Poésie

 

BAULARD Anick - BONVIN Roger - BORRINI Marisa - BRICOUT Ghislaine - BRONTE Arthur - CANUET Chantal - DANGREAU Sophie - DESCOTEAUX Diane - DOCQUEGNIES Chantal - DUHAIME André - DUVIVIER Elie - ENGSIG Juliane - EUGENE Paulette - FATH Patrice - FRIEDENKRAFT Georges - GUSTIN de la ROCHE Madeleine - HAMELIN Claude - HAUTEPIERRE Jean - HERAULT Nicole - JOQUEL Patrick - LAPOUGE Evelyne - LAURITZEN Ann - LAZZARO Maria - LECOMPTE Paule-Andrée - LEIGH Dorothy - LUX Angèle - MELIADE Stéphane - MOLINA Jean - PAYEUR Mélodie - PELTIER Marcel - PIALAT Patrice - POLLET Jean-François - OTZEN ZAFIRYADIS Christelle - RAIMBAULT Alain - SAJAT Thierry - SAKHINIS-DE MEIS Marie-Jeanne - SIBONI Jean-Paul - SORIS Hélène - VERLON Chris - VILLARET Pascal - VIVES Valérie

 

Anick BAULARD
France

 

Haïku

Précieux louis d'or :
Regard de la lune rousse
dans les yeux du chat.

* * *

Cerisier par terre :
Adieu les grenats polis
des pendants d'oreille !

* * *

 

La porte


Il y a une porte qui ne s'ouvre jamais
Une porte fermée aux marges de la nuit
Il y a une clé qui ne tournera pas
Une clé verrouillée rouillée comme l'automne
Il y a la poignée dont j'ignore le bruit
Poignée paralysée par manque d'habitude
Il y a un marteau qui frappe le silence
Marteau d'indifférence pour assommer les cris
Il y a un judas dont le regard s'étoile
Un judas qui trahit celui qui se cachait

Il y a une porte
Et derrière cette porte
Il y a toi et moi
Qui n'ouvrirons jamais.

Sommaire - Début de Page

 

Marisa BORRINI
Italie

Si j'étais peintre

Si j'étais peintre…

je rayonnerais
le visage bien aimé
avec une auréole ambrée.
Je colorierais
l'innocence d'un enfant
par un futur en émeraude.
Je peindrais
les holocaustes d'une mère
avec un ciel de diamants.
Je saupoudrerais
la fidélité du chien en brun,
comme les mottes de la terre.
Je teindrais
les larmes du moribond
en des hibiscus
rouge pourpre,
pour son testament de sagesse.

J'emploierais
comme hymne à la vie,
les pastels de l'aurore,
et j'effacerais,
par un pinceau magique,
l'amertume aux années,
afin d'offrir, à tous,
des lutins en gaieté
et des fleurs ensoleillées.

Sommaire - Début de Page

 

Roger BONVIN
Belgique

 

Semer à tout vent

Quand l'école explosa
Sous le souffle du trop savoir,
L'aisance du non-devoir,
Dispersant toute sa science,
Il en retomba sur l'âne
Qui toujours brait
Mais sans bonnet,
Sur le coq qui toujours chante
Mais après la ponte.

Au village on cessa de passer
Du coq à l'âne,
Tous ils prirent des airs
De pharmacien ou de notaire,
Les bigots de vicaire.

Exsangue de culture
L'école rangea l'institutrice
Dans la bibliothèque,
Sa cloche, sans horaire,
Partît à Rome faire ses pâques,
Parla latin avec le pape.

Membre indispensable
Au renom d'un village,
L'innocent
Eut un accessit d'excellence
Quand d'emblée il dit savoir
Qu'ils ne sauront plus jamais
Ce qu'il ne sut pas !

* * *

L'instant

Sur la plage
Des traces de pas,
Pieds gauches, pieds droits,
Et que rase
L'océan où tanguent
Des mouettes
Qui rient de joie.

Eux parlent tout bas…

Face à face
De pieds et de bras,
Deux traces sans pas,
Ardoise lisse
Que le crabe griffe
De signes cabalistiques
Ponctués
De cratères lunaires
Par l'arénicole à l'écoute
Des chuchotis qui envoûtent
Les deux amants
Aux pieds qui dégouttent
Des baisers rarescents
Du jusant.

La vie est rire,
La vie est cendre,
L'instant à prendre,
Où en mourir.

* * *

Du vent !

Nous parlions, parlions,
Tout autour de nous,
Au vivant, à l'inerte,
Au subtil, au grossier,
Aux ombres des reflets,
A ce qui n'est.

Nous leur alignâmes,
Comme les lignes d'une portée,
D'un seul souffle des phrases,
Hoquetant hors d'haleine
Des syllabes même,
Pour convaincre, émouvoir,
Sans harangue oratoire.

A un cercle aux mille centres
Nous confiâmes nos pensées.
Mais y roda l'indifférence.
Leurs portes sont encore forêt,
Leurs vitres encore sable.

A la ronde
Nous vîmes mille foyers
Où brûle le désir
De ne rien comprendre.
Le juste
N'a rien à vendre !

* * *

Le rêve mort-né

Je suis d’un pays chimérique
Sans borne ni trace
Dilué dans l’espace.
On y parle l’onirique
Qui embrume d’un voile
Mon regard d’enfant
Qui scrute encore les méandres
De chemins sans lune.

Là-bas l’espoir effleure
Le désir d’un sourire.
Y fleurit l’éphémère
Au parfum de délire
Dans des champs de leurres.

Je suis à l’antan postérieur
Et du futur le présent,
Mort-né de parents de sang
Au futur antérieur.

* * *

Haïku

Cette goutte d'eau
que la mer ridiculise
remplira mon seau.

Sommaire - Début de page

 

Ghislaine BRICOUT
France

 

Complainte pour les enfants

Ils vont nous revenir les mois du renouveau,
Parsemer nos parterres de bouquets odorants,
Car elle est faite ainsi l'immuable nature,
Faisant naître les fleurs, forte de son bon droit !
Ce printemps qui nous grise par son enchantement,
Pourra-t-il occulter faisant fleurir la rose,
Que le monde devenu fou n'aime plus ses enfants...
Cette tache de sang au trottoir enneigé,
Où ils jouaient heureux, pour oublier la faim,
Ces sordides couloirs où l'on prend leur enfance,
Objets de marchandages, violation de leurs corps !
Ces menottes fragiles faîtes pour les jouets,
S'agrippant à l'outil qui les broie !
Avez-vous vu leurs regards ?
Ils sont brillants, fiévreux, perdus.
Que pensent-ils de ceux, voyeurs de leur misère ?
Et pourtant, cela fait qu'on ne peut ignorer.
Conscience torturée que faire ? Sinon crier...
N'oublions pas nos enfants, fleurs de notre terre.
Lorsque vers le jardin nous nous dirigeons,
Foulerons-nous nos massifs ? Écraserons-nous la rose ?
Oh monde, tu deviens immonde,
Lorsque tu ne respectes plus tes enfants !....

Sommaire - Début de page

 

Arthur BRONTE
Au-delà...

 

Haïku

Sur un clavecin,
Une étude à quatre mains
Disperce ses doigts.

* * *

Hypocrisie, ma sœur,
Indispensable alliée,
Siamoise de cœur,
Que pourrais-je sans toi ?

Je ne tiens de langage,
Qui ne soit point châtié ;
Que me sied ton plumage !
Que serais-je sans toi ?

Hypocrisie, ma vie,
Présence recherchée,
Éloquence fleurie,
Où irais-je sans toi ?

A ces raisons données,
Ma complète adhésion ;
A ces questions posées,
Que dirais-je sans toi ?

Universel outrage,
Hypocrisie, mon âme,
J'apprécie ton courage.
Que ferais-je sans toi ?

* * *

Tel un oiseau m'élever
Dans l'infini d'un ciel pur.
Oui, battre des bras, oser,
Disparaître dans l'azur.
Avoir le vent pour ami,
La lumière pour amante,
Me reposer dans un nid
Que déserte la tourmente.
Faire l'amour aux étoiles,
Courtiser tous les nuages,
A jamais tendre ma voile
Pour le plus grand des voyages.
Croiser le chemin des anges,
Indispensables gardiens,
Et trouver Jourdain et Gange,
Leurs eaux confondues enfin.

* * *

Le corps est une terre
Qu'aime creuser le temps,
Dès que jeunesse perd
Son prestige flambant.

Y naissent des lézardes,
Des sillons enlacés,
Qu'une crainte blafarde
Ose à peine toucher.

L'âge se déshabille,
Acrimonieux et las,
Que l'orgueil maquille
Pour un dernier combat.

L'usure du visage,
Notre coeur asseché
Par un dernier outrage,
Et le voici fané.

* * *

Haïku

Compter les moutons
En l'absence de Morphée.
Lune conseillée.

Sommaire - Début de page

 

Chantal CANUET
France

 

Haïku

Défense d'y voir
de pénétrer les gris moires
des autres secrets.

* * *

D'hier

Une rose de lumière
quelques brins d'atmosphère
une branche d'éphémère
une feuille de poussière...

Le monarque pétrifié
retombe sur ses pieds
et offre à son voisin
la tête entre les mains...

Un pâle bouquet d'hier
gravé sur de la pierre,
de lourd mystère nimbé...
mais immortalisé.

* * *

Soir

Sur la terre en feu où les dieux se lâchent
souffle le cri brûlant des airs qui se font.
Par force ou mesure des choses,
se soustraient aux restes d'authentiques étés métalliques
la jouissante apothéose d'axes faits,
le hurlement délimité de la voix,
l'appel à faire céder le silence d'autre insoumis pas encore prêt.

Le sens s'altère,
l'espace se dérange,
l'élément terre ses méfaits,

le souffle se tait...

Un soir aux cent raisons,
haut teint chaud extasié,
en dimensions orgiaques, j'ai vu couler le sang de la terre !

* * *

Ménagemement

Dément le sens du manège !
La peur ne ménage plus ses sens,
se perd corps et âme dans ses lots d'heures comptées
et soupçonne son défi d'être fin.
Ivre.
Roi de ce geste, tout le condamne à l'illusion,
et rivalise en rémanence pour lui damner son pion.

Ah pend le haut,
pend le court !
Diable, le souffle tendu,
au bord de l'éphémère !
A suspendre l'envie au fil d'un soi ténu,
le reste se balance,
devient menu, menu,
et s'évacue en vacuités sans ses vertus.

* * *

D'atmosphère

Souffre mirage. Flou de l'image.
En ouverture de bon augure
soufflent transis les sens franchis.
La voix s'étonne.
Le son détonne.
La tessiture tonne.
Harmonie des braises, concertina fournaise.

En fin d'étude, le jeu se dénude.
Vocalise à l'aise, son feu s'apaise.
Accord parfait.
La note s'allège, pose son solfège
dépose ses arpèges, ses clés privilèges
dispose ses dièses.
Gamme modulation.
Pic interprétation.
Sens improvisation.

Diva du trémolo
maestro du fado
ténor puis soprano
la fugue avec brio s'accorde le mi, le fa, le do
déclenche les bravos
et repart à zéro, piano pianissimo.

Sommaire - Début de Page

 

Sophie DANGREAU - 16 ans
Belgique

 

Noël
Fête aux mille merveilles
Toujours enchantant
Les petits comme les grands
Heureux d'être réunis
Avec sa famille, ses amis.

Noël
Chaque année c'est pareil
En ouvrant son cadeau
On sent en soi son coeur nouveau
Rempli de joie, de bonheur
Et on oublie tous ses malheurs.

Noël
Cette fête si belle
Quand on la voit arriver
Notre coeur se met à frétiller
Mais quand elle doit partir
Il se met à frémir.

Noël
Aux couleurs éternelles.
Cette année encore une fois,
Avec vous tous, je festoie
En pensant à cette fête
Qui toujours sera dans nos têtes.

Sommaire - Début de Page

 

Diane DESCOTEAUX
Québec

 

Douce conquête

Ah! je vous aime plus qu'assez,
Vous, dont le charme m'a conquise;
Ma passion vous est acquise
Et mes propos dédicacés.

Nos destins sont entrelacés
Sur une même trame exquise
Et je vous aime plus qu'assez,
Vous, dont le charme m'a conquise.

Pour ces mots ardemment tracés,
L'encre de mon âme est requise
Et, par d'autres, à votre guise,
Ne seront jamais remplacés
Car je vous aime plus qu'assez…

Sommaire - Début de Page

 

Chantal DOCQUEGNIES
Belgique

 

Haïku

J'ai jusqu'à tes yeux
gravi tous les escaliers
pour voir le grand bleu

* * *

L'arbre de vie

La relève assurée
l'arbre charmé sourit
sa sève s'est tatouée
s'empreinte de poésie…

Sur l'écorce endormie
les histoires et ballades
viennent y creuser leur nid
pendant les promenades…

Et l'arbre ne s'ennuie
car les poètes amis
logent leurs alexandrins
à l'extrême de ses reins…

Dans la valse de Vienne
les messages sont transmis
et les feuilles s'en souviennent
elle poussent l'intense cri…

L'arbre rit et s'il trime
la mine épanouie
c'est à force de rimes
son pouls gagne la vie…

* * *

Soleil d'été

Le soleil gorgé de sentiments
vient s'étaler sur mon cœur ;
l'été arrive, apparemment,
greffé d'une légion d'honneur…
Le dieu Ra, sur ma tête tape,
mes yeux s'inventent des étoiles ;
le soleil brûle les étapes
et défenestre ses voiles…
Nourri de bons sentiments,
il ose s'étirer sur mon corps
qu'il parsème de brillants
et me prépare un justaucorps…

Sommaire - Début de Page

 

André DUHAIME
Québec

Haïku

 

le soleil curieux
s'attarde de jour en jour
l'hiver va mourir

Sommaire - Début de Page

 

Elie DUVIVIER
Belgique

 

En abord du vertige

Sous l'infime caresse
D'un obscur aquilon
Paresse
La langue du vallon.

Par quelque connivence
L'incolore sérac
Avance
Au rythme du tic-tac.

En abord du vertige,
Il se met de travers,
Voltige,
Se perd dans l'univers.

Alliance fertile
De la glace et de l'eau
Utile
A chaque renouveau.

* * *

Haïku


Une flaque d'eau
le ballet des hirondelles
début des amours

* * *

Un air de vacances
bavardages de marché
des fruits et des fleurs

* * *

Deux flocons de neige
enlacés sur l'avenue
plaque de verglas

Sommaire - Début de Page

 

Juliane ENGSIG
Danemark

 

Haïku (12-18 Ans)

Nous sommes seuls,
Seules les étoiles
Nous voient.

Sommaire - Début de Page

 

Paulette EUGENE
Belgique

 

Le mot

Sautillant de roche en roche,
ou déferlant en cascade.
Le mot traverse l'espace et le temps.
Il arrive, s'installe, demeure.
Parfois il se montre caressant,
tendre, sublime.
Mais il peut surgir en
esprit frondeur.
Révolté de tant d'injustice,
de terreur, de massacres.
Alors il nous secoue, nous ébranle.
Il suffit d'une parole magique
et la volupté plane,
embrassant tous les sens.
En poésie il jaillit dans toute
sa splendeur, éblouissant.
Quand il part du coeur il est
enchanteur, merveilleux, envoûtant.
Parlant de l'Amour,
ce mot-là, je le retiens
dans le creux de ma main.

Sommaire - Début de Page

 

Patrice FATH
France

 

Mélancolie

Demain peut-être, à l'heure où tout s'endort,
Dans le crachin, dans le brouillard humide
J'irai flâner le long des quais du port
Près des bassins où le hasard me guide.

J'aurai pour ciel ces drapés orangés
Dont les lueurs tombent des luminaires
Et que la brume aux voiles effrangés
Métamorphose en fantômes lunaires.

Je marcherai sur les pavés luisants
Seul entouré du faisceau de mes ombres,
Piètres reflets de mes rêves gisants
Foulés du pied comme de vils décombres.

Puis, arrivé tout au bout du musoir
Face à la nuit triomphante et sereine
Je laisserai comme en un reposoir
Mes songes fous, mes regrets et ma peine.

Sommaire - Début de Page

 

Georges FRIEDENKRAFT
France

 

Si

Si tu étais venue j'aurais

Allumé des lunes sauvages
écarlate la fête aurait tressé les mains de l'aube
je t'aurais tendu de jeunes flambeaux

Un soleil énorme aurait peint de plomb
les dahlias en rut, muté
les jours en corolles les nuits
en diadèmes
le lys aurait mis ses taches de rousseur

L'arlequin de jouvence aurait fait crépiter
à tes pieds ce rire
qui tordait la vigne sur ta lèvre de vendangeuse
nous aurions lu le sentier sous la mousse
le pays tapi derrière les feuilles diffuses

Si…

Sommaire - Début de Page

 

Madeleine GUSTIN de la ROCHE
Belgique

 

Haïku

Le pauvre édenté
A plus besoin d'un sourire
Que d'un râtelier

Sommaire - Début de Page

 

Claude HAMELIN
Québec

 

Quiétude

grain de blé
dans la ronde des astres
offrande désespérée
dans le cruel printemps

je penche maintenant la tête
pour vous caresser
de mes signes, de mes songes
dans la dernière humeur de la terre

les sillons du jour
ne brillent plus d'attente
les climats du soir
ne frémissent plus d'espérance

je penche maintenant la tête
pour vous imprégner
de mes silences, de mes ombres
dans l'aube qui doit venir

l'horizon vide
n'inquiète plus
la froide solitude
n'inquiète plus...

mon coeur s'est caché
dans le vôtre!

* * *

Grave omission

on s'invente un passé
pour croire au présent

on s'invente un présent
pour croire au futur

on s'invente un futur
pour croire à l'éternité…

nous finissons tous
par oublier d'être.

* * *

Le poète

Clochard
ivrogne
drogué
malade
fou...

le poète est vivant

regard
parole
liberté
fraternité
amour...

le poète est mort

... et dans le journal,
sur deux ou trois pages,
on dira encore une fois

que la poésie,
cette mal-aimée,
est devenue orpheline !

Sommaire - Début de Page

 

Jean HAUTEPIERRE
France

 

Les matins d'ivresse vaincue

Gloire aux matins qui sonnent blêmes,
Quand ciel et terre sont si las,
Aux longs visages des carêmes
Dans un miroir qui se brise en éclats !

Gloire aux hivers chargés de rides,
Aux branches des arbres sans rien
Qui ne portent plus que, sans fin,
La splendeur des empires vides !

Les faux vivants qui remettent leurs masques
S'en sont allés dans la langueur du temps,
Mais chaque jour ils ont dans les bourrasques
Juré la mort de l'éternel printemps.

Et gloire à la grande grisaille !
Plus jamais de nuit, plus jamais de jour !
Au ciel malade qui défaille,
Au soir sans fin et sans retour !

Aux grands vaincus qui se retirent,
Haïssant tout ce qu'ils respirent,
Aux vieux pays qui pleurent l'horizon !
Hors de l'Histoire! A la blême saison !

* * *

C'est l'heure obscure de la nuit ;
C'est l'heure obscure où tout s'enfuit,
Les souvenirs, les joies, les rêves,
La vie - et tout ce qui s'achève.

C'est l'heure où l'on entend des pas
Sonner comme sonne le glas,
Dans le ciel vide et l'âme folle ;
A cette heure où, sans un adieu,
Tout s'éteint jusqu'au dernier feu,
Il n'est plus songes ni paroles.

C'est l'heure immense où de la terre
Montent des ombres et des pierres,
Faisant régner du minéral
L'ordre muet, dur, primordial.

* * *

Albert et les éons

Il espérait ne jamais voir les ombres
Qui tournoyaient sans fin autour de lui,
Auréolant sa silhouette sombre
Qui répondait au grand deuil de la nuit.

Il espérait ne jamais voir ce monde
Immense, étrange et constellé de peur,
Entourant tout, plus ondoyant que l'onde,
Brûlant, grouillant et glacé de terreur.
Et leurs fumées, heurtant l'horizon morne,
Tourbillonnaient dessous le ciel sans borne
- Éperdument ! et revenaient sans fin
A la lueur du jour pâle et lointain.

Et lui songeait toujours à ces nuées
Qui l'obsédaient de leurs folles huées,
Qui se trouvaient et se perdaient en lui,
Se confondant au grand deuil de la nuit...

Il espérait ne jamais voir ces ombres.

Sommaire - Début de Page

 

Nicole HERAULT
France

 

Haïku

Soleil vertical
Le reptile en s'étirant
lézarde la pierre

* * *

Là-bas...

Je suis allée là-bas...
En attente de toi, dedans ma chrysalide,
Sur la lande endormie où voyageait ton nom,
Les mains pleines de mots, ma jeunesse pour guide,
D'une note fragile espérant le bourdon,
Je suis allée là-bas...

Je t'ai trouvé là-bas...
Lorsque la mousse bleue a parfum d'églantine,
Rien ne ressemble à rien sous un ciel un peu louche.
Tu as rivé tes yeux aux miens criant famine,
Et comme un incendie en rosée sur ma bouche,
Je t'ai trouvé là-bas...

Je t'ai aimé là-bas...
Tu m'appris du désir la fondante agonie,
En tressant des je t'aime à mes cheveux mouillés.
Des sursauts de nos corps d'où jaillissait ta vie
Aux longs gémissements des songes rejetés,
J'ai tout aimé là-bas...

Je suis restée là-bas...
Là, sur de noirs coteaux, dans un désert sans lune,
Tu clouas ton mensonge au plus profond de moi,
D'un mot tu repris tout, ton rire et ma fortune.
Le coeur ensanglanté d'un vide déjà froid,
Je suis restée là-bas...
Refermant à jamais l'empreinte de nos pas,
Je suis morte là-bas…

Sommaire - Début de Page

 

Patrick JOQUEL
France

 

Haïku

Le crapaud de mars
tout croassant de désir
Nuit de pleine lune.

* * *

La cloche et sa vache
Un pâturage d'iris
Beauté de juillet

* * *

Le ciel se respire
En de longs cirrus bleutés
Odeur d'un été

Sommaire - Début de Page

 

Evelyne LAPOUGE
Pays-Bas

 

Un cœur de pierre

Un fantôme de chair
Face à un cœur de pierre
Qui a bien trop souffert
Pour être encore sincère.
Saisi, et brusquement durci
Par auto-protection
Il a dû se venger
De son mal retrouvé.
Les descentes aux enfers
Ne s’oublient pas si vite.
Mais la fuite du temps
Et la lutte engagée
A présent,
D’un seul coup,
Se retrouvent effacées,
Face à un cœur…
De pierre, élaboré.

Sommaire - Début de Page

 

Ann LAURITZEN
Danemark

 

Haïku (12-18 Ans)

Les gens riches
Avec le ventre rempli
Et le coeur vide

Sommaire - Début de Page

 

Maria LAZZARO
Danemark

 

Haïku (12-18 Ans)

La neige blanche tombe.
Mais je n'ai pas froid.
Je suis avec toi.

Sommaire - Début de Page

 

Paule-Andrée LECOMPTE
Québec

 

Haïku

des oiseaux bruyants
mouvement dans les marais
froissent les roseaux

Sommaire - Début de Page

 

Dorothy LEIGH
Canada

 

Haïku

Pattes de velours
Et regard bleu implorant
Féline douceur…

Sommaire - Début de Page

 

Angèle LUX
Canada

 

Haïku

froid matin de mai
un petit moineau blotti
contre le feu rouge

* * *

Mots

J'éjacule des mots de ma plume démente
Et les vers et les strophes
Enfantent blanc et noir
Me laissant pure, chaste et vierge
Et neuve.

Mais l'âme solitaire en son obscure clarté
N'a que des mots, chuchotements vagabonds
Comme un long glas monotone
Qui marquent la cadence d'une envie
De mordre, hurler et rire

* * *

Écrire

Écrire
Thésauriser le chant des mots
Et des langues et des souvenirs
Qui s'enchevêtrent dans des sens uniques

Écrire les pages de l'errance
Et des rêves de conquête
Au goût d'eau douce
Et de courant d'ailes

Écrire pour retenir
La paume d'une étoile
Et le poing des regards
Dans toutes les villes du monde

Écrire encore pour griffer
Toutes les terres arides
Au-dessus de mers mortes
Et des creux d'âme

Écrire enfin
Quand les étoiles tremblent
Aux confins des départs sauvages
Et des toits de lauzes

Écrire pour retenir le vent…

Sommaire - Début de Page

 

Mélodie PAYEUR
Québec

 

Haïku (10 - 18 ans)

Journée comme les autres
ne jamais plus poinçonner
sa carte de temps

Sommaire - Début de Page

 

Marcel PELTIER
Belgique

 

Le secret


ne dis rien
garde le doigt
sur la bouche du temps
chut ! ne dis rien !

je suis fou
mes yeux de panthère mes cornes de bison
mes lunettes de vieil hibou
ne sont qu'illusions

je suis le clown du dimanche
passion dévorante
pour le goût particulier
de la chair de papillon

ne dis rien
garde bien le secret
je délire au centre de l'écriture
les vampires sont mes amis

je suis le diable
aux ongles peints de rouge
ne dis rien
pourquoi suis-je en terre inconnue ?

Sommaire - Début de Page

 

Patrice PIALAT
France

 

L'aveu !

Si tu viens déposer ton charme sur mes jours
Espérant jumeler nos chemins pour toujours
Ne t'en vas pas trop loin au creux de ce beau rêve ;
Je ne suis qu'un oiseau volant en liberté
Préférant quelquefois un peu d'obscurité
À l'heure où le soleil trop lumineux, se lève

Bien sûr je suis sensible au mot tendre, câlin,
Néanmoins dans l'humain, vit encor un félin
Conservant malgré tout, l'instinct d'indépendance ;
Sa patte de velours ne durera qu'un temps
Elle pourrait griffer si tu la tiens longtemps,
Te faisant regretter alors ton imprudence

Trois autres femmes sont déjà sur mon chemin
L'une sur mon genou, l'autre occupe ma main,
La dernière a sur moi, des emprises fatales
Plume, tranquillité, guitare sont les noms
Des Dames m'harcelant sans tambours ni clairons
Mais qui te paraîtront de sournoises rivales

Près de toi, je voudrais, construire, partager,
Pourtant doutant de moi, pourrais-je m'engager
Aimer c'est quelquefois avouer sa faiblesse ;
En te montrant du doigt, une possible erreur
En voulant simplement préserver ton bonheur
Je t'offre pour la vie, un torrent de tendresse

* * *

Largage

"Au début, je n'étais qu'un amusant nounours,
Imitant les enfants dans mille galipettes ;
C'était la douce époque où mon image d'ours,
M'autorisait l'accès à leurs chaudes couettes

Mais mon statut de chiot, dura qu'une saison,
Le jardin fût bientôt mon premier domicile ;
C'est alors qu'on m'apprit à garder la maison,
Face à tout étranger, je devins peu docile

Leurs gestes me semblaient remplis d'affection,
J'éprouvais pour eux tous, une immense confiance ;
Dans les mots j'entendais leurs satisfaction,
Et m'endormais, certain d'une paisible ambiance

Pourtant hier je vécus un instant bien amer,
Alors que nous faisions une escale pour boire ;
Tous se sont dérobés, à deux pas de la mer,
Serait-ce un abandon ! je n'ose encor y croire !"

Sommaire - Début de Page

 

Stéphane MELIADE
France

 

Chatières

Dans ma maison il y a une chatière
pour que tu puisses entrer
sans passer par l'enfer
et sortir sans te mouiller les pieds

J'ouvre mon petit panneau de paupière d'eau
comme un livre sur lequel essuyer tes mots

Dans ma main, il y a une chatière
pour que ta main puisses la traverser
sans être gênée par ma peau
ni tomber dans mes signes en serrure

J'ouvre tes doigts vidés de vol
leur danse comprimée sous le sommet du sol

Dans mes yeux il y a une chatière
pour l'évasion de la lumière
quand tu viens bleuir mes feux d'homme
avec ton ventre allongé sur le dos

J'ouvre les cils entre tes jambes
comme un visage prolongé de pinceaux

Dans ma chatière, il y a ta chambre de silhouette
encre pleine au milieu d'un corps vide
rien n'y entre pour que tu puisses marcher
et délacer les volets des pages

Sommaire - Début de Page

 

Jean MOLINA
France

 

Encore un voyage pour rien ?

Je fais à Barcelone au moment des départs
Dans la gare de Sants une dernière marche.
Alors je m'aperçois que j'ai perdu des parts
De vie et que la vie elle repart et remarche.

Des hommes dans le hall viennent attendre là,
Tristes infiniment sans en prendre conscience,
Leur menton retombé, ils recherchent le la
D'une antienne chantant une ancienne patience.

Voilà, je ne sais plus comment me repérer
Dans cette chambre triste en un hôtel sans âme
Où je n'ai plus le temps que de désespérer
De n'avoir jamais su le trouver mon sésame.

Tout le jour dans la rue au-delà de déserts,
Jetant au vent le temps, mes heures amoureuses,
J'ai recherché un pont chanté par de vieux airs.
Il enjambe la nuit sur les ramblas heureuses.

Il part de l'Occident d'un trait vers l'Orient.
Il paraît inviter à une ultime envie.
Il surgit ténébreux et finit souriant.
Il est bâti de mort et resplendit de vie.

Sommaire - Début de Page

 

Jean-François POLLET
Belgique

 

la raison du fric

reste-t-il une raison
une simple raison
valable
de vivre
que dis-je vivre ? survivre !
une once de seconde
un petit caillou d'éternité
reste-t-il une raison
une simple raison
valable
de vivre sans fric
dans le monde bien réel
du moins le dit-on, le monde
d'aujourd'hui ?

* * *

Alors perdu et sans un rêve

Alors perdu et sans un rêve
Où va ce flocon de neige ?
Verser sa larme dans l'océan ?
De son nuage, c'était tentant...

Alors perdu, sans son histoire
Va-t-il pleurer pour le hasard
Pour la souffrance, pour la bêtise ?
Il faudrait qu'un jour on te dise

... qu'un soir perdue et sans un rêve
Tu seras flocon de neige
Versant des larmes dans l'océan
Quand le naufrage est là. Vraiment.

Tu m'avoueras "je ne sais plus
J'ai l'impression qu'on m'a perdue.
La route est bête à s'en briser
le coeur. Rien que pour s'affirmer.

Je suis déçue et sans un rêve
Où vont les flocons de neige ?
Le temps n'arrange rien, j'ai si froid"
Reste l'envol quelquefois...

Sommaire - Début de Page

 

Christelle OTZEN ZAFIRYADIS
Danemark

 

Haïku (12-18 Ans)

Les gens pressés,
Les villes polluées,
Le monde d'aujourd'hui.

Sommaire - Début de Page

 

Alain RAIMBAULT
Canada

 

Haïku

souvenirs perdus
la quête de l'arbre absent
un matin pluvieux

* * *

au bord du Danube
de vieilles guerres baroques
lourds ponts clandestins

Sommaire - Début de Page

 

Thierry SAJAT
France

 

Puisque la nuit a pris le jour

Puisque la nuit a pris le jour entre ses serres,
Je m'accroche au sommeil que je ne trouve plus.
Le ciel est bien trop noir, il est comme un désert
Que lacère le vent… Il a tellement plu

Que mon âme est trempée. Ce soir mes mots, tes mots,
Cicatrisent sur mes lèvres désemparées,
Et je voudrais écrire encor sous un rameau
D'espoir ce que le temps ne pourra réparer.

Des brisures de vers jonchent les froissements
De mes cahiers de Nuit… Je les relis encor
Tandis que me ronge le silence en plein corps…

L'écriture est ainsi, séchant sous le buvard
Du temps. Elle maintient les songes sous le fard
Des poèmes toujours réécrits pleinement.

* * *

Le temps n'aura pas su…

Le temps n'aura pas su dans sa petite mort
Estomper le silence… Je garde un caillou bleu
Dans un coin de mon cœur dont l'entaille me mord
Dans le remords d'aimer. Je fais ce que je peux

Pour survivre au passé. La glaise de mes pas
Est lourde quelquefois. Je traîne mes souliers
Sur des pavés de nuit où l'amour ne sait pas
Me reconnaître. Et l'on me suit jusqu'au palier

De mes vieux souvenirs. Il y a des follets
Devant moi, qui effraient le sable des lumières.
Il y a des cris d'Os au bord des cimetières.

Le temps n'aura pas su me désapprendre à vivre
Et combler l'au-delà des rumeurs et des livres.
Une épeire de nuit a tendu ses filets

Sur ma tête,
Et j'attends que s'écroule le ciel.

Sommaire - Début de Page

 

Marie-Jeanne SAKHINIS-DE MEIS
France

 

Haïku

Parasol d'aigrettes
Le pissenlit transparent
Emet sa semence

* * *

Si la mer pouvait parler
Sans le fracas de ses vagues,
Enfanter une terre nouvelle
Et se taire, solitaire.
Alors, à mon tour, je partirais.
J'irais là où le soleil
Se cache.
Pour inventer les rivages
Féconds de la vie,
Pour modeler ses contours,
Et, me taire, solitaire.

* * *

Derrière

Des piles d’objets,
Outils délaissés.

Des piles de gestes
Plus ou moins finis.

Des piles de gens
Fréquentés ou non.

Des piles de phrases
En dents de scie.

Des piles de mots désarticulés.
Des mots rangés
Des lignes de mots
Des mots maladroits
Des mots oubliés
Des mots répétés
Des mots employés.

Libre service verbal.

Mots inventés
Mots empruntés
Mots transformés.

Des piles elliptiques

Pourtant.

Une portée de mots,
Symphonie inachevée...
du poème perpétuel.

Sommaire - Début de Page

 

Jean-Paul SIBONI
Île de la Réunion

 

Premiers pas

Il arpente en douceur noyé dans sa fierté
Son espace vital dont il est la parade
Avec ses pas confus refusant l'incartade
A l'aube des sentiers de sa première année.

De ces grandes prouesses naissent ses enjambées
Découvrant les merveilles de sa folle escapade
S'emplissant d'images il s'enivre et s'évade
Pressé par les richesses de ses plus beaux projets.

Ses cheveux noirs au vent ses câlins en bouquets
Qu'il offre sans compter au hasard du chemin
Parcourus prudemment quand éclôt le matin.

Ses sourires au printemps colorent son visage
Reflétant à nouveau les charmes de son âge
Paradis d'émail blanc sous des lèvres rosées.

* * *

Haïku

mélodie d'une âme
alizé pour un automne
la houle se creuse

Sommaire - Début de Page

 

Hélène SORIS
France

 

Haïku

Nuage en écharpe
repos juste avant la pluie
la montagne est noir

* * *

sur les rochers noirs
la vague saute et s'étend
sur le lit de nacre

* * *

ultime mitraille
au dernier jour de la guerre
meutre d'un enfant

* * *

Prochaines noces

Doigts tricotés sur les hiers
Rêves bâtis en cathédrales
Pierres de saisons empilées
Leur temps va vers l'éternité
Leurs cheveux blancs tissés en lés
Les garderont ensemble
Vêtus jusqu'au prochain printemps
Pourtant ils tremblent
Se rassurent dans un sourire
A leurs prochaines noces
Ils seront immortels..
Ensemble

* * *

Un seul baiser

Qu'on me donne juste quelques plumes
et je ferai une aile pour embrasser le ciel
Car je suis astrologue et un peu hors du temps

Pourtant!...
Je vois souvent le bleu il me cache les astres
Mais j'aime son espace il emporte l'écho

Mes doigts sont attachés à la sphère
au cristal évidé silence de lumière

Qu'on me fasse taire et qu'on laisse envoler
ma bouche de mensonges juste pour ce baiser
au monde.

Sommaire - Début de Page

 

Chris VERLON
France

 

Ce soir je te dirai des mots superbes
de ceux que l'on invente au chevet des enfants.
J'irai chercher le vent
pour qu'il m'apprenne
le chant d'amour de l'océan à la tempête.
Je te raconterai
les larmes des violettes
qui dorment dans un lit d'absente.
Je traduirai pour toi
le dialecte
des plus anciens brouillards,
de ceux que j'ai trouvés
tout au fond d'un regard
qui fixe en arabesque
le fil ténu
allant de l'ombre à la lumière.

Ce soir

J'aurai en moi la puissance insensée
Des plus grands,
Des plus fous.

Ce soir, je t'aimerai…

Sommaire - Début de Page

 

Pascal VILLARET
France

 

Foyer

Dans la maison, dort un silence confortable
- Les grands fauteuils de velours, la pendule -
Mais la cuisine résonne encore de cris - à table ! -
- Le feu dans son foyer s’obstine et brûle -

Tic-tac, tic-tac ; dorée, elle a sonné minuit
- De l’autre côté, midi, elle veille !
Le rôti attend les furieux appétits,
Et les assauts de l’enquiquineuse abeille -

Alors, les visages plongent dans les assiettes,
Les yeux s’écarquillent, demandent, questionnent,
Et les filles endiablées sont des soubrettes.

Mais, minuit, tout dort, et même l’atome
Refuse de bouger trop brusquement.
Je me couche et m’endors tout doucement.

Sommaire - Début de Page

Valérie VIVES
France

 

Délivrance

L'aube opaque était vaporeuse, comme engourdie,
elle projetait encore de vieux clichés jaunis.
Dans ma tête défilait une bande sonore,
sans savoir si c'était l'insomnie, ou l'ironie du sort.

Mon délit cette nuit fut de te vêtir d'une aura cristalline,
la parodie me faisant tressaillir, j'en avais brisé ta figurine.
Peu à peu la chrysalide de l'aube se livrait au petit jour
et en papillon lucide, je retrouvais tes sombres contours.

Le cocon froissé avait abrité nos amours tumultueuses,
les draps imprégnés, me rappelaient cette réalité véreuse.
Tellement de larmes versées au bord de notre chemin,
Dieu ne réunit que ceux, qui ont un ciel commun !

En m'arrachant à l'usurpateur, je pansais mes blessures,
il n'y avait jamais eu de vainqueur, seulement l'usure.
La clarté complice m'avait apporté de beaux souliers,
une paire unique, patinée d'espoir et vernie de liberté.

* * *

Nomade de l’esprit,
tu as couché à jamais
tes rêves sur l’établi,
et fermé
le lourd rideau de fer gris.
Dans un ciel irisé par la tramontane,
l’azur pleure cette grise trame.
La rue où tu es né demeure,
ses volets résolument fermés.
Sur cette terre aride,
entre figues écarlates
et kakis qui éclatent,
l’amandier porte aussi des fruits amers...
Tes petits yeux noisettes sont clos mon père.
Je dilue nos souvenirs futurs ou passés,
dans la certitude de se retrouver.
En parcourant ma conscience
plus que jamais,
tu es présent par ton absence.

Sommaire - Début de Page