ERT : Au niveau européen, la Table Ronde des Industriels Européens multiplie les rapports et lance un " cri d'alarme ". Elle réclame qu'on s'attache à " repenser et redéfinir les priorités de l'éducation en Europe, pour l'axer sur les besoins futurs ". En effet, les industriels européens " constatent avec inquiétude que l'éducation ne satisfait pas entièrement les besoins de l'économie ".i
ERT : La Table Ronde des Industriels Européens regrette que " le monde de l'éducation demeure en deçà de cette évolution ", qu'il " ne perçoit pas la nécessité du changement avec autant d'acuité que le monde économique ".ii
CE : Assénée sans arrêt depuis cinq ans, la thèse a fini par être largement admise. La Commission des Communautés Européennes note avec satisfaction " la fin des grandes querelles doctrinales sur la finalité de l'éducation. (...) Les passerelles entre l'école et l'entreprise se sont développées. Cela montre que les barrières culturelles ou idéologiques qui séparaient l'institution éducative et l'entreprise se défont. "iii
ERT : La Table Ronde Européenne dit d'ailleurs que " l'accent devrait être mis davantage sur l'introduction de l'innovation que sur un quelconque exercice de réduction brutale des coûts ".iv
Selon la Table Ronde des Industriels Européens (ERT), " des raisons idéologiques ou autres empêchent les établissements d'enseignement de contribuer au développement des aptitudes et compétences qui attirent l'entreprise ".v " L'Europe, dit encore l'ERT, autorise et même encourage ses jeunes à prendre le temps de poursuivre des études " intéressantes ", sans relation avec le marché du travail, avec souvent même peu d'espoir d'application pratique. "vi Ces propos datent de 1989. Six ans plus tard, l'ERT constate encore toujours que les liens des institutions éducatives " avec les réalités du monde du travail semblent souvent ténus, sinon inexistants ".vii
" C'est en s'adaptant aux caractères de l'entreprise de l'an 2000, dit la Commission européenne, que les systèmes d'éducation et de formation pourront contribuer à la compétitivité européenne et au maintien de l'emploi. "viii
" La démarche de qualité ", disent les penseurs de la Commission européenne, " suppose une meilleure prise en compte du destinataire du service, qui doit être replacé au centre des préoccupations ".ix
"Le dé"veloppement technique et industriel des entreprises exige clairement une rénovation accélérée des systèmes d'enseignement et de leurs programme". "L'éducation et la formation sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l'entreprise". "L'industrie n'a qu'une très faible influence sur les programmes enseignés". Les enseignants ont "une compréhension insuffisante de l'environnement économique, des affaires et de la notion de profit". Ils "ne comprennent pas les besoins de l'industrie".
Importance du " capital humain
ERT : " Le développement technique et industriel des entreprises européennes exige clairement une rénovation accélérée des systèmes d'enseignement et de leurs programmes. "
La Table Ronde des Industriels Européens. x
Rappelons que la Table Ronde est l'un des plus puissants lobbies patronaux européens. Les représentants de la grande industrie s'y réunissent en vue d'une réflexion commune sur les forces, les faiblesses, les prévisions de développement et les besoins de leurs entreprises. Ils y définissent une stratégie et une action communes. Depuis 1989, l'enseignement est un souci constant de ce groupe de pression. Parmi la cinquantaine de sociétés qui participent régulièrement à ces travaux, les Belges figurent en bonne place. L'un d'eux, François Cornélis, PDG de Petrofina, préside d'ailleurs le Groupe de travail Education de la Table Ronde. A ses côtés, on trouve des représentants de Fiat, la Lyonnaise des Eaux, Nestlé, Philips, Volvo, Olivetti, Danone... Rien que du beau monde.
Un premier rapport sur l'enseignement, publié en 1989, s'ouvre ainsi : " La connaissance fait maintenant partie intégrante de l'industrie européenne. Il y a un avantage concurrentiel à tirer de l'élévation du niveau des connaissances de ses employés, donc de ses compétences. Compétence et éducation sont des facteurs de réussite vitaux. C'est la raison pour laquelle les conclusions de la Table Ronde Européenne rappellent l'importance stratégique de l'éducation pour la compétitivité européenne. "xi
Six ans plus tard, un nouveau rapport de l'ERT souligne derechef que " la clé de la compétitivité de l'Europe réside dans la capacité de sa force de travail à relever sans cesse ses niveaux de connaissance et de compétence ". Mais l'ERT va plus loin et s'intéresse désormais à " la manière d'adapter globalement les systèmes d'éducation et de formation permanente aux défis économiques et sociaux ".xii
Dans son Livre Blanc sur l'éducation et la formation, la Commission européenne voit aussi dans l'éducation le principal moyen, pour les pays européens de " maintenir leur place, continuer à être une référence dans le monde ". Pour la Commission, " il s'agit bien de mettre la recherche d'une formation adaptée aux perspectives de travail et d'emploi au coeur des préoccupations ".xiii
En 1989, le groupe de pression patronal de la Table Ronde des Industriels européens (en anglais : ERT, European Round Table) publie son premier rapport sur l'enseignement, clamant que " l'éducation et la formation sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l'entreprise ". Dès lors, " le développement technique et industriel des entreprises européennes exige clairement une rénovation accélérée des systèmes d'enseignement et de leurs programmes ".xiv
la Commission européenne estime également que les travailleurs " devront évoluer et s'adapter de plus en plus pour acquérir de nouvelles compétences " et que " cette stratégie d'amélioration des compétences est pour l'Union la seule manière de relever les défis posés par l'adaptation au nouvel environnement ".xv
Esprit d'entreprise
Pour la Commission des Communautés Européennes, " la formation à l'esprit d'entreprise, visant à développer la créativité, l'initiative et l'autonomie chez les personnes en formation " est un " concept-clé ".xvi Une enquête menée par la Table Ronde Européenne auprès d'un échantillon d'employeurs industriels du Vieux Continent a révélé que ceux-ci perçoivent, chez les enseignants et les élèves, " une compréhension insuffisante de l'environnement économique, des affaires et de la notion de profit ".xvii
Partenariats Ecole-entreprise
la Table Ronde des Industriels européens suggère de " multiplier les partenariats entre les écoles (et) les entreprises ". Elle invite les industriels à " prendre une part active à l'effort d'éducation " et demande aux gouvernements " d'associer les industriels aux discussions concernant l'éducation ".xviii
La Table Ronde des Industriels Européens va même jusqu'à conseiller à ses membres de créer " un organisme chargé d'étudier la façon dont certaines matières sont enseignées à l'école ".xix
Quant à la Commission européenne, elle nous assure que " pour les femmes et les hommes en formation ", un rapprochement entre l'école et l'entreprise " accroît les chances d'accès à l'emploi ".xx
" première condition " de l'adéquation est, pour reprendre l'expression de la Commission européenne, " l'ouverture de l'éducation sur le monde du travail "xxi.
la Commission européenne estime que " rapprocher l'Ecole et l'entreprise " est une priorité. Pour y parvenir, le Livre Blanc de 93 sur la compétitivité et l'cmploi suggérait déjà de développer des incitants fiscaux et légaux afin d'encourager le secteur privé et le monde des affaires à s'investir directement dans de l'enseignementxxii.
Alternance
Dès le milieu des années 80, le rapport de la Table Ronde des Industriels Européens, recommandait " l'apprentissage et les formations combinant l'école et le travail, car ils procurent aux jeunes un terrain pour l'exercice de leur métier ".xxiii
A peu près au même moment, comme pour montrer l'efficacité du lobbying de la Table Ronde, la Commission des Communautés Européennes jugeait que l'un des objectifs prioritaires en matière d'enseignement professionnel était de " renforcer les systèmes d'apprentissage et les systèmes de formation fondés sur l'expérience au travail ".xxiv La Commission plaidait en faveur du développement de programmes à grande échelle visant à " offrir aux élèves et aux enseignants, dans le cadre de la scolarité obligatoire, une certaine expérience directe du monde de l'industrie ".
Le Groupe de Réflexion Education-Formation de la Commission européenne propose, lui aussi, d'impliquer fortement l'entreprise dans la formation professionnelle " parce qu'elle la fait mieux "xxv.
Enseignement et emploi
La Table Ronde Européenne affirme que
" les causes du fort taux de chômage en Europe, ou tout au moins de son accroissement, (...) sont à rechercher dans l'inadéquation et l'archaïsme de ses systèmes de formation "xxvi.
" Plusieurs secteurs de l'économie européenne manquent de main-d'oeuvre qualifiée... l'offre de qualifications ne correspond pas à la demande " renchérit la Table Ronde Européennexxvii.
" Tous les citoyens, qu'ils soient actifs ou non, ont besoin d'être éduqués, et bien éduqués " souligne le dernier rapport de la Table Ronde des Industriels européensxxviii.
Travailleurs flexibles, adaptables
, " l'organisation de l'entreprise évolue vers plus de flexibilité et de décentralisation ", explique la Commission européenne. Les employeurs réclament des travailleurs " autonomes, capables de s'adapter à un changement permanent et de relever sans cesse de nouveaux défis ".xxix
" Caractérisée comme elle l'est par une concurrence de plus en plus féroce et par une extraordinaire flexibilité professionnelle, notre société a besoin de travailleurs plus adaptables et de plus en plus à même d'exercer différents types de tâches " explique un rapport rédigé par la cellule Eurydice de la Commission européenne. " Aujourd'hui, poursuit ce document, il ne suffit plus de savoir lire, écrire et compter, il faut en outre maîtriser les nouvelles formes de communication et d'accès à l'information, plusieurs langues étrangères, etc. Les connaissances évoluent à un rythme tel que les écoles sont contraintes de se borner à doter les élèves des bases qui leur permettront de développer par eux-mêmes leurs connaissances dans les domaines qui les intéressent - il est en effet impossible de "tout" leur enseigner dans un monde où la somme de connaissances et d'informations augmente de manière exponentielle ".xxx
" Ceci signifie, explique la Commission européenne dans le rapport Une Europe de la Connaissance, qu'il faut plus que jamais encourager, tout au long de la vie, la créativité, la flexibilité, l'adaptabilité, la capacité d'apprendre à apprendre et à résoudre des problèmes. C'est à ces conditions que nous éviterons l'obsolescence désormais rapide des qualifications. "xxxi
Comme le soulignait le Conseil européen, à l'occasion du lancement de la deuxième phase du programme d'action communautaire en matière de formation professionnelle, le programme Leonardo da Vinci : " dans un monde en évolution rapide, notamment sous l'effet des changements technologiques et de la société de l'information, la frontière entre éducation et formation devient de moins en moins étanche ".xxxii
Pour la Table Ronde, si la population européenne doit s'engager dans un processus d'apprentissage " du berceau au tombeau ", c'est parce que " l'intégration croissante de la connaissance dans l'environnement industriel transforme les travailleurs en acteurs de la connaissance ".xxxiii
lors d'une réunion extraordinaire du G 7 consacrée à la " société de l'information ", les industriels de l'ERT enfoncent le clou dans un nouveau rapport (8) : " La responsabilité de la formation doit, en définitive, être assumée par l'industrie. [...] Le monde de l'éducation semble ne pas bien percevoir le profil des collaborateurs nécessaires à l'industrie. [...] L'éducation doit être considérée comme un service rendu [...] au monde économique. [...] Les gouvernements nationaux devraient envisager l'éducation comme un processus s'étendant du berceau au tombeau. [...] L'éducation vise à apprendre, non à recevoir un enseignement. [...] Nous n'avons pas de temps à perdre. " (Une éducation européenne, vers une société qui apprend. Rapport de la Table ronde européenne des industriels, ERT, février 1995.)
Compétences
D'un côté, il y a donc les connaissances de base qui, dit la Commission européenne, " constituent le socle sur lequel se construit l'aptitude individuelle à l'emploi "xxxiv
Il s'agit désormais, comme le recommande en 1997 le Conseil européen réuni à Amsterdam, " d'accorder la priorité au développement des compétences professionnelles et sociales pour une meilleure adaptation des travailleurs aux évolutions du marché du travail ".xxxv
Aujourd'hui, " aucune formation générale ne peut se dispenser de préparer à une compétence professionnelle " décrète le rapport du Groupe de réflexion sur l'éducation et la formation mis en place par la Commission européenne.xxxvi
" L'accent doit être mis sur une solide éducation générale de base ainsi que sur un faisceau de compétences favorisant l'innovation. "xxxvii
Dans son Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l'emploi, la commission européenne précise : " la capacité de développer et d'agir dans un environnement complexe et hautement technologique, caractérisé, en particulier, par l'importance des technologies de l'information ; la capacité de communiquer, de nouer des contacts et d'organiser ; etc. Ces compétences incluent, en particulier, la capacité fondamentale d'acquérir de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences, d'apprendre à apprendre tout au long de la vie. Les carrières des personnes se développerons sur base de l'extension progressive de leurs compétences. "xxxviii
La Commission européenne soutient explicitement cette évolution. Elle indique par exemple dans le Livre Blanc sur l'Emploi, que " la transition du système d'éducation au monde du travail devrait être facilitée par une orientation plus pratique de la formation "xxxix.
Commission européenne, " développer des actions aidant à l'anticipation des besoins et à l'évolution des profils professionnels "xl.
NTIC
" Une initiation généralisée aux technologies de l'information est devenue une nécessité " juge en effet la Commission européenne.xli
Pour la Table Ronde des industriels européens, l'introduction de ces nouvelles technologies à l'Ecole " comme discipline fondamentale d'enseignement et de formation " doit assurer " 1. une culture informatique universelle dans la société de l'information naissante ; 2. l'émergence de concepteurs, de fournisseurs, d'opérateurs et d'utilisateurs compétents dans le domaine des technologies de l'information. "xlii
Selon les estimations de la Commission européenne, la quasi-totalité des établissements scolaires de l'Union seront connectés au " net " d'ici l'an 2002, 2005 au plus tard.xliii
: " Il n'y a pas de temps à perdre. La population européenne doit s'engager dans un processus d'apprentissage tout au long de la vie [...]. L'usage approprié des TIC (technologies de l'information et de la communication) dans le processus éducatif va imposer d'importants investissements en termes financiers et humains. Ils généreront des bénéfices à la mesure des enjeux [...]. II faudra que tous les individus qui apprennent s'équipent d'outils pédagogiques de base, tout comme ils ont acquis une télévision (18). " Investir dans la connaissance - L'intégration de la technologie dans l'éducation européenne, ERT, Bruxelles, février 1997.
Citoyenneté
La Table Ronde des Industriels Européens juge également que " l'apprentissage des valeurs fondamentales est d'une importance vitale (...) L'exercice adéquat du vote démocratique dépend de la capacité critique de l'individu face aux options proposées et de sa capacité de résistance aux propagandes. "xliv
pour la Commission européenne, " l'apprentissage de la citoyenneté active inclut l'accès aux capacités et aux compétences dont les jeunes auront besoin pour participer efficacement à l'économie dans un contexte de modernisation technologique, de mondialisation de l'économie, et, très concrètement, de marchés européens du travail transnationaux ".xlv
Organisation flexible de l'enseignement
Dérégulation
Un rapport de la cellule européenne Eurydice souligne le caractère international de ce mouvement de " libération " du tissu scolaire : " Les réformes apportées à l'administration générale du système scolaire se résument principalement à un mouvement progressif de décentralisation et de délégation des pouvoirs vers la société. Pratiquement tous les pays concernés ont introduit de nouvelles réglementations qui déplacent le pouvoir de décision de l'État central vers les autorités régionales, locales ou municipales et de celles-ci vers les établissements d'enseignement. "xlvi
" La résistance naturelle de l'enseignement public traditionnel
devra être dépassée par l'utilisation de méthodes
combinant l'encouragement, l'affirmation d'objectifs, l'orientation vers
l'utilisateur et la concurrence, notamment celle du secteur privé
"xlvii.
professionalisme des enseignants
Une thèse partagée, une fois de plus, par la Table Ronde Européenne : " les bons professeurs devraient être reconnus, encouragés à progresser dans leur carrière, par rapport à ceux dont les performances sont insatisfaisantes ou nulles. "xlviii
pour diversifier
Commission européenne pour qui " la question centrale est d'aller vers une plus grande flexibilité de l'éducation et de la formation, permettant de prendre en compte la diversité des publics et des demandes. C'est sur un tel mouvement que doit, en priorité, s'engager le débat à l'intérieur de l'Union. "xlix
" Il convient ", dit la Table Ronde des Industriels Européens, " d'améliorer la richesse et la diversité de la formation et de l'éducation pour fournir aux économies européennes toutes les compétences nécessaires pour une industrie efficiente et compétitive "l.
Pour s'adapter aux attentes des entreprises
" Les pratiques administratives, dit l'ERT, sont souvent trop rigides pour permettre aux établissements d'enseignement de s'adapter aux indispensables changements requis par le rapide développement des technologies modernes et les restructurations industrielles et tertiaires. "li Dans son rapport de 1995, l'ERT revient sur ce sujet :
" Dans la plupart des pays d'Europe, les écoles sont intégrées dans un système public centralisé, géré par une bureaucratie qui ralentit leur évolution ou les rend imperméables aux demandes de changement émanant de l'extérieur. "lii
faire dire à la Commission européenne que " les systèmes les plus décentralisés sont aussi ceux qui sont les plus flexibles, qui s'adaptent plus vite et qui permettent de développer de nouvelles formes de partenariat à visée sociale ".liii
Comme le rappelle la Table Ronde des Industriels Européens, " il faut que le système éducatif soit préparé à une redéfinition permanente des métiers ". Il faut également, toujours selon le groupe de pression patronal européen, " renforcer l'adaptabilité ", " élargir la gamme des compétences spécialisées au lieu de la rétrécir ".liv
La Commission européenne explique : " Ce que montre l'expérience, c'est que les systèmes les plus décentralisés sont aussi ceux qui sont les plus flexibles, qui s'adaptent plus vite et qui permettent de développer de nouvelles formes de partenariat "lv.
" C'est, dit la Commission européenne, par une plus grande autonomie d'acteurs responsables clairement informés des missions qui leur sont confiées que les systèmes d'éducation et de formation pourront le mieux s'adapter "lvi.
Vers la fin de l'école
Les gourous de la Commission européenne sont plus explicites encore. Ils le disent tout net, l'Ecole publique traditionnelle, ce vieux " mammouth " doit mourir ; place au secteur privé : " Nombreux sont ceux, aujourd'hui, qui pensent que le temps de l'éducation hors l'Ecole est venu et que la libération du processus éducatif rendu ainsi possible aboutira à un contrôle par des offreurs d'éducation plus innovants que les structures traditionnelles. "lvii
OCDE), intervient à son tour en publiant le compte-rendu d'une table ronde qui s'est tenue à Philadelphie (Etats-Unis) en février 1996 (12). " L'apprentissage à vie, y lit-on, ne saurait se fonder sur la présence permanente d'enseignants ", mais il doit être assuré par des " prestataires de services éducatifs. [...] La technologie crée un marché mondial dans le secteur de la formation. [...] La possibilité nouvelle de proposer des programmes d'enseignement dans d'autres pays, sans que les étudiants ou les enseignants partent de chez eux, pourrait fort bien avoir d'importantes répercussions sur la structure du système d'enseignement et de formation à l'échelle mondiale ". Si le rôle des pouvoirs publics n'est pas méconnu, il se limite à " assurer l'accès à l'apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l'exclusion de la société en général s'accentuera à mesure que d'autres vont continuer de progresser "
Adult Learning and Technology in OECD Countries, OCDE, Paris, 1996.
Enseignement à distance
" L'enseignement à distance [...], y lit-on, est particulièrement utile [...] pour assurer un enseignement et une formation rentables [...]. Un enseignement de haute qualité peut être conçu et produit en un lieu central, et ensuite diffusé au niveau local, ce qui permet de faire des économies d'échelle [...]. Le monde des affaires devient de plus en plus actif dans ce domaine, soit en tant qu'utilisateur et bénéficiaire de l'enseignement multimédia et à distance, soit en tant que concepteur et négociant en matériel de formation de ce type. "
L'Education et la Formation à distance, Sec90 479, 7 mars 1990.
Livre blanc sur l'éducation et la formation (9), qui répond aux exigences de l'ERT. On y lit en effet : " Le rapport de la Table ronde européenne des industriels (février 1995) a insisté sur la nécessité d'une formation polyvalente [...] incitant à "apprendre à apprendre" tout au long de la vie. [...] La Commission a insisté sur la nécessité d'un encouragement à la production européenne de logiciels éducatifs. " (Livre blanc sur l'éducation et la formation. Enseigner et apprendre : vers la société cognitive. COM)
le programme Socrates, doté d'un budget initial de 5,64 milliards de francs en quatre ans, vise notamment à " donner une dimension européenne à l'acquisition de connaissances à domicile (10) ". Journal officiel des Communautés européennes, L 87 du 20 avril 1995.
Marchandisation
Stimuler le marché des NTIC
La vérité est plus prosaïque, mais on peut la trouver noir sur blanc dans des textes plutôt confidentiels émanant de la Commission européenne : " On peut douter que notre continent tienne la place industrielle qui lui revient sur ce nouveau marché (des multimédia) si nos systèmes éducatifs et de formation ne suivent pas rapidement. Le développement de ces technologies, dans un contexte de forte concurrence internationale, nécessite que les effets d'échelle puissent jouer à plein. Si le monde de l'éducation et de la formation ne les utilisent pas, le marché européen deviendra trop tard un marché de masse. "lviii
Mme Edith Cresson Commisssaire européen à l'Enseignement, prenant la parole à l'occasion du lancement du programme européen Leonardo da Vinci sur la formation professionnelle, annonçait qu'elle même et son collègue Martin Bangemann, Commissaire à l'industrie, avaient décidé : primo, de faire travailler ensemble les différents services de la Commission pour promouvoir le développement de logiciels éducatifs européens ; secundo, de le faire en liaison étroite avec les entreprises de production multimedia. Mais le plus intéressant, ce fut la motivation de cet empressement. Écoutons Mme Cresson : " Le marché européen demeure trop étroit, trop fragmenté, le nombre encore trop faible des utilisateurs et des créateurs pénalisent notre industrie. Pourtant le secteur du multimédia et des nouveaux services audiovisuels nous promet un essor rapide. C'est pourquoi il était indispensable de prendre un certain nombre de mesures pour l'aider et le stimuler. C'est l'objectif du plan d'action "Apprendre dans la société de l'information" dont s'est doté la Commission en octobre 1996. Celui-ci a deux ambitions principales : d'une part, aider les écoles européennes à accéder au plus vite aux technologies de l'information et des communications ; et, d'autre part, accélérer l'émergence et donner à notre marché la dimension dont notre industrie a besoin "lix.
La Commission européenne déclare explicitement que " la concertation avec les partenaires de la "société de l'information" et les diffuseurs de produits éducatifs doit être renforcée " car " la frontière entre le monde de l'éducation et celui de la "société de l'information" est de plus en plus ténue "lx. Et pour Mme Cresson, " les partenariats entre les secteurs public et privé sont de toute évidence la clé du succès d'une telle initiative "lxi.
Dès 1995, la Commission a créé une " task-force " chargée de stimuler l'émergence d'une industrie européenne des logiciels éducatifs. L'année suivante, Edith Cresson exprimait le souhait de regrouper au sein d'une Fondation des acteurs comme les fabricants de matériel, les opérateurs de l'audiovisuel et des télécommunications, les créateurs de logiciels et les représentants des administrations locales ou régionales en particulier du monde de l'éducationlxii.
On ne saurait être plus clair. Il ne s'agit nullement là d'une déclaration isolée, qui n'engagerait que Mme Cresson. Dans le rapport officiel " Apprendre dans la société de l'information ", on nous explique effectivement que si l'Ecole doit absolument se mettre au multimédia et aux didacticiels, c'est parce que " ce secteur d'activité, avec le développement de nouveaux produits et de nouveaux services, est prometteur " mais qu' " un nombre trop faible d'utilisateurs et de créateurs pénaliserait durablement l'industrie européenne du multimédia ". C'est pourquoi l'initiative européenne en la matière " permettra enfin d'atteindre plus rapidement un nombre suffisant d'utilisateurs (...) et d'amorcer la constitution d'un véritable marché européen multimédia éducatif "lxiii.
Citons également cet extrait du rapport " Accomplir l'Europe par l'éducation et la formation ", rédigé par le Groupe de Réflexion de la Commission européenne sur l'Education et la Formation : " On peut douter que notre continent tienne la place industrielle qui lui revient sur ce nouveau marché si nos systèmes éducatifs et de formation ne suivent pas rapidement. Le développement de ces technologies, dans un contexte de forte concurrence internationale, nécessite que les effets d'échelle puissent jouer à plein. Si le monde de l'éducation et de la formation ne les utilisent pas, le marché européen deviendra trop tard un marché de masse, et l'évolution attendue de l'éducation et de la formation sera réalisée par d'autres "lxiv.
dès 1994 et avec beaucoup de clarté la Table Ronde Européenne des Industriels : " Utiliser le montant très limité d'argent public comme catalyseur pour soutenir et stimuler l'activité du secteur privé "lxv.
L'alibi pédagogique des NTIC
" L'utilisation des ordinateurs dans les écoles devient de plus en plus courante, ce qui est logique si l'on connaît les possibilités infinies de ces nouveaux moyens de communication sur le plan de l'amélioration des connaissances. Ceci nécessite, dans un avenir proche, de procéder à une restructuration radicale du matériel didactique des écoles et à une adaptation des méthodologies. "lxvi
L'école-entreprise
La Commission européenne estime d'ailleurs aussi qu'il faut " augmenter la productivité et développer l'efficacité " du système d'enseignement ".lxvii
" Une université ouverte est une entreprise industrielle, et l'enseignement supérieur à distance est une industrie nouvelle. Cette entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l'enseignement continu, que régissent les lois de l'offre et de la demande. "
Rapport sur l'enseignement supérieur ouvert et à distance dans la Communauté européenne, Sec 90 388 final, 24 mai 1991.
" clients " et les cours de " produits ". Et elle souligne " la nécessité [...] d'engager des actions [...] pour étendre la portée, l'impact, ainsi que les applications, de l'apprentissage ouvert et à distance [...] pour rester compétitif au niveau du marché global ". La " réalisation de ces objectifs [...] exige des structures d'éducation " qui " devraient être conçues en fonction des besoins des clients. [...] Une concurrence s'instaurera entre les prestataires de l'apprentissage à distance [...], ce qui peut déboucher sur une amélioration de la qualité des produits (5) Mémorandum sur l'apprentissage ouvert et à distance dans la Communauté européenne, Com
(91) 388 final, 12 novembre 1991.
Libre marché de l'enseignement
: " Le traité CEE prévoit [...] une action de la Communauté dans le domaine de l'éducation et de la culture. Cette disposition limite donc les compétences nationales. Le développement de l'éducation à distance est explicitement cité comme l'un des objectifs de l'action de la Communauté. [...] L'enseignement privé à distance est un service. " Or " la libre prestation de services est garantie à l'article 59 et suivants du traité [...]. Il est donc possible de la faire valoir directement contre les restrictions imposées par les Etats membres (14) " (L'Enseignement à distance dans le droit économique et le droit de la consommation du marché intérieur, Office des publications officielles des Communautés européennes, Luxembourg, 1996.)
Certification
" personal skills-card ", la " carte personnelle de compétences ". De quoi s'agit-il ? L'idée en a été lancée par la Commission européenne dans son Livre Blanc sur l'éducation et la formation : " un tel document doit permettre à chaque individu de faire reconnaître ses connaissances et ses savoir-faire au fur et à mesure de leur acquisition. Il s'agit d'appréhender, grâce à des études et des projets-pilotes, quelles sont les données pertinentes et de réfléchir aux modalités d'utilisation d'une telle carte par les individus "lxviii.
" assurer à chacun une reconnaissance de ses compétences
par un système flexible et permanent d'accréditation des
unités de connaissance [...] qui permette à quiconque d'avoir
ses connaissances ou son savoir-faire validés sur une carte de compétences
personnelles. [...] Ces cartes personnelles deviendront le véritable
passeport pour l'emploi (15) ". The European Skill Accreditation System,
ESAS, sans date ni référence.
Sélection, dualisation
Il faut donc, comme le reconnaît le Groupe de réflexion éducation-formation de la Commission européenne " s'intéresser davantage aux deux bouts de la chaîne qui sont les plus directement concernés par les évolutions modernes : a- ceux qui seront confrontés dans la compétition internationale (hautes ou plus basses qualifications spécialisées) à leurs homologues des autres régions du monde; b- ceux qui seront exclus de la société cognitive parce qu'ils n'auront pas les moyens de s'y insérer. (...) Un effort particulier doit être fait sur ces deux extrêmes ".lxix
" Lorsque le résultat est insuffisant, une plus grande souplesse doit être envisagée, soit à partir de méthodes pédagogiques spécifiques, soit à partir de filières spécifiques, soit en reconsidérant la question des redoublements "lxx.
" pour ceux qui ont des difficultés à suivre l'enseignement de plein exercice, une plus large gamme de possibilités devrait être élaborée dans le domaine de la formation professionnelle, de préférence en y intégrant une expérience de travail "lxxi
Le Livre Blanc européen sur la Croissance, la Compétitivité
et l'Emploi estime ainsi que " l'éducation pourrait être rationalisée
en offrant une période plus courte d'enseignement général,
mieux adaptée aux besoins du marché de l'emploi, et en favorisant
l'enseignement professionnel comme alternative à l'université
"lxxii.
Sources:
i. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 11.
ii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 6.
iii. Commission des Communautés européennes, 1995, op. cit., pp. 24, 25.
iv. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 14.
v. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p. 24.
vi. Ibid., p. 4.
vii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 11.
viii Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation, op.cit.
ix Idem.
x. L'Echo de la Bourse, 19 mai 1990.
xi. Table Ronde des Industriels Européens, Education et compétence en Europe, Etude la Table Ronde Européenne sur l'éducation et la formation en Europe, février 1989, p. 4.
xii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p 5.
xiii. Commission des Communautés européennes, Enseigner et apprendre, Vers la société cognitive, Livre blanc sur l'éducation, Bruxelles, 29 novembre 1995, pp. 1, 24.
xiv ERT, Education et compétence en Europe, Bruxelles, février 1989.
xv Rapport sur l'emploi 1997, Un ordre du jour pour l'emploi à l'horizon 2000: enjeux et politiques, Commission européenne, 1997
xvi. Commission des Communautés Européennes, L'emploi en Europe, p. 117.
xvii. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p. 20.
xviii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., pp. 7, 8.
xix. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p 26
xx. Commission des Communautés européennes, 1995, op. cit., p. 39.
xxi Enseigner et apprendre; vers la société cognitive, op. cit.
xxii White Paper on growth, competitiveness, and employment - The challenges and ways forward into the 21st century, Commission européenne, Bruxelles, 5 décembre 1993.
xxiii. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p 8.
xxiv. L'emploi en Europe, op. cit., p. 117.
xxv Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation, op. cit.
xxvi. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p. 4.
xxvii. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p. 4.
xxviii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 12.
xxix. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 16.
xxx Dix années de réformes au niveau de l'enseignement obligatoire dans l'union européenne (1984-1994), Eurydice.
xxxi Pour une Europe de la connaissance, Communication de la Commission européenne, COM(97)563 final.
xxxii Proposition de décision du Conseil, établissant la deuxième phase du programme d'action communautaire en matière de formation professionnelle Leonardo da Vinci, Commission européenne, 1998.
xxxiii ERT, Investir dans la Connaissance, L'intégration de la technologie dans l'éducation européenne, Bruxelles 1997.
xxxiv. Commission des Communautés européennes, 1995, op. cit., p. 13.
xxxv Pour une Europe de la connaissance, Communication de la Commission européenne, COM(97)563 final
xxxvi Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation, op. cit.
xxxvii Idem.
xxxviii White Paper on growth, competitiveness, and employment - The challenges and ways forward into the 21st century, Commission européenne, Bruxelles, 5 décembre 1993
xxxix White Paper on growth, competitiveness, and employment, op. cit.
xl Pour une Europe de la connaissance, Communication de la Commission, COM(97)563 final.
xli. Commission des Communautés européennes, 1995, op. cit., p. 14.
xlii Construire les autoroutes de l'Information pour repenser l'Europe, Un message des utilisateurs industriels, ERT, juin 1994.
xliii European Cooperation on School Education. Promoting the use of information and communication technologies in the field of school education, Commission européenne, 18 novembre 1998.
xliv. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 18.
xlv L'apprentissage de la citoyennete active, Commission européenne, 18 novembre 1998.
xlvi Dix années de réformes au niveau de l'enseignement obligatoire dans l'union européenne (1984-1994), op. cit.
xlvii Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation, op. cit.
xlviii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., p. 31.
xlix. Commission des Communautés européennes, 1995, op. cit., p. 24.
l ERT, Les marchés du travail en Europe. Les perspectives de création d'emplois dans la deuxième moitié des années 90, Bruxelles 1993.
li. Table Ronde des Industriels Européens, 1989, op. cit., p. 7.
lii. Table Ronde des Industriels Européens, 1995, op. cit., pp. 11-12.
liii. Commission des Communautés européennes, 1995, op. cit., p. 28.
liv ERT, Les marchés du travail en Europe. Les perspectives de création d'emplois dans la deuxième moitié des années 90, Bruxelles 1993.
lv Enseigner et apprendre; vers la société cognitive, op. cit.
lvi Enseigner et apprendre; vers la société cognitive, op. cit.
lvii Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation, op. cit.
lviii Commission européenne, Rapport du Groupe de Réflexion sur l'Education et la Formation " Accomplir l'Europe par l'Education et la Formation ", Resumé et recommandations, décembre 1996.
lix Idem.
lx Pour une Europe de la connaissance, Communication de la Commission, COM(97)563 final.
lxi Edith Cresson, Pour un partenariat prive et public au service de l'éducation, intervention à la conférence " Apprendre autrement ", Cannes, 26 septembre 1997.
lxii Edith Cresson, Intervention sur le programme SOCRATES, Bruxelles, 9 novembre 1995, Ref : SPEECH/95/238.
lxiii Apprendre dans la société de l'information, Plan d'action pour une initiative européenne dans l'éducation (1996-98), op. cit.
lxiv Rapport du Groupe de Reflexion sur l'Education et la Formation, op. cit.
lxv ERT, Construire les autoroutes de l'Information pour repenser l'Europe, Un message des utilisateurs industriels, juin 1994.
lxvi Dix années de réformes au niveau de l'enseignement obligatoire dans l'union européenne, op. cit.
lxvii Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation, op. cit.
lxviii Enseigner et apprendre; vers la société cognitive, op. cit.
lxix Rapport du groupe de réflexion sur l'éducation et la formation. op. cit.
lxx Rapport du Groupe de Réflexion sur l'Education et la formation, op. cit.
lxxi Rapport sur l'emploi 1997, Un ordre du jour pour l'emploi à l'horizon 2000: enjeux et politiques, Commission européenne, 1997.
lxxii White Paper on growth, competitiveness, and employmen, op. cit.