MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE
LA REFORME
De l’ENSEIGNEMENT
***
Projet soumis à M. le Ministre
De l’Education Nationale
Par la
Commission Ministérielle d’Etude.
1946
SOMMAIRE
1° Introduction
;
2° Structure
et organisation de l'enseignement ;
3° Formation
des maîtres ;
4° Organes
de contrôle et de perfectionnement ;
5° Programmes,
Horaires, Méthodes, Sanction des études ;
6° Éducation
morale et civique ; formation de l'homme et du citoyen ;
7° Éducation
populaire ;
8° Délais
d'application.
Appendice
a) Projet de l'organisation de l'enseignement dans les
régions rurales ;
b) voeux émis par la Commission au cours de ses
séances.
***
Composition de la Commission
Présidents :
MM.
LANGEVIN (Paul), Professeur au Collège de France,
Président du Groupe français d’Éducation nouvelle (
1944- Déc.1946)
WALLON (Henri), Professeur au Collège de France,
président de 1a société française de
Pédagogie.
Vice-Président :
M. PIERON (Henri), Professeur au Collège de
France, directeur de l’Institut d’orientation professionnelle.
Membres :
Mlle CABANE, inspectrice primaire ;
MM.
CANONGE, Professeur de collège technique ;
COORNAERT, Professeur au Collège de France ;
DURRY, Professeur à la Sorbonne ;
FEBVRE (Lucien), Professeur au Collège de France ;
GAL, Professeur agrégé, attaché
à la Direction de l'Enseignement du Second degré ;
GEORGE (Pierre), Professeur agrégé à
Paris ;
GRANDJOUAN, chef du Service de Documentation et
d’Études pédagogiques au Ministère ;
JANETS, Professeur agrégé à Paris ;
LAVERGNE, Professeur de Collège moderne à
Paris ;
PARODI, Inspecteur général honoraire de
l’Instruction publique
RENAUDEAU, directeur de l'École normale
supérieure d'Enseignement technique ;
Mme SECLET, Professeur à l'École normale
d'Institutrices de Paris ;
MM.
SENEZE, Instituteur à Paris ;
TEISSIER, Professeur à la Sorbonne
VOGUET, Instituteur à Paris ;
WEILLER, Professeur au lycée Henri IV,
attaché à la Direction de l'Enseignement du Second degré.
MM.
BAYET, au titre de Directeur Général de
l'Enseignement ;
AUGER, au titre de Directeur de l'Enseignement
Supérieur ;
MONOD, au titre de Directeur de l’Enseignement du
Second degré ;
LE ROLLAND, au titre de Directeur de l'Enseignement
Technique ;
BARREE, au titre de Directeur de l'Enseignement du
Premier Degré ;
CORNU et BESLAIS, représentant le Ministre de
l'Éducation Nationale,
ont également pris part aux travaux de la
Commission.
***
I - INTRODUCTION
L’ENSEIGNEMENT français est depuis longtemps
réputé dans le Monde pour sa haute qualité et sa valeur
culturelle. Chaque année, nos universités accueillent un
très grand nombre d'étudiants étrangers. Notre
enseignement secondaire jouit d’un semblable prestige. Enfin
l’enseignement primaire, organisé par Jules Ferry, fut l’une
des grandes oeuvres de la IIIe République. Il se propose de donner
à tout homme, aussi humble que soit son origine, le minimum de
connaissances indispensables pour faire de lui un citoyen conscient, pour
enrichir son esprit et élargir son horizon. Enfin l’enseignement
technique, organisé après la guerre 1914-1à, a connu un
rapide développement.
Cependant, dès avant cette guerre, Il était
devenu évident que notre enseignement devait être
réorganisé. Des tentatives partielles de réforme avaient
été esquissées. Pendant L’occupation, divers projets
furent élaborés, tant à Alger que par les
Résistants de la Métropole. Aujourd’hui une réforme
complète est nécessaire et urgente : l’organisation
actuelle de notre enseignement suscite en effet des critiques justifiées
et ne lui permet pas d'assumer pleinement le rôle qui devrait être
le sien dans une démocratie moderne. Tout d'abord cette organisation ne
répond pas à un plan d’ensemble clairement conçu et
exactement mis en oeuvre. Elle résulte d’un passé
historique au cours duquel des Institutions diverses furent
créées sans être coordonnées. A des
législations anciennes, d'autres furent ajoutées et non
substituées. De sorte que certains organismes se concurrencent
inutilement ou font double emploi, cependant qu’il existe des lacunes et
que l’enseignement ne répond pas à tous les besoins
actuels. Le moment semble venu de procéder à une
réorganisation générale pour remplacer cette construction
disparate par un ensemble clairement ordonné et susceptible de
satisfaire tous les besoins.
La structure de l’enseignement doit en effet
être adaptée à la structure sociale. Depuis un
demi-siècle la structure de l’enseignement n'a pas
été profondément modifiée. La structure sociale au
contraire a subi une évolution rapide et des transformations fondamentales.
Le machinisme, l’utilisation des sources nouvelles
d’énergie, le développement des moyens de transport et de
transmission, la concentration industrielle, l'accroissement de la production,
l'entrée massive des femmes dans la vie économique, la diffusion
de l’instruction élémentaire, ont profondément
modifié les conditions de vie et l’organisation sociale. La
rapidité et l'ampleur du progrès économique, qui avaient
rendu nécessaire, en 1880, la diffusion de l’enseignement
élémentaire dans les masses ouvrières, pose à
présent le problème du recrutement d’un personnel de plus
en plus nombreux de cadres et de techniciens : la bourgeoisie,
héréditairement appelée à tenir les postes de direction
et de responsabilité ne saurait plus désormais, seule, y suffire.
Les besoins nouveaux de l’économie moderne posent la
nécessité d’une refonte de notre enseignement qui, dans sa
structure actuelle, n'est plus adapté aux conditions économiques
et sociales.
Cette inadaptation de l’enseignement à
l’état présent de la société a pour signe
visible l'absence ou l’insuffisance des contacts entre l'école
à tous les degrés et la vie. Les études primaires,
secondaires, supérieures sont trop souvent en marge du réel.
L'école semble un milieu clos, imperméable aux expériences
du monde. Le divorce entre l'enseignement scolaire et la vie s'accentue par la
permanence de nos institutions scolaires au sein d'une société en
voie d'évolution accélérée. Ce divorce
dépouille l’enseignement de son caractère éducatif.
Une réforme est urgente qui remédiera à cette carence de
l'enseignement dans l’éducation du producteur et du citoyen et lui
permettra de donner à tous une formation civique, sociale, humaine.
Demeuré en marge de la vie, l'enseignement n'a pas
tiré profit du progrès scientifique. L'empirisme et la tradition
commandent ses méthodes alors qu’une pédagogie nouvelle,
fondée sur les sciences de l’éducation, devrait inspirer et
renouveler ses pratiques.
D'autre part, et à tous les degrés,
l'enseignement méconnaît dans l’élève le futur
citoyen. Il ne donne pas une importance suffisante à l'explication
objective et scientifique des faits économiques et sociaux, à la
culture méthodique de l'esprit critique, à l'apprentissage actif
de l'énergie, de la liberté, de la responsabilité. Or,
cette formation civique de la jeunesse est l'un des devoirs fondamentaux
d’un état démocratique et c'est à
l’enseignement public qu'il appartient de remplir ce devoir.
Toutes ces raisons justifient la nécessité
d'une réforme profonde de nos institutions d’enseignement qui, si
elles ont dans le passé, rempli avec succès leur mission,
doivent, pour rester à la hauteur d’une réputation
méritée, se transformer et s'adapter à l'état économique
et social actuel.
PRINCIPES GÉNÉRAUX
La reconstruction complète de notre enseignement
repose sur un petit nombre de principes dont toutes les mesures
envisagées dans l’immédiat ou à plus longue
échéance seront l’application.
Le premier principe, celui qui, par sa valeur propre et
l’ampleur de ses conséquences domine tous les autres, est le
principe de justice. Il offre deux aspects non point opposés mais
complémentaires : l’égalité et la diversité.
Tous les enfants, quelles que soient leurs origines familiales, sociales, ethniques,
ont un droit égal au développement maximum que leur
personnalité comporte. Ils ne doivent trouver d'autre limitation que
celle de leur aptitudes. L’enseignement doit donc offrir à tous
d'égales possibilités de développement, ouvrir à
tous l'accès à la culture, se démocratiser moins par une
sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une
élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la
nation. L’introduction de la « Justice à l'école
» par la démocratisation de l'enseignement, mettra chacun à
la place que lui assignent ses aptitudes, pour le plus grand bien de tous. La
diversification des fonctions sera commandée non plus par la fortune ou
la classe sociale mais par la capacité à remplir la fonction. La
démocratisation de l’enseignement, conforme à la justice,
assure une meilleure distribution des tâches sociales. Elle sert
l’intérêt collectif en même temps que le bonheur
individuel.
L'organisation actuelle de notre enseignement entretient
dans notre société le préjugé antique d’une
hiérarchie entre les tâches et les travailleurs. Le travail
manuel, l'intelligence pratique sont encore trop souvent
considérés comme de médiocre valeur.
L’équité exige la reconnaissance de l'égale
dignité de toutes les tâches sociales, de la haute valeur
matérielle et morale des activités manuelles, de l'intelligence
pratique, de la valeur technique. Ce reclassement des valeurs réelles
est indispensable dans une société démocratique moderne
dont le progrès et la vie même sont subordonnés à
l’exacte utilisation des compétences.
La réforme de notre enseignement doit être
l'affirmation dans nos institutions du droit des jeunes à un
développement complet. La législation d'une république
démocratique se doit dé proclamer et de protéger les
droits des faibles, elle se doit de proclamer et de protéger le droit de
tous les enfants, de tous les adolescents, à l'éducation.
Celle-ci prendra pour base la connaissance de la psychologie des jeunes, l
'étude objective de chaque individualité. Elle se fera dans le
respect de la personnalité enfantine, afin de dégager et de
développer en chacun les aptitudes originales. Le droit des jeunes
à un développement complet implique la réalisation des
conditions hygiéniques et éducatives les plus favorables. En
particulier l'effectif des classes devra être tel que le maître
puisse utilement s’occuper de chaque élève : il ne devra en
aucun cas dépasser 25.
La mise en valeur des aptitudes individuelles en vue
d'une utilisation plus exacte des compétences pose le principe de
l’orientation. Orientation scolaire d’abord, puis orientation
professionnelle doivent aboutir à mettre chaque travailleur, chaque
citoyen au poste le mieux adapté à ses possibilités, le
plus favorable à son rendement. A la sélection actuelle, qui
aboutit à détourner les plus doués de professions
où ils pourraient rendre d'éminents services, doit se substituer
un classement des travailleurs, fondé à la fois sur les aptitudes
individuelles et les besoins sociaux.
C’est dire que l'enseignement doit comporter une
part de culture spécialisée de plus en plus large à mesure
que les aptitudes se dégagent et s'affirment. Mais la formation du
travailleur ne doit en aucun cas nuire à la formation de l'homme. Elle
doit apparaître comme une spécialisation complémentaire
d’un large développement humain. « Nous concevons la culture
générale, dit Paul Langevin, comme une initiation aux diverses
formes de l'activité humaine, non seulement pour déterminer les
aptitudes de l’individu, lui permettre de choisir à bon escient
avant de s’engager dans une profession, mais aussi pour lui permettre de
rester en liaison avec les autres hommes, de comprendre l'intérêt
et d'apprécier les résultats d'activités autre que la
sienne propre, de bien situer celle-ci par rapport à l’ensemble.
La culture générale représente ce
qui rapproche et unit les hommes tandis que la profession représente
trop souvent ce qui les sépare. Une culture générale
solide doit donc servir de base à la spécialisation
professionnelle et se poursuivre pendant l’apprentissage de telle sorte
que la formation de l'homme ne soit pas limitée et entravée par
celle du technicien. Dans un état démocratique où tout
travailleur est citoyen, il est indispensable que la spécialisation ne
soit pas un obstacle à la compréhension de plus vastes
problèmes et qu'une large et solide culture libère l’homme
des étroites limitations du technicien.
C'est pourquoi le rôle de l’école ne
doit pas se borner à éveiller le goût de la culture pendant
la période de la scolarité obligatoire, quelle qu'en soit la
durée. L’organisation nouvelle de l’enseignement doit
permettre le perfectionnement continu du citoyen et du travailleur. En tout
lieu, des immenses agglomérations urbaines jusqu’aux plus petits
hameaux, l’école doit être un centre de diffusion de la
culture. Par une adaptation exacte aux conditions régionales et aux
besoins locaux, elle doit permettre à tous le perfectionnement de la
culture. Dépositaire de la pensée, de l’art, de la
civilisation passée, elle doit les transmettre en même temps
qu’elle est l’agent actif du progrès et de la modernisation.
Elle doit être le point de rencontre, l’élément de
cohésion qui assure la continuité du passé et de
l’avenir.
CONSÉQUENCES DE CES PRINCIPES
La première conséquence des principes qui
viennent d’être énoncés est la reconstruction
complète de notre enseignement sur un plan nouveau, présentant
plus de simplicité, d’unité et de cohérence : la
structure même de l’institution doit être modifiée
pour répondre au principe de justice fondamental dans une
démocratie.
Dans l'organisation actuelle, les divers ordres
d’enseignement ne répondent pas toujours à leur but qui
devrait être le développement maximum de tous ceux qui sont aptes
à en profiter, mais de ceux-là seuls. Le recrutement en est
aujourd'hui trop souvent déterminé par la classe sociale et les
ressources financières des familles. Le passage d’un ordre
d’enseignement à l’autre (primaire, secondaire, technique)
présente de grandes difficultés. Aussi la proportion des enfants
de familles ouvrières qui accèdent à l’enseignement
supérieur et aux grandes écoles est infime.
La logique et l’équité exigent que
les divers échelons de l’enseignement répondent à
des niveaux de développement, puis à des spécialisations
d’aptitudes et non à des catégories sociales. C’est
pourquoi, dans la structure nouvelle, l’enseignement présentera
des « degrés » progressifs correspondant à des
niveaux de développement et auxquels tous les enfants devront
successivement accéder.
L’enseignement du 1er degré sera obligatoire
pour tous les enfants de 11 à 18 ans et comprendra trois cycles
successifs. Le 1er cycle concernera tous les enfants de 3 à 11 ans,
l’âge de l’obligation scolaire demeurant fixé à
6 ans. Pendant cette période, tous les enfants recevront un enseignement
adapté à leur développement mental et susceptible de
répondre à leurs besoins immédiats. Le rôle
principal du 1er cycle sera de mettre l’enfant en possession des
techniques de base qui lui permettront de comprendre de se faire comprendre,
l’étude du milieu physique et humain lui permettant de se situer
dans l’espace et dans le temps.
A la fin de cette première étape, tous les
enfants entreront obligatoirement dans les établissements de 2e cycle
puis du 3e cycle. Ils y resteront jusqu’à l’âge de 18
ans. L’obligation scolaire devra donc être prolongée de 4
années. Le 2e cycle (de 11 à 15 ans), sera une période
d'orientation. Tout en assurant l’acquisition d’un
complément indispensable de connaissances générales, il
sera consacré à une observation méthodique des enfants
pour déceler leurs aptitudes et permettre leur orientation. Le 3e cycle
(de 15 à 18 ans) sera la période de détermination. I1 sera
consacré à la formation du citoyen et du travailleur. Les
élèves aptes à recevoir l’enseignement universitaire
bénéficieront d’une formation théorique
adaptée. Pour les autres, la culture générale se
poursuivra en rapport avec une culture spécialisée
orientée vers la profession, de sorte que les jeunes gens qui seraient
désignés par leurs aptitudes pour l’exercice d'un
métier seront aptes à la fin du 3e cycle à entrer dans la
vie professionnelle. L'enseignement du 3e cycle, en raison du rôle
fondamental qu’il est appelé à jouer dans
l’affectation sociale et l’utilisation des aptitudes, devra
présenter une grande souplesse, une grande diversité, afin
d'offrir des combinaisons d’études, des groupements de disciplines
adaptés aux diverses catégories d’esprits.
A la fin du 1er degré et au-delà de la
limite de l’obligation scolaire (18 ans), un second degré
d'enseignement s’ouvrira à ceux, et à ceux-là
seulement, qui se seront révélés capables d'en profiter.
Élargi et diversifié, il orientera les étudiants vers des
spécialisations de plus en plus définies, dans toutes les
catégories d’aptitudes et d’activités. Les
études supérieures techniques y trouveront place au même titre
que les études littéraires, scientifiques et artistiques.
L’un des rôles importants de cet enseignement supérieur sera
d'assurer la formation des maîtres à tous les degrés. Des
instituts hautement spécialisés s’ouvriront ensuite aux
chercheurs de toutes catégories.
La seconde conséquence importante des principes
directeurs de la réforme de l’enseignement est la
nécessité de prévoir tout un ensemble de mesures de
justice sociale, dont l’absence serait la négation de toute
réforme.
En premier lieu, l’enseignement public doit
être gratuit à tous les degrés. La gratuité
s’impose comme le complément logique de l’obligation
scolaire. La prolongation de la scolarité obligatoire
jusqu’à 18 ans entraîne la gratuité de
l’enseignement aux 3 cycles du 1er degré. Mais il est
indispensable, si chacun doit occuper la place où il est susceptible de
rendre le plus de services, que le recrutement de l’enseignement
supérieur soit déterminé par les aptitudes et non par le
rang social ou le niveau de fortune. Pour s’ouvrir à tous ceux qui
peuvent en bénéficier, l’enseignement supérieur
doit, lui aussi, être gratuit.
La gratuité inscrite dans les textes serait un
leurre si on la limitait à la suppression des frais
d’études sans s’inquiéter des conditions et des
moyens de vie des élèves et des étudiants. Dans les
familles ouvrières, le gain de l’adolescent est escompté.
L’apprenti, le jeune ouvrier doivent apporter leur contribution au budget
familial, et de cette contribution il est matériellement impossible de
se passer. La gratuité de l’enseignement ne peut être
effective que si on instaure un régime nouveau et plus réaliste
pour l’attribution des bourses, si on prévoit l’allocation
d’un présalaire au 3e cycle du 1er degré, si l’on
considère enfin l’étudiant comme un travailleur qu'il est
en réalité, et qu’on lui alloue un salaire en rapport avec
les services qu’il rend et qu’il est appelé à rendre
à la collectivité.
Enfin, si l’on veut conserver à
l’enseignement sa haute qualité, il est juste de préserver
la dignité des maîtres, d'assurer leur prestige social, de
favoriser leur perfectionnement professionnel. Il est juste de leur donner une
situation matérielle et morale en rapport avec leur valeur technique et
humaine et la place éminente qu’ils tiennent dans la vie
nationale.
La réorganisation de la structure
générale de l'enseignement et les mesures complémentaires
indispensables pour la rendre effective comportent, bien entendu, des
conséquences financières. Elle se réfèrent à
trois grands chapitres : reconstruction matérielle, aménagement
des cadres et financement des mesures de justice sociale.
La réforme de structure exige la révision
immédiate de la carte scolaire. L’élargissement des
Écoles maternelles, la prolongation jusqu’à 18 ans de la
scolarité obligatoire, l’abaissement de 14 à 11 ans de
l’âge de fin de scolarité du premier cycle, le rattachement
à l’école des différents apprentissages sont des
mesures qui conduisent à envisager d’une part un regroupement
administratif des établissements existants, d’autre part un plan
étendu de constructions et d’équipements scolaires. La
reconstruction matérielle de l’école doit accompagner sa
réforme administrative et l’extension de son rôle dans la
formation économique, civique et humaine de la nation.
Dans les villes et les régions
dévastées par la guerre, la reconstruction des bâtiments
scolaires doit être envisagée dans le cadre de la réforme
de l’enseignement. Il faut considérer par ailleurs que la
construction et l’équipement de nouveaux établissements
s'intègre dans le plan de reconstruction et d’équipement
national. Les investissements nécessaires sont aussi rentables que ceux
qui permettront la modernisation de nos services publics et de nos industries.
C'est l'école qui assurera la formation d'une main-d'oeuvre
qualifiée, de techniciens, de cadres et de chercheurs indispensables au
progrès et à la prospérité économique de
notre pays, en même temps qu'elle formera des citoyens conscients de leur
rôle et de leurs devoirs.
Par ailleurs, le nombre de maîtres à tous
les degrés devra être augmenté. La prolongation du temps de
scolarité obligatoire, la diminution nécessaire des effectifs par
classe, le rôle nouveau assigné à l’école pour
la diffusion générale de la culture, la formation technique et
civique, ont pour conséquence une nouvelle répartition du
personnel actuellement en fonction et la création de nouveaux emplois.
Enfin, le financement des mesures sociales (bourses,
présalaire et salaire de l’étudiant) est indispensable pour
rendre effective la réforme envisagée.
CONCLUSION
En conclusion, il apparaît extrêmement urgent
d’entreprendre les réalisations prévues.
L’application intégrale de la réforme est impossible dans
l’immédiat, car elle est liée à des conditions
matérielles non encore réalisées. La mise en oeuvre du
projet dans sa totalité ne peut se faire que progressivement. Mais un
effort doit être fait dès à présent pour l’application
d’un certain nombre de mesures, actuellement possibles et
orientées dans le sens de la réforme intégrale. Il faut
vouloir cet effort sur le plan financier, en nous souvenant que le pourcentage
des ressources nationales consacré par la France a
l’Éducation est honteusement faible. En 1946, il n’atteint
que 6 à 7% et nous classe au 26e rang parmi les nations
civilisées, loin derrière l’Angleterre (20 %), les
États-Unis (21%), la Russie (25%). C’est à la fois
l’avenir de notre économie et de notre culture qu’il
s’agit de préparer et de défendre.
II STRUCTURE ET ORGANlSATlON DE L'ENSEIGNEMENT
PRINCIPES GÉNÉRAUX
Le but de l'enseignement est :
1° D'assurer aux aptitudes de chacun tout le
développement dont elles sont susceptibles,
2° De préparer l’enfant aux tâches
professionnelles qui lui sont le plus accessibles et où il pourra le
mieux servir la collectivité.
3° D'élever le plus possible le niveau
culturel de la Nation.
Sauf infirmités assez graves pour lui interdire
toute activité culturelle ou professionnelle, tout enfant a droit
à l’enseignement sous ces deux formes, qui doivent être
données solidairement.
Ce sont les services dépendant du Ministère
de l'Éducation Nationale qui ont en charge les responsabilités de
l’enseignement et de l’éducation à tous ses niveaux
et sous tous ses aspects.
Ils s'assureront le cas échéant,
l’accord ou 1e concours technique de services dépendant d'autres
ministères.
STRUCTURE ET ORGANISATlON DE L'ENSEIGNEMENT A SES
DIFFÉRENTS NIVEAUX
ENSEIGNEMENT DU 1er DEGRÉ
Enseignement obligatoire : 6 ans à 18 ans
L’enseignement se divise en différents
cycles où les enfants sont répartis suivant leur âge.
École maternelle de 3 à 7 ans.
Les aptitudes des enfants y sont
développées librement et sans programme, par des méthodes
actives.
Remarque. - L’âge actuel d'accueil dans les
écoles maternelles est de 2 à 3 ans. Si l’âge
d’admission est reporté de 2 à 3 ans, selon ce qui a
été proposé à la Commission, il sera indispensable,
pour le bon développement intellectuel des enfants que les
crèches où ils passent souvent toutes leurs journées
soient pourvues de jardinières d'enfants.
I - RÉPARTITION DES CYCLES
1er cycle scolaire de 7 à 11 ans.
Remarque. - Dans le cas où il n'y aurait pas de
classes maternelles, le cours préparatoire sera confié à
une maîtresse initiée aux méthodes actives et
l’enfant devra fréquenter l'école dès 6 ans.
2e cycle scolaire de 11 à 15 ans.
3e cycle scolaire de 15 à 18 ans.
A l’entrée du 3e cycle (15 à 18 ans)
trois embranchements sont possibles :
1e. Section
des études théoriques.
2e. Section des études professionnelles
3e. Section
des études pratiques (apprentissage).
Remarques - Une organisation spéciale peut
être mise au point dans les milieux ruraux pour que la formation
intellectuelle et technique des enfants de 15 à 18 ans ne les
empêche pas de travailler effectivement à la terre.
La scolarité obligatoire se trouve ainsi
étendue jusqu'à 18 ans. Son terme est aujourd'hui 14 ans.
L’allongement n'est pourtant pas aussi considérable qu'il semble.
L'enfant ne peut pas actuellement entrer en apprentissage avant 14 ans. Dans le
nouveau système il le pourra à 15.
II - CARACTÈRES DE L'ENSEIGNEMENT DONNE AU COURS
DES 3 CYCLES D'ÉTUDES
1er cycle de 7 à 11 ans.
Le même enseignement est commun pour tous les
enfants (pour des raisons à la fois psychologiques et
pédagogiques) mais les méthodes pédagogiques seront en
rapport avec les aptitudes variées des enfants. Des écoles
spéciales seront organisées d'urgence en nombre suffisant, pour
enfants présentant des déficiences mentales et morales et pour
infirmes (aveugles, amblyopes, sourds-muets.)
2e cycle de 11 à 15 ans (cycle d'orientation).
L’enseignement est en partie commun, en partie
spécialisé. L’enseignement commun rassemble tous les
enfants, quelle que soit leur spécialisation. (Si des sections
distinctes doivent être constituées, ce sera seulement pour tenir
compte de la diversité entre les dispositions scolaires des enfants et
des différences de méthodes pédagogiques qu’elles
peuvent rendre nécessaires).
L’enseignement spécialisé comportera
un choix d’activités permettant d'éprouver les goûts
et les aptitudes des enfants. Ces activités prendront toutes les formes
qui peuvent, en rapport avec l’âge, indiquer l'orientation scolaire
puis professionnelle qui conviendra ultérieurement à
l’enfant.
L’âge de la manifestation des aptitudes
n’est pas le même pour tous, certaines paraissent ne pas se
révéler avant 13 ou 14 ans, les options correspondantes ne
pourront donc être significatives qu’à cet âge.
D’une façon générale il semble que
l’assujettissement à des options proprement dites doive intervenir
seulement dans les dernières années du 2° cycle, les deux
premières années de ce cycle étant plutôt
consacrées à une pédagogie active sous 1a direction de
maîtres peu nombreux. Le passage d’une option à une autre
devra toujours rester possible grâce à des méthodes rapides
de rattrapage. Le rattrapage sera plus facile si, dans chaque option les
enfants ne sont pas répartis suivant la classe d’enseignement
commun à laquelle ils appartiennent, mais suivant la rapidité de
leurs progrès dans l’option. Cette méthode est
d’autant plus indiquée que le niveau des aptitudes
spéciales dépend beaucoup moins de l'âge que des
dispositions individuelles.
Ainsi d’ailleurs pourrait se résoudre le
problème des enfants dits « surnormaux ». Leur
précocité est en général limitée à
certaines aptitudes intellectuelles. La maturité d’expérience
et de caractère propre aux enfants plus âgés leur faisant
habituellement défaut, ils ne leur seraient pas réunis sans
inconvénients pour tout l’enseignement. D’autre part leur rassemblement
dans des classes spéciales risquerait d’aboutir à de
dangereux forçages intellectuels, sans préjudice de certains
risques pour la formation de leur caractère. Au reste, la
précocité n'est pas toujours un signe de supériorité
définitive.
A mesure qu’elles pourront se préciser
d’âge en âge, les options ou les groupements d’options,
devront acheminer l’enfant vers une des sections et branches
d'enseignement entre lesquelles sera divisé le cycle suivant : (section
théorique, avec branches littéraires, scientifiques, techniques,
section professionnelle et pratique.)
Tout enfant doit pouvoir être mis à
l’épreuve d’une option quelconque. II est indispensable que
toutes les options figurent dans le même établissement avec
l’enseignement commun. Il devra donc y avoir des établissements
propres au 2e cycle. Peu importe qu’ils deviennent entièrement
distincts des établissements de 3° cycle. Pour des raisons locales
certaines options pourront être plus développées dans certains
établissements : options agricoles à la campagne, options
maritimes sur les côtes. Un enfant pourra toujours être muté
d’un établissement dans un autre.
Les enfants de la campagne devant pouvoir
bénéficier de la réforme comme tous les autres enfants, il
faudra distribuer les écoles du 2e cycle sur tout le territoire
(écoles cantonales ou intercommunales, avec internats ou ramassage
systématique des enfants dans les localités
éloignées).
L’importance des remaniements matériels
qu’exigera l’organisation correcte de la réforme rendra
certains délais nécessaires. Ils doivent être prévus
de manière à ne pas être dépassés.
C’est une des chapitres de la réforme où devra jouer le
système des paliers à échéance
déterminée.
3° cycle de 15 à 18 ans (cycle de
détermination).
A) Section pratique. - Les enfants chez qui les aptitudes
manuelles l’emportent sur les aptitudes intellectuelles sont
dirigés sur des écoles pratiques d’apprentissage.
L’actuelle obligation d’être
présenté devant un centre d’orientation professionnelle
reste valable à leur sortie du 2e cycle.
La décision prise à leur égard ne
sera pas d’emblée irrévocable. Durant la première
année ils devront rester sous le contrôle des orienteurs.
Dans les écoles pratiques d'apprentissage
l’enseignement général doit conserver une place importante.
La préparation au métier ne devra pas
être étroitement spécialisée ; mais sans oublier que
la qualification ouvrière exige l’acquisition de connaissances
théoriques et d’habitudes manuelles très précises,
on cherchera à préparer les enfants à un secteur
d’activité professionnelle aussi ouvert que possible.
Certaines activités industrielles, commerciales ou
agricoles n'exigeant pas de qualités professionnelles précises,
mais au contraire une aptitude générale à des besognes
souvent très variées, il y aura lieu de créer des sections
d’apprentissage de caractère polyvalent dans lesquelles
l’enseignement sera orienté essentiellement vers la vie pratique.
L'enseignement général doit être
autant que possible articulé sur l’apprentissage proprement dit,
afin d'avoir une action plus profonde sur l’enfant et
d’éviter au métier de devenir une routine sans
intérêt et sans autre avenir qu’elle-même.
B) Section professionnelle. - Les enfants susceptibles de
fournir les cadres moyens de la production et qui manifestent plus
d’aptitudes pour l’exécution que pour les études
théoriques seront dirigés sur les écoles professionnelles
: écoles commerciales, industrielles, agricoles, artistiques.
Le passage de la section professionnelle dans la section
théorique doit rester possible, grâce à des enseignements
de rattrapage.
C) Section théorique. - Les enfants dont les
aptitudes aux études théoriques auront été
reconnues seront dirigés vers les enseignements qui les mèneront
au baccalauréat ou aux épreuves qui lui seront
substituées.
Ces enseignements seront spécialisés non
sans possibilité de contacts entre eux ou de parties communes.
A coté des enseignements de base comme le
français, l’histoire, une langue vivante pratique, ils
comporteront des groupements à prédominance littéraire,
scientifique ou technique.
Un groupement orienté vers l’étude
des langues classiques et la connaissance des civilisations antiques :
Humanités classiques.
Un groupement fondé sur l'étude des langues
modernes et la connaissance de l’humanité présente :
Humanités modernes.
Un groupement tourné vers les sciences
d’observation (y compris la physique, la chimie et les
mathématiques qui leur sont nécessaires) : Sciences pures.
Un groupement tourné vers les sciences
constructives et les techniques y compris physique, chimie et
mathématiques : Sciences techniques.
La section théorique achemine vers
l’enseignement supérieur mais n’y donne pas directement
accès.
ENSEIGNEMENT DU 2ème DEGRÉ.
A - Enseignement propédeutique ou
préuniversitaire.
Entre l’enseignement du 1er degré et
l’enseignement supérieur s’intercale l’enseignement
propédeutique ou préuniversitaire. Il a pour but de rendre
à l’enseignement universitaire sa qualité
d’enseignement supérieur en donnant aux étudiants la
préparation à la fois générale et technique qui
leur est nécessaire pour aborder avec fruit l’étude des
problèmes qui se posent dans le domaine des sciences ou des lettres.
Il existe déjà en partie sous forme de
classes supérieures dans les lycées (première
supérieure, mathématiques spéciales) et de P.C.B. dans les
facultés des sciences pour la médecine.
Cet enseignement devient obligatoire à
l’entrée de tous les enseignements universitaires qui ont pour
objet de donner une qualification professionnelle aux étudiants.
Intermédiaire entre l’enseignement des
lycées et celui des facultés, il laissera à
l’étudiant plus de liberté et d’initiative que le
premier, tout en exerçant sur lui un contrôle plus efficace que le
second.
Ainsi il ne sera ni annexé aux lycées comme
les classes de premières supérieures et de mathématiques
spéciales, ni intégré aux facultés comme le P.C.B.
Le personnel enseignant devra répondre à la
double exigence de posséder un grand savoir-faire pédagogique et
de savoir orienter les esprits dans le sens des études théoriques
et scientifiques.
Le but de cet enseignement est double :
préparation aux études universitaires, première
orientation vers la profession. Il devra donc comporter une formation
théorique et un premier contact avec les réalités de la
profession.
Par exemple, les futurs maîtres et professeurs qui
feront en commun leurs études propédeutiques dans les
écoles normales s'y prépareront chacun suivant sa
spécialité aux études supérieures, mais y
bénéficieront aussi d’un contact qui ne saurait sans
inconvénient être plus tardif avec les élèves des
classes annexes. Entre eux pourra se faire la discrimination de ceux qui
s'intéressent davantage à l’enfant pour lui-même ou
à telle espèce de connaissances.
Pour les futurs médecins, une certaine pratique
hospitalière prémédicale pourrait s’ajouter aux
connaissances générales de biologie, de physique, de chimie qui
sont jugées indispensables avant le début des études
médicales.
Même remarque pou r la profession
d’ingénieur, de juriste, etc. L’enseignement
propédeutique donnera à l’étudiant la formation
théorique nécessaire en vue des études à
entreprendre et une première initiation pratique par un contact direct
avec l’objet ou les instruments de la profession.
Décisions relatives aux grandes écoles :
1° Les grandes Écoles deviennent des Instituts
d'Université spécialisés rattachés aux
Universités.
2° Les Instituts spécialisés ne sont
ouverts qu'à des candidats pourvus d'une licence qu'ils auront
préparée dans une Université.
3° Pendant une période transitoire les
Instituts spécialisés sont ouverts immédiatement
après les années propédeutiques sous la réserve que
les élèves des Instituts poursuivent pendant deux années
leurs études de licence dans les Universités ou les Instituts
d'Université.
B - Enseignement supérieur
La Réforme de l'enseignement devra remédier
à trois séries d'inconvénients présentés
actuellement par l'enseignement supérieur. I1 a trois objectifs
distincts qu'il confond pour le plus grand préjudice de chacun :
formation professionnelle pour les professions essentiellement fondées
sur des connaissances intellectuelles ; contribution aux progrès de la
science et formation de chercheurs scientifiques ; diffusion de la culture
scientifique, littéraire, artistique.
Il est actuellement donné par les facultés
qui s'ignorent entre elles et par des Établissements (grandes
écoles et instituts) qui non seulement s'ignorent, mais qui ignorent
aussi les facultés.
Il est distribué dans des conditions
extrêmement inégales par des Universités d'importance
très variable et de répartition géographique devenue tout
a fait défectueuse à fait défectueuse.
I. Regroupement des Enseignements théoriques et
techniques dans les Universités.
Afin d'éviter l'éparpillement des
enseignements à travers les Instituts et les Facultés d'une
même Université et pour réagir contre leur caractère
tantôt trop exclusivement technique et tantôt trop
théorique, il convient d'opérer entre eux les coordinations
indispensables.
Sans toucher peut-être à l'appareil
administratif des Facultés, il faut développer les Centres
d'études appelés Instituts d'Université qui unifieront les
enseignements de même nature ou étroitement
complémentaires. Ils pourront ainsi établir des programmes
spécialisés d'enseignement et de recherche.
Ils devront jouir d'une autonomie plus grande pour la
disposition de leurs ressources, pour leur organisation pédagogique et
scientifique.
Mais en même temps chaque enseignement devra rester
coordonné avec tous ceux qui contribuent à la même
formation professionnelle. Comme il y a actuellement à
l'Université de Paris un institut de Psychologie qui groupe tous les
enseignements et tous les laboratoires de psychologie, on pourra envisager, par
exemple, un Institut de Physiologie qui groupera les enseignements de physiologie
donnés à la Faculté des Sciences, à la
Faculté de Médecine, au Collège de France, au
Muséum. Mais chaque enseignement dépendra en même temps
soit de la Faculté des Sciences, soit de la Faculté de
Médecine, etc. Dans les mêmes conditions pourra se constituer un
centre d'études économiques avec participation de la
Faculté de Droit, des Sciences et des Lettres.
Il y aura donc coexistence de conseils de Centres
d'études et de conseils de Faculté.
Quant aux écoles ou instituts professionnels ils
deviendront des instituts techniques reliés aux Facultés et aux
centres d'études. Ils donneront l'enseignement de spécialisation
technique tandis que l'enseignement théorique général,
jusqu'à présent dispersé entre eux au prix de doubles
emplois inutiles et d'insuffisances forcées, sera donné à
l'Université ou contrôlé par les examens
d'Université.
En principe les étudiants feront deux ans
d'études théoriques et pratiques à l'Université
correspondant aux années de Licence et recevront ensuite
l'éducation technique dans les Instituts spécialisés.
Pour l'établissement des programmes dans ces
instituts, le Ministre de l'Éducation Nationale devra
éventuellement obtenir l'accord des Ministères réglant
l'activité professionnelle correspondante (Travaux Publics, Agriculture,
etc.)
I1 sera souvent besoin, dans ces instituts ou
écoles, de recruter des maîtres ou moniteurs techniques. Leur
choix pourra exiger l'accord du Ministère de l'Éducation
Nationale et de l'administration ou des associations professionnelles
correspondantes. Leur formation pédagogique sera à la charge de
l'Éducation Nationale.
2. Regroupement régional des Universités.
Pour donner aux Universités provinciales
l'indispensable vigueur que beaucoup d'entre elles n'ont pas, pour leur assurer
en personnel enseignant, en laboratoires, en moyens de recherche, les
ressources qu'elles ne peuvent avoir, il est nécessaire de les
regrouper.
Le regroupement n'implique pas la concentration dans une
ville de tout l'appareil universitaire, ni par suite la suppression dans
d'autres villes de toute activité universitaire. Si plusieurs
Universités actuelles sont regroupées en une seule, il ne sera
pas nécessaire de préparer dans toutes les mêmes licences
avec un personnel souvent squelettique ou pour un nombre dérisoire
d'étudiants. Réunis, les professeurs de mêmes
spécialités ou de spécialités voisines pourront se
distribuer entre eux les tâches d'enseignement et de recherche, ce qui
sera d'un profit manifeste pour les uns et pour les autres. Dans un des autres
sièges de l'Université d'autres tâches seront poursuivies.
Il ne s'agit pas, en effet, de réduire le nombre
de nos établissements ou institutions universitaires déjà
insuffisant, ni d'éteindre les foyers de culture la où ils
existent, mais, bien au contraire, d'en développer l'influence et
l'action.
En certains cas il pourra paraître
nécessaire de concentrer dans la même ville tous les enseignements
de licence. Mais les instituts techniques pourront être répartis
dans d'autres localités. Et il reste aussi aux Universités deux
tâches à remplir : celle de la recherche scientifique et celle de
la diffusion culturelle. Ainsi Besançon dont l'Université est une
des plus petites de France, pourrait sans inconvénient pour personne,
cesser d'organiser, avec quelles difficultés, tous les enseignements de
licence. En revanche, les recherches de chronométrie ou de
géologie pourraient y être développées de
manière à y attirer les savants français ou
étrangers, ou les jeunes gens qui se préparent à ce genre
d'études. En outre, il serait possible d'organiser, dans toutes les
Universités, des enseignements proprement culturels qui rayonneraient
sur toute la région et qui seraient un moyen de rassembler les
organisations ou les personnalités soucieuses de participer aux grands
mouvements intellectuels ou esthétiques de notre époque, soit en
y contribuant activement (sociétés de folklore, d'histoire
locale, d'exploration géologique, botanique, etc.), soit seulement en
s'efforçant de diffuser dans leur milieu local l'ensemble des
connaissances et des manifestations qui constituent notre civilisation toujours
en mouvement.
3. Les trois fonctions de l'enseignement universitaire.
1°) L'enseignement à objectif professionnel
donné dans les Universités puis complété dans les
Instituts techniques pourra, dans sa partie théorique, éviter le
rétrécissement de l'enseignement général
donné aujourd'hui dans les Écoles spéciales et, dans sa
partie pratique, s'ajuster exactement aux nécessités actuelles de
la profession.
II devra se faire dans toutes les Universités
suivant les mêmes programmes. Disparaîtront alors les abus
plusieurs fois signalés, quand chaque Université fixe ses
programmes de licence.
Mais du point de vue technique il devra constamment et
être tenu à jour grâce à des rapports
réguliers avec la profession et avec la recherche.
2°) La recherche, trop souvent
détournée de ses objectifs propres, et bornée dans ses
moyens surtout quand elle s'attache à des domaines de la science qui
n'ont pas leur place dans les programmes universitaires, recevra une suffisante
autonomie pour obéir à ses propres nécessités.
Les futurs chercheurs poursuivront leur formation dans
les centres d'études et les instituts d'Universités où ils
trouveront les milieux nécessaires à leur éducation
scientifique grâce à la collaboration de professeurs et de
chercheurs.
3°) L'enseignement purement culturel aura toute
liberté pour s'ajuster aux besoins des temps et du milieu. Il ne sera
plus limité par le souci de se conformer à ce qui semblait
jusqu'à ce jour, représenter la norme universitaire en
s'efforçant, par exemple, de faire reconnaître le droit à
un certificat de licence, ce qui aboutit à encombrer
démesurément les programmes scolaires et à desservir
l'ordre de connaissances qu'il s'agissait de faire valoir, car c'est à des
expériences scolaires qu'elles aussi aboutissent.
L'enseignement culturel pourra accueillir des
étudiants qui ne seront pas obligés de passer par l'enseignement
préuniversitaire, mais qui pourront avoir d'autres justifications, par
exemple celle d'avoir voyagé, d'avoir participé à des
activités économiques, esthétiques ou même
sportives, de s'être découvert des curiosités ou des
vocations que l'Université peut ne pas avoir l'occasion de susciter,
mais qu'il peut lui appartenir d'aider à se développer.
L'enseignement culturel ne sera pas nécessairement
un enseignement de pure vulgarisation. II sera seulement celui qui n'a pas
à intervenir dans la formation professionnelle donnée par les
Universités et qui peut intéresser d'autres esprits que ceux de
formation spécifiquement universitaire.
Continuant la vulgarisation et la stimulation des
curiosités originales ou rares, le rayonnement de la culture dans les
masses et l'appel aux vocations individuelles, l'enseignement culturel devra
déborder, dans toute la mesure du possible, l'enceinte des
Universités et se mettre en rapport avec tout ce qui peut être
foyer de culture ou instrument de recherche : Écoles Normales de la
région, sociétés savantes, groupements d'archéologues,
d'architectes, de folkloristes, d'archivistes, de musiciens, etc.
III FORMATlON DES MAÎTRES
L'enseignement comprend :
1° Un enseignement obligatoire jusqu'à 18 ans
(ancien primaire et secondaire) ;
2° Un enseignement préuniversitaire ;
3° Un enseignement supérieur ;
4° Des enseignements spéciaux ou techniques.
La formation des maîtres va être
envisagée successivement pour chacun d'entre eux. Des chevauchements
seront d'ailleurs possibles de l'un dans l'autre.
1° Enseignement obligatoire.
A l'ancienne distinction entre maîtres du primaire
et maîtres du secondaire est substituée la distinction entre
maître de matières communes et maître de
spécialité.
L'enseignement de matières communes est exclusif
dans le premier cycle (6 a 11 ans). Il est partiel de 11 à 15 ans.
L'enseignement des spécialités est partiel
de 11 à 15 ans. La spécialisation est complète de 15
à 18 ans.
Futurs maîtres de matières communes et de
spécialités suivent les cours des mêmes
établissements jusqu'à 18 ans. Ils se présentent au
baccalauréat de leur choix. Un système particulier de bourses
pourra être envisagé pour que le recrutement des maîtres
puisse rester populaire. Il est d'ailleurs inscrit dans nos principes
constitutionnels que nul ne doit être empêché d'atteindre
aux postes dont il est digne par défaut d'argent.
Les futurs maîtres de matières communes et
de spécialités feront leurs deux années
préuniversitaires dans les écoles normales. Ils y recevront une
double formation pratique et théorique. D'une part, ils seront mis dans
les Écoles annexes au contact des écoliers (épreuve qui ne
saurait être retardée d'avantage sans de graves
inconvénients pédagogiques). D'autre part, ils seront
préparés chacun suivant sa spécialité à
l'enseignement théorique des Universités.
Les écoles normales pourront, dans une certaine
mesure, être un cycle d'orientation préuniversitaire. La
distinction pourra être faite entre les futurs maîtres qui
s'intéressent surtout aux enfants, à leur psychologie, aux
problèmes pédagogiques, et ceux que leurs goûts destinent
plutôt aux études littéraires et scientifiques.
Les années d'école normale sont suivies
pour tous par 2 années de licence à l'Université.
Après la licence, les maîtres seront
répartis selon les goûts et les aptitudes, les études
faites et les spécialités choisies entre l'école
maternelle et les trois cycles du premier degré.
Ils seront stagiaires durant un an et ne seront
titularisés qu'après un examen pratique d'aptitudes
pédagogiques. Pour éviter que dans les premières
années une prolongation des études n'entraîne une pénurie
de maîtres, là comme ailleurs des paliers pourront être
envisagés dans l'exécution de la Réforme.
Les licenciés pourront préparer une
agrégation réformée selon les besoins nouveaux (qui
associera à de hautes connaissances scientifiques, une culture
pédagogique), soit après la licence, soit après quelques
années d'exercice. Durant l'année de préparation, ils
seront déchargés d'enseignement. La préparation de chaque
agrégation sera organisée dans les Universités par un
groupement approprié des enseignements. Les agrégés
enseigneront d'abord dans les 2e et 3e cycles avant d'enseigner
éventuellement dans le cycle préuniversitaire.
2° Enseignement préuniverstaire, Écoles
normales supérieures.
Pour enseigner dans le cycle préuniversitaire il
faudra être agrégé.
Les écoles normales supérieures (E.N.S.)
sont des établissements de haute culture. On n'y entrera qu'après
les deux années universitaires et la licence. Elles comporteront une
section d'élèves recrutés par concours et une section
recrutée parmi les maîtres déjà en exercice.
Dans les E.N.S. littéraires et scientifiques (type
rue d'Ulm et Sèvres), les élèves se familiariseront avec
les méthodes de la recherche qui leur permettront ultérieurement
de préparer des travaux en vue de l'Enseignement supérieur.
Les E.N.S, pédagogiques (type Saint-Cloud et
Fontenay, car les besoins obligeront à en créer d'autres dans les
grandes villes), formeront leurs élèves à la recherche
pédagogique et les destineront naturellement après qu'ils auront
enseigné, aux postes de directeurs, d'inspecteurs, de professeurs de
pédagogie dans les écoles normales,
L'E.N.S. d'enseignement technique formera elle aussi des
inspecteurs, des directeurs de centres. Elle restera provisoirement un institut
technique de l'Université comme les grandes écoles
professionnelles rattachées à l'Université : Mines,
Travaux Publics, Ponts et Chaussées, etc.
L'E.N.S. d'éducation physique jouera un rôle
analogue dans le domaine des activités physiques éducatives.
Il ne paraît pas indiqué de terminer les
années d'E.N.S. par un concours. Elles doivent plutôt donner lieu
à des mémoires ou à des rapports et à la collation
d'un grade.
La durée des études pourra y être
variable suivant la spécialité.
3° Enseignement supérieur
Actuellement, le mode de formation et de recrutement
n'est pas le même pour les facultés des Lettres, des Sciences, de
Droit, de Médecine et de Pharmacie.
Les facultés de Lettres et de Sciences recrutent
leurs maîtres parmi les docteurs ès Lettres ou ès Sciences
qui ont été inscrits sur la liste d'aptitude à
l'enseignement supérieur ; les facultés de médecine, par
un concours sur le plan local bien qu'avec un jury unique pour toute la France
; les facultés de Droit par un concours national.
Il n'y a pas actuellement de formation prévue pour
les maîtres des Lettres et des Sciences. Ils sont très diversement
aidés et guidés dans la réalisation de la thèse qui
doit leur ouvrir les portes de l'enseignement supérieur : les uns ont
des postes dans des laboratoires de recherche et peuvent y trouver les appuis
nécessaires, les autres sont livrés à eux-mêmes. Les
écoles normales supérieures pourraient aider à combler
cette lacune. Il n'y a pas lieu de prévoir un concours d'entrée
dans l'enseignement supérieur des Lettres et des Sciences.
Dans les facultés de Médecine, les
candidats au concours d'agrégation ont été le plus souvent
chefs de clinique et se sont ainsi préparés aux fonctions
d'enseignement. Le concours comporte une épreuve sur titre, une
épreuve clinique et des leçons. Son vice est d'opérer sur
le plan local, et par suite de limiter le choix, d'éliminer souvent les
meilleurs et de rendre possible le favoritisme régional ou familial.
De hautes autorités médicales demandent que
le concours d'agrégation ait lieu désormais sur le plan national.
Les candidats reçus à l'agrégation
seraient nommés à un poste vacant de leur
spécialité dans une faculté quelconque. Ils auraient
droit, dans la ville où ils seraient envoyés, à un service
d'hôpital. Ils pourraient se consacrer exclusivement à ce service
et à leur enseignement et recevraient un traitement en
conséquence. Ils pourraient être autorisés à faire
de la clientèle, mais ne recevraient dans ce cas qu'un traitement
partiel. Ils pourraient dans la suite être appelés à
exercer dans une autre Université suivant le même mode de
désignation que pour les autres facultés.
Pour les candidats à l'agrégation de Droit,
la préparation est assurée par les professeurs de faculté,
mais en dehors de leur service obligatoire qui est entièrement
consacré au cours de spécialité. Ce cours doit être
fait complètement chaque année. Il pourrait être, en bien
des cas, suppléé ou complété par des manuels. Le
temps ainsi disponible serait employé à un enseignement vraiment
supérieur et à la préparation officielle de
l'agrégation.
4° Enseignements spéciaux
Les enseignements spéciaux sont ceux pour lesquels
l'Université doit recruter des maîtres qui aient
l'expérience de l'industrie, de l'agriculture, de l'administration,
bref, de 1a profession sous toutes ses formes et à tous ses niveaux. A
l'échelon de l'enseignement supérieur il s'agit des instituts
techniques d'Université, aux échelons plus bas des écoles
professionnelles, des centres de formation agricole, des écoles
pratiques d'apprentissage.
Ces maîtres pourront, s'il est besoin, recevoir une
formation pédagogique, par exemple, en participant à des stages
dans des établissements appropriés.
IV ORGANES DE CONTRÔLE ET DE PERFECTIONNEMENT
L'UNIVERSITE réformée doit pouvoir
contrôler et perfectionner ses activités, Le contrôle doit
être pédagogique sur les maîtres et psychologique sur les
élèves.
1° Le contrôle pédagogique existe
déjà sous la forme de l'inspection, mais elle doit être
réorganisée pour répondre pleinement à son but.
Trop souvent, l'inspecteur est absorbé par des fonctions purement
administratives aux dépens des tâches pédagogiques. Tout ce
qui n'est pas en connexion étroite avec ses responsabilités
pédagogiques devra être confié à des services
purement administratifs. D'autre part, tout inspecteur devra pouvoir être
aidé par un secrétariat dont l'importance sera en rapport avec le
volume de ses obligations administratives.
Aujourd'hui, l'inspecteur, faute de temps sans doute, est
plus le juge que le guide des maîtres qu'il inspecte. I1 manque ainsi
à l'essentiel de sa fonction. Il serait plus utile d'améliorer
l'enseignement donné aux élèves que de classer les
maîtres entre eux. Il faut que l'inspecteur devienne le conseiller
permanent de ses administrés, qu'il répande parmi eux la
connaissance des progrès que peut réaliser la pédagogie et
qu'il soit capable de leur en montrer les applications. Pour être
à la hauteur de cette mission, l'inspecteur ne devra pas s'en tenir
à son expérience personnelle ni à une doctrine une fois
pour toute élaborée. En même temps qu'il exercera ses
fonctions d'inspecteur, il restera en collaboration constante avec les centres
de recherches pédagogiques.
Pour répondre à toutes ces conditions, il
convient que l'inspecteur ait, de l'enseignement qu'il aura le devoir de
contrôler, une expérience personnelle, c'est-à-dire qu'il
l'ait lui-même exercé pendant une période d'au moins dix
ans. Il faudra donc, dans certains cas, des inspecteurs
spécialisés. Ainsi évitera-t-on l'hérésie,
par exemple, d'assimiler l'enseignement des anormaux et celui des écoles
maternelles, en donnant au premier les mêmes inspecteurs qu'au second.
Le postulant à un poste d'inspecteur devra faire
un stage suffisamment prolongé dans un établissement de hautes
études pédagogiques, c'est-à-dire à l'école
normale supérieure du type de Saint-Cloud ou à l'école
normale supérieure du type de Fontenay, devenues les centres les plus
élevés de la formation pédagogique et des recherches sur
l'éducation.
Suivant leur rang, les inspecteurs devront collaborer aux
activités pédagogiques de ces écoles ou des centres de
recherche et d'expérimentation qui seront créés
auprès des universités ou dans les écoles normales.
2° Le contrôle psychologique s'adresse aux
élèves. II n'existe encore à titre d'expérience et
officieusement que dans quelques groupes scolaires de la région
parisienne ou de la province. Il répond à la
nécessité de connaître l'enfant dans ses
particularités individuelles aussi bien que dans son évolution
psychologique. Les fonctions d'enseignement sont trop absorbantes pour laisser
aux maîtres le loisir d'étudier et d'appliquer les méthodes
d'investigation qui permettent de déterminer éventuellement pour
chaque enfant les causes intellectuelles, caractérielles ou sociales de
son comportement scolaire. Ils doivent pouvoir soumettre le cas à un
spécialiste des méthodes psychologiques. Ces examens
psychotechniques devront contribuer à l'orientation scolaire des
enfants.
D'autre part, il faut pouvoir apprécier les
conséquences psychologiques des méthodes éducatives. Le
bon rendement scolaire n'est pas toujours un critère suffisant. Certains
procédés pédagogiques peuvent être très
efficaces mais au prix d'une plus grande fatigue pour l'enfant ou au détriment
d'autres aptitudes utiles, telles que la spontanéité,
l'initiative, etc. Des épreuves psychologiques bien choisies peuvent
seules permettre d'établir ce bilan.
Enfin, les programmes eux-mêmes doivent être,
pour chaque classe, adaptés aux aptitudes propres à chaque
âge, et, sans cet ajustement, il n'y a pas de précision possible
sans l'emploi de critère psychologique.
Il est donc indispensable de prévoir, comme l'ont
fait les réorganisateurs de l'enseignement dans d'autres pays, la
création d'un corps de psychologues scolaires. Ils devront avoir une
justification pédagogique suffisante (diplômes universitaires, et,
s'il se peut pratique scolaire). Ils devront en outre avoir suivi un
enseignement théorique et pratique de psychologie que sanctionnera un
diplôme reconnu par l'État et délivré par l'Université
tel que le diplôme de psychologie pédagogique actuellement
délivré par l'Institut de Psychologie de l'Université de
Paris.
Ils exerceront leurs fonctions comme le personnel
enseignant sous la responsabilité des autorités universitaires.
Ils seront en outre soumis au contrôle technique des laboratoires ou
centres d'études psychologiques existant ou à créer
auprès des universités.
Leur statut et les règles de leur avancement
devront tenir compte de leur double qualification pédagogique et
psychologique.
A ce contrôle psychologique devra s'ajouter un
contrôle physiologique qui rentre dans les attributions des
médecins scolaires. Ils ne se borneront plus au dépistage rapide
de certaines maladies mais ils devront suivre la croissance de chaque enfant et
se tenir en rapport avec les maîtres et les psychologues pour noter les
concomitances qui pourront s'observer dans son comportement scolaire, psychique
et biologique.
V PROGRAMMES, HORAIRES, MÉTHODES, SANCTlON DES
ÉTUDES
L'organisation de l'enseignement pose trois
problèmes solidaires mais distincts.
PROGRAMMES
Les programmes doivent indiquer ce qui sera
enseigné par cycle et par année, mais de façon large et
souple, c'est-à-dire que la distribution dans le temps de leurs
matières ne doit pas être trop stricte, afin de ne pas contrarier
par un compartimentage excessif, l'élan de curiosité qu'il faut
chercher à susciter chez les enfants, car c'est là un des buts
essentiels de l'éducation si elle veut être pleinement profitable.
Ils ne fixeront pas non plus de façon
irrévocable le détail des matières à enseigner, car
il peut être avantageux de ne pas disperser l'intérêt des
élèves et il est parfois préférable, pour la meilleure
compréhension ou la meilleure utilisation d'une discipline, d'insister
davantage sur une question que de se borner à les résumer toutes.
Pour la bonne formation de l'esprit, il n'est pas besoin de connaissances
encyclopédiques, mais de connaissances en profondeur.
Les programmes comportent un programme commun dans le
premier cycle du premier degré (cycle élémentaire) et
partiellement commun auquel s'ajoute un programme partiellement
spécialisé dans le second cycle (cycle d'orientation). Dans le
troisième cycle (cycle de détermination), l'orientation est
à peu près fixée. Les seules matières communes
seront l'étude du français, d'une langue vivante pratique, de
l'histoire, du dessin, de la musique et du chant.
Le contenu de l'enseignement commun sera, au cours du
premier cycle (6-11 ans), ce qui répond aux instruments indispensables de
la a connaissance (lecture, écriture, calcul), ce qui enrichit les
moyens d'expression (dessin, langage) et toutes les activités qui
peuvent développer les aptitudes d'observation. Cet âge
étant particulièrement propice à l'étude des
langues, il conviendra dans toute la mesure du possible, d'apprendre aux
enfants une langue étrangère d'usage courant, par la
méthode directe.
Dans le deuxième cycle, l'enseignement commun
comportera l'étude de la langue française et d'une langue
étrangère, une formation intuitive aux mathématiques,
l'observation du milieu et des notions d'histoire et de géographie
susceptibles de développer chez l'enfant le sens des différences
d'espace et de temps.
C'est avec le deuxième cycle que commencent les
options. Pendant les deux premières années elles consisteront en
activités d'essai qui serviront aux maîtres à mieux
connaître les enfants. Dans les années suivantes, le choix de
ceux-ci sera plus libre. Les groupements optionnels se répartiront en
scientifiques, littéraires, techniques, artistiques. Suivant le temps
qui leur sera consacré les options seront distinguées en options
principales et options secondaires. C'est parmi les options que figurera la
langue classique ou moderne, dont l'étude sera faite non plus par la
méthode directe mais par les méthodes grammaticales,
philologiques, littéraires, historiques, qui en feront un instrument de
culture. Parmi les options figureront également les mathématiques
rigoureuses, les techniques d'observation et en général tout ce
qui peut déceler et développer des aptitudes
spécialisées.
Durant le troisième cycle, les
élèves pourront choisir des options complémentaires, mais,
suivant leurs spécialisations de base, certains groupements d'options
seront obligatoires. Un enseignement d'hygiène sera donné pendant
la dernière année du troisième cycle.
HORAIRES
L'horaire doit fixer le nombre total des heures
consacrées à l'enseignement et la distribution de ces heures
entre les différents enseignements.
Pour fixer le temps consacré par l'enfant à
l'école, il faut tenir compte de ses possibilités physiologiques
et de ses besoins psychologiques. Il ne devra pas excéder, entre 7 et 9
ans, 2 heures par jour et 10 heures par semaine.
De 9 à 11 ans : 3 heures par jour et 15 heures par
semaine ;
De 11 à 13 ans : 20 heures par semaine ;
De 13 à 15 ans : 25 heures par semaine.
Dans cet horaire seront incluses les séances de
"travail dirigé". Ce travail sera véritablement
dirigé de 11 à 15 ans. Il sera seulement contrôlé
durant le troisième cycle et complètement libre dans les
dernières années. En dehors de la classe, l'enfant devra pouvoir
se livrer à toutes les activités de son choix : jeux, lectures,
etc.
Quant à l'emploi du temps à l'école,
il a évidemment une triple utilité : équitable
répartition des journées scolaires entre toutes les disciplines,
exacte articulation des enseignements, ce qui est particulièrement
nécessaire quand ils sont distribués entre maîtres
différents, contrôle facile de leur correcte exécution.
Néanmoins, i1 doit, lui aussi, être assez souple pour ne pas
morceler ni lasser l'attention des enfants. Ce résultat sera surtout
obtenu par l'entente entre les maîtres, qui devront se concerter dans les
conseils de classe, dont les réunions périodiques seront
fréquentes. L'horaire prescrit devra être plus indicatif que
rigide.
MÉTHODES
Les programmes étant fixés pour chaque
âge et selon chaque orientation des enfants, il appartiendra aux
méthodes d'en ajuster l'exécution aux capacités de chacun.
Les méthodes à utiliser sont les méthodes actives,
c'est-à-dire celles qui s'efforcent d'en appeler pour chaque
connaissance ou discipline aux initiatives des enfants eux-mêmes. Elles
alterneront le travail individuel et le travail par équipes, l'un et
l'autre étant susceptibles de mettre en jeu les différentes
aptitudes de l'enfant, tantôt en lui faisant affronter avec ses
ressources propres les difficultés de l'étude et tantôt en
lui faisant choisir un rôle particulier et une responsabilité
personnelle dans l'oeuvre collective. Ainsi se révéleront ses
capacités intellectuelles et sociales, et la place laissée
à sa spontanéité fera de l'enseignement reçu un
enseignement sur mesure.
SANCTION DES ÉTUDES
Aucun examen ou concours ne doit avoir lieu avant la fin
des années de scolarité obligatoire. Le groupement des
élèves dans le 2e cycle du 1er degré, leur
répartition dans les différentes sections du 3e cycle
dépendront de leurs activités antérieures et de l'avis du
conseil des maîtres (orientation) à qui incombera la
décision.
Les examens à tous les degrés devront
être conçus sur type nouveau qui dissocie les épreuves de
connaissances et l'appréciation des aptitudes. Les examens de fin
d'études doivent être un contrôle portant sur l'ensemble des
études et ne doivent pas permettre la préparation spéciale
d'un programme limité. Par des sondages multipliés on s'efforcera
d'explorer l'ensemble des acquisitions et des aptitudes en éliminant le
plus possible le hasard.
Sanctions des études obligatoires.
Ces examens de fin d'études porteront sur les enseignements
généraux dans les enseignements spéciaux à chaque
section du 3e cycle.
Ils donneront lieu à l'attribution, dans la
section pratique du certificat d'aptitude professionnel ; dans la section
professionnelle, du brevet d'enseignement professionnel ; dans les sections
théoriques, du baccalauréat (classique, technique, moderne, etc.)
Le baccalauréat permettra l'entrée dans
l'enseignement préuniversitaire. Un stage probatoire de courte
durée servira à diriger les étudiants vers les
enseignements en rapport avec leur aptitudes et, si besoin est, à
éliminer les inaptes.
Des concours donneront accès aux instituts et aux
grandes écoles. Ils devront être autant des épreuves de
caractère et d'aptitude que des épreuves de connaissances. Ils
seront institués au moment de l'entrée à
l'Université, mais ne dispenseront pas les élèves
reçus de faire à l'Université leurs années de
licence. Le recrutement se complétera par un second concours ouvert aux
candidats achevant la licence. Aucun étudiant ne pourra se présenter
plus de deux fois : une fois à la fin des années
préuniversitaires, une fois à la fin des années de
licence.
Au delà de la licence, l'agrégation sera
organisée conformément aux dispositions prévues dans le
chapitre . Formation des Maîtres.
Des doctorats d'Université, de philosophie,
histoire, physique, géologie, etc., de même caractère que
le Doctorat en médecine ou en Droit, seront attribués
après deux au trois années d'études supérieures sur
la présentation d'une thèse.
Les Doctorats ès Lettres ou ès Sciences
conservent leur ancienne valeur de haute qualification scientifique.
APPENDICE
SECTIONS DE RATTRAPAGE
Mais à côté de la diversité
qualificative qui peut exister entre les esprits, il peut y avoir une
différence dans le niveau d'intelligence globale. Il ne doit plus en
résulter comme aujourd'hui qu'un enfant dont le développement ou
la puissance intellectuelle sont médiocres, "redouble" ses
classes et devienne le condisciple d'enfants qui ont deux ou trois ans de moins
que lui. Car, à bien des égards, il n'est plus leur semblable.
Son expérience de la vie courante est plus développée, ses
intérêts deviennent différents et on le retient devant les
mêmes difficultés, dans la forme exactement où elles l'ont
déjà rebuté. Au lieu d'utiliser et de stimuler ses
actuelles dispositions psychiques, qui pourraient l'aider à surmonter
l'obstacle, on prétend mettre en oeuvre celles qui risquent d'appartenir
à un âge déjà révolu et qui peuvent
être sur leur déclin.
Il n'y a aucune raison pour que le programme s'il est
bien adapté à l'âge des enfants, ne reste pas le même
pour tous ceux du même âge, mais à condition d'être
allégé, si c'est nécessaire, et surtout d'être enseigné
par des méthodes qui sachent exploiter à fond les dispositions et
les goûts les plus développés de chacun. C'est là
une tâche pédagogique considérable mais urgente. Elle exige
évidemment la collaboration des pédagogues et du psychologue
scolaire.
Il pourra donc être indiqué de constituer
des sections particulières pour
les enfants qui se révéleraient incapables de suivre le cours
normal des études, sans y subir un retard dans leur progression de
classe en classe. Un sondage récent fait dans les écoles
primaires de la région parisienne a montré que 22 % des enfants
sont plus âgés de 2, 3 ou même 4 ans qu'ils ne devraient
l'être dans les classes qu'ils fréquentent. Cette situation doit
cesser. Chaque fois, d'ailleurs, que la chose redeviendra possible, l'enfant
retournera de la section de rattrapage dans une classe normale.
SECTIONS DE PERFECTIONNEMENT
1° Pour les déficients intellectuels
Un cas extrême est celui des enfants
intellectuellement déficients, c'est-à-dire qui sont
véritablement et définitivement incapables d'assimiler le
programme commun, mais pour lesquels il y a des possibilités d'adaptation
sociale et professionnelle et qui doivent, par conséquent, être
mis en état de se suffire un jour à eux mêmes.
Il faut pour eux un enseignement spécial, comme
l'avait prévu la loi de 1909 dont l'application n'était
malheureusement que facultative. Le nombre de ces enfants est actuellement,
d'après le sondage dont il a été parlé, de 8 %.
Ces enfants ont droit à l'instruction. Ils ne
doivent pas non plus rester une charge sans compensation dans une
société qui a tant besoin de main-d'oeuvre. Il s'agit de leur
donner les instruments intellectuels indispensables et l'habitude des travaux
qui leur seront accessibles. Il serait chimérique de subordonner cette
formation scolaire et professionnelle à l'emploi des méthodes
fondées uniquement sur le développement des connaissances par la
culture intellectuelle. En bien des cas, il faudra se résigner à
un dressage par l'habitude et par la mémoire. Les seules chances de
culture, dans le cas d'une intelligence déficiente, c'est l'accès
possible à la vie de tous, à l'expérience commune,
c'est-à-dire de ne pas être condamné à l'isolement
par une impéritie restée totale.
Cet enseignement spécial exige beaucoup de
discernement, car il doit savoir doser pour chaque enfant le dressage et
l'éveil intellectuel, qui demeure évidemment le but essentiel.
Mais cet éveil intellectuel doit avoir d'autres stimulants que pour les
enfants intelligents. Il doit faire participer l'enfant à des situations
concrètes sur lesquelles pourront s'ajuster son savoir-faire et
consécutivement sa compréhension.
Il faut donc développer son savoir-faire. Il sera
indispensable d'introduire dans la section de perfectionnement, avec les
exercices de lecture, d'écriture, de calcul, de dessin qui y sont
déjà pratiqués, les travaux manuels, qui le sont
insuffisamment. La collaboration entre maîtres de l'enseignement commun
et maîtres de l'enseignement technique devient ici aussi
nécessaire. L'enfant déficient doit bénéficier d'un
préapprentissage commencé de bonne heure et poursuivi
jusqu'à 18 ans. Souvent même sera-t-il nécessaire qu'il
soit admis à travailler encore deux ou trois ans dans des ateliers
spéciaux. Son utilisation ultérieure devra être
réglée en accord avec des représentants de syndicats
patronaux et ouvriers.
L'enseignement spécial est déjà
organisé, et il a derrière lui une expérience
précieuse. Mais le nombre des classes et des établissements
où il est donné, reste notoirement insuffisant. Le nombre de
maîtres qualifiés est dérisoire en regard des besoins. Il
faut donc en former un très grand nombre, et de toute urgence.
La méthode la plus rapide, la moins
onéreuse, la plus efficace, c'est d'organiser des stages de six mois,
qui pourraient être, pour commencer, ramenés à trois mois,
ce qui représente un minimum à peine suffisant. Il serait d'un
luxe véritablement inopportun de créer une école normale
nationale pour maîtres d'arriérés. Son rendement resterait
forcément d'une ridicule insuffisance.
Mais il faudra avoir des classes ou des internats de
perfectionnement avant même d'avoir le nombre de maîtres
nécessaires. On le pourra en généralisant une tentative
récente qui a donné de bons résultats. Des maîtres
particulièrement expérimentés dans l'éducation des
déficients intellectuels reçoivent une mission d'instructeurs.
Ils vont, pour des périodes variables de temps, montrer aux
maîtres sans formation préalable comment ils peuvent organiser
leur classe et instruire leurs élèves. Parmi ces instructeurs, il
serait possible de sélectionner des inspecteurs compétents.
L'extension rapide de l'enseignement spécial est
le seul moyen d'arracher à une oisiveté, nocive pour
eux-mêmes et pour la société des enfants que leurs
insuccès scolaires obligent à éliminer de l'école.
2' De soulager les classes normales du poids qui
résulte pour elles d'un nombre parfois important d'élèves
incapables d'y faire aucun progrès.
2° Pour les déficients sensoriels
C'est depuis de longues années déjà
que le cas des déficients sensoriels s'est imposé à
l'attention publique. Il existe des instituts pour les sourds-muets, les
aveugles et quelques classes spéciales pour les amblyopes. Cependant,
les efforts sont restés très dispersés et
l'éducation donnée de niveau très variable et de principes
souvent contestables.
L'Éducation nationale ne peut pas rester
indifférente aux problèmes que pose la réadaptation des
déficients sensoriels au milieu professionnel, social, culturel
où ils doivent pouvoir trouver les meilleures conditions de vie
compatibles avec leur infirmité.
C'est à l'Éducation nationale qu'incombe la
mission d'éducation pour tous les enfants. C'est à elle seule
qu'il est possible d'instituer des expériences et des comparaisons
pédagogiques suffisamment étendues pour éviter les erreurs
où peut entraîner la vision trop exclusive de certaines
insuffisances pathologiques. C'est elle seule qui peut disposer de tous les
éducateurs dont la collaboration est nécessaire pour un
réajustement aussi étendu que possible à la vie commune de
tous ceux qui s'en trouvent exclus par la surdité ou la
cécité.
L'Éducation nationale prendra le contrôle et
la charge de tous les établissements existant et en coordonnera
l'enseignement selon des buts et avec des méthodes bien
étudiés.
SECTION DE RÉADAPTATION
Une autre catégorie est celle des enfants que leur
conduite irrégulière ou leurs délits mettent en conflit
avec la société. Leur diversité est grande. Pour
déterminer le cas de chacun et le régime qui lui conviendra, il
faut prévoir des centres d'observation et de triage où leur
séjour ne devra pas dépasser les quelques semaines strictement
indispensables aux pédagogues, psychologues, médecins, magistrats
chargés de leur examen, car rien ne leur est plus mauvais qu'une trop
longue période d'attente et d'indécision.
S'il y en a qui sont jugés comme d'intelligence
trop déficiente ou de perversité trop essentielle pour être
jamais récupérables, ils seront placés dans des sections
appropriées d'asiles. Pour ceux dont la rééducation doit
être tentée, le but doit être .de les remettre aussi vite
que possible soit dans des établissements de déficients simples,
s'ils sont d'intelligence déficiente, ce qui est souvent le cas, soit
dans des établissements d'enfants normaux, s'ils sont d'intelligence
normale. Rien ne saurait mieux les stimuler que ce reclassement qu'il faut leur
faire mériter. Rien au contraire n'est plus pernicieux que de laisser se
cristalliser dans des établissements spéciaux, si bien
organisés soient ils, leurs communes rancoeurs contre une
société dont ils oublient rarement qu'ils ont été
les exclus.
Cependant, il faut des établissements de passage
où ils seront mis en état de tenter leur chance, toutes leurs
chances selon leurs aptitudes et leur mérite L'enseignement devra y
être varié et comporter en particulier une part très large
d'enseignement manuel. L'enfant irrégulier est souvent instable ou a
pris des habitudes d'instabilité. Les disciplines abstraites le
rebutent, il se plaît au contraire aux réalisations
concrètes de son activité. Il est très important cependant
qu'il ne se sente pas nécessairement voué aux centres
d'apprentissage ou aux écoles professionnelles. Il faut lui retirer tout
prétexte de se considérer comme moins libre de son destin que tout
autre enfant. A lui seul de fournir la preuve de ses capacités et de son
mérite.
Ces établissements devront être en
étroite et constante relation avec les autres établissements
d'enseignement. L'échange des élèves pourra se faire
éventuellement dans les deux sens. Les maîtres devront eux-mêmes
pouvoir passer des uns dans les autres s'ils en éprouvent le
désir ou le besoin. Seule l'Éducation nationale est capable
d'assurer la coordination de leurs enseignements, le recrutement et la
formation des maîtres qualifiés, c'est donc à elle
d'assurer la charge de ces établissements.
SECTIONS AUXILIAIRES
Pour des raisons d'ordre social ou professionnel, il y a
des catégories d'enfants à qui la fréquentation de
l'école est difficile ou impossible. Par exemple, ceux dont les parents
mènent une vie nomade : forains, bateliers, ou ceux que leur état
oblige à une vie recluse dans des locaux ou des stations isolés.
Ils ont pourtant droit, eux aussi, à tous les bénéfices
utilitaires et culturels de l'instruction.
Pour les forains véritablement nomades et dont les
déplacements sont habituellement massifs d'une localité vers une
autre, la meilleure solution serait de généraliser la
création d'écoles qui les accompagnent.
Pour les bateliers, l'organisation d'écoles dans
les ports où ils séjournent parfois assez longtemps ne
paraît pas suffisante. Car pendant la période de voyage l'enfant
risque d'oublier tout l'enseignement reçu. Créer dans ces ports
des internats où il pourrait être laissé par ses parents
pendant leurs voyages paraît être la solution la plus facile
à leur faire accepter.
Sans doute la création d'internats spéciaux
pour enfants de bateliers est en opposition avec le principe d'unification
sociale et nationale que l'Éducation doit poursuivre. Mais les familles
de bateliers forment comme des cellules qu'il est difficile de dissocier ; les
parents se séparent avec peine des enfants et les enfants des parents.
Il faut leur rendre cette séparation indispensable aussi acceptable que
possible par un internat à régime aussi souple que possible.
Pour les enfants d'hôpitaux, de sana, de
préventorium, la tâche essentielle est de préparer des
maîtres qui sauront prendre toutes les initiatives nécessaires
sous la direction des médecins pour que chaque enfant reçoive le
maximum d'instruction, avec le minimum de fatigue : horaires, méthodes,
programmes devront être étroitement subordonnés aux
exigences physiologiques de chacun et tendre davantage à tenir en
éveil les aptitudes intellectuelles qu'à distribuer
systématiquement un bagage déterminé de connaissances.
Des types de programmes et horaires ont été
étudiés par la 2e S/C. sous la présidence de M.
Piéron ; ces pièces figurent dans les archives où elles
pourront être consultées.
VI ÉDUCATION MORALE ET CIVIQUE FORMATION DE
L'HOMME
L'École publique, comme l'État
lui-même, aux termes de la Constitution, est laïque,
c'est-à-dire que, ouverte à tous les enfants, elle ne peut et ne
doit donner aucun enseignement doctrinal, politique ou confessionnel.
La laïcité de l'école n'implique pas
qu'elle n'exerce aucune action éducative. S'il ne lui appartient pas
d'assurer le recrutement de tel ou tel groupement religieux ou politique, elle
doit à la Nation de préparer l'enfant à prendre conscience
du rôle qui sera le sien dans la vie sociale et de sa
responsabilité de citoyen.
L'éducation morale et civique que l'école
doit donner ne saurait se borner à l'étude d'un programme en un
temps fixé par l'horaire. On ne peut en effet dissocier
l'éducation de l'intelligence de celle du caractère. C'est la vie
scolaire tout entière qui offre les moyens d'élever l'enfant. Le
contenu de l'enseignement, plus encore ses méthodes et la discipline
scolaire, sont les moyens permanents et normaux de donner à l'enfant le
goût de la vérité, l'objectivité du jugement,
l'esprit de libre examen et le sens critique qui feront de lui un homme libre
du choix de ses opinions et de ses actes, de lui faire acquérir le sens
de la vie sociale, des avantages et des charges qu'elle implique, et la
conscience de ses responsabilités. L'école, dit Paul Langevin,
est une véritable entreprise de culture dont l'individu ne profite
pleinement que s'il est entraîné et soutenu par le milieu
scolaire. "L'école fait faire à l'enfant l'apprentissage de
la vie sociale et, singulièrement, de la vie démocratique ...
Ainsi se dégage la notion du groupe scolaire à structure
démocratique auquel l'enfant participe comme futur citoyen et où
peuvent se former en lui, non par les cours et les discours, mais par la vie et
l'expérience, les vertus civiques fondamentales : sens de la
responsabilité, discipline consentie, sacrifice à
l'intérêt général, activités
concertées et où on utilisera les diverses expériences de
"self-government" dans la vie scolaire".
Les mêmes méthodes, basées sur
l'activité et l'expérience personnelles qui seront
employées pour assurer à l'enfant, dans les meilleures
conditions, le maximum de développement physique et intellectuel seront
donc utilisées pour sa formation civique et morale. Cette unité
des méthodes et l'emploi de moyens en rapport avec le
développement psychologique progressif de l'enfant sont les garants de
l'efficacité de l'éducation à l'école.
A l'école maternelle, et au début du
premier cycle du premier degré, le but principal de l'éducation
sera la formation des habitudes : habitudes physiques, habitudes de
sociabilité qui orienteront l'enfant vers la conscience de l'existence
d'autrui et le respect de ses droits. A cet âge, l'affectivité
commande directement l'action : c'est sur elle que l'éducation
s'appuiera. Toute l'organisation de la vie scolaire devra favoriser au maximum
l'affirmation de la personnalité et du caractère, l'action
volontaire, l'initiative et le goût de l'effort. Les méthodes
d'individualisation de l'enseignement, d'autodiscipline, le jeu des
responsabilités individuelles dans l'organisation matérielle du
milieu scolaire seront propices à cette formation. Les règles
imposées seront réduites au minimum pratiquement indispensable.
Progressivement, on laissera à chacun une part d'activité libre
et de responsabilité personnelle de plus en plus large. En même
temps, les travaux en équipe, la coopération organisée
enseigneront par l'action la soumission volontaire à une règle
acceptée, l'intégration de l'activité individuelle
à celle d'un groupe organisé.
La réflexion abstraite n'étant pas de cet
âge, l'enseignement moral théorique sera exclu : la
réflexion et le jugement moral s'exerceront sur les faits précis
de la vie individuelle et collective.
Vers la fin du premier cycle, et surtout aux 2e et 3e
cycles le développement psychologique de l'enfant permettra de
multiplier les moyens d'action. Le principe en demeurera l'activité
propre de l'élève, par l'expérience et la réflexion
personnelles. Mais celle-ci pourra s'attacher à des problèmes de
plus en plus complexes débordant le cadre de la vie scolaire.
A ce niveau, le développement intellectuel jouera
un rôle important. Toute l'éducation intellectuelle, dans toutes
les disciplines, servira la formation morale et civique par la culture de
l'esprit critique et le libre examen. Les disciplines scientifiques joueront un
rôle éminent si elles donnent le goût de la précision
et de la clarté. L'habitude d'éviter la précipitation du
jugement, de pratiquer l'objectivité et l'impartialité.
L'élargissement de l'horizon et la
préparation à la vie dans la cité se feront par
l'initiation (le plus souvent par le contact direct ) à la
réalité sociale. C'est moins par les livres et les cours que par
les visites, les enquêtes, les recherches personnelles que les
adolescents seront conduits à l'analyse critique de la structure
sociale, administrative et politique. Une place importante sera faite à
la connaissance des professions, de leur rôle, de leur évolution,
des conditions où elles s'exercent. L'exacte appréciation du
rôle fondamental des travailleurs, de la solidarité des diverses
activités humaines, orientera les adolescents vers la
compréhension des devoirs et des droits des citoyens.
La matière même des programmes de certains
enseignements contribuera à préciser le sens du devoir critique.
Les parties communes de ces programmes donneront à tous les jeunes
Français une documentation sur les grands faits historiques,
économiques, sociaux, susceptibles de leur permettre
ultérieurement une meilleure compréhension des
événements contemporains et un choix personnel
éclairé de leur position idéologique et de leur action
civique.
L'exposé et la discussion des
événements et des problèmes dans leur actualité ne
seront pas exclus de l'école. Des clubs d'études et de discussion
enseigneront aux jeunes la valeur et les difficultés d'une recherche sincère
de la vérité, le respect de la liberté de pensée et
d'expression pour tous.
Enfin, l'heure obligatoire d'hygiène, dans la
dernière année de scolarité du premier degré,
comportera des notions d'éducation sexuelle et donnera aux jeunes gens
et aux jeunes filles un sens plus exact de leurs devoirs et de leurs
responsabilités envers l'humanité à venir.
Cependant, l'éducation morale et civique n'aura sa
pleine efficacité que si l'influence de l'enseignement proprement dit se
complète par l'entraînement à l'action. Le respect de la
personne et des droits d'autrui, le sens de l'intérêt
général, le consentement à la règle, l'esprit
d'initiative, le goût des responsabilités ne se peuvent
acquérir que par la pratique de la vie sociale. L'école offre aux
enfants et aux adolescents une société à leur mesure,
où ils vivent au milieu de leurs pairs. Elle devra donc s'organiser pour
leur permettre de multiplier leurs expériences, en leur donnant une part
de plus en plus grande de liberté et de responsabilité dans le travail
de classe comme dans les occupations de loisir.
La plupart des services scolaires doivent être pris
en charge par les élèves. La mise en ordre de la classe, du
matériel scolaire, des bibliothèques seront confiés
à des élèves volontaires ou désignés par
leurs camarades, responsables devant l'opinion de la bonne exécution du
travail. Le rôle du maître sera d'appeler éventuellement
l'attention collective sur les injustices dans la répartition des
charges. Le sens de la solidarité, à l'intérieur du groupe,
prendra toute la force d'une expérience quotidiennement vécue.
L'organisation de coopératives scolaires donnera
aux enfants et aux adolescents l'expérience des responsabilités,
le sentiment de l'importance des fonctions sociales et de la haute valeur de la
conscience dans le travail. C'est par les élèves eux-mêmes
que la coopérative doit être gérée. La discussion et
le choix des travaux à entreprendre, l'attribution à chacun de sa
part dans la tâche commune, la valeur des aptitudes, l'acceptation de besognes
humbles mais utiles, le sacrifice des préférences personnelles,
le renoncement aux satisfactions égoïstes de la vanité pour
la joie des réussites collectives, l'harmonisation volontaire des
activités individuelles à celles du groupe constitueront une
première et utile expérience de la participation à la vie
dans une société démocratique. Les travaux et les
fêtes organisées par les jeunes coopérateurs et sous leur
responsabilité doivent normalement aboutir à doter la
collectivité scolaire de fonds dont ils auront la gestion. Ils
expérimenteront ainsi l'importance pour le bien commun de l'intelligence
et de la probité des gestionnaires et de l'acceptation des
décisions collectives ayant force de loi.
Dans le cadre des activités coopératives,
ou indépendamment d'elles, l'école doit habituer les futurs
citoyens à participer à des services sociaux. Par exemple, l'aide
aux enfants, aux infirmes, aux vieillards, non par des dons d'argent, mais par
la contribution bénévole aux travaux de la vie quotidienne :
participation aux besognes ménagères, courses, distractions, etc.
De même et particulièrement dans les milieux ruraux, des travaux
d'intérêt général peuvent être
exécutés par l'équipe scolaire : remise en état de
chemins, de clôtures, nettoyages, déblaiements, participation aux
grands travaux saisonniers, etc. Ces activités
désintéressées seront un moyen efficace d'enseigner aux
jeunes à sortir d'eux-mêmes. Ils se prépareront ainsi au
devoir commun du service social volontaire qui intègre l'individu par son
action et ses sentiments à des groupes humains de plus en plus
étendus.
Toutes ces activité scolaires et sociales, ainsi
que les sports, les occupations éducatives des loisirs, si importants
dans la vie des internats, concourront à donner aux adolescents le
sentiment de leur responsabilité sociale, sous deux aspects
répondant à la hiérarchie des tâches et des
fonctions : responsabilité du dirigeant, responsabilité de
l'exécutant. Chaque citoyen, en régime démocratique, est
placé dans la vie civique et professionnelle en face de cette double
responsabilité. Il sera donc nécessaire que les activités
scolaires s'organisent de telle sorte que tous aient alternativement des
responsabilités de direction et d'exécution développant
conjointement l'initiative, la décision, l'intégration volontaire
à une activité réglée et collective, la conscience
scrupuleuse dans l'accomplissement des plus modestes tâches. Il importe
en effet d'éviter de cultiver en certains l'absolutisme du chef
prédestiné et en d'autres l'habitude paresseuse d'une aveugle
soumission.
L'organisation des vacances et des loisirs permettra,
dans des conditions différentes de celles de la vie scolaire, d'affirmer
les qualités acquises. Les colonies enfantines doivent avoir une
discipline extrêmement libérale et donner aux enfants l'occasion
d'une expérience de vie collective où les interventions adultes
sont réduites au minimum et s'exercent avec discrétion. Pour les
adolescents, de véritables expériences de "républiques
démocratiques" doivent être organisées. Les
rassemblements de jeunesse, dans des cités provisoires dont les jeunes
assument toute l'organisation et l'administration, sont une excellente
préparation à la vie du citoyen. Ils donnent à chacun la
possibilité de mesurer les difficultés et les charmes de la
liberté individuelle au sein d'une collectivité
démocratique.
Le rôle des maîtres dans cette
éducation sociale et civique par l'action est important mais discret. Il
leur appartient de créer les conditions et l'atmosphère
favorables. C'est à eux de doser avec sagesse la part de liberté
progressivement étendue qui aboutira, aux 2e et 3e cycles, au
régime de l'autodiscipline. Dans toutes les activités collectives
libres (services scolaires, coopératives, équipes
organisées pour le travail ou pour le jeu), leur rôle est celui
d'un témoin et d'un conseiller. Ils n'imposent pas leurs solutions, mais
ils aident, ils suggèrent, ils proposent, ils s'efforcent de faire reconnaître
les erreurs de jugement et de conduite, non en vertu de l'autorité que
leur confère leur fonction, mais par le consentement sincère des
esprits et des coeurs.
A l'enseignement civique est liée
l'éducation morale. Ce n'est pas une discipline dont un
spécialiste a le monopole. Il appartient à tous les
éducateurs de le donner, en toute circonstance, par l'organisation de la
vie scolaire, par leur enseignement, par leur exemple. Cependant, au 3e cycle,
et surtout dans la classe terminale, un programme portant sur les grands
problèmes de la vie civique et morale servira de base à des
exposés et des discussions plus méthodiques. I1 permettra, avant
que les adolescents ne quittent l'école, de faire une synthèse
des connaissances acquises et de rendre conscients les principes qui
règlent la conduite et fondent le jugement moral .
Ainsi, l'éducation intellectuelle et la pratique
quotidienne de l'expérience sociale dans ce "groupe scolaire
à structure démocratique auquel l'enfant participe comme futur
citoyen", contribueront conjointement à former l'homme et le
citoyen, à éclairer l'action par la pensée, à
vivifier la pensée par l'action. Et, comme l'écrivait Paul
Langevin : "Cet apprentissage de la vie sociale, essentiellement
laïque, n'engage aucune idéologie, n'exige aucune mystique métaphysique
ou religieuse". L'école, mettant en évidence les
éléments communs de nos devoirs d'homme et de citoyen,
contribuera efficacement à renforcer le sentiment de la
communauté française.
VII ÉDUCATION POPULAIRE
L'éducation populaire n'est pas seulement
l'éducation pour tous, c'est la possibilité pour tous de
poursuivre au-delà de l'école et durant toute leur existence le
développement de leur culture intellectuelle, esthétique,
professionnelle, civique et morale.
Dans des temps où les progrès des sciences
et le renouvellement des idées et des manifestations artistiques ne
peuvent manquer de s'accélérer toujours davantage, les
générations qui se suivent deviendraient vite
étrangères entre elles et les plus anciennes
étrangères à leur époque, si cette
possibilité ne leur était pas donnée.
L'éducation populaire ne doit pas être la
simple continuation de l'école avec emploi de méthodes scolaires
pour compléter une instruction jugée insuffisante. S'adressant
aux adultes elle doit partir de leurs intérêts actuels et utiliser
leurs aptitudes d'adultes.
Elle doit être à la fois
représentée sur tous les points du territoire et garder le
contact avec les institutions et les hommes dont la mission est le
progrès de nos connaissances culturelles. Elle exige la collaboration de
tous à quelque niveau de l'enseignement qu'ils appartiennent :
maîtres répandus dans les campagnes et dans les villes d'une part,
maîtres des écoles normales et des universités d'autre
part. Cette collaboration sera d'autant plus facile que tous les maîtres
seront passés par les écoles normales et les universités.
Les écoles normales et les universités
seront des foyers de culture où les maîtres, en contact direct
avec les populations devront trouver l'assistance et les collaborations voulues
pour organiser dans leur propre circonscription des séances instructives
ou récréatives, des excursions géologiques, botaniques,
archéologiques, etc., des expositions et des festivités soit de
caractère régional, soit de caractère national ou mondial.
Cette énumération n'a rien de limitatif.
La fonction d'éducation populaire est d'importance
trop fondamentale pour que les maîtres la remplissent à leurs
moments perdus. Elle ne saurait s'ajouter à leurs charges
professionnelles déjà lourdes, qui doivent être
allégées en proportion.
Mais il faut aussi envisager que dans les limites par
exemple du canton, des maîtres seront entièrement
délégués dans cette fonction. Cette
délégation ne sera pas une délégation à vie,
mais à temps. Elle permettra d'introduire plus de diversité dans
l'existence professionnelle des maîtres, dont la monotonie est parfois
trouvée rebutante et peut décourager certains au moment de s'y
engager. Des stages d'information pourront être organisés pour les
candidats à cette fonction.
Si l'armature de l'éducation populaire doit
être formée par le personnel enseignant à tous ses
degrés, elle devra également s'assurer la collaboration de toutes
les organisations, publiques ou privées, dont le but est culturel :
associations pour la connaissance du milieu historique ou naturel, pour le
développement des arts et de la littérature.
Ainsi l'éducation populaire sera un ferment du
progrès intellectuel, technique, esthétique non seulement pour
les individus, mais pour la collectivité.
VIII DÉLAIS D'APPLICATION
C'est à la loi de la réforme scolaire qu'il
appartient de fixer les délais dans lesquels ses différentes
parties devront être appliquées. En effet, des paliers sont
nécessaires. Mais, faute d'en fixer la succession et la durée,
les mesures les plus essentielles risqueraient d'être indéfiniment
ajournées.
Trois sortes d'obstacles peuvent être
envisagés :
1e les besoins du pays en main-d'oeuvre auxquels la
prolongation de la scolarité pourrait porter préjudice.
2e L'insuffisance des bâtiments scolaires pour un
volume accru d'élèves.
3e Le nombre déjà trop réduit des
maîtres que l'augmentation de la clientèle scolaire et le temps
plus long de leur formation d'autre part rendront plus insuffisant encore.
La scolarité obligatoire sera d'abord
portée de 14 à 15 ans, l'année qui s'ajoute devant
être, pour commencer, une année pratique préparant à
la profession. Elle prendra place dans les établissements du 2e cycle
(à la campagne, écoles intercommunales). Elle introduira donc,
dans le second cycle, des maîtres de l'enseignement technique qui, dans
la suite auront à y diriger les options.
Faute de bâtiments scolaires suffisants, il ne sera
pas possible de porter partout à la fois 1a scolarité de 14
à 15 ans. Néanmoins le regroupement dans les écoles
intercommunales de tous les enfants en âge de suivre le second cycle
devra s'opérer immédiatement.
Dans cinq ans au plus tard la scolarité devra
être portée de 15 à 18 ans. Les établissements qui
auront à recevoir les enfants suivant les cas, les écoles
d'apprentissage, les écoles professionnelles, les établissements
du 3e cycle menant au baccalauréat et à l'enseignement
préuniversitaire. Les bâtiments scolaires à prévoir
seront,
la première année, d'un tiers, puis la
deuxième année de deux tiers avant d'être complets.
2e Le problème des bâtiments à
prévoir est essentiel. Dans le mois qui suivra le vote de la loi, des
commissions départementales devront être constituées pour
établir la carte scolaire des régions. Elles comprendront des
représentants de l'administration universitaire, des représentants
des assemblées élues (conseils généraux et
municipalités), des représentants du corps enseignant et des
grandes organisations économiques.
Dans le délai maximum de six mois, elles devront
avoir établi la carte scolaire : répartition des bâtiments
existants entre les différents enseignements et projet
d'aménagement ; indication des établissements à
construire, affectation, localités, importance.
Les problèmes de construction seront
réglés en collaboration avec des comités techniques.
Le programme de constructions scolaires doit être
inclus dans le plan Monnet parmi les sections prioritaires car
l'équipement du pays en travailleurs qualifiés, bons apprentis,
bons techniciens, bons chercheurs est celui qui importe le plus à son
relèvement.
Les délais d'exécution de constructions
scolaires s'inscriront ainsi dans les délais d'exécution du plan.
3e Le recrutement des maîtres qui tend à se
tarir devra être considérablement amplifié. Sinon ce n'est
pas seulement le sens de la réforme qui serait compromis mais c'est
l'existence de l'Université elle-même, dans son état
actuel. L'enseignement sera de plus en plus déserté pour d'autres
situations plus lucratives, s'il ne donne pas à ceux qui veulent s'y
consacrer des avantages en rapport avec les études qui sont
exigées d'eux. La revalorisation équitable de la fonction
enseignante est d'autant plus urgente que la formation des maîtres doit
être encore élevée d'un niveau.
Le passage de tous les maîtres par
l'Université exigera une augmentation de cadres qualifiés dans
l'enseignement supérieur. Aussi peut-on prévoir qu'un
délai de cinq ans sera nécessaire avant que cette mesure soit
complètement appliquée. Durant la période
intermédiaire, des maîtres en proportion variable pourront
être appelés à enseigner dès la fin de leurs
années préuniversitaires. (Écoles normales). Ils pourront
être admis dans la suite à faire des stages compensateurs.
APPENDlCE
PROJET D'ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT DANS LES
RÉGIONS RURALES
A - UNITÉ DE L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
1° L'enseignement technique rural destiné aux
enfants dont les deux premières années d'orientation n'ont pas
déterminé la sélection en vue d'études de longue
durée (au-delà de 18 ans) doit préparer :
a) Aux diverses professions paysannes et agricoles :
paysan polyvalent, chef d'exploitation, spécialiste (vacher,
viticulteur, maraîcher, etc.), vétérinaire, zootechnicien,
généticien, entrepreneur de travaux de génie rural ;
b) Aux professions de l'artisanat et du commerce rural,
et cela en tenant compte de l'introduction croissante de techniques
industrielles à la campagne (mécanique,
électricité, usage du froid, pasteurisation, etc.) et de
l'impossibilité, dans les pays de petite propriété ou de
petite exploitation, d'absorber dans la profession agricole tous les enfants
d'une famille de trois ou de plus de 3 enfants.
Il ne saurait donc être exclusivement agricole.
Pour que la répartition des élèves entre les
différentes branches s'effectue dans les meilleures conditions, il est
indispensable que tout cet enseignement technique soit donné dans des
écoles à plusieurs spécialités, disposant d'annexes
d'application et dépendant du Ministère de l'Éducation
Nationale au point de vue administratif et financier.
2° L'enseignement technique recrute ses maîtres
dans les écoles préparatoires dépendant du
Ministère de l'Éducation nationale et ses moniteurs dans les
diverses professions, sous réserve d'un stage probatoire, dans les
cadres de l'Éducation nationale, mettant à l'épreuve leurs
qualités pédagogiques. Des personnalités des divers
Ministères et des diverses professions peuvent être
appelées à enseigner dans les écoles préparant le
personnel de l'enseignement technique.
3° Il recourt, pour les dotations en matériel,
aux divers Ministères économiques (en l'espèce, au
Ministère de l'Agriculture et aux grandes collectivités
(coopératives, C. G. A., etc...
B - ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT DU 1e CYCLE DU 2e
DEGRÉ A LA CAMPAGNE.
1° Écoles intercommunales. L'enseignement du
second degré, au niveau des années d'orientation (11-15 ans, tour
au moins, 11-13 ans) doit être donné par plusieurs maîtres
et offrir un jeu d'options adapté à la vie rurale qui ne peut
être assuré que dans des centres scolaires plus importants que la
plupart des communes rurales françaises.
Cependant, pour ne pas astreindre les jeunes ruraux
à des déplacements trop longs, il paraît sage de ne pas se
limiter à l'établissement d'écoles cantonales. La formule
d'une école intercommunale paraît à tous égards
préférable dans la généralité des cas.
La création des écoles intercommunales doit
s'accompagner d'une organisation sérieuse du transport et du
séjour journalier des enfants dans la commune choisie comme lieu de
ralliement (cantine, loisirs, etc.)...
2° Fréquentation scolaire. L'école
intercommunale dispensera la scolarité annuelle complète.
L'enseignement des deux premières années d'orientation.
A 13 ans, on admettra, au moins pour une période
d'attente de quelques années, que l'essentiel de l'orientation scolaire
soit fait . Pour les enfants se destinant à l'enseignement pratique, (le
plus grand nombre) la fréquentation de l'école se bornera
à la période d'hiver (du 1er novembre au 31 mars), pendant
laquelle sera réparti un total d'heures obligatoires comportant, pour
parties égales, un enseignement général et un enseignement
optionnel qui, à cet âge, ne saurait revêtir l'aspect d'un
enseignement professionnel proprement dit.
Les enfants se destinant à l'enseignement
professionnel, carrières de cadres agricoles, chefs d'exploitation,
d'institutions collectives, spécialistes d'agronomie, etc., cadres
industriels et administratifs, suivront, au contraire, un enseignement de
pleine fréquentation annuelle jusqu'à 15 ans, date de leur
entrée dans une école professionnelle.
Il est à prévoir que la proportion des
élèves ayant intérêt à suivre la formation
professionnelle s'accroîtra progressivement, en fonction de
l'amélioration des méthodes d'exploitation agricole.
3° Organisation de l'enseignement. Jusqu'à 11
ans, l'enseignement du premier degré demeure à peu près
identique dans toutes les écoles, urbaines ou rurales, au moins dans son
objet. Mais il est recommandable d'éveiller la notion de
solidarité entre l'école conçue comme communauté
locale et le milieu.
De 11 à 15 ans, (Premier cycle du second
degré), développement des options dans le cadre du milieu rural,
par conséquent avec une très grande souplesse suivant les
régions. Au maximum d'ouverture de l'éventail des options, on
peut envisager le problème suivant :
a) Option agricole, dans certaines régions,
botanique, pédologique, culturale, dans d'autres, zoologique,
forestière, etc., avec, à partir de 13 ans, initiation à
des travaux pratiques, sans prétention d'apprentissage proprement dit,
destinés seulement à vérifier des aptitudes et à
éveiller des goûts.
b) Option artisanale, également variable suivant
les régions, comportant partout, cependant, une branche
"bâtiment" et une branche "mécanique".
c) Option industrielle agricole, initiant aux
métiers des industries agricoles locales : fromageries, sucreries,
fabrication des conserves, etc.
d) Option administrative et sociale, initiant aux
diverses forces de la vie sociale : droit élémentaire pratique,
hygiène sociale, commerce, administration, problème de l'enfance
et de l'éducation.
Les sujets nettement qualifiés pour des
carrières urbaines, ou pour des carrières de cadres
supérieurs exigeant des études de longue durée, seront
dirigés, à 12 ou 13 ans, vers les centres scolaires
équipés pour préparer soit aux études
théoriques de longue durée, soit à l'enseignement
professionnel industriel.
4° Maîtres. - Pour l'enseignement
général, des instituteurs choisis parmi ceux qui ont le plus
d'aptitudes pour dispenser l'enseignement à des enfants de cet
âge, éventuellement professeurs de cours complémentaires.
Pour l'enseignement des matières à options,
des professeurs ayant reçu une formation spéciale par voie de
stage dans des écoles professionnelles ou dans des laboratoires
d'Universités, des stations d'essai ou des ateliers-écoles,
etc...
Toutefois, pour faciliter le recrutement des
maîtres d'options agricoles, tous les instituteurs ruraux devront
recevoir une formation élémentaire agricole.
5° Prévision des variations du marché
du travail. - Prévoir :
a) la résorption des excédents d'enfants
qui ne trouveront pas de débouchés dans l'agriculture du fait de
l'accroissement de la superficie moyenne exploitée par un ménage
(seul moyen d'équilibrer le niveau de vie de la famille rurale ou celui
de la famille ouvrière) et de la rationalisation du travail de la terre
;
b) les besoins de nouvelles professions techniques :
mécanique, conducteurs et réparateurs de machines, service
d'entretien du matériel, électriciens, chimistes, biologistes;
c) les besoins du personnel qualifié, en fonction
de l'équipement social et commercial des campagnes : personnel
sanitaire, personnel des coopératives, personnel administratif,
personnel des services agricoles de base, conseillers agricoles, techniciens
divers, etc.
Il s'agit de porter à la connaissance des enfants
la réalité de chacune des professions appelées à se
développer à la campagne, pour éveiller des vocations et
orienter des efforts.
d) Propagande en faveur de l'enseignement à la
campagne. - Les parents n'envoient souvent pas leurs enfants à
l'école, parce qu'ils pensent que c'est inutile. Cette impression est
justifiée parfois par l'absence totale de liaison entre le travail fait
à l'école et la vie concrète du pays. Mais elle est aussi
le résultat de l'ignorance par beaucoup de paysans de
l'intérêt des valeurs culturelles et même de la formation
technique.
Nécessité de traiter des problèmes
de l'école rurale dans tous les journaux régionaux et
professionnels agricoles, vulgariser les expériences existantes par le
film, la radio, etc... Insister sur l'idée qu'un paysan instruit et
formé techniquement gagne plus d'argent que celui qui a reçu
seulement une formation empirique dans le cadre de l'entreprise familiale.
Vulgariser par brochures avec illustrations,
photographies, etc.
C - ENSEIGNEMENT PRATIQUE ET ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL A
LA CAMPAGNE (15 à 18 ans)
I - SÉRIE PROFESSIONNELLE
1° Objet. - Formation des cadres techniques ruraux :
conseillers agricoles, zootechniques, vétérinaires, directeurs et
gérants des institutions, collectivités, syndicats,
coopératives, caisses d'assurances, services du cadastre et des
remboursements, dirigeants des services administratifs ruraux, directeurs des
services d'équipements mécaniques, électriques, des
transports, etc., dirigeants des industries de transformation des produits
agricoles.
2° Organisation. -
École d'Agriculture de pleine fréquentation
comportant :
- une section générale ;
- une section zootechnique et vétérinaire ;
- une section administrative.
École normale préparant à toutes les
fonctions enseignantes ;
École professionnelle dont l'orientation
précise sera déterminée :
a) par la nature des industries existant dans la
région ou que l'on souhaite y introduire ;
b) par les besoins de l'équipement
régional.
II - SÉRIE PRATIQUE
1° Objet.- Formation de bons travailleurs dans les
différents domaines de l'activité régionale.
2° Organisation. - École pratique agricole :
Ferme-Ecole, de fréquentation saisonnière, associant
l'enseignement général à la formation pratique. Stages
contrôlés chez l'exploitant, et auprès des institutions
collectives. Comporte initiation au travail de la terre et à l'entretien
de tout matériel agricole.
École pratique d'artisanat rural, centre de
formation professionnelle : section bâtiment, forge, serrurerie,
électricité, mécanique, automobile, bois, cuir.
École ménagère,
hôtelière, etc. : spécialement pour les jeunes filles, avec
stages contrôlés au domicile familial et dans les entreprises
privées ou collectives.
École pratique commerciale et administrative,
permettant de recruter dans de bonnes conditions : employés de chemin de
fer, facteurs, gendarmes, de former des commerçants de village, etc...
a) Enseignement professionnel. - Localisation, chef lieu
de département ou chef lieu d'arrondissement, avec internat gratuit et
présalaire.
Personnel - Personnel de l'enseignement technique, une
partie peut être formée, notamment pour la branche enseignement
agricole, à partir des instituteurs ruraux. Ce personnel est
assisté de moniteurs.
b) Enseignement pratique - Localisation - Peut et doit
être beaucoup plus dispensé que l'enseignement professionnel
(nombre d'élèves bien plus considérable). Écoles
pratiques d'artisanat rural et centres de formation professionnelle,
école pratique commerciale et administrative au chef-lieu de canton.
Fermes-Ecoles intercommunales, ou même, dans les régions de fort
groupement rural, communales.
Personnel. - Les instituteurs représentant la base
principale de recrutement du personnel, enseignement général et
enseignement théorique de la profession (après stage
approprié) direction des centres au point de vue administratif et
surtout moral. Les instituteurs détachés dans ces fonctions
recevront une indemnité sanctionnant leur qualification. Ils seront
assistés par des moniteurs.
a) Besoins. - Nécessité de donner
satisfaction immédiate au monde rural qui veut dès maintenant que
la jeunesse reçoive le complément d'éducation et
d'instruction nécessaires aux futurs agriculteurs et aux futurs
artisans, de tous ordres qui habitent la campagne.
b) Organisation. - II faut que cet enseignement agricole
et ménager post scolaire soit donné aux heures normales de
travail des jeunes gens et des jeunes filles c'est-à-dire pendant la
journée. Les séances du soir ne pourront qu'être
exceptionnelles.
Les déplacements des jeunes gens qu'exigera cet
enseignement ne peuvent avoir lieu au cours de la nuit ou au cours des
veillées. Les familles, dans la plupart des cas, se refuseraient
à laisser ainsi la jeunesse se rendre au cours.
Il faut que les cours soient donnés en des lieux
qui ne soient pas trop éloignés de la résidence des
adolescents. Le projet qui consiste à faire donner cet enseignement
postscolaire au chefs-lieux de canton ne donnera pas de résultat quant
à la fréquentation.
Il faut également que l'équipement de ces
centres en cantines et que l'organisation des transports des
élèves soient assurés.
Il est donc recommandable d'installer ces centres
d'enseignement postscolaire agricole dans des écoles intercommunales qui
seront pourvues ultérieurement d'un enseignement régulier du
premier cycle du second degré et de fermes-écoles (voir § B
et C).
c) Nature de l'enseignement - Le caractère de cet
enseignement comporte forcément des notions pratiques et des notions
théoriques. Les notions pratiques pourront être données
verbalement, mais, toutes les fois qu'il sera possible, il faudra que jeunes
gens et jeunes filles se livrent effectivement à des travaux pratiques.
Un enseignement général accompagnera cet enseignement
"théoricopratique".
d) Personnel. - Instituteurs ruraux issus de milieux
d'agriculteurs ayant suivi l'enseignement agricole à l'École
Normale, âgés 30 ans au moins, volontaires et subissant un stage
de 3 à 6 mois dans une école d'agriculture ou dans un centre
universitaire d'applications agricoles (Toulouse). Ces maîtres seront
remplacés dans leurs fonctions par des intérimaires actuellement
sans emploi. Ils recevront une indemnité de fonction.
e) Fréquentation. - Une à deux
journées par semaine, les maîtres desservant chacun trois centres
intercommunaux.
Cet enseignement sera essentiellement un enseignement de
saison d'hiver. Cependant certains travaux d'application à la
ferme-école devront avoir lieu pendant la saison des travaux agricoles
seul moyen de donner une valeur concrète à un enseignement
destiné au travail à effectuer pendant cette saison même.
II - VOEUX ÉMIS PAR LA COMMISSION AU COURS DE SES
SÉANCES
1. Budget
de l'Éducation nationale
La Commission ministérielle d'étude pour la
réforme de l'enseignement, unanime dès le début de ses
travaux pour affirmer la nécessité d'une organisation permettant
à tous les enfants de développer pleinement leurs aptitudes, de
manière que la place de chacun dans la Société soit
déterminée par sa seule valeur personnelle, tient à
appeler dès maintenant l'attention des Pouvoirs publics sur les mesures
qui sont à prendre immédiatement pour assurer l'application de
ces principes, et sur l'importance considérable de l'effort financier
qu'elle implique.
Gratuité de l'enseignement public à tous
les degrés.
Octroi de larges allocations familiales et bourses
permettant de réaliser sur le plan matériel les qualités
de tous devant l'enseignement.
Mise à exécution aussi rapide que possible
d'un large programme de constructions modernes et universitaires.
Et, enfin, remise en l'honneur et revalorisation de la
fonction d'enseignement à tous les degrés, afin de donner aux
membres du personnel l'indispensable situation morale et l'indépendance
qu'exige l'importance de leur rôle social, autant que pour leur assurer
un recrutement qualifié, surtout dans une période où leur
nombre doit être considérablement augmenté.
Les prévisions faites pour le budget de
l'Éducation nationale dans les divers pays étrangers, en
Grande-Bretagne, en particulier, montrent combien la situation correspondante
en France est actuellement indigne de notre grand pays.
La Commission,
Considérant que les crédits affectés
à !'Éducation Nationale sont nettement insuffisants,
Que la préparation de la Réforme de
l'enseignement et que l'accroissement des effectifs scolaires
nécessitent une augmentation substantielle des dotations des services de
l'Enseignement,
Émet le voeu que des dispositions
législatives et budgétaires soient prises le plus rapidement
possible pour tenir compte de cette situation,
Que la réduction de 7 % des dépenses des
administrations de l'État ne soit pas appliquée aux
dépenses de l'Éducation Nationale,
Que l'Éducation Nationale participe au Conseil du
Plan et mette au point un plan d'équipement scolaire et universitaire ;
Que soit créé un Centre National
d'outillage des laboratoires et établissements des Premier et
Deuxième degrés.
2. Créations
d'emplois
La Commission,
Considérant l'augmentation du nombre des
naissances qui provoque dès à présent un accroissement des
effectifs des écoles maternelles et qui permet de prévoir un
accroissement de 50 % des effectifs actuels dans l'enseignement obligatoire
dès 1951 ;
Considérant que la mise en application progressive
de la Réforme de l'enseignement entraînera dès 1948 le
maintien à l'école pour une année supplémentaire de
400 000 enfants ;
Considérant qu'il est du devoir de l'État
de permettre à tous les enfants de France de fréquenter
l'école publique,
Demande que soient dès à présent
ordonnées les créations d'emplois indispensables pour
répondre aux besoins ; que les effectifs des Écoles Normales ne
soient pas cette année déterminés en fonction du nombre
des retraites, mais que soient prises toutes dispositions pour assurer la formation
professionnelle des nouveaux maîtres (augmentation des effectifs des
Écoles Normales, passage par l'École Normale du plus grand nombre
possible de suppléants, organisation de stages obligatoires de formation
professionnelle pour les futurs maîtres suppléants et
intérimaires).
3. Locaux
scolaires
La réorganisation de la carte scolaire, les
besoins nouveaux créés par les changements à intervenir
dans les programmes et les méthodes de l'enseignement des 3 cycles du
1er degré, entraînant des modifications dans la conception des
bâtiments scolaires,
La Commission émet le voeu :
Qu'une Commission interministérielle restreinte
soit immédiatement constituée, comprenant des techniciens de la
construction et de l'enseignement pour déterminer le nombre et
l'affectation des locaux jugés indispensables et pour établir le
type des constructions nouvelles.
Les dispositions arrêtées devront être
portées à la connaissance de MM. les Inspecteurs
d'Académie, de MM. les Préfets et Maires dès le 1er
octobre 1947.
4. Formation
des maîtres
La Commission émet le voeu que tout maître,
enseignant dans un établissement français doit posséder
les titres universitaires et présenter les garanties professionnelles
prévus par le projet de Réforme de l'Enseignement.
L'organisation scolaire prévue par la
Réforme doit être appliquée dans tous les
établissements d'enseignement.
La Commission considérant la
nécessité de plus en plus urgente, pour les professeurs des
différents ordres, de se tenir au courant des progrès de la
science ou de la pédagogie et d'être en mesure d'y participer, en
vue même de la valeur et de l'efficacité de leur enseignement,
émet le voeu que des périodes de travail libre (année
sabbatique, détachements temporaires à la recherche, etc...)
soient assurés à chacun d'eux dans des conditions à préciser
statutairement.
5. Réforme de l'orthographe
La Commission considérant la charge pesante qu'une
orthographe irrationnelle et reposant souvent sur des fondements linguistiques
peu sûrs fait peser sur notre enseignement et sur la diffusion
très menacée du français à l'étranger,
après avoir discuté et approuvé dans son ensemble le
projet de réforme de l'orthographe dont elle avait confié
l'élaboration à MM. Hubert Pernot et Charles Bruneau, en
recommande l'adoption comme hautement désirable dans les plus brefs
délais et estime que la réforme ne pourra être
effectivement réalisée que si elle devient la règle et est
imposée à ce titre à toutes les publications.
6. Options
La Commission,
Considérant que la classe de sixième est
l'étape initiale d'une période de deux ans consacrée
à l'observation des élèves qui abordent les études
du second degré, avant toute espèce de détermination
scolaire, propose qu'aucune différenciation ne sépare les
élèves au cours de la première année du second
cycle du premier degré.
Préconise le libre choix des options au
début de la seconde année du second cycle du premier degré
(classe de cinquième) : oui, à l'unanimité moins une
abstention.
Propose que l'option 'latin' coïncide, ainsi que
l'option "travaux manuels renforcés", avec l'entrée en
quatrième : oui, à la majorité (15) contre un opposant et
2 abstentions.
7. Enseignement
technique
Considérant que l'enseignement technique, à
tous ses niveaux, depuis l'apprentissage jusque l'enseignement
supérieur, ne saurait se concevoir sans une
interpénétration étroite de 1a formation intellectuelle et
de la formation pratique, la Commission émet le voeu qu'aucune
dissociation ne puisse être faite de l'enseignement technique en ses
éléments et demande, dès maintenant, le rattachement de
l'apprentissage et de la formation professionnelle sous toutes leurs formes au
Ministère de l'Éducation Nationale avec la collaboration des
techniciens des Ministères intéressés à la
production.
8. Autres
voeux
a) Unification des programmes des cours
complémentaires, lycées et collèges ;
b) Organisation d'un même examen sanctionnant les
études faites dans les sections générales des cours
complémentaires et dans le premier cycle des Collèges modernes ;
c) Assimilation des plans d'études et programmes
des sections industrielles et commerciales des cours complémentaires ;
d)Organisation d'un baccalauréat technique ;
e) Proposition concernant la création du
secrétariat d'enseignement dans les établissements des premier et
deuxième degré ;
f) Organisation du 'travail dirigé' par les
professeurs adjoints.