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Histoire de l'enseignement en Belgique

Voir aussi: Histoire de l'enseignement

Enseignement rénové

Belgique: Le rénové responsable des échecs à l'université ? Voilà un mythe qui aura la vie dure. Et pourtant l'affirmation ne supporte guère l'épreuve de la critique. Prenons le cas de la faculté de médecine, à l'UCL. Entre 1960 et 1990, le taux de réussite en première candidature y est certes tombé vertigineusement, de 70% à 40%. Mais en regardant les statistiques de plus près, on constate que cette chute a surtout eu lieu... entre 1960 et 1970, c'est-à-dire avant l'introduction du rénové ! Depuis lors, le taux d'échec est resté relativement constant. Il est donc exclu d'incriminer l'enseignement rénové. Mais alors comment expliquer cette augmentation du nombre d'échecs ? Simplement en observant que le nombre d'étudiants inscrits est passé de 200 en 1960 à plus de 800 en 1970 ! Démocratisation de l'université ? En partie. Celle-ci redressa le tir en sélectionnant plus sévèrement. Le nombre des échecs passa de 60 à 450 sur cette période. Il reste qu'en 1970, 350 étudiants passaient leur première candidature de médecine, contre 140 seulement en 1960. (Louvain, août 1990, n° 10, p. 42-43.)

André Damseaux au journal Le Soir en 1986
" La suppression de l'enseignement rénové je l'aurais faite, même si cela n'avait entraîné aucune économie. Simplement par conviction politique. En l'occurrence, ce sont les exigences budgétaires qui m'ont permis d'atteindre cet objectif et non pas l'inverse. " ( . Cité par Pirard A.M., Le tableau noir de l'Ecole, Darré nougué éditeur, Verviers, 1991, p. 67.)

En 1985, François Perin dans la préface du livre de Louis Michel, Libres et Forts :
" Certains professeurs, plus militants que pédagogues, ont cru que le nouveau climat pédagogique ferait de la jeunesse, sous leur influence démagogique, un " instrument dialectique " de renversement de la société actuelle (...) Finalement, le nouveau système plus ou moins habilement utilisé à des fins idéologiques inavouées, engendra plus de jeunes gens désinvoltes, sceptiques, vaguement paresseux ou extravagants, égoïstes et de peu d'imagination que de bâtisseurs de la "nouvelle société socialiste". Au solde de tout compte, il y eut plus de punks que de marxistes. "

Arthur Bodson, recteur de l'Université de Liège en 1985 :
" Ce qui a surtout permis l'éclosion du rénové, c'était l'optimisme. C'était une période de générosité dont on ne pensait pas voir la fin. Mais écoutez, le paysage a changé. Les hommes politiques prennent conscience du fait que l'enseignement est une affaire de stratégie d'un pays. Les parents veulent un enseignement qui arme leur enfant pour la vie. Aujourd'hui les problèmes qui se posent sont de deux ordres. Primo, le rénové est devenu budgétairement insupportable. Ce n'est pas un argument mais une réalité. La collectivité n'est plus disposée à consentir un effort de cette ampleur. Secundo, il y a eu l'erreur fondamentale de vouloir garder ensemble les enfants au-delà de l'âge de douze ans. A cet âge-là, les enfants sont terriblement différents et c'est une erreur de vouloir traiter de la même façon des gens différents" (Le Soir, 20 novembre 1985.)

Ministre CVP de l'Education nationale (régime flamand), Daniël Coens: " Il n'y a pas 36 moyens pour faire des économies, dit-il. Je constate que le confort du rénové est supérieur. L'application des normes du rénové sur une école secondaire classique avec la même population scolaire, donne 30% d'enseignants en plus. " (De Morgen, 5 avril 1982.)

(voir aussi : critique patronale de la massification)

Austérité des années 80

à lui seul, le plan " Val Duchesse " de 1986 représenta une économie de 19,8 milliards, sur un budget enseignement de 280 milliards. (Dorchy, op. cit., p. 415 et Moutard F., L'enseigne ment, in Les portes de l'Ecole, La Revue Nouvelle, septembre 1990, p. 17.)

Yvan Ylieff, Parti Socialiste, 1992: " Val Duchesse restera dans la mémoire collective des enseignants comme le souvenir des années les plus noires de l'école " (Le Soir, 29 octobre 1992.)

Jean-Marie Leonard, Parti Socialiste, 1996: " Val-Duchesse était un premier pas qu'il fallait poursuivre " (Le Soir, 11 mars 1996.)

Entre 1960 et 1970, le budget de l'enseignement avait augmenté, en moyenne, de 11,4% par an. Durant la décennie suivante, la croissance s'était encore accélérée : 14,6% par an. Mais à partir de 1981, le budget n'augmente plus que de 3,5% par an, soit moins que l'inflation moyenne. On retombe brutalement d'une dépense publique qui avait atteint 6,9% du PNB en 1981 à 5,1% en 1990. Et pourtant, durant cette période, le nombre total d'élèves a continué d'augmenter. Non pas à cause de la natalité, qui avait plutôt tendance à réduire l'effectif scolaire, mais à cause de la prolongation de la scolarité obligatoire et à cause de l'augmentation régulière des taux de scolarité avant et, surtout, après la durée de l'obligation scolaire.
Au total, entre 1981 et 1987 les dépenses d'enseignement, pour les seules communautés française et germanophone, ont décru de 11 pour cent en termes réels. Pour 100 francs consacrés à chaque élève en 1981, la Communauté française ne dépensait plus que 93 francs en 1990; la Communauté flamande 95,7 francs.
( Institut national de Statistiques (Comptes nationaux) et calculs propres . OCDE, Examen, 1993, op.cit., p 47-48.)

Communautarisation

Réginald Savage, chercheur à l'Université Catholique de Louvain, a démontré dès 1991 que la loi de financement planifiait de facto une réduction de plus de 25% en dix ans et en termes relatifs (en % du PNB) des moyens affectés par l'Etat fédéral à l'enseignement, toutes Communautés confondues. Pour la Communauté française, une augmentation annuelle des salaires de 2% hors index, pendant dix ans, impliquerait une diminution d'au moins 20% du personnel à charge de la Communauté, ce qui représente plus de 25.000 emplois à supprimer. Du côté flamand, le problème a pu être temporairement écarté par la fusion de la Communauté et de la Région, qui offre, pendant un certain temps, la possibilité de transférer des moyens financiers d'autres secteurs vers l'enseignement. Mais ces facilités sont maintenant largement épuisées.
" Tous les ingrédients d'une situation structurellement - et non pas épidermiquement - explosive sont réunis : moyens réels en diminution régulière, besoins réels croissants à politique inchangée, impuissance fiscale et capacités d'emprunts sous haute surveillance. En conclusion, on voit que la Loi de Financement a établi pour une très longue durée une loi d'airain en matière de financement de l'enseignement, tant francophone que néerlandophone. " ( . Savage R., La problématique du financement de l'enseignement, in Regards pluriels sur l'enseignement, FOPES, Louvain-la-Neuve, 1991)

Pour quelle raison les négociateurs de la Loi de Financement se sont-ils accordés sur un texte qui semble aujourd'hui si incongru ? Lors des grandes grèves qui ont secoué la communauté éducative francophone de Belgique en 1990 et en 1995-96, des voix se sont élevées pour affirmer que le Parti Socialiste se serait fait " rouler " dans ces négociations. Certains jeunes représentants de ce parti, éloignés de toute responsabilité en 1988, se sont empressés de confirmer cette idée. Cette thèse de " l'erreur d'appréciation " ne tient pas la route. Tel est aussi l'avis de Pierre Bouillon et de Benoît Lechat, les spécialistes " enseignement " du journal Le Soir et de l'agence Belga :
" Les négociateurs de la loi de financement n'ignoraient pas que, tôt ou tard, la Communauté devrait assumer les frais d'une revalorisation des barèmes. Et ils savaient que la loi qu'ils venaient d'arracher si durement aux Flamands ne permettrait pas de la financer () En réalité, les artisans de cette loi savaient que tout ce qui devrait être financé en sus, devrait l'être sur le compte d'une meilleure gestion de l'enveloppe, et si nécessaire, par des réductions d'emplois. () Il y a donc eu un accord tacite sur le financement des augmentations " dans l'enveloppe " et, le cas échéant, sur le dos de l'emploi. " (Bouillon P., Lechat B., Enseignement : de la grève à la négociation, EPO, Bruxelles, 1991, p. 29.)
Bien avant le vote de la loi, certaines centrales syndicales avaient attiré l'attention sur l'effet " carcan budgétaire " de la loi de financement qui avait été négociée au château du Stuyvenberg. Georges Monard, le secrétaire-général du ministre flamand de l'enseignement, avait calculé que les écoles flamandes allaient perdre 14 milliards en dix ans, par suite de la communautarisation. Un calcul similaire conduisit le journal Le Soir à estimer la perte du côté francophone à 17,5 milliards.
Toutes ces mises en garde datent de 1988. Or, la loi ne fut votée que le 9 janvier 1989 par la Chambre et le 15 janvier par le Sénat. Les deux principaux négociateurs de la communautarisation de l'enseignement (le P.S. et le CVP) étaient donc parfaitement au courant des conséquences financières de ce qu'ils préparaient. Le CVP n'en a jamais fait mystère. Quant au Parti socialiste, non seulement il ne peut pas invoquer l'erreur, mais il ne peut pas davantage se retrancher derrière la difficulté des négociations avec le CVP. Faut-il rappeler qu'en dehors du P.S. et du CVP aucun des grands partis belges n'était réellement demandeur de la communautarisation ? Si le parti socialiste l'avait voulu, il aurait très bien pu bloquer tout le processus. Cela aurait provoqué la chute du gouvernement ? Sans doute. Mais des gouvernements belges ne sont-ils pas " tombés " pour bien moins que cela ? Si le P.S. n'a pas été jusque là, s'il n'a même jamais menacé de rompre les négociations, c'est que, tout comme le CVP, il était demandeur, non seulement de la communautarisation, mais également de la terrible rigueur budgétaire qui allait en découler.

Elio Di Rupo et l'UWE

A peine est-il installé dans ses nouvelles fonctions, qu'Elio Di Rupo reçoit Pierre Beausart, Philippe Delaunois et Serge Mousset, représentants de l'Union Wallonne des Entreprises, ainsi que Paul Van de Cruyce, le directeur-général de Fabrimetal-région wallonne . Rien ne filtre de leurs entretiens, si ce n'est cette déclaration finale de Pierre Beausart : " J'apprécie le langage clair et intelligent du ministre Di Rupo. Nous l'avons mis au courant de nos propositions et sa réaction nous a paru intéressée. Nous pensons que nos suggestions seront prises en considération parmi les formules qu'il étudie et dont certaines pourraient démarrer à la prochaine rentrée de septembre. " (L'Echo, 8 avril 92.)