La raison numéro un pour laquelle des entreprises étrangères
viennent s'installer en France est, selon une enquête du journal
l'Expansion, la qualité de notre système d'enseignement.
C'est pourquoi je considère que tenir, dans des enceintes comme
celle-ci, des propos tendant à ternir l'image de notre système
d'enseignement, c'est mener une mauvaise action contre notre pays.
Dans le même temps, il faut moderniser et transformer ses méthodes,
sa gestion : elle doit être plus réactive, plus transparente,
plus efficace.
Adapter l'école aux défis de demain, instaurer une gestion
moderne du service public de l'école, ce sont deux volets indissociables
; c'est, en fin de compte, le même projet.
(...) il faut que cette école ne soit pas en retard dans sa
modernisation par rapport à ce qui peut se produire dans un secteur
qui a de plus en plus tendance à devenir marchand.
Compte Rendu Intégral du discours prononcé par CA au
Sénat le 12/12/99 :
http://www.senat.fr/seances/s199912/s19991212/s19991212_mono.html#chap3
NTIC
Quand nous sommes arrivés au pouvoir, d'après l'indicateur
mis en place par les sociétés américaines de logiciels,
la France était huitième en Europe dans l'emploi d'Internet
par les adolescents. Nous sommes numéro un maintenant !
Tous les lycées sont câblés et 70 % des collèges
le sont. Nous portons maintenant notre effort sur l'école.
Et cet effort en matière de nouvelles technologies sera prolongé
par un effort en matière de télé-enseignement, domaine
dans lequel nous sommes d'ores et déjà le troisième
opérateur mondial.
Compte Rendu Intégral du discours prononcé par CA au
Sénat le 12/12/99 :
http://www.senat.fr/seances/s199912/s19991212/s19991212_mono.html#chap3
Tout au long de la vie
Dans la deuxième partie de l'année (2000), nous entamerons
le grand chantier, notre grand chantier. Mais ce sera difficile parce qu'il
se heurtera à un sentiment bien français. Ce chantier,
c'est la formation, l'éducation diplômante tout au long de
la vie.
Compte Rendu Intégral du discours prononcé par CA au
Sénat le 12/12/99 :
http://www.senat.fr/seances/s199912/s19991212/s19991212_mono.html#chap3
Contre la privatisation façon US
Il a été question que l'éducation fasse partie
des domaines de discussion de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)
à Seattle le 30 novembre. Cette hypothèse vous a-t-elle inquiété
?
- Nous sommes à un tournant historique. Deux nouvelles m'ont
inquiété. Il y a eu récemment à Upsala une
réunion sur l'implantation des universités américaines
en Europe, à laquelle nous n'étions pas conviés, comme
par hasard. Il y a ensuite la tentative d'inclure l'éducation dans
les champs de négociation discutés par l'OMC, ce qui a été
refusé, notamment par l'Europe.
» On voit donc actuellement des volontés de privatiser
l'enseignement. Pour ma part, je suis attaché d'une manière
indéfectible au service public d'enseignement, je dirais même
un service public avec ses spécificités nationales, même
si l'on met en place une harmonisation européenne. Pourquoi ? Parce
que c'est le fondement de la République. L'égalité
des chances pour tous est essentielle. Ce sont nos repères culturels,
historiques. L'enseignement uniformisé conduirait à un monde
uniforme « one teaching, one thinking ». Que
nos étudiants aillent étudier aux Etats-Unis, en Angleterre,
etc, c'est absolument souhaitable, mais que les Américains installent
leurs universités dans le monde entier, toutes sur le même
modèle avec le même cursus, ce serait une catastrophe. Nous
préparons la contre-attaque, y compris dans le domaine de l'enseignement
à distance.
- La généralisation d'Internet dans les écoles
ne risque-t-elle pas d'accélérer ce mouvement d'uniformisation
?
- La deuxième mutation concerne les méthodes d'enseignement.
La méthode traditionnelle est celle issue de la pratique religieuse,
c'est le prêtre qui décerne son savoir et le disciple qui
apprend. Maintenant, c'est l'interaction. La volonté des élèves
n'est pas seulement d'écouter, c'est de poser des questions c'est
d'inter-réagir. Et c'est la plus grande difficulté pour les
professeurs. Quand vous lisez les témoignages de ce que j'appellerai
la tendance archaïque, Finkielkraut étant l'exemple-type, vous
voyez : « Ils ont qu'à m'écouter, c'est moi qui
sais »... Sauf que c'est fini, les jeunes (et même les
très jeunes) n'en veulent plus. Beaucoup d'enseignants ont compris
cela, mais pas tous. Et cette évolution va s'accélérer.
» Toutes les tâches répétitives du professeur
vont être préenregistrées, stockées, mais le
professeur sera, lui, essentiel parce que l'enseignement va devenir personnalisé.
Il sera un guide, un maître à apprendre, une référence
de savoirs. C'est pourquoi, dans notre réforme des lycées,
le travail personnel encadré, l'aide à l'élève
représentent réellement une brèche. On peut garder
la base de l'école républicaine avec un certain nombre de
savoirs classiques, fondamentaux, et en même temps introduire des
méthodes modernes d'enseignement. On a à faire la synthèse
des deux. Le grand enjeu est là. La qualité de notre corps
enseignant nous permet d'espérer beaucoup, s'il sait se mobiliser.
Claude
Allègre contre l'Amérique, interview, Le Monde, 24/11/99
" Nous allons vendre notre savoir-faire à l'étranger, et nous nous sommes fixé un objectif de 2 milliards de francs de chiffre d'affaires en trois ans. Je suis convaincu qu'il s'agit là du grand marché du XXIe siècle. Un seul exemple : un pays comme l'Australie gagne 7 milliards de francs grâce à l'exportation de ses formations (22). " Les Echos, 3 février 1998.
Liens Ecole-entreprise
Mais on est en train de changer tout le système
! La dynamique du changement se poursuit. C'est le fruit d'une
volonté politique. Vous seriez parvenu à réconcilier
l'Education nationale avec les entreprises ? Les deux univers
s'ignorent pourtant depuis des décennies...
j'ai tenu bon, face aux adversaires du changement Les mentalités
évoluent c'est le résultat qui compte. Et c'est
ce que je voulais. C'est ma stratégie. Mais je ne lai
pas fait systématiquement, sortons de la caricature.
Par exemple, sur les rapports entreprises-écoles, vous
ne m'avez vu faire aucun éclat. Là, il fallait travailler
discrètement.
(L'EXPANSION n°608, 4-7Nov 1999 )