Quelques citations sur l'enseignement dans la France pré-révolutionnaire et révolutionnaire

Recommandations de l'évêque de La Rochelle en 1710: "Les maîtres et ma~tresses d'école auront toujours devant lesyeux qu 'ils sont principalement établis pour élever les enfants dans la piété et pour leur apprendre à mener une vie toute chrétienne"
 

L'intendant d'Auch en 1751: "Rien n'est moins nécessaire aux paysans que de savoir lire".

Voltaire écrit en 1766: "Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre e tsi vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis; ce n'est pas le manúuvre qu'il faut instruire, c'est le bon bourgeois. »

Rousseau : « N'instruisez pas l'enfant du villageois, car il ne lui convient pas d 'être instruit. »

Helvétius dénonce  «quiconque veut retenir le peuple dans les ténèbres de l'ignorance ».

Bossuet écrit en 1687: « Sachez que vous devez être les premiers et les principaux catéchistes de vos enfants. Dès qu'ils bégaient, il leur faut apprendre à faire le signe de la croix. Quand ils commencent à parler, il leur faut apprendre quelques demandes et réponses,  les unes après les autres, selon qu 'ils les peuvent retenir. A mesure qu'ils avancent et deviennent capables de retenir, il leur faut soigneusement apprendre le Credo, le Pater, I'Ave, les commandements de Dieu et de l'Église. »
 

Charles Démia (fondateur d'écoles pour pauvres, vers 1660): « Si on ne les instruit pas, les enfants des pauvres deviennent indociles, libertins, joueurs, blasphémateurs, querelleurs, s'adonnent à l'ivrognerie, à l'impureté, au larcin et brigandage et deviennent enfin les plus dépravés et factieux de l'État. » Il faut donc préve nirle mal et faire d'eux, grâce à un minimum d'instruction, « de bons serviteurs de Dieu, de fidèles sujets de Sa Majesté, de sages citoyens de leur ville ». A sa mort, en 1689, Démia a créé à Lyon 16 écoles gratuites de garcons et de filles.
 

La Constitution de 1791 pose le principe d'une instruction publique, gratuite et commune à tous les citoyens. Les 20 et 21 avril 1792, le philosophe et mathématicien Condorcet présente à l'Assemblée son rapport sur l'instruction publique pour donner corps au principe ainsi posé. Il prône un enseignement laique, gratuit, non obligatoire, divisé en cinq degrés (primaire, de neuf à treize ans; secondaire, de treize à seize ans; instituts, de seize à vingt et un ans; lycées*, vingt et un ans; et au delà, société des sciences et des arts enfin, sorte d'académie couronnant le système), avec sélection des élèves au mérite et conti nuité du cursus scolaire.
 

Condorcet récuse l'utilisation de l'école comme outil politique. Il considère que celle-ci doit «se bornerà l'instruction ». Il écrit dans ses Mémoires surl'ins truction publique: «Il faut, sans doute, parler à l'imagination des enfants [...] mais il serait coupable de vouloir s'en emparer, même en faveur de ce qu'au fond de notre conscience nous croyons être la vérité. »

A la Convention, Rabaut Saint-Étienne déclare pour sa part en décembre 1792 : « Existe t-il un moyen infaillible de communiquer incessamment, tout à l'heure, à tous les Français à la fois, des impressions uniformes et communes, dont l'effet soit de les rendre tous ensemble dignes de la Révolution ? [...] Ce secret a bien été connu des prêtres qui, par leurs catéchismes, par leurs processions par leurs cérémonies, leurs sermons, leurs hymnes, leurs missions, leurs pèlerinages, leurs statues, leurs tableaux, et par tout ce que la nature et I 'art mettaient à leur disposition, conduisaient infailliblement les hommes vers le but que les prêtres se proposaient. Il suit de cette observa tion qu 'il faut distinguer l 'instruction publique de l'éducation nationale. L'instruction publique éclaire et exerce l'esprit; I'éducation nationale doit former le cúur; la première doit donner des lumières et la seconde des vertus. L 'éducation nahonale est l'aliment nécessaire à tous; I'instruction publique est le partage de quelques-uns. Elles sont súurs, mais l'éducation nationale est l'aînée. »

Napoléon. Deux circulaires adressées aux recteurs, l'une du 15 janvier 1810, l'autre du 4 avril 1811: « Dieu et l'Empereur, voilà les deux noms qu'il faut graver dans le cúur des enfants, c'est à cette double pensée que doit se rapporter tout le système de l 'éducation nationale », indique la première; « I'Université n'a pas seulement pour objet de former des orateurs et des savants; avant tout elle doit à l'Empereur des sujets fidèles et dévoués », renchérit la seconde.

Source: Mille ans d'école, De Charlemagne à Claude Allègre, Les collections de l'Histoire, n°6, octobre 1999