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Référence |
Attac-Sorbonne, Groupe Education, Analyse du rapport jeunes et politiques publiques du Commissariat Général du Plan, Paris, Avril 2001 |
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Privé |
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Date entrée |
01/08/01
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Mots-clés, rubriques |
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Commentaire |
Commissariat Général du Plan, France, OCDE, marchandisation |
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Quest ce que le Commissariat Général du Plan ? : Le Plan est une structure qui propose à moyen et long terme les orientations politiques et économiques pour le pays. Sous la houlette du Premier ministre, il rend des rapports dans tous les domaines.
Il vient de rendre un rapport sur les jeunes et politiques publiques qui propose des évolutions qui, si elles étaient appliquées, bouleverseraient en profondeur le système éducatif français.
Le Commissariat Général du Plan sest attaché à reformuler la question jeune , en prenant en compte de nouvelles données, telles que lentrée dans la nouvelle économie de la connaissance et louverture de lappareil productif à la compétition mondiale. Le CGP constate un passage plus tardif à lâge adulte, laccès à lemploi étant retardé dans tous les pays dEurope : lallongement de la période de scolarité et du temps de recherche dun premier emploi est un phénomène général dans tous les pays de lOCDE.
Jusquà aujourdhui, selon la commission, lobjectif des politiques publiques était à la fois délever le niveau déducation des jeunes et de leur permettre de sadapter aux évolutions présentes et à venir des besoins de lappareil socio-productif . Mais la commission considère quaujourdhui la coordination entre la demande des entreprises et la politique éducative ( loffre ) est insuffisante : la hausse du niveau déducation ne sest pas accompagnée dun accroissement équivalent de la qualification des emplois occupés par les actifs récents.
Dautre part, la formation initiale joue un rôle de plus en plus marqué dans le parcours des jeunes, notamment en termes quantitatifs ( 19 ans en moyenne ). Selon le CGP, il faut prendre en compte le poids croissant des diplômes dans laccès à lemploi, laugmentation générale du niveau de formation rendant la situation difficile pour les jeunes sortis du système scolaire sans diplôme : cette catégorie est particulièrement touchée par le chômage.
On constaterait donc un poids croissant des inégalités sociales, dautant plus que laccès aux différents niveaux déducation continue de refléter la hiérarchie des catégories socioprofessionnelles des familles dorigine : Comment parler dun sort moyen entre des jeunes qui auront bénéficié de vingt-sept années de scolarité, largement supportée par lallocation publique, et ceux qui nauront effectué quune dizaine dannées de formations pas toujours couronnées par un diplôme ?
Les jeunes faiblement diplômés subiraient systématiquement la précarité causée par la flexibilité des organisations productives. Chômage et précarité rendraient difficile laccès au logement, maintiendraient dans la dépendance (familiale) et limiteraient la mobilité géographique, tout en accentuant des phénomènes de marginalisation et dexclusion.
Daprès la commission, lindépendance relative du monde de léducation et du monde de lentreprise créerait une différenciation des sorts et favoriserait les inégalités sociales : dun côté les jeunes surdiplômés se verraient offrir des emplois généralement en-deçà de leur niveau détudes, de lautre les jeunes faiblement diplômés seraient confrontés au chômage, à la précarité, et nauraient pas de possibilité dascension sociale.
Quelles sont les solutions proposées par le Plan pour répondre à ces inégalités ?
Tout dabord, il est prévu que Chaque individu dispose à sa naissance dun capital égal de formation garanti par lEtat, défini à ce stade, en nombre dannées de formation On propose que ce capital initial soit égal à 20 années (II-1 page 12).
Le capital initial, qui sépuise au fur et à mesure de son utilisation, sera ré-alimenté par la suite à travers lexercice dune activité professionnelle (II-1 page 12).
On glisse ainsi dune gestion par la collectivité de la formation de chacun à une responsabilité individuelle devant son propre capital formation .
En instaurant ce système, on limite pour certains laccès à lenseignement gratuit ( rappelons que le temps moyen passé à lécole est de 19 ans). Ce capital étant épuisé, la poursuite des études sera donc à la charge de lindividu et ne relèvera plus de la sphère publique.
Le Plan émet ensuite lidée, non partagée au sein même de la Commission, dun capital initial de formation défini en nombre dannées impliquerait logiquement que ce Capital sépuiserait et conduirait ainsi à rendre les études payantes après 20 années de consommation (II-1 page 17).
Ainsi, le CGP prévoit un engagement minimal et standardisé de lEtat envers chaque individu au cours de la formation initiale . Si cela permet en effet daugmenter faiblement le temps détude des plus défavorisés on ne voit pas comment cela réglerait le problème des inégalités sociales dans la mesure où seuls les plus avantagés auront les moyens financiers de compléter leur formation.
Le Plan cherche à promouvoir un droit minimal à léducation : Le rapport privilégie une formation courte qui permet ainsi de garder une part de capital initial en réserve pour une future évolution (II-1 page 13)
En encourageant les jeunes à utiliser leur capital formation pendant leur formation initiale, le Plan veut pousser les jeunes à rentrer plus vite sur le marché du travail, pour éviter que les jeunes ne soient tentés par des études longues .
Cest ainsi quil propose la création dune allocation formation : Si le jeune poursuit des études, il bénéficie, à partir de 18 ans, dune allocation de formation (II-1 page 19).
Fixer trop haut, ce niveau (le montant de lallocation formation) risquerait dinfléchir les comportements trop systématiquement vers des études longues à temps plein alors même que lon prétend par ailleurs rendre attractifs dautres parcours dimplication (II-1 page 27).
La logique qui se profile derrière le rapport du CGP apparaît ici clairement : Les entreprises créant de plus en plus demplois, avec le retour de la croissance, elles ont besoin dune offre de main duvre jeune plus disponible sur le marché du travail. Il faut dissuader ces jeunes de tenter des études longues. Le Plan explique ainsi que les jeunes pourront continuer leurs études pendant leur expérience professionnelle. Or, nous savons très bien que peu de travailleurs, entrés très jeunes sur le marché du travail, trouve lénergie et la volonté de reprendre des études, en passant de nouveau d'un monde social à un autre.
Dautre part, en réduisant lengagement de lÉtat vis à vis de certains il est probable que lon cherche à créer un vide éducatif qui sera récupéré par le lancement systématique de logiciels de formation et autres outils informatiques vendus par Internet. Lidée dune gestion individuelle de la formation tout au long de la vie introduit la notion dauto-formation , laquelle correspond à une volonté parallèle de créer un marché de léducation.
Enfin, La volonté qui transparaît dans cette proposition est de réduire le temps de formation initiale et de rendre léducation plus flexible, à limage de la sphère productive. Chacun devra économiser sur son capital formation afin de pouvoir sadapter aux nouvelles offres demploi.
Ainsi, en voulant remédier aux inégalités que le rapport décrivait dans sa première partie, Ces propositions concrètes risquent en fait de les accentuer encore plus, en encourageant les jeunes à quitter plus tôt le système scolaire.
Au fond, le problème du CGP nest pas de mieux armer les jeunes face au monde de lentreprise, en leurs enseignant des connaissances générales et un savoir critique. Le problème du Plan est plutôt de mieux ajuster loffre éducative à la demande demplois des entreprises.
La suite va le confirmer pleinement.
Le Plan propose deux grands axes pour transformer le système éducatif :
- La régionalisation
- Ladaptation aux besoins économiques locaux
La régionalisation consiste dans le fait de gérer léducation à léchelle de la région : Lélaboration de projets éducatifs (
) aux diverses échelles du territoire constitue une démarche pour organiser une offre déducation et de formation adaptée aux besoins de chaque territoire (II-3 page 15).
Ce défi (celui du droit à léducation formation tout au long de la vie) appelle aussi lamorce dune phase nouvelle en matière de territorialisation de la politique éducative de la collectivité, à travers la définition et la mise en place de projets éducatifs territoriaux (II-3 page 14).
On pourrait considérer que le niveau régional puisse constituer le niveau pertinent pour assurer une gestion territorialisée du droit à léducation formation tout au long de la vie (II-2 page 17).
Le principal risque que comporte cette réforme serait la perte du cadre national des diplômes. Le simple fait que la valeur dun diplôme varie en fonction de la région dans laquelle il a été obtenu pose en soi un problème et doit être combattu.
Dautre part, ladaptation aux besoins économiques locaux. Le Plan expose ici de la façon la plus explicite ladaptation du système éducatif aux exigences des entreprises.
Ces projets (territoriaux déducation et de formation) viseraient en premier lieu à inscrire léducation et la formation dans les enjeux du développement des territoires et donc pourraient permettre de mieux articuler lexercice du droit individuel avec les besoins économiques, sociaux et culturels du territoire (II-2 page 16).
Leffectivité du droit dépendra à la fois des initiatives des individus et des choix que feront la collectivité et les entreprises sur la manière dhonorer cette créance et de faire évoluer les offres existantes afin dajuster de manière dynamique les aspirations des individus dune part et les besoins de la collectivité et du système productif dautre part (II-1 page 15).
Les universités sont invitées à être en contact plus étroit et en relation continue avec tous les acteurs économiques et sociaux et à s'ouvrir encore plus largement qu'elles ne le font aujourd'hui aux formations professionnalisantes (II-3 page 17).
En bref, le CGP propose quune coopération systématique seffectue entre les établissements scolaires et les entreprises privées. Il sagirait de faire en sorte que chaque établissement détermine ses programmes en fonctions des besoins économiques locaux et participe ainsi au développement de la région en formant une main-duvre adaptée aux besoins des entreprises.
Conformément à ce qui est discuté actuellement au niveau européen, il sagira de promouvoir lesprit dentreprise au sein des établissements scolaires : Les systèmes d'éducation devraient réexaminer leurs pratiques afin de déterminer ce que la participation des entreprises pourrait leur apprendre pour motiver les apprenants et donner une nouvelle perspective aux établissements scolaires ou instituts de formation (Rapport de la Commission européenne sur les objectifs concrets futurs des systèmes déducation.31/01/2001). Le paragraphe 26 de ce rapport de la commission européenne indique la nécessité dinstaurer un climat favorable à la création et au développement dentreprise novatrice .
Il ne sagit pas pour nous, en dénonçant ces tendances de fond, de sopposer à toute forme de professionnalisation. Celle-ci existe déjà aujourdhui dès le collège et lycée, dans les filières technologiques. Il sagit dexiger que cette professionnalisation ne devrait advenir quà la fin des études, au terme dune formation générale et polyvalente, qui permet de donner aux élèves des savoirs et des outils critiques pour être mieux armés sur le marché du travail.
Cette tendance à développer ladaptation directe de loffre éducative locale à une demande locale ne peut que fragiliser à terme les jeunes salariés. Car si la demande change, sous leffet dune évolution de la conjoncture économique, les jeunes salariés, trop spécialisés sur certaines tâches et peu armés pour sadapter, deviendront alors des employés kleenex .
Dautre part, la commission prévoit un nouveau système de validation des connaissances qui dispenserait un titre correspondant au brevet des collèges actuels, dautres validations seffectueront au cours du parcours professionnel de chacun et seront répertoriées sur une carte personnelle de compétence . Mais ces validations correspondront à des formations spécifiques mises en uvre par le biais de constat sur les besoins locaux.
Cet ensemble de propositions visant à réduire les distances entre linstitution scolaire et les entreprises et à préparer les élèves au monde du travail en développant lapprentissage de compétences adaptées à ce dernier au niveau local, pose bon nombre de problèmes.
En sadaptant de manière quasi-unilatérale aux entreprises, lécole néchappe-t-elle pas tout simplement à un contrôle démocratique ? Le contenu des enseignements, durant une formation si courte et soumises aux impératifs économiques, ne seront-ils pas considérablement appauvris ? Une conception à ce point utilitariste de léducation ne risque pas de sembarrasser de matières telles que lhistoire ou la philosophie.
De plus, sattaquer aux diplômes nationaux est encore une manière de promouvoir lidée dune marchandisation de léducation : on peut lire dans un rapport de la Commission européenne de 1995, Le rapport de lERT (Europeen Round Table, la Table des industriels européens) a insisté sur la nécessité dune formation polyvalente incitant à apprendre à apprendre tout au long de la vie. La Commission a insisté sur la nécessité dun encouragement à la production européenne de logiciels éducatifs.(
)Lindividu doit pouvoir faire valider des compétences indépendamment du fait quil passe ou non par une formation diplômante
Chacun devrait pouvoir disposer, sil le désire, dune carte personnelle de compétences où seraient portées les compétences ainsi validées. Ainsi, à terme en abolissant le cadre contraignant du diplôme national on risque de remplacer la relation élève/maître par une relation producteur/consommateur au sein de laquelle, comme on sait, la séduction due aux processus publicitaires prendrait le pas sur la dignité du savoir.
Enfin, ces mesures, si elles sont adoptées, remettent explicitement en causes le rôle des enseignants : La responsabilité de la formation doit être en définitive assumée par lindustrie ( ce qui est prévu par le plan puisquil suggère que lon entre le plus tôt possible dans le monde du travail),
le monde de léducation ne semble pas bien percevoir le profil des collaborateurs nécessaires à lindustrie,
léducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique
léducation vise à apprendre , non à recevoir un enseignement,
(rapport de lERT, février 95, lors dune réunion extraordinaire du G7, cité par Gérard de Sélys et Nico Hirtt dans Tableau Noir). Les enseignements ne seront plus dispensés par des professeurs, garant de la culture et de lindépendance de lesprit, mais par des spécialistes en ressource humaine . Ainsi, dans le même ordre didée la commission européenne : De même, le rôle des enseignants a évolué ils ne représentent plus l'unique source d'un savoir qu'ils dispensent à un public respectueux; leur rôle, aujourd'hui, est davantage celui d'un tuteur chargé de guider les apprenants sur un parcours qui leur est propre (Rapport de la Commission européenne sur les objectifs concrets futurs des systèmes déducation.31/01/2001 p6). Le Plan reprend les ambitions affichées par les organismes supranationaux.
On peut regretter que le CGP nait dautres ambitions pour lécole que celle de former une main-duvre docile, dont on évaluera les comportements et les compétences et non les connaissances et les capacités à formuler des jugements pertinents et critiques, indépendamment des préoccupations pratiques (bien quessentielles) du développement économique des régions. Il est tout aussi regrettable que ce quil appelle citoyenneté active ne soit en définitive que laptitude individuelle à sintégrer dans le monde du travail et à gérer de manière autonome son capital formation tout au long de la vie.
Il sagit toujours au cours de ce rapport dadapter linstitution publique aux transformations du marché du travail et notamment à la précarité et à la flexibilité, ce qui sous-entend que cest létat actuel de linstitution scolaire qui est la cause des inégalités entre les jeunes, et de leurs difficultés à sintégrer sur le marché du travail.
Lécole a sans doute besoin de mieux orienter les élèves et de les préparer au monde du travail, mais doit-elle le faire en sasservissant aux entreprises et au prix de son intégrité ?
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