Propos extraits du Forum

 

Mini sondage à propos du haïku

Réalisé en janvier 2002

Voici le tableau obtenu après discussion

Toujours
Le + souvent
Régulièrement
Eventuellement
Forme 5/7/5
*****
*
Court/long/court
****
**
Absence de verbe
***
***
Verbe au présent
*
**
**
Kigo
*
*
***
Brieveté du fait
*****
**
Absence de philosophie
**
****
*
Césure
*
*****
*

 

Jean-Pierre CLEMENCON - Belgique

A propos du haïku - message N° 1031 du 17/06/2002

Paradoxalement, c'est la forme de poésie régulière la plus minimaliste, la moins régie par les règles qui fait couler le plus d'encre ! Tout aussi surprenant est l'engouement de l'occident (1) pour une forme aux origines si lointaine de la nôtre par sa culture.
Les seules caractéristiques « visible » du haïku dans sa langue originelle sont : la succession quasi systématique de cinq, sept,
et cinq syllabes et le refus de la rime. Cette apparente simplicité de structure semble donner droit au tout un chacun de « faire de la poésie » (le « mirlitonnage » de salon de nos grand-parents, bien que soumis à des règles plus strictes, à la tasse de thé, aux confiseries et au petit doigt en l'air n'a pas atteint des sommets beaucoup plus élevés)

Si la majorité des traduction s'attachent à la structure 5-7-5 , les pays anglophones adoptent quelquefois la forme 3-5-3 et d'autres se contentent simplement de la succession court- long- court. Mais là n'est pas le fond du problème de la traduction poétique ,Georges Steiner dans son livre « After Babel -aspects of language and translation » met en évidence l'importance du respect de « l'esprit d'un texte » dans un travail de traduction.

L'écriture japonaise (sans parler de la calligraphie) est poésie par la structure de ses pictogrammes(2) . Un exemple très simple : En plaçant le pictogramme « soleil » au dessus du pictogramme « arbre » nous aurons « lumière » , si nous inversons la position de ces deux signes, nous obtenons « ombre »..quel dommage que mon clavier supporte mal l'encre de Chine !...

Pour illustrer cette difficulté de traduction, deux exemples d'un « tanka (3)» de Sugawara no Michizane ( 843-903) surnommé Kan-Ke poète et homme d'état sous le règne de l'empereur Uda

Kono tabi wa .........................5
Nusa mo tori-aezu..................7
Tamuke - yama......................5
Momiji no nishiki......7
Kami no mani - mani...7

Deux tentatives de traduction en anglais

Now what offerings to the gods
Could I dare bring
To Mount Tamuke?
Behold this gift
Of multicoloured leaves

At the present time,
Since I could bring no offering,
See Mount Tamuke!
Here are brocardes of red leaves
As a tribute to the gods

J'ai également découvert une troisième traduction en néerlandais (j'en épargne le lecteur tant elle est fantaisiste!) Les bonnes traductions, même si elles essaient de respecter la rythmique 5-7-5, s'attachent avant tout à l'esprit du haïku, à l'énoncé d'une image fugace, « Utiliser l'ordinaire tout en s'en libérant » dixit Buson(5)

Silence
Le cri des cigales
Taraude les roches

Bashô (1644 1694)

Le soleil couchant
S'attarde sur la queue
Du faisan doré

Buson (1715-1783)

Immobile et sereine
La grenouille fixe
Les montagnes

Issa (1763-1827)

Le Haïku trouve ses origine dans des collection de poèmes écrits par un grand nombre d'écrivains différent. Celle de Fujiwara Sadia datant de 1235 rassemble des textes écrits depuis l'an 670 environ jusqu'à sa publication.( le texte de Kan-Ke cité précédemment en fait partie) Générations après générations, ces collections très appréciées des japonais donnent lieu à des publications aux illustrations de grande qualité.

Ces poèmes sont également utilisés comme jeux de cartes dans lequel chaque carte en est un fragment, le jeu consistant à reconstituer l'ensemble du texte. Au Japon du 15e siècle, la forme poétique nommée renga a fleuri. Le renga(4) est un poème produit collectivement par plusieurs auteurs. Les membres ajoutent alternativement des versets de 17 syllabes (5, 7 et 5 syllabes) et de 14 (7 et 7 syllabes), et achèvent un poème composé de 100 versets. Le renga était un genre littéraire de haute tenue. On demandait aux membres, selon la tradition, de présenter leurs versets en se basant sur l'esthétique médiévale et en citant des classiques. Au 16e siècle, au lieu du renga, c'est le haïkaï - poème humoriste - qui est devenu populaire. Le haïkaï (haïkaï-renga) est un poème construit de versets de 17 et de 14 syllabes comme le renga, mais il parodie le renga en introduisant des blagues vulgaires à la mode. Les poètes de haïkaï se sont servis de jeux de mots et ont traité des choses de la vie quotidienne auxquelles le renga ne s'intéressait pas. Le premier verset (17 syllabes) du renga et du haïkaï est appelé "hokku". Les poètes de haïkaï ont commencé à présenter leurs hokkus comme les poèmes indépendants, ce qui est l'origine du haïku. On demandait, selon la tradition, d'adopter dans le premier verset du renga et du haïkaï un kigo (mot de saison). Donc, il s'est aussi imposé d'introduire un kigo dans un hokku (et dans un haïku). Basho Matsuo est connu comme le premier grand poète de l'histoire du haïkaï (et du haïku).

(1) Le moteur de recherche « Google donne 111000 résultats au mot « haïku »
(2) L'écriture japonaise utilise d'une part les pictogrammes issus du chinois (deux syllabaires de 48 caractères : les KANA et
d'autre part 1945 idéogrammes : les KANJI
(3) Tanka forme poétique composée d'un haïku (5-7-5) et d'une « réponse » (7-7)
(4) Glossaire : http://www.net.cl.spb.ru/frog/glossary- engl/enggl.html
(5) Buson : poète japonais (1715-1783)


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