STANLEY SMITH STEVENS
Psychophysiologue américain né à Ogden en 1906. Il a établi des échelles de sensation qui gardent une grande importance en psychophysiologie.
Larousse 1992
Voici de plus amples informations à propos du travail de Stevens.
PSYCHOPHYSIQUE
J. Plateau et, après lui, J. Delbuf avaient utilisé une méthode directe destimation en vue de tester la validité du postulat de Fechner. Si lon choisit trois stimuli A, B et C tels quil y ait entre A et B le même nombre déchelons différentiels quentre B et C, on sattend, en vertu de ce postulat, à ce que la différence entre A et B soit perçue comme égale à la différence entre B et C. Cela na pas été vérifié en général, mais linterprétation à en tirer nest pas claire: on peut incriminer soit le postulat, soit la validité de la méthode destimation directe. Cette méthode destimation directe a été reprise et étendue par S. S. Stevens qui a proposé sur la base des résultats quil a obtenus une "nouvelle psychophysique".
Stevens utilise deux types de méthodes: les échelles de catégories, analogues à celles qui sont décrites ci-dessus, consistent à intercaler entre deux stimuli un stimulus intermédiaire tel que les différences paraissent égales. Les échelles destimation directe des grandeurs exigent du sujet une estimation du rapport entre deux stimuli présentés: un nombre est associé arbitrairement au premier stimulus, 10 par exemple, et le sujet doit fournir un nombre exprimant, relativement à 10, le rapport qua pour lui lintensité du second stimulus par rapport à celle du premier.
Pour diverses dimensions sensorielles, léchelle obtenue par la méthode des catégories ne coïncide pas avec léchelle fournie par lestimation directe, et ces deux échelles diffèrent elles-mêmes de celles que lon obtient en cumulant les échelons différentiels selon la méthode de Fechner. La figure 1 le montre pour la dimension dintensité dun son. Les deux premières échelles ont une pente moins forte que la dernière pour les sons peu intenses et une pente plus forte pour les sons plus intenses.
À partir des estimations directes de grandeurs, Stevens développe une conception qui repose sur la distinction entre deux types de dimensions sensorielles. Les dimensions pour lesquelles les différences perçues comportent un changement du siège de lexcitation au niveau physiologique (comme la hauteur dun son, la tonalité chromatique) obéiraient au postulat de Fechner: les échelons différentiels sont subjectivement égaux et la sensation est une fonction logarithmique de lexcitation. Les dimensions pour lesquelles les différences perçues relèvent dune modification additive de lexcitation (comme lintensité sonore) obéiraient à une fonction puissance de la forme Q = k Sn , où Q est la sensation, S le stimulus, k une constante qui dépend de lunité de mesure et n lexposant qui varie selon la dimension considérée et donne la pente de la courbe. Stevens et ses collaborateurs ont estimé expérimentalement la valeur de lexposant pour un grand nombre de dimensions.
La prise en considération du mécanisme de réponse
Dans la perspective de la psychophysique classique comme dans celle de la psychophysique de Stevens, la réponse du sujet est supposée traduire directement lintensité de lexcitation: aucune place nest faite dans la théorie aux particularités de la réponse ni aux conditions dans lesquelles elle est fournie. Or, on a constaté, dans la mesure des seuils absolus, que, si par la consigne on invite le sujet à répondre positivement, même lorsquil est peu sûr de lexactitude de sa réponse, on obtient des seuils plus bas. On peut supposer que le fait de donner une réponse indiquant la présence du stimulus représente pour le sujet un certain coût et quil ne la donnera que sil a un niveau de certitude suffisant. Dans cette perspective, le fait que le sujet nait pas donné une réponse positive ne signifie pas nécessairement quil na rien perçu du stimulus. On est alors amené à essayer de faire la part de ce qui relève de lexcitation et de ce qui relève de lémission de la réponse. Pour cela, il est nécessaire davoir un modèle explicite de la production de la réponse.
Un tel modèle a été proposé dans leur "théorie de la détection du signal" par W. P. Tanner et J. A. Swets. Considérons une situation dans laquelle on peut avoir soit un bruit blanc seul (bruit), soit ce même bruit blanc accompagné dun signal sonore (signal bruit). À chaque stimulation par le bruit blanc correspond une excitation qui peut varier dun essai à lautre et que lon suppose répartie suivant une distribution déterminée (gaussienne, par exemple). De la même façon, à chaque stimulation engendrée par la condition "signal et bruit" correspond une excitation variable des récepteurs qui suit également une distribution gaussienne. La moyenne de cette dernière distribution est supérieure à celle de la première.
Le sujet doit dire à chaque essai si cest le cas B ou le cas S qui sest réalisé. Il dispose dune matrice de coûts et de gains: il gagne une somme G1 sil a dit B, alors que cétait B; il gagne une somme G2 sil a dit S, alors que cétait S; il perd une somme C1 sil a dit B, alors que cétait S; il perd une somme C2 sil a dit S, alors que cétait B. Il est supposé être dans la situation dun statisticien qui reçoit une certaine valeur (celle de lexcitation à lessai en question) et qui doit décider si cette valeur appartient à la distribution B ou à la distribution S. La bonne stratégie consiste à se fixer un critère sur labscisse: si la valeur est supérieure au critère, on répond S; si elle est inférieure, on répond B. Si lon connaît la forme des distributions, on peut déterminer où situer le critère de manière à obtenir le gain maximal. On peut voir intuitivement que, sil est très coûteux de ne pas détecter un signal et pas trop coûteux de dire quil y avait un signal alors quil ny en avait pas, il vaut mieux placer le critère assez bas, comme sur la figure 2. Un ensemble de résultats expérimentaux a montré que ce modèle fournit une assez bonne approximation du comportement des sujets quand on fait varier les coûts et les gains des deux types de réponses. Dans le cadre de ce modèle, on peut estimer la différence entre les moyennes des deux distributions (qui représente la différence dintensité perçue) indépendamment des paramètres de la réponse.
Cette théorie fait intervenir explicitement lévaluation dun coût et dun gain de la réponse, dont on peut supposer raisonnablement quelle intervient également dans les situations classiques de mesure de seuil, où il ny a pas de pertes ni de gains objectifs
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