgique
Oublier
Je voudrais oublier
la guerre
et son affiche blanche
Triste de lettres noires
Le départ de mon père
Silence
qui fit pleurer ma mère
Je voudrais oublier
ses pleurs dans mes nuits tièdes
Absence
Je voudrais oublier
l'attente
de ses sourires
vides de solitude
d'enfant
Je voudrais oublier
les bombes
leur bruit
les trous
dans cette rue
ces décors renversés
qui renversaient ma vie
Je voudrais oublier !
Le retour
L'inconnu
détruit par les années
La folie rapportée
du loin
de l'inconnu
L'alcool qui consolait
des amours déportées
Je voudrais oublier
L'amour qu'on m'a volé
Pourquoi?
Pour qui?
Hélène SORIS - France
Chroniqueurs : Hélène - Marie-Jeanne - Elie
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