Colloque CGPME
MIEUX AFFRONTER LES DEFIS DU 21e SIECLE L'APPEL DU 18 MAI 1999

Allocution du président Rebuffel
Allocution de Claude Allègre

Allocution de Nicole Pery

Partenariat " Education Nationale ", " Formation Professionnelle ", " CGPME " : un BTS et une Maîtrise pour des entreprises plus performantes : c'est le thème général de l'importante réunion publique qui a regroupé plus de 500 personnes le mardi 18 mai 1999, au siège de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises à Puteaux, en présence de Claude Allègre, Ministre de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie et Nicole PERY, Secrétaire d'Etat aux Droits des Femmes et à la Formation Professionnelle.

On y présentait les deux diplômes d'Etat : le " BTS Assistant de gestion PME-PMI " et la " Maîtrise universitaire Adjoint de dirigeant PME-PMI ", fruits d'une réflexion et d'un travail exemplaire de dix ans.

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ALLOCUTION DU PRESIDENT REBUFFEL (extraits)

Monsieur le Minisre,

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Nous ne sommes pas ici à l'Assemblée Nationale, si prompte à s'enflammer sur les grands sujets bien que ce soit notre réflexe lorsqu'on nous parle des 35 heures. Nous n'avons pas, non plus, l'esprit échauffé qui se manifeste à tout propos chez telle ou telle catégorie concernée de vos si nombreux fonctionnaires, de vos trop nombreux fonctionnaires, dès lors que vous touchez, avec bon sens, aux notions d'économie budgétaire, de rentabilité du personnel ou du meilleur service à offrir aux élèves et étudiants.

(…)

Depuis près de 10 ans, en effet, la CGPME a ressenti la nécessité d'un rapprochement, puis, plus ambitieusement, d'un partenariat entre deux mondes qui s'ignoraient quasiment jusqu'alors : " l'économique " et " l'éducatif ", de façon à mieux former, à tous niveaux, les collaborateurs indispensables au développement des entreprises en général, des PME et des PMI en particulier.

En effet, malgré de nombreux efforts consulaires, professionnels, interprofessionnels, et des résultats notables tout de même, ces deux mondes, " l'économique " et " l'éducatif " se sont longtemps trop ignorés, quand ils ne nourrissaient pas, l'un par rapport à l'autre, une certaine défiance. Tout ceci en termes vagues souvent sous tendus par l'idéologie ou au plan de principes doctrinaires agités par telle ou telle école de pensée…

Toutefois, au sein de notre Confédération, depuis longtemps déjà, l'éducation et la formation professionnelle continue étaient devenues, grâce aux initiatives de notre Président fondateur Léon GINGEMBRE, des domaines privilégiés de l'action de la C.G.P.M.E.

Vous savez, en effet, que, par l'AGEFOS PME, organisme à gestion totalement paritaire, fondé en 1972 par la C.G.P.M.E. et les cinq centrales syndicales de salariés, nous assurons la collecte et la gestion de près des trois quarts des sommes versées par les entreprises dans le cadre interprofessionnel, soit près de 3 Milliards de francs par an.

L'AGEFOS PME a joué ainsi au fil du temps un rôle grandissant et désormais irremplaçable, en matière de conseil auprès des PME sur les questions de formation. Je rappelle que près de 200 000 entreprises adhèrent et versent leurs contributions à l'AGEFOS PME.

Nous avons aussi fondé l'AGEFA, il y a une poignée d'années, et nous répartissons déjà, grâce à une gestion tripartite, cette fois, avec l'Education Nationale et tous les Syndicats de salariés, environ 250 millions de taxe d'apprentissage à plus de 8 000 écoles chaque année. C'est l'Etat qui nous a permis cette performance laquelle a revitalisé des établissements souffrant naguère - avant la réforme - d'une pénurie de taxe lorsqu'elle était trop centralisée dans des organismes qui n'avaient pas suffisamment le sens de la pluralité des besoins professionnels.

Nous avons également créé, il y à 5 ans, l'AGEFICE qui a formé près de 100 000 " travailleurs indépendants " durant la période. C'est dire la soif de formation qui sévit dans nos rangs.

(…) C’est la montée en puissance et donc la place croissante des PME dans le domaine de la formation. Deux types de statistiques le démontrent avec clarté : d'abord celles concernant les contrats d'apprentissage et les contrats de qualification : la très grande majorité des contrats d'apprentissage, 85 % des contrats de qualification et 75 % des contrats d'adaptation sont passés dans des entreprises de moins de 200 salariés.

Ensuite celles concernant les créations (nettes) d'emplois révélées par l'UNEDIC : du 1er Janvier 1981 au 31 Décembre 1997, tandis que les grandes entreprises " mondialisées " supprimaient plus d'un million d'emplois et sortaient ainsi, sur la pointe des pieds, du pacte économique et social national, les PME qui vivent et meurent, comme le lierre, sur le lieu où elles sont nées, créaient elles, sur place, pour nos enfants, un million et demi d'emplois nouveaux " marchands ". Elles constituent désormais un facteur clé et incontournable pour la survie du tissu économique français dans le cadre de l'aménagement du territoire et pour la survie de nos fameux acquis sociaux collectifs.

C'est pourquoi la C.G.P.M.E. participe et participera activement aux évolutions du nouveau système éducatif que vous voulez instaurer notamment en vue de développer les formations professionnalisées permettant à notre jeunesse qui ne peut toute s'expatrier de s'épanouir dans les frontières de notre pays sans avoir à se résigner à se croiser les bras pour un jour avoir peut être à se révolter devant cette résignation qui touche désormais 6 millions de Français.

 

Intervention de Claude Allègre, ministre de l’éducation nationale, de la recherche et de la technologie, à la CGPME le 18 MAI 1999

Je vous dis d’abord ma satisfaction pour le travail effectué depuis de nombreuses années et notamment depuis 1990, avec la mise en place de la Commission CGPME - Association " Université-Entreprise ". Cette collaboration a été exemplaire. Vous avez choisi de célébrer aujourd’hui le Brevet de Technicien Supérieur " Assistant de Gestion PME/PMI " dans lequel 13 000 étudiants sont engagés. Vous avez également choisi d’honorer la Maîtrise Universitaire d’Administration, pour Assistant de chef d’entreprise, dans un IUP. Vous savez peut-être que j’ai créé les IUP lorsque j’étais conseiller spécial de Lionel Jospin et j’y suis particulièrement attaché. Vous avez évoqué tout cela avec un souci, dans le dernier cas, d’un aménagement du territoire puisque qu’il y en a à Valenciennes, Tours, Nanterre, Lyon, Pointe-à-Pitre, Clermont-Ferrand, Evry. Vous avez ainsi fait preuve d’un sens des responsabilités remarquable, en partenariat avec l’Education Nationale. Vous êtes impliqués dans divers organismes : la Commission Consultative IUT/IUP, les Commissions Professionnelles Consultatives, les Commissions Pédagogiques Nationales, la Commission du Titre d’Ingénieur et en 1998, grâce à vous, a été créé l’Institut européen PME-PMI à l’IUP de l’Université de Clermont-Ferrand. Vous avez montré la voie d’un partenariat fructueux qui ne demande qu’à s’épanouir.

Je vais vous parler des mesures prises et de celles que nous sommes en train de prendre, à la fois sur la réforme de l’enseignement et sur celle de la recherche et de la technologie. Je vais vous donner des statistiques exactes sur le contrôle des militaires pendant les deux jours. Je recevais hier le général Fassier, qui est responsable de cette question.

A 18 ans, 11% des jeunes qui sortent du système éducatif ont des difficultés de lecture. Et il y a 3,5% d’illettrés. En partenariat avec des fondations d’entreprises, en utilisant des cadres d’entreprise, des militaires et des enseignants à la retraite, nous allons faire une grande fondation avec le général Fassier pour faire de la remédiation : de ces 3,5% d’abord, puis des 11% de jeunes dont je parlais précédemment. Ce qui est remarquable dans l’étude militaire, c’est que sur ces 11% qui ont des difficultés de lecture, il n’y en a que 1% qui accepte une remédiation venant de l’école. Les autres refusent catégoriquement cette voie. La seule voie qu’ils acceptent, c’est celle qui se fait en partenariat avec des entreprises. Ils veulent bien rattraper leur retard dans le cadre d’un début d’insertion. C’est à la fois une condamnation très dure de l’Education Nationale et en même temps un hommage de l’attraction qu’ont les entreprises sur ces jeunes.

Nous avons besoin de travailler ensemble sur ces domaines.

Pendant des années, nous avons vécu dans ce pays avec un débat complètement idiot qui consistait à opposer culture générale et formation professionnelle. C’est un débat ridicule et dépassé. Il faut que toute personne sortant du système éducatif ait à la fois une culture générale et une formation professionnelle. Sans culture générale de base, les reconversions ne sont pas possibles. Et sans formation professionnelle, l’entrée dans le monde du travail n’est pas possible. Il faut qu’entre un Lycée Général et un Lycée Professionnel, la proportion de formation générale et professionnelle soit différente et qu’elle existe partout. Ca veut dire que dans les lycées généraux, il faut que tout le monde sache écrire une lettre, faire un rapport, lire un tableau de chiffres, un certain nombre de données de base qui sont valables partout. Et ça veut dire inversement que dans les lycées professionnels, on peut avoir droit à un enseignement de musique ou de littérature. Il faut avoir cet équilibre et c’est là l’esprit de cette réforme.

Je vais vous parler plus particulièrement de l’enseignement professionnel intégré, plus que d’enseignement en alternance. Dans l’enseignement professionnel intégré, nous voulons que l’ensemble des lycées professionnels impliqué, y compris les enseignants, qui doivent être en contact avec les entreprises pour rester opérationnels.

Autrement dit, des relations non pas de contiguïté mais de continuité. Là-dedans, nous avons l’aide à l’élève et celle des éducateurs. Ces aides-éducateurs qui auront une solide formation de 5 ans, je ne souhaite pas en faire des fonctionnaires. Ce serait un vivier pour l’embauche des entreprises, notamment au sein des lycées professionnels.

Je crois que l’orientation se fait au collège. La raison pour laquelle on oriente les élèves en négatif vers l’enseignement professionnel, c’est cet intellectualisme français qui considère que tout ce qui n’est pas ésotérique et dénué de tout rapport avec la réalité prime sur le reste. Confère les mathématiques pures et les mathématiques appliquées. Par ailleurs, les enseignants de collège n’ont aucune culture technologique. L’une des choses essentielles maintenant est de faire en sorte que les gens qui vont orienter les élèves aient une culture technologique, même si cela est difficile. Nous le ferons dans le cadre des IUFM. Et pourquoi ne pas instituer un stage en entreprise obligatoire dans la formation des enseignants, ce qui changera le système de relations.

Sur la mise en place de la mission Education-Economie-Emploi, nous souhaitons adapter qualitativement et quantitativement les formations à l’emploi. Nous constatons aujourd’hui que près de 10% des places en IUT et en BTS ne sont pas pourvues. Par ailleurs, dans certains secteurs tels que la mécanique, l’électrotechnique, l’électronique et l’hôtellerie, il y a une demande sans qu’il n’y ait en face de formation. Nous voulons faire cela en liaison avec le Ministère de l’Emploi et celui de l’Economie et des Finances pour donner une sorte de panorama des formations. Les discussions devront se faire au niveau de chaque Académie car je ne crois pas au gouvernement pas le haut pour ce genre d’adaptation. La CGPME sera dans le Conseil qui va diriger l’ensemble de cette mission Education-Economie-Emploi.

Sur l’harmonisation européenne, il y aura une prochaine réunion à Bologne. 30 pays européens nous ont suivi dans cette idée. Il s’agit d’une harmonisation et non d’une uniformisation européenne. Dans le passé, toutes les tentatives de fabriquer des diplômes uniques européens se sont soldées par un échec, parce que chacun a ses particularités et veut les garder. En fait, il s’agit de trouver des niveaux passerelles qui sont reconnus et qui permettent le passage d’un pays à un autre et de valider les études faites dans un autre pays. Pour la France, nous avons choisi deux niveaux : pré-licence et mastère. Le mastère sera le même partout en Europe. Nous allons pouvoir introduire le mastère dans les grandes écoles et le faire entrer dans le circuit diplômant européen. Nous allons ainsi permettre un rapprochement Universités/grandes écoles et à l’inverse, au niveau licence, il y aura des concours sur titre qui se feront pour l’entrée aux grandes écoles. Nous avons donc assoupli notre système. Le niveau Bac + 3 va concerner la mise en place de la licence professionnalisée. J’ai souhaité que l’espace européen que nous ouvrons ne soit pas réservé aux seuls étudiants des Universités, mais que les diplômes d’écoles d’ingénieurs et de Commerce puissent voir leurs diplômes reconnus à l’étranger. De même, j’ai souhaité que les titulaires d’un DUT ou d’un BTS puissent, soit par une poursuite d’études immédiate, soit par le biais de la formation continue et de la validation des acquis professionnels, atteindre ce niveau de référence européen. C’est en effet le sens initial de notre démarche. Mais depuis un an que nous discutons ensemble, les Organisations Professionnelles, le Ministère, les Universités, je pense qu’est née l’idée que ce nouveau diplôme est une nécessité, car il répond à un vrai besoin de nos entreprises. Vous avez d’ailleurs donné un avis positif sur un projet de cahier des charges de cette licence et je m’en réjouis. Nous allons ensemble permettre aux titulaires du diplôme à Bac + 2 professionnalisant d’élargir leurs compétences par le biais de ces formations. Nous allons donner une formation professionnelle en un an aux diplômés d’un DEUG qui souhaitent sortir de l’Université et entrer dans le monde du travail. Par conséquent, nous ne supprimons aucun des diplômes existants : ni DUT, ni BTS.

Pour certains, nous pouvons aller jusqu’à la licence professionnalisée.

C’est ensemble que nous créerons le diplôme national. Nous en prenons le principe cette année. Puis, nous nous donnons un an avec des discussions branche par branche, secteur par secteur, pour le mettre en place à la rentrée de l’an prochain.

L’année dernière, nous avons fait un premier concours sur la formation continue. 13 universités ont été primées. La première condition est qu’elles soient ouvertes 12 mois sur 12, ce qui est quand même une révolution dans ce pays, et de décerner tous les diplômes en formation initiale ou continue en utilisant la validation diplômante des acquis professionnels.

La recherche distribuée ou l’aide à la recherche : dans le plan U3M de l’aménagement du territoire et qui est pour les PME-PMI, ce sont les plates-formes technologiques. Dans les lycées professionnels, dans les IUT, dans les BTS, dans les filières techniques des Universités, il y a d’abord des équipements extrêmement sophistiqués qui ne servent malheureusement au mieux que pendant un tiers de la durée de l’année. Il faudrait que ces équipements puissent être utilisés par les PME-PMI qui en font la demande. Mais plus généralement, nous voudrions monter autour de ces équipements une infrastructure de recherche sur des sujets concrets. Nous allons installer des plate formes technologiques un peu partout en France. Il y a beaucoup de potentialités de recherche qui pourraient être exploitées si les liens avec les entreprises locales se faisaient convenablement. L’aspect juridique est également très important.

Le 3 juin, je présenterai à l’Assemblée Nationale, après l’avoir fait passer au Sénat, la loi sur l’Innovation, qui est une loi importante parce qu’elle donne l’autorisation aux chercheurs, aux enseignants chercheurs et aux enseignants des lycées professionnels de pouvoir aller travailler pendant un certain nombre d’années dans les entreprises ; de pouvoir conseiller les entreprises ; de pouvoir être membre du Conseil d’Administration, alors que c’est interdit aujourd’hui ; de pouvoir faire de la consultance sans perdre le statut de fonctionnaire. Ils pourront être détachés pendant six ans ou créer une entreprise, tout en préservant leur statut. Cela va permettre aux Universités et aux grands organismes de recherche d’avoir des relations contractuelles, commerciales avec l’ensemble des entreprises. Autrement dit, nous ouvrons là des possibilités très importantes sur la collaboration Entreprise/Université. J’ai été très fier que cette loi ait été votée au Sénat, à l’unanimité des groupes.

Concernant la création d’entreprises innovantes, nous avons mis en place un fonds de capital-risque de 600 MF qui est devenu un milliard. 200 MF de fonds d’amorçage, 100 MF pour les incubateurs et 100 MF pour un concours de création d’entreprises innovantes. 1 500 dossiers ont été présélectionnés pour ce concours, sur plus de 4 000 demandes. C’est un concours à idées qui se fait région par région. J’ai obtenu avec difficulté que dans les jurys, il n’y ait pas de fonctionnaires du Ministère. Il n’y aura que des chercheurs et des responsables d’entreprise. Le Concours National aura lieu pour les meilleures idées. Nous devons profiter de cela pour assouplir la réglementation et permettre un essaimage. Pour nous, le partenariat entre les entreprises, l’Education Nationale, la recherche et la technologie, ce n’est pas une idée, c’est une évidence, c’est une nécessité. Dans ce partenariat, chacun reste soi-même en respectant un contrat.

Je pense que la solution du problème de l’emploi, vous l’avez entre vos mains. Si vous l’attrapez à bras-le-corps et si ensemble nous faisons reculer le chômage, vous trouverez dans le gouvernement de Lionel Jospin des gens qui sont prêt à faire que, par toutes les simplifications de procédure et toutes les aides possibles, ensemble, nous gagnions cette bataille de l’emploi, parce que c’est le combat pour notre Pays.

 

INTERVENTION DE NICOLE PERY SECRETAIRE D’ETAT AUX DROITS DES FEMMES ET A LA FORMATION PROFESSIONNELLE PRESENTATION DU BTS 'ASSISTANT DE GESTION' ET DE LA MAITRISE UNIVERSITAIRE 'ADJOINT DE DIRIGEANT PME-PMI' CGPME - le 18 MAI 1999

Monsieur le Président,Monsieur le Ministre,Mesdames, Messieurs,

L’événement qui nous réunit aujourd’hui pourrait paraître anodin à un observateur peu familier des questions de formation. Pourquoi tant de cérémonie pour présenter officiellement deux nouveaux diplômes alors qu’on reproche régulièrement au système français d’accorder trop d’importance aux titres et aux diplômes ? Il est vrai que l’on recense actuellement 687 diplômes professionnels de l’Education nationale, 349 titres du ministère de l’emploi et de la solidarité, 660 titres des autres ministères, sans parler des 706 titres homologués émanant d’ organismes divers et 300 certificats de qualification professionnelle élaborés par les branches professionnelles !

Mais précisément, me direz vous, les diplômes qui sont présentés aujourd’hui "ne sont pas comme les autres" , et cela justifie pleinement que la CGPME ait souhaité entourer leur lancement d’une certaine solennité. Il est vrai que le BTS assistant de gestion PME-PMI et la maîtrise universitaire " adjoint de dirigeant PME-PMI " constituent des innovations importantes. Je ne me prononcerai pas sur leur degré de pertinence au regard de la nature des emplois préparés car je ne suis pas une spécialiste des questions de gestion. Ce qui me frappe plutôt, au regard de mes responsabilités ministérielles, c’est qu’ils constituent deux bons exemples de la nouvelle génération de diplômes et de titres que Claude Allègre et moi appelons de nos voeux :

l’un et l’autre ont été construits en tenant le plus grand compte de la réalité des activités de travail. Dans un domaine comme celui de la gestion, seule cette volonté de rapprocher la certification du contenu réel des emplois pouvait faire apparaître la spécificité des PME-PMI. Du point de vue académique, les disciplines qui se réfèrent à la gestion différencient peu les petites et moyennes entreprises des grandes. Mais si l’on les contours et les contenus des emplois de gestionnaire, la taille de l’entreprise est certainement un élément déterminant. Ces deux nouveaux diplômes ont pleinement pris en considération cette réalité.

Par ailleurs, les acteurs qui ont procédé à leur élaboration semblent avoir eu le souci de construire cette certificationen la rendant accessible aussi bien à des jeunes en formation initiale qu’à des adultes en formation continue ou encore àdes personnes qui souhaiteraient faire valider leurs acquis professionnels.

Enfin, il y a manifestement une volonté de revaloriser des formations dites de niveau III et II, en organisant une filièrequi offre de vraies possibilités d’insertion à des jeunes qui n’aspirent pas à faire des études longues.

Les trois éléments que je viens d’évoquer sont au coeur de la réflexion que nous menons actuellement, en liaison étroite avec l’Education nationale, sur la réforme de notre système de formation professionnelle . Claude Allègre vous dira sûrement tout à l’heure ce que ce type d’initiative représente par rapport au développement de professionnel intégré. Pour ma part j’insisterai sur les transformations que je souhaite engager avec tous les dans le domaine de la formation continue.

Dans le diagnostic sur le fonctionnement de notre système que j’ai présenté en mars dernier en conseil des ministres, j’ai mis l’accent notamment sur deux objectifs qui rejoignent tout a fait les préoccupations qui semblent avoir animé les créateurs de ce BTS et de cette maîtrise.

Tout d’abord l’objectif de professionnalisation des jeunes. Les difficultés que rencontrent les jeunes générations doivent nous conduire à repenser l’insertion professionnelle, non pas en aménageant une période de "transition" entre vie scolaire et vie de travail, mais plutôt en favorisant un processus graduel de professionnalisation qui commence au sein même du système éducatif et qui se prolonge tout au long des premières années sur le marché du travail. Ce n’est pas en multipliant les stages de toutes sortes que nous viendrons à bout de ce défi majeur pour notre société mais en étendant progressivement à l’ensemble des jeunes les principes de la formation par alternance. Cette formation par alternance peut s’effectuer aussi bien sous statut scolaire que par l’apprentissage ou par l’accès à un contrat de formation par alternance. Cette diversité de voie est un des atouts de notre système. Sachons le préserver car il nous donne des souplesses que d’autres pays n’ont pas. L’objectif de professionnalisation signifie que les jeunes doivent être accompagnés dans leur parcours jusqu’à ce qu’ils aient pu accéder à la maîtrise d’un métier par une formation alternance ou par l’obtention d’un emploi dont la qualification est reconnue. Cela implique des partenariats forts entre le système éducatif, les acteurs économiques et les organismes intervenants dans le domaine du placement et de l’aide l’insertion. La création de ces deux diplômes est une concrétisation de ce partenariat et de cette démarche de professionnalisation.

Le deuxième objectif est celui du développement de la validation des acquis. Depuis 1992, il est possible d’accéder à un diplôme en faisant valider les connaissances et les savoir-faire acquis à travers l’expérience professionnelle. Nous n’avons sans doute pas mesuré suffisamment la portée de cette réforme au moment où elle a été adoptée. Une grande partie de la population active n’a qu’un faible niveau de formation initiale. Environ 30 % n’a pas dépassé le niveau V et près de 40 % n’ont pas de diplôme professionnel supérieur au CAP. Et pourtant ces personnes ont, à travers une expérience professionnelle parfois très riche, des compétences nombreuses et appréciées des entreprises. Mais ces compétences ne sont pas validées et, par conséquent, ne sont pas toujours reconnues, notamment en cas de mobilité professionnelle. Permettre à des adultes d’accéder à une véritable reconnaissance de leur qualification sans les obliger à effectuer la totalité d’un cursus de formation est donc un objectif essentiel. Les diplômes et les titres sont encore trop souvent considérés comme la sanction d’un parcours de formation initiale. Progressivement, ils devront être accessibles aussi bien par la formation initiale que par la formation continue ou la validation des acquis professionnels.

Je sais que cela heurte bien des habitudes. Il est significatif que, malgré les dispositions législatives adoptées en 1992, la validation des acquis n’ait connu jusqu’à présent qu’une progression très modeste. Si nous voulons lui donner nouvel élan, il faudra non seulement sensibiliser l’ensemble des acteurs à cette démarche mais revoir également construction même de nos titres et de nos diplômes. Malgré les efforts accomplis ces dernières années, beaucoup d’entre eux privilégient encore trop les modes d’apprentissage scolaire et ne prennent pas suffisamment en compte conditions effectives de mise en oeuvre des savoirs dans les situations professionnelles. Les deux diplômes qui officiellement présentés aujourd’hui me semble une très bonne illustration de ce vers quoi nous devons nous orienter. Ils suscitent manifestement un grand intérêt auprès des jeunes, si j’en juge par le nombre de ceux qui se sont engagés dans les cursus de formation correspondants. Nous aurons pleinement montré leur pertinence lorsque nous aurons fait la preuve qu’ils sont accessibles aussi bien par des jeunes en formation initiale que par la voie de la formation continue et la validation des acquis.

L’engagement de la CGPME dans la construction de ces nouveaux diplômes est donc très positive et je tiens à l’en féliciter. Je suis persuadée, à l’issue de l’ensemble des entretiens que j’ai conduit pendant cette phase de diagnostic, que c’est dans les petites et moyennes entreprises que se joue le devenir de notre système de formation professionnelle. Elles jouent un rôle essentiel dans le développement de l’alternance sous contrat de travail. L’AGEFOS PME accompli un travail d’impulsion des contrat en alternance qui est décisif. Si les branches professionnelles ont incontestablement leur rôle à jouer dans ce domaine, notamment pour favoriser de véritables politiques d’intégration des jeunes en fonction des caractéristiques propres à chaque secteur de l’industrie ou des services, le travail de terrain, au plus près des petites entreprises, dans une logique territoriale, demeure un des atouts essentiels de réussite du processus de professionnalisation que j’évoquais il y a un instant.

C’est également à travers les efforts accomplis dans les PME que nous parviendrons à redonner toute sa portée à la formation continue. Comme je l’ai souligné dans le livre blanc, elle doit être à la fois un facteur de performance économique et de cohésion sociale. Au cours de mes déplacement sur le terrain, j’ai eu l’occasion de visiter des PME qui réalisent des choses remarquables dans ce domaine. Il s’agit le plus souvent d’entreprises particulièrement performantes dans leur secteur d’activité. Pour elles, la formation n’est pas une charge supplémentaire ou une contrainte à laquelle il faut se soumettre dans le cadre de leur politique sociale ; c’est un investissement stratégique, directement lié à leurs efforts en matière de réorganisation du travail et développement de nouvelles technologies et de nouveaux produits. Les inégalités d’accès à la formation demeurent cependant très marquées en fonction de la taille des entreprises. Il nous faudra sans doute un peu de temps pour combler les écarts qui existent aujourd’hui. Mais je suis persuadée que nous sommes sur la bonne voie. La concertation que j’engage dés à présent sur la base du diagnostic réalisé par le Secrétariat d’Etat, devrait nous permettre d’imaginer collectivement des solutions pour rendre notre système plus lisible, plus performant, et plus équitable. Il nous faudra en particulier trouver un meilleur équilibre entre le nécessaire développement des plans de formation dans les entreprises et l’accès à une qualification pour tous ceux qui connaissent de nombreuses ruptures dans leur vie professionnelle. Nous devons tout mettre en oeuvre pour réduire l’écart qui s’est progressivement creusé entre une logique d’adaptation à court terme des compétences dans les entreprises et une logique individuelle d’accès à une formation. C’est dans cette perspective que j’ai proposé aux partenaires sociaux de réfléchir à la mise en place d’un droit individuel transférable et garanti collectivement. Je suis persuadée que la CGPME apportera une contribution essentielle à ce débat. La manifestation de ce matin me confirme dans cette idée en démontrant sa capacité à coopérer avec l’Etat pour mettre en place des actions qui répondent à la fois aux aspirations des salariés et au souci de compétitivité économique des entreprises.