Documentation en ligne
Enseignement : école et économie | idéologie | fonctions sociales | structures | financement | pédagogie | classement géographique | par type | par acteurs | historique Autres sujets : économie | philosophie | politique | histoire | sciences Listes : ressources | auteurs | dossiers | liens

Fonctions sociales de l'enseignement

Sélection sociale à l'école

Voir aussi: Réussite scolaire

Documents

  • Belgique néerlandophone

En Communauté flamande de Belgique, des chercheurs de la Katholieke Universiteit Leuven, ont mis en évidence la détermination sociale de l'orientation dans l'enseignement secondaire. Ils ont par exemple montré qu'une quatrième année d'enseignement général comptait, en Flandre, 5,4% d'enfants d'ouvriers non qualifiés et 20,4% d'enfants de cadres.
Dans une quatrième année professionnelle, ces proportions s'inversent : 21,6% d'enfants d'ouvriers, contre 3,7% d'enfants de cadres . Un autre résultat, fort intéressant, concerne l'orientation des élèves vers une " première B " lors de leur entrée dans l'enseignement secondaire. En principe la première année secondaire est commune en Belgique : c'est la "première A " (en Flandre) ou la " première année d'observation " en Communauté française. Mais en pratique on conserve
une " première B " (ou " première accueil " en Communauté française) afin d'y orienter les élèves sortis de prilaire avec de trop grandes difficultés. Les chercheurs de la KUL ont pu constater que, si l'on considère un ensemble d'élèves ayant
tous des tests de Q.I. qui les situent dans le dixième centile, la probabilité d'aboutir dans une " première B " est de 35 % pour un fils d'ouvrier n'ayant qu'un diplôme de l'école primaire, alors qu'elle est presque nulle pour une fille dont le père est universitaire .

  • Allemagne

En Allemagne, différents travaux réalisés sous la direction du professeur Walter Müller, de l'université de Mannheim, ont mis en évidence l'inégalité des chances dans l'enseignement. Il a notamment montré que 90% des enfants de cadres supérieurs ou de pères exerçant une profession libérale et 80% des enfants de cadres inférieurs parviennent au terme de la sixième année du Gymnasium (la filière " noble ", qui conduit à l'université). Par contre, seulement 45% des enfants d'ouvriers qualifiés et 30% des enfants d'ouvriers non qualifiés atteignent ce stade .

Dans des sociétés où la main d'uvre immigrée constitue pour grande partie la couche la plus défavorisée de la population, on ne s'étonnera pas de voir la sélection sociale prendre aussi la forme d'une sélection ethnique. Les travaux de l'équipe de Mannheim ont ainsi pu montrer que les enfants issus de l'immigration sont, plus souvent que les autres, orientés vers les filières " au rabais ". A 13-15 ans, les jeunes Allemands autochtones se répartissent à peu près à parts égales entre les trois filières : 35,4% fréquentent une Hauptschule (enseignement professionnel, avec ou sans apprentissage), 32,7% une Realschule (école moyenne) et 31,4% un Gymnasium. Chez les jeunes d'origine turque, la situation est totalement différente : 70,6% fréquentent une Hauptschule, 22,3% une Realschule et seulement 7,1% un Gymnasium . A l'âge de 19-21 ans, il ne reste plus qu'un jeune Turc sur 27 au Gymnasium, contre un Allemand de souche sur cinq .

  • Suède

Les pays scandinaves passent pour être à la pointe de la démocratisation de l'enseignement. Assurément, l'école unique jusqu'à 16 ans, comme on la pratique en Suède ou au Danemark, constitue un indéniable progrès par rapport aux
systèmes éducatifs fortement hiérarchisés que l'on connaît en France, en Belgique, aux Pays-Bas ou, pire encore, en Allemagne et en Autriche. Pour autant, la sélection sociale n'est pas éliminée, loin s'en faut. Mais elle n'apparaît évidemment, par la force des choses, qu'à partir de l'enseignement supérieur. En Suède par exemple, les enfants d'ouvriers semi- ou non-qualifiés ne constituent que 11% des étudiants de l'enseignement supérieur, alors qu'ils représentent 20% des jeunes en âge de scolarité supérieure. A l'inverse, les enfants de cadres supérieurs ou de professions libérales sont sur-représentés : 25% des étudiants, alors que leur part théorique devrait être de 14%.

Un fils ou une fille de cadre ou d'un père exerçant une profession libérale, a 8,5 fois plus de chances d'entrer dans l'enseignement supérieur qu'un enfant d'ouvrier non qualifié. L'enfant d'un diplômé de l'enseignement supérieur long
(plus de 3 ans après le gymnasium) a 9,2 fois plus de chances d'entrer lui-même dans l'enseignement supérieur que celui d'un père n'ayant pas étudié au-delà de le " grundskolan " (l'enseignement de base commun jusqu'à 16 ans). Ces ratios
n'ont guère évolué en dix ans.

A vrai dire, ces chiffres pourraient encore sembler " acceptables " si on les compare à la situation qui prévaut dans d'autres pays. En Belgique, par exemple, les enfants d'ouvriers ne constituent que 7,3% des étudiants d'université . Mais les moyennes suédoises cachent des disparités bien plus fortes, notamment selon le type d'enseignement supérieur. En médecine, la représentation des enfants de cadres supérieurs affiche 49%. Les enfants d'ouvriers (peu ou non qualifiés),
sont surtout présents dans les formations paramédicales (17 à 15%) et les écoles d'instituteurs (18 à 13%), quoique toujours en proportion inférieure à leur part dans la population.

Ce sont les grandes universités et les écoles supérieures de haute réputation qui concentrent l'élite sociale. L'Université de Stockholm (8.700 nouveaux inscrits par an, ce qui en fait le plus grande université suédoise) compte 66% d'enfants de
cadres ou d'employés intermédiaires, contre seulement 14% d'enfants d'ouvriers. La prestigieuse école supérieure de commerce de Stockholm n'accueille que 4% d'enfants d'ouvriers, mais 57% d'enfants de cadres et 23% d'enfants d'employés intermédiaires. Les milieux populaires, eux, fréquentent surtout les petites écoles supérieures (Högskolan) .