Yurij Tarnawsky

 

Poèmes traduits de l’ukrainien par Roman Babowal

 
 
TABLE DES MATIÈRES
 
ILS NE SONT PAS LÀ” (recueil de poèmes, Ukraine, 1999)
    L’AMOUR
    LE VOLEUR
    LE RÊVE
    LA NOUVELLE
    LA NUIT
    LA CAGE
    PERTE DE MÉMOIRE
    LE DÉSESPOIR
    LES OISEAUX
    LE SECRET
    LES TABLEAUX
    LE COLOCATAIRE
    L’ABEILLE
    LE BONHEUR
    LANGUE ÈTRANGÉRE
    ÉGARÉ
    GIACOMETTI
    LES CARAVANES
    LA CHAMBRE D’HÔTEL
    LE TROU
    LA PLUIE
    LA PORTE
    LE RÊVE
    LE TONNERRE
    LA LAMPE
    LA CONNAISSANCE
    L’ACCORD
    LE JOUET
    LES ANGES
    L’HÉLICOPTÈRE
    LES BALUCHONS
    UN AMI
    LE BOUCHER
    MON AMOUR
 
 
Notice bio-bibliographique
 
 
 
 
 
 
 
 
“ILS NE SONT PAS LÀ”
L’AMOUR
 
Il y a
trois semaines
je croyais encore
en l’amour,
je suis allé
me promener
avec elle
dans un bosquet,
doré comme par l’automne,
en cet après-midi de février
j’ai pris quelques clichés
d’elle
pour les encadrer,
pour prier devant eux
lorsqu’elle ne sera
plus là.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE VOLEUR
 
Je me suis ré-
veillé, un personnage
sombre, cour-
bé disparaissait
derrière l’horizon,
alors j’ai sen-
ti l’aube fil-
trer au
travers
d’un trou
ouvert
dans ma poitrine.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE RÊVE
 
Nous nous endormons,
enlacés,
ta chaleur
est comme un rayon de soleil
sur ma
peau,
alors
je rêve :
tu me mords
à la gorge,
et le craquement
de mon larynx
entre tes dents
me réveille.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA NOUVELLE
 
En
journée
il ne se passe
rien,
comme d’habitude,
mais lorsque
je rentre
chez moi,
j’y apprends
que ma mère
est morte
depuis plus
de trente années
déjà.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA NUIT
 
Le monde
sombre,
la table
s’est déjà
inclinée
sur un
côté,
j’écris
ce poème
en
morse.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA CAGE
 
Enfin,
dehors
le silence est de retour,
les aiguilles
de l’horloge
se rapprochent
de l’heure
quand
les chaises,
la commode
et le lit
se mettront à se mouvoir
dans la chambre
comme des gens
dans une ménagerie
derrière
la grille
de mes cils.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
PERTE DE MÉMOIRE
 
Le visage
en sueur,
le coeur
fou
battant la chamade
contre les parois
de ma cage thoracique,
je viens de réaliser
que j’ai oublié
mon nom,
je me suis mis
à courir
d’une porte à l’autre
en les martelant,
mais personne
ne se souvenait plus
de moi.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE DÉSESPOIR
 
Le pire
est que,
tout compte fait,
le désespoir
devient
ennuyeux
lui aussi,
et qu’il ne reste
plus rien
à écrire.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LES OISEAUX
 
Je sors en courant
dans la rue
pour me rendre compte
de ce qu’il est arrivé,
mais ce ne sont que des oiseaux
plaintifs qui crient après toi
dans ma poitrine.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE SECRET
 
Quand
donc
comprendront-ils
enfin
que durant
ma vie
entière
je n’ai
rien fait d’autre
que te chercher —
maman,
épouse,
fille ?
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LES TABLEAUX
 
On dit
que même les tableaux,
comme les humains,
possèdent
leur propre vie
que je ne suis pas
à même de
percer.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE COLOCATAIRE
 
C’est de nouveau
la nuit,
les bruits
m’ont quitté,
comme des amis,
je ne puis plus
m’entendre
si ce n’est lorsque
je respire,
comme un colocataire
qui vit
derrière la paroi
et que jamais
je ne verrai.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
L’ABEILLE
 
Je voulais
lui dire :
“Mes lèvres
sont l’abeille qui s’est
posée sur la fleur
des tiennes”,
mais jamais plus
je ne l’ai
revue.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE BONHEUR
 
Pas une âme
autour,
le chemin
devant moi
est lisse
comme un fil,
mais malgré tout
mes mains
sont en sueur
et tremblent
lorsqu’elles
protègent
ce bonheur
fait d’ailes de papillon.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LANGUE ÉTRANGÈRE
 
Il est arrivé
quelque chose —
soudain
ma vie est devenue
comme une langue
étrangère
que je ne
comprends pas.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
ÉGARÉ
 
Je me suis,
semble-t-il,
égaré —
je ne sais plus
dans quelle direction
orienter mes lèvres
pour dire
“j’aime”.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
GIACOMETTI
 
Il vient un temps
dans la vie
lorsque
nos actes
s’émiettent
comme ces minuscules
figurines d’argile
de Giacometti.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LES CARAVANES
 
Les larmes
n’ont pas de jambes,
elles ne s’en
iront pas,
elles combleront
les orbites,
la bouche,
les oreilles,
l’endroit resté libre
au sein d’un corps
tordu,
alors que
derrière la vitre
des caravanes
de beauté
s’étirent
lentement
avec les cargaisons
vertes
du printemps.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA CHAMBRE D’HÔTEL
 
De cette
position
sur le lit,
lorsque j’ai mal
au crâne
et que tous
m’ont oublié,
cette chambre
d’hôtel
ressemble
à une dent
qui a poussé
de travers.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE TROU
 
Incidemment
ma langue
effleure
mon palais,
et j’y détecte
un trou,
j’ignore
ce qu’il
signifie
et ce que
je dois
en faire.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA PLUIE
 
La pluie,
comme une voix
feutrée,
réveille
les végétaux,
quand donc
réveillera-t-elle
mon bonheur ?
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA PORTE
 
Un jour,
par ton
visage
grand ouvert
comme une porte,
la mort
pénétrera
d’un pas
alerte.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE RÊVE
 
Le rêve
s’ouvre
comme une porte,
et tu
te tiens là,
avec mon coeur
entre les dents,
comme un chat
qui a attrapé
un oiseau.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE TONNERRE
 
Ne me parle
pas
avec cette voix
de tonnerre,
mais tendrement,
avec celle
du ruisseau
qui bruit,
afin que je puisse
Te comprendre.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA LAMPE
 
Il n’est pas nécessaire
d’être
heureux
pour vivre,
il suffit
de voir
les quatre
parois
blanches
que crible
une lampe
beaucoup trop aveuglante.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LA CONNAISSANCE
 
D’où me vient donc
la connaissance
aussi précise
de cet homme qui,
solitaire, gît
depuis des dizaines d’années
déjà
dans une chambre
où la lumière est aveuglante,
et où il n’y a ni portes,
ni fenêtres ?
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
L’ACCORD
 
Tôt
ou tard
il sera nécessaire
de trouver un accord
avec soi-même,
comme avec le fils
qui s’est révélé
différent de celui
qu’on attendait.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE JOUET
 
Peut-être
qu’au fond
notre amour
n’aura été qu’un jouet
qui, brisé,
repose maintenant
dans les chambres
ténébreuses
de nos âmes.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LES ANGES
 
En me mettant
au lit
je prie
afin que les anges,
pendant mon sommeil,
me frayent
un sentier
au travers
de mon cerveau.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
L’HÉLICOPTÈRE
 
Perçues
de
l’hélicoptère
de la mort,
la souffrance
et l’allégresse
se confondent
en un seul
point.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LES BALUCHONS
 
Lorsque tout le monde
s’en va,
je jette un oeil
sur ces quelques misérables
baluchons
qui m’entourent :
une maison
qui tombe en ruine,
une tête,
un torse,
des extrémités,
une paire
d’aptitudes
et d’intérêts.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
UN AMI
 
Le temps
d’un moment
de désespoir,
je me voile
le visage
avec mes mains
comme avec
des cheveux longs,
et alors les pleurs
m’enlacent
comme un ami
bossu.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
LE BOUCHER
 
Si tu aimes
une personne
qui en son âme
est un boucher —
il te faudra
verser
des larmes
ou du sang.
 
Retour à la table des matières
 
 
 
 
 
 
 
 
MON AMOUR
 
mon amour
est banal
comme le goût d’une banane
dans la bouche,
mais je me dois
d’embrasser
les lèvres froides
de mon amie,
de toucher de mes doigts
sa peau ferme comme un citron,
et répéter :
je t’aime !
car je suis un être humain.
 
Retour à la table des matières
 
Retour au menu principal des traductions
 
 
© Yurij Tarnawsky pour les poèmes originaux en ukrainien
© Roman Babowal pour les traductions en français (2001)