Encyclopédie: Mode d'Emploi
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Editorial
Depuis la Guerre du Golfe, la puissance aérienne semble avoir pris le rôle principal pour gagner les guerres. Les chars et l'infanterie ne prennent position par la suite que pour occuper le terrain conquis (et jouer les gendarmes plus que les soldats). Ce qui semble vrai depuis les années nonante du vingtième siècle était loin d'être acquis un demi siècle auparavant. Les chars ont gardé pendant la Seconde Guerre Mondiale une importance probablement plus grande que les avions (bien qu'un peu moins ait été construits). Dans son rôle tactique, l'aviation était un auxiliaire de l'armée de terre. Sur mer, son rôle est primordial, mais elle dépend pour son déploiement de porte-avions et la victoire s'obtient grâce à des débarquements, où l'aviation se retrouve au second plan. Le seul domaine dans lequel l'aviation est seule en scène, ce sont les campagnes de bombardements stratégiques. La première, menée par la Luftwaffe contre l'Angleterre en été 1940, tourna à la confusion des attaquants. A partir de 1942, les rôles sont inversés: les Anglo-saxons attaquent, les Allemands défendent. Si l'on compare les résultats de la campagne de bombardements stratégiques au dessus de l'Allemagne aux espoirs mis en elle, c'est également un échec. Aussi durement qu'elle ait été touchée, l'Allemagne n'aurait jamais cédé uniquement à cause des bombardements. C'est une vérité largement répétée depuis la fin du conflit, que c'est à l'apogée de la campagne des bombardements stratégiques que la production militaire allemande atteignit son maximum (1944).
Pourtant, il ne faut pas exagérer l'échec: la production aurait atteint un niveau encore beaucoup plus élevé sans les bombardements. L'augmentation de production était due à la mobilisation industrielle allemande. La faiblesse du régime nazi en retarda le début jusqu'en 1943 et elle ne sorti ses pleins effets que l'année suivante. L'attaque des villes sans discrimination fit beaucoup de morts civils et eut peu d'effets, mais l'attaque de secteurs bien précis de l'industrie allemande eut des conséquences matérielles indéniables: la pénurie de roulements à billes en 1943 après plusieurs raids coûteux mais bien ciblés fut un exemple. Les dégâts suites à la destruction des barrages de la Möhne et de l'Eder en 1943 provoquèrent une baisse sensible de la production dans la zone considérée. Surtout, l'attaque systématique de l'industrie pétrolière allemande au début de 1944 asphyxia la machine de guerre allemande au seuil de cette année cruciale. Enfin, si la campagne de bombardements stratégiques ne permit de gagner la guerre tout court, elle permit au moins aux alliés de gagner la guerre aérienne. Au moment où ils débarquent en Normandie, les alliés occidentaux ont saigné à mort la Luftwaffe. N'ayant plus eu le moindre répit, l'aviation allemande peut certes encore renouveler son matériel mais plus son personnel. La qualité des pilotes allemands chute à partir de 1944. Les avions miracles qui commencent à sortir ne lui permettront pas de remonter une pente qui avait déjà été descendue beaucoup trop loin.
Contre le Japon, ramener la défaite du pays aux seuls bombes atomiques serait totalement erronée. Pourtant les bombardements stratégiques avaient joué leur part dans la défaite nipponne, bien avant la destruction de Hiroshima et Nagasaki. Bien plus que dans le cas de l'Allemagne, ils ont contribué à asphyxier la machine de guerre japonaise (il faut néanmoins reconnaître que les sous-marins ont été les acteurs premiers de cette asphyxie). En 1945, alors que se prépare l'invasion du Japon métropolitain, l'industrie japonaise est complètement désarticulée, la production s'est effondrée. Les constructions neuves sont au point mort et même la remise en état du matériel avarié devient impossibles, faute de ressources.
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