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Exposition
rétrospective sur Chris Lamquet Du 1 au 14 septembre 2003 |
Ne manquez pas le reportage TV de nos amis d'AURACAN ! |

Christian
Lamquet est né le 10 janvier 1954 à Andenne
(Belgique). Il entre en 1974 au studio d'Edouard Aidans
où il participe à des séries humoristiques publiées dans le Journal
"Tintin".
En 1978, il se dirige vers une production
réaliste plus personnelle et crée "Louvenn"
dans "Tremplin".
En 1979, il signe le scénario d'une série
écologique et fantastique "Gilles Roux et Marie-Meuse"
dessinée par Magda pour le Journal
"Tintin".
En 1982, il crée "Quasar" en
auteur complet pour l'hebdomadaire "Spirou".
En 1991, il publie dans le mensuel "A
Suivre", un récit complet intitulé "L' Amour Hologramme" qui
sortira dans la collection "Romans à suivre" chez Casterman.
De 1991 à 1994, il publie "Tropiques
des Etoiles" chez Hélyode.
En 1994, il livre les premières planches
de "Adeleen & Dobs"
pour la revue japonaise "Morning".
En 1996, il publie chez Glénat, une tragi-comédie "Pithécanthrope dans la
Valise".
En janvier 2000, la collection
"Troisième Vague Lombard" accueille sa nouvelle création "Alvin
Norge", un thriller qui explore le monde informatique et les dérives
scientifiques du monde moderne...
Chris Lamquet
renouvelle la bande dessinée de science-fiction et y introduit une dimension
visionnaire. Efficaces et en phase avec les grandes interrogations actuelles,
ses récits sont en outre illustrés dans un style précis et original.

Chris Lamquet fait partie des nombreux talents découverts par Le
Lombard. Il y a en effet débuté comme scénariste il y a juste 20 ans et il y a
signé, dans le journal "Tintin", les aventures de Gilles Roux et Marie Meuse "bédessinées"
par Magda ("Charly"/Dupuis éditeur). Devenu le dessinateur de
ses propres histoires, il s'est alors révélé l'un des grands rénovateurs de la
BD de science-fiction en y introduisant une dimension visionnaire. Porté par la
"Troisième Vague Lombard", l'auteur de "Quasar" et de "Tropiques des Etoiles"
revient chez l'éditeur qui l'a fait connaître avec une nouvelle série, un
nouveau héros... et une affolante créature virtuelle !
"J'ai toujours aimé situer mes personnages
dans un univers où la technologie est omniprésente. Mais, ce qui m'intéresse
surtout, c'est de traiter cette confrontation avec le modernisme sous un angle
quotidien. Dans la vision du futur que proposent beaucoup de films de
science-fiction, les personnages sont à l'image de leur environnement: très
froids, très mécaniques. Moi, ce que je veux, c'est montrer comment cette
technologie s'insinue dans la vie de tous les jours et les changements que cette
banalisation suscite dans le comportement des gens. Certains ne s'adaptent pas à
cette évolution et en deviennent effectivement les victimes. Mon propos n'est
cependant pas de mettre en scène des personnages opposés à ce progrès sous
prétexte qu'il déshumanise. Il est plutôt de montrer que cet univers de
science-fiction qui nous entoure, ne nous empêche pas d'être humains... "
"C'est une impression que ressentent, je crois, beaucoup de gens de plus de 40 ans comme moi. Pour mes fils qui ont 15 et 17 ans, il en va tout autrement. Leur rapport avec l'informatique, par exemple, est instinctif. Moi, je suis obligé d'avoir une démarche d'apprentissage et de découverte. Eux, ils maîtrisent ce langage très codifié de façon intuitive, naturelle. Ce qui me surprend, c'est de les entendre dialoguer dans une sorte d'esperanto composé de mots directement puisés dans le vocabulaire informatique. Cela veut dire que ces technologies font d'ores et déjà partie intégrante du quotidien. Je pense qu'Alvin Norge est un peu comme moi. Sa façon d'appréhender les choses et de les encaisser n'est pas celle de quelqu'un déjà complètement affranchi à ce niveau-là."
"Les techniques de pointe me
passionnent depuis toujours. Ma première vocation était de devenir astro-physicien ! En tant qu'auteur-dessinateur
de BD, ma préférence va donc tout naturellement à des récits et à des
personnages qui me permettent d'exploiter cette passion. Norge est ainsi
quelque part, une projection de moi-même: c'est un graphiste qui utilise
l'informatique comme outil de création. L'histoire veut que l'utilisation
ludique qu'il en fait se retourne malheureusement contre lui et le confronte à
l'un des grands problèmes de l'informatique, la contamination des réseaux par
un virus... "
"Oui, mais le piratage n'était chez
Norge, qu'un sport intellectuel. Il n'y avait chez lui, aucune volonté de
nuire. Je ne voulais pas entrer dans la logique du hacker notoire et axer
l'intrigue sur les problèmes moraux et juridiques que soulèvent
cette nouvelle forme de criminalité. Je ne voulais pas non plus que le scénario
s'articule exclusivement autour des aspects techniques de l'informatique.
Ceux-ci évoluent tellement vite que le récit aurait été démodé au bout de
quelques mois. Je tenais avant tout à introduire une note poétique dans
l'histoire en confrontant le monde virtuel des ordinateurs à celui réel et
plein de poésie du vieux quartier de New York où réside mon héros."
"La frontière entre la technologie
actuelle et la science-fiction me paraît de plus en plus ténue. Le cinéma
américain nous a par ailleurs accoutumés au fait que notre quotidien était déjà
totalement dans le futur. Il y a plusieurs manières d'envisager l'avenir. Il y
a notamment la voie apocalyptique qui aboutit à une civilisation technocratique
dont quelques-uns profitent et les autres souffrent. Personnellement, plutôt
que de penser que cela permettra à une minorité d'exploiter la majorité, je
préfère imaginer que ces progrès technologiques donneront
à tout le monde les outils d'une plus grande solidarité. C'est peut-être une
vision utopiste des choses, mais c'est celle à laquelle je veux croire. Mon
futur n'est pas apocalyptique. Ainsi, je n'ai jamais écrit d'histoires
post-nucléaires. Je suis un optimiste."
"Je ne suis pas un fana de
l'informatique et du net. Comme beaucoup de gens de ma génération, je suis
encore très bouquins. Par contre, l'ordinateur en tant qu'outil de travail
m'est devenu indispensable. J'y suis venu un peu par accident. Pendant tout un
temps, j'ai œuvré pour un éditeur japonais et le courrier électronique était le
moyen le plus pratique et le plus rapide pour lui faire parvenir mes planches.
J'ai découvert ensuite que cela pouvait m'aider à retoucher mes dessins et mes
couleurs. Aujourd'hui, le crayon électronique a pratiquement supplanté mes
plumes et pinceaux. L'informatique m'a surtout permis de réaliser une sorte de
symbiose entre le fond et la forme."
"J'en avais assez de peiner des mois
à mettre en images une histoire écrite en quelques jours et, depuis quelque
temps, je cherchais à ce qu'au niveau de la rapidité d'exécution, l'écriture et
le dessin se rapprochent. L'informatique a résolu une bonne part de ce
problème. Elle m'a en outre aidé à concrétiser mes dessins en couleurs. Le
numérique a ceci de formidable qu'il donne le droit au repentir permanent et
permet ainsi d'améliorer ou de corriger instantanément ce qui ne vous satisfait
pas. Je suis par ailleurs certain que Norge n'a pu exister que parce que je
pouvais traiter son histoire par ordinateur. Traiter graphiquement ce sujet où
les images numériques abondent, aurait d'abord été impossible par des procédés
traditionnels. Il y a ensuite dans ce récit, une corrélation entre le langage
écrit et le langage dessiné, que seul le traitement informatique pouvait
exprimer efficacement. Il y a aussi dans le travail sur écran, un côté ludique
qui n'est pas négligeable et qui se répercute immanquablement dans la dynamique
de l'histoire."
La collection "Troisième Vague Lombard" me paraît, entre autres, emblématique de l'évolution des comportements que le développement technologique a suscitée. Entre l'homme et la machine, s'est établi un véritable rapport physique, un dialogue presque humain: il l'interroge et elle lui répond, elle se rebiffe et il l'engueule ! Du créateur au lecteur, en passant par l'éditeur, l'imprimeur et le distributeur, l'informatique a par ailleurs établi des liens indénouables. C'est avec l'assistance d'un ordinateur que les planches se réalisent et c'est par courrier électronique qu'elles se transmettent de la première à la dernière étape de fabrication de l'album. Quasiment chaque maison d'édition a maintenant son catalogue numérique et développe un système de vente par Internet. Je pense que ce 3ème millénaire confirmera l'entrée de la BD dans l'ère numérique et les mondes virtuels."
(Propos
recueillis sur www.lombard.be)
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Genre : Thriller informatique Date de parution : Janvier 2000
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Genre : Thriller informatique Date de parution : Mai 2001 Les
redoutables capacités destructrices de Kimberley s'accentuent! Si elle retrouve
parfois son aspect de pin-up, c'est pour mieux revendiquer les meurtres
sauvages qui s'additionnent à New York et maintenant en Floride où son créateur
s'est réfugié... Loin de chez lui et surtout loin des
médias qui le tiennent responsable des catastrophes survenues six mois plus
tôt, Alvin Norge fait du morphing: pour la police, il trace les probables
portraits actuels de personnes disparues depuis longtemps et reconstruit
numériquement les visages de cadavres non identifiables. En lui imposant ce
travail, le FBI ne se doutait cependant pas que ce virtuose de l'informatique
allait trouver les outils d'une extraordinaire invention. Tout en s'efforçant
d'élucider le mystère Kimberley, Norge fabrique le futur et de chassé devient
chasseur. Tous ceux qu'il a impliqués replongent avec lui dans un dangereux
tourbillon. D'autres s'y engouffrent. Telle l'énigmatique Louisa
Gandahar et son intriguant robot fractal. Tel surtout
l'inquiétant Mashram, gourou de la première cyber-secte... Le Virtuel a déclaré la guerre au Réel et le
véritable conflit du 21e siècle s'installe sournoisement. Petit défenseur du réel, mais grand expert en armes virtuelles, Norge parviendra-t-il à vaincre l'irréductible tueuse Kimberley en retournant contre elle, son propre arsenal numérique? Nouveaux angoissants rebondissements dans la guerre sans merci que livrent les virus informatiques à l'humanité.
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Genre : Thriller informatique Date de parution : Octobre 2002 Alvin Norge est
soudain arraché à l'insouciance dans laquelle il se laissait vivre depuis
plusieurs mois. L'épicentre du tourbillon qui va l'emporter, est un enfant... L'as de l'informatique est sidéré : à Hong Kong, une femme dont il n'a jamais entendu parler, a
donné le jour à un enfant dont il serait le père ! Ce bébé déclenche passions
et violences là où il se trouve et, fait plus extraordinaire encore, il est
dépourvu de nombril parce que né sans cordon ombilical ! Lucy, c'est le prénom
que lui a donné sa mère biologique, va se révéler le signe avant-coureur d'un
bouleversement que personne n'imagine possible. Si Alvin Norge se voit
attribuer la paternité de cet enfant aussi étrange qu'inquiétant, c'est qu'il
doit avoir joué quelque part, les apprentis sorciers... Il va en tout cas s'en
retrouver plongé dans le mécanisme effroyable d'une confrontation qui n'obéit à
aucune règle connue. Il va lui falloir organiser une résistance aussi farouche
qu'efficace contre un ennemi immatériel et impitoyable. Sa première urgence
sera toutefois de situer Lucy. Et cela, tout en restant à New York, bloqué par
une tempête de neige... Un thriller qui prévient des possibles dérives des technologies de pointe. Une série qui démontre que l'univers de science-fiction qui nous entoure, ne nous empêche pas d'être humains |
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Chris Lamquet: Je suis de la
génération "un petit pas pour l'homme, un grand bond pour
l'humanité". La conquête spatiale a bercé toute mon adolescence et même si
maintenant on sait que les motivations de l'époque étaient plus politiques que
scientifiques, il n'en reste pas moins vrai que c'était une extraordinaire
aventure. Au-delà des Saturn V et de la valse des
Soyouz, les étoiles commençaient à livrer leurs secrets. Et ces secrets étaient
passionnants. Pour des raisons très pragmatiques, il m'a fallu gagner ma vie
assez vite : dessiner était ce que je faisais le moins mal en ces temps
reculés. Alors j'ai dessiné. Comme je suis très vite devenu mon propre
scénariste, le naturel est revenu au galop : ma première histoire de SF s'appelait
Quasar... La science, pour moi, c'est synonyme de curiosité. C'est parce qu'il
est médecin que Jacob Boos, le héros du Pithécanthrope, regarde quelques bouts
d'ossements comme un cadeau à l'humanité.
Amazon.fr: Le public vous
connaît un peu mieux depuis le succès du premier album de la série Norge, @enfer.Zcom. Pourtant, vous avez débuté dans les pages de Spirou... Plus tard, vous serez un des rares auteurs
franco-belges à avoir été sollicités par les Japonais pour dessiner des
mangas... Un parcours un peu chaotique.
Chris Lamquet: Je suis entré
chez Spirou après deux années comme assistant du
dessinateur Edouard Aidans (Tounga,
Les Franval, Les Panthères...) J'y suis resté de 78 à
87. Dans le même temps, je travaillais comme scénariste aux éditions du
Lombard, pour la dessinatrice Magda sur la série
Marie Meuse et Gilles Roux. Plus tard, j'ai fait quelques bouquins aux éditions
Helyode, puis L'Amour
Hologramme aux éditions Casterman. De 94 à 97, c'est l'aventure japonaise chez Kodansha, en même temps que le Pithécanthrope chez Glénat. Après ces pérégrinations, j'ai créé le personnage
de Norge, aux éditions du Lombard. Une espèce de retour aux sources finalement.
Amazon.fr: En août 2000,
vous êtes d'ailleurs invité au Sommet mondial des mangas de Hong
Kong où vous avez eu votre petit succès... Que vous a apporté la façon de
travailler des Japonais dans votre métier aujourd'hui ?
Chris Lamquet: Une baffe
culturelle ! Cette expérience m'a sorti la tête du cocon franco-belge de la BD.
Elle a été une remise en cause complète des codes de narration que j'utilisais,
bien ou mal, jusqu'alors... Tout y était différent : les relations
auteur/éditeur, la façon de travailler en fonction du public des magazines, le
rythme... Pas de place pour les états d'âmes artistiques, mais une volonté
farouche de correspondre aux goûts et attentes du public le plus large
possible. Travailler pour un magazine japonais comme Morning,
c'était être vu - à défaut d'être lu - par plus d'un million de
personnes...Drôle de challenge, surtout pour un Européen. Une expérience
difficile dont je suis sorti lessivé. Mais si une série comme Norge semble
trouver son public, c'est parce qu'elle a été imaginée et conçue avec les
acquis positifs de cette expérience.
Amazon.fr: Dans Norge, votre
héros est un ancien hacker. Il a vécu le hacking,
dites-vous, comme un "sport intellectuel". Dans le premier épisode,
il se retrouve "piraté" (cela arrive aux meilleurs...). Comment
l'arroseur peut-il être arrosé ?
Chris Lamquet: Arroser un
arroseur, c'est un des meilleurs ressorts pour une histoire à rebondissement.
En tant qu'ancien hacker notoire, Norge est aux premières loges pour être
suspecté en cas de problèmes... Mais il est aussi le mieux à même de comprendre
ce qui se passe... parce qu'il le "sent" de l'intérieur.
Amazon.fr: La mise en
couleurs de cet album est, pour la première fois chez vous, entièrement
numérique. Le personnage est dessinateur et, comme vous, il crée des images
avec des logiciels de mise en couleurs. Cette "mise en abyme"
provoque un dialogue particulier entre vos propres images et celles de votre
héros...
Chris Lamquet: C'est vrai, à
tel point que j'envisage une forme de dédoublement... À l'avenir, des travaux
graphiques pourraient bien être signés Norge... Moi, je me contenterai de
raconter sa vie en BD. Lui aurait ses propres créations, surtout dans le
multimédia. C'est une démarche qui doit être bien pensée, structurée... Mais je
préfère ne pas vendre la peau de l'ours avant de lui avoir fait guili-guili...
Amazon.fr: L'informatique a
désormais pris une place importante dans votre vie. Vous dites que vos fils
parlent entre eux un "espéranto informatique" ?
Chris Lamquet: Je pense
vraiment que l'informatique est en train de porter l'imagination au pouvoir.
Que ce soit en musique, en graphisme, en communication, l'ordinateur est une
porte ouverte à la création individuelle. Une caméra numérique de base, un PC
pas mégalo, et voilà une bande de copains qui font du court-métrage, délirent à
longueur de soirées en faisant le montage, images et sons, en retravaillant le
scénario, la lumière...
Ce qui ne les empêche pas de jouer au foot
ou de faire de la muscu, de "guindailler"
comme on dit en Belgique, ou de bosser pour leurs études... L'ordinateur qui
isole les gens, c'est de la foutaise ! Il n'est pas indispensable pour
respirer, mais la technologie nous a filé un "plus" qu'il est bon de
savoir maîtriser. Mes fils ne sont pas des cyber-otaku blafards biberonnés aux pixels. Mais
l'ordinateur fait partie de leur vie. Tout en restant à sa place.
Amazon.fr: Le CD-Rom sur lequel travaille Norge consiste à produire des
images scannées à partir du cerveau d'un criminel. On voit poindre un scénario
qui fait penser à La Poupée sanglante de Gaston Leroux mais l'idée fait place à
l'action et au sensationnalisme, comme dans les films Seven
ou Le Silence des agneaux... Votre nouvel album, Morphing amer, perpétue un
thème présent dès vos premiers livres : "science sans conscience..."
mais sous un jour nouveau...
Chris Lamquet:Une nouvelle
planète qui se colonise, voilà ce qu'est le Net pour le moment... Parmi les
colonisateurs, il y a des gens positifs, des inventifs, des possessifs, des
cons... et des négatifs. Morphing Amer met en place la colonisation du virtuel
par une secte... Si cette colonisation aboutit, la guerre entre le Réel et le
Virtuel sera inéluctable. Alvin Norge se retrouve aux avant-postes parce que
quelqu'un qui lui est très proche l'y entraîne malgré lui...
(Propos
recueillis par Didier Pasamonik en 2001)
***

* Chris Lamquet : Non, on ne va
pas remonter si loin, si ?
- Quoi, c'est une page honteuse de ton histoire ?
* Chris Lamquet : Non, pas du tout
mais c'est tellement loin.
- Spirou ?
* Chris Lamquet : C'est un passage
obligé quelque part. Gilles Roux et Marie Meuse, c'est un peu la continuité de
l'époque où j'étais assistant. Même esprit, même univers graphique, un peu
comme un péché de jeunesse, quoi.
- Péché de jeunesse. Ce qui veut dire que tu y vois beaucoup de
défauts aujourd'hui ?
* Chris Lamquet : Oui, oui, tout à
fait. Au niveau scénario, ça c'est clair que les constructions sont trop
impulsives ; ça manque de rigueur. Il y avait de bonnes idées mais qui n'ont
pas été bien exploitées, je crois.
Mais bon, il y a eu 4/5 bouquins, je crois, la cinquième a été
publiée dans Tintin, à la dernière époque où il s'appelait encore Tintin,
voilà, pas de regrets.
- Pas de regrets.
* Chris Lamquet : Non, pourquoi en
aurais-je ? Mais disons que si l'on devait reprendre ça en mains maintenant, il
y aurait un lifting plus que radical. Au niveau du graphisme d'abord - ce
serait plutôt la part de Magda. Au niveau de
l'univers dans lequel évoluent les personnages, aussi, qui serait plus
contemporain parce qu'il faut bien dire que c'étaient des aventuriers mais un
peu obsolètes dans leur façon de voir la vie, etc. Et peut-être enfin au niveau
du rapport homme-femme, qui était peut-être une des
originalités de la série, mais qui était un peu éludé dans ce qu'on faisait ;
ça c'est vraiment parce que Tintin à l'époque ne voulait pas que l'on en parle.
Il fallait passer ça sous silence et axer sur l'exotisme, l'aventure, etc. Moi,
j'aimerais bien, justement, mettre en scène un couple d'aventuriers, qui non
seulement auraient des Aventures mais aussi des aventures (personnelles, etc.)
qui influeraient sur les Aventures. Cela pourrait être une démarche
intéressante.
- Alors vingt ans ont passé à peu près et nous voici avec un héros
je ne vais pas dire " futuriste " mais " bien de son temps
". Et c'est peut-être même ce qui correspond le plus - et ce n'est pas un
jugement -- au terme Troisième Vague depuis que la collection a été lancée.
* Chris Lamquet
:
Oui, c'est peut-être parce que justement on parle du virtuel, d'Internet, etc.
C'est vrai qu'il y a un aspect " troisième millénaire ", qui n'est
pas vraiment voulu. Moi je crois que je suis arrivé dans la Troisième Vague au
bon moment, c'est un coup de chance : ça n'a pas été réfléchi. Il se fait que
je correspondais à l'époque à ce que les éditeurs envisageaient de faire avec
la Troisième Vague. C'est ce qui explique que le sujet a été pris. Maintenant
la Troisième Vague ne va pas être que du modernisme ou des histoires
contemporaines. Ca va aussi être - on le voit avec
Capricorne - des univers complètement différents mais qui auront peut-être
effectivement comme fil conducteur apparent le fait que l'on soit dans le
contemporain ou dans le futur. Pourtant, je crois que le vrai fil conducteur de
la collection, c'est un ton et les sujets abordés qui sont peut-être, eux,
effectivement plus Troisième Vague. Mais je ne connais pas les secrets
éditoriaux du Lombard.
- Ce qui m'amuse, en revanche, c'est
que tu travailles actuellement sur deux séries, l'une chez Glénat,
le Pithécantrope, et celle-ci au Lombard, Alvin
Norge. L'une tournée résolument vers le passé, qui est le chaînon manquant, et
l'autre résolument vers l'avenir, qui est la société de communication
virtuelle. C'est un pur hasard ? Ou cela répond à une
envie d'exotisme temporel ?
* Chris Lamquet
:
Non, c'est un pur hasard. Le Pithécantrope, c'est une
erreur parce qu'à l'origine, c'est un scénario que j'avais écrit pour quelqu'un
d'autre et il se fait que cela ne s'est pas fait. J'avais besoin de boulot et,
le scénario existant, je me suis engouffré dedans. Donc je me suis trouvé
confronté à un univers que je ne maîtrisais pas bien, graphiquement en tout
cas, parce que c'est un univers que je n'avais jamais mis en scène. Ce qui m'a
le plus plu, c'est le côté dialogue, côté un peu veau-de-villesque,
etc. Là vraiment je me suis éclaté.
- C'est du théâtre.
* Chris Lamquet
:
Oui, complètement. C'est vraiment conçu comme tel et c'est peut-être là que le
bas blesse. C'est-à-dire que j'ai plus mis l'accent sur l'aspect " Woody Allen ", des rapports entre les personnages.
- Et avec la guenon aussi...
* Chris Lamquet
:
Oui, c'est carrément loufoque. Mais peut-être trop. Je crois que les gens qui
aiment l'historique sont à priori des gens qui aiment bien quelque chose de
bien planté, de bien défini, d'historique au sens propre du mot. Là je dois
bien reconnaître qu'avec l'Histoire, j'ai fait le grand écart. Effectivement,
on est fin 19ème mais je n'illustre pas la fin du 19ème dans les Indes
néerlandaises, ce n'était pas du tout mon propos. C'était de montrer justement
des gens du Nord qui vivaient dans un pays tropical entourés d'animaux. C'est
un peu ça le principe de l'orang-outang. Pour moi l'orang-outang, c'est un peu
ce personnage dans la Comedia del
Arte, qui est sur le côté de la scène et qui fait des
commentaires sur tout ce qui se passe sur la scène. Lui, il les mime
évidemment, et parfois de façon un peu scabreuse. Enfin tout ça fait que c'est
un truc que j'ai vraiment bien aimé faire. Mais il faut bien reconnaître que
commercialement ça n'a pas été ça.
Tu
en parles avec une certaine amertume ?
* Chris Lamquet
:
Oui, parce qu'on y a cru... Editeur, auteur, on y a cru. Au premier album,
Jacques Glénat y croyait vraiment. Parfois, on met
ses espoirs dans des choses qui n'aboutissent pas et ça a été le cas donc moi
j'étais partisan de ne même pas faire le deuxième ; j'étais tellement déçu du
" couac " du premier qu'à priori j'étais
partant pour ne pas continuer. J'ai fait le deuxième, je ne pense pas qu'on ira
au-delà. Ou alors le succès de Norge va peut-être
entraîner le reste dans son sillage. On verra bien.
- Graphiquement, c'est quand même ta
seule ou ta première BD en couleurs directes, si l'on peut employer ce terme
ici.
* Chris Lamquet
:
Oui, dans la mesure où on peut appeler le numérique de la couleur directe. En
fait c'est vrai que la technique de travail a influé sur l'aspect général de
l'album. Dans le cas d'un sujet comme Norge, je crois qu'il est indispensable
d'être en accord entre le fond et la forme. Je veux dire par là que pour
traiter ce sujet-là - le fond - je ne pouvais pas techniquement le traiter de
façon traditionnelle comme je l'ai fait avec le Pithécanthrope par exemple. Je
crois que le rendu -la texture comme on dirait en 3D- de l'histoire n'aurait
pas fait passer les images numériques. Or comme tout joue là-dessus, c'est-à-dire
sur cette différence entre la réalité et le numérique, et sur cette intrusion
d'une image numérique dans le quotidien, il fallait que je passe par le
numérique pour le dessin. Une grosse partie du travail de cet album a été
numérisée, travaillée directement à l'écran, on peut dire en couleurs directes
finalement mais j'ai envie de dire plutôt en pixels directs. D'ailleurs
l'histoire devait s'appeler initialement " Kimberly
a de jolis pixels ". Moi j'aimais bien ce titre-là mais les commerciaux
ont trouvé que cela faisait un peu nunuche.
- Et, pour revenir au
Pithécanthrope, tu travaillais là de manière purement traditionnelle.
* Chris Lamquet
:
Oui, on fait les planches, on les cliche et on tire des bleus. Donc les
couleurs étaient faites sur bleu.
- Mais très exigeantes alors, parce
qu'elles étaient vraiment très soignées.
* Chris Lamquet
:
Oui, c'est-à-dire que pour le premier, je les ai faites moi-même, avec parfois
une surenchère dans les effets de lumière, etc. et pour le deuxième, j'avais
fait appel à un coloriste. Je trouve que ça colle bien, c'est-à-dire que si
j'avais traité le Pithécanthrope en numérique, la texture n'aurait pas collé.
Il y a une saturation dans les couleurs et une luminosité, dans le numérique,
qui ne colle pas au 19ème. Je crois qu'il faut un côté " fait main ",
un côté " coups de pinceau ".
- Alors, parlons d'Alvin Norge.
Première chose, est-ce que l'on peut dévoiler le nombre d'épisodes prévus pour
le dénouement de l'affaire ?
* Chris Lamquet
:
On ne peut pas vraiment parler de cycles. Je crois que l'histoire va continuer
tout en ayant comme à priori que chaque album en soi aura bouclé son contenu.
C'est-à-dire que je ne vais pas faire de suite en deux ou trois volumes. Les
sujets vont être rémanents parce qu'ils vont s'inclure dans le quotidien de
Norge et dans tout ce qui lui arrive mais la volonté n'est pas de faire un
cycle de deux qui traite de ça, un cycle de trois qui traite de ça. Ce sera
plutôt une continuité dans le temps et les sujets vont se télescoper mais je
vais quand même essayer de construire mes albums - en tout cas le deuxième est
construit de cette façon-là - en sorte qu'on puisse les lire sans faire
référence au précédent.
- D'où vient l'idée du scénario ? On
a l'impression que tu connais bien ce dont tu parles. Tu n'es peut-être pas un
hacker mais un internaute ou un utilisateur fervent de l'informatique, non ?
* Chris Lamquet
:
De toute façon si j'étais un hacker, je ne m'en vanterais pas, ça c'est déjà
une chose. L'informatique, ça remonte à quatre ans à la maison. Tout d'un coup
cet objet est apparu dans la pièce mais à l'origine, c'était essentiellement
pour les enfants. Ils jouaient là-dessus. Et puis j'en ai eu besoin pour des
raisons pratiques : il fallait que j'envoie du matériel assez loin donc j'ai
commencé à utiliser la messagerie électronique. Mais de plus en plus cette
machine prenait de l'importance dans ma maison et devenait un individu à part
entière. C'est-à-dire que, que ce soit moi ou mes fils ou ma femme, nous
l'allumions assez instinctivement pour diverses tâches et cet appareil, qui à
priori était un appareil uniquement gadget, a pris une place en tant qu'outil,
en tant que compagnon de jeu, etc. C'est un sentiment qui m'a un peu troublé au
départ. Je me suis dit " Voilà un engin qui à priori, si on le laisse
faire, va nous rendre complètement dépendants. " Puis j'ai découvert que
l'on pouvait y introduire de nouveaux logiciels, que l'on pouvait faire pas mal
de choses au niveau dessin et là j'ai été piqué au vif. J'ai cherché,
effectivement, à me développer, à comprendre tous ces logiciels, à savoir les
maîtriser, etc. Et c'est devenu, après un certain temps, un outil vraiment
indispensable. Le temps passant, l'idée s'est imposée à moi de mettre en scène
un personnage qui, justement, était confronté perpétuellement à cette machine
et à tous ses pouvoirs, toutes ses possibilités, mais aussi tous ses travers -
dans le cas de Norge, ce serait plutôt tous ses travers.
L'idée de Norge est venue comme ça, en
fait. C'est l'envie de projeter mon sentiment vis-à-vis de cette machine au
travers d'un personnage. Comme j'aime New York, j'ai décidé que j'allais
planter les décors à New York, donc d'en faire un New Yorkais,
ce qui m'a arrangé parce que c'est un personnage plutôt cool, qui encaisse les
choses dans un premier temps de façon relativement sereine et puis qui cherche
quand même à les résoudre. Mais l'informatique n'est pas chez moi
obsessionnelle. Il y a tout simplement un constat qu'à partir du moment où elle
rentre dans une maison, c'est un peu comme la télévision, ça devient un outil
incontournable. Et je fais aussi souvent ce parallèle de l'apparition de la
photographie à l'époque des peintres du 19ème siècle : au début ça a été un peu
marginal et puis, tout doucement, ce qu'on a cru qui allait supplanter la
peinture, finalement, l'a aidée. Dans le domaine de la BD, c'est un peu le même
phénomène : l'ordinateur a sa place en tant qu'outil. Et, à partir du moment où
on utilise cet outil-là, on raconte des histoires qui utilisent les fonctions
de cet outil. Norge en est une, évidemment. C'est l'aboutissement de tout ça,
c'est cette découverte de la machine en tant qu'outil. C'est l'application
aussi d'un savoir-faire que j'avais acquis en faisant du manga ou de l'animation.
Il y avait cette envie d'utiliser ce " matériau ". L'utiliser au
travers d'une série comme le Pithécantrope était
impossible. Il fallait créer un sujet qui utilise, comme une éponge, toutes ces
technologies-là.
- On a l'impression qu'au plan
scénaristique, il y a une volonté de rigueur.
* Chris Lamquet
:
Oui, absolument. Au départ, c'est un story-board, en fait. C'est une technique
que j'utilise depuis maintenant quelques années. Avant que l'album ne commence
à être dessiné, tout le story-board est fait, ce qui permet, un peu comme un
puzzle, de recomposer les scènes, de mettre certaines scènes plus en avant, de
faire un réel travail de montage avant même d'avoir tourné le film en quelque
sorte. Ce qui fait qu'à partir du moment où le premier coup de crayon est
donné, je sais exactement ce qu'il y à la troisième case de la planche 44.
C'est un souci de construction qui a deux finalités : arriver à caser tout en
46 planches, ce qui n'est pas évident et, deuxièmement, c'est le souci d'avoir
un langage plus proche du cinéma, parce que j'utilise un outil, l'ordinateur,
qui me rapproche des techniques cinématographiques. On rentre directement dans
l'action, on ne joue pas trop d'histoires parallèles, on met la caméra au cul
du personnage principal et on ne le lâche plus, de façon à ce qu'il y ait une
continuité et une identification permanente dans l'histoire. Cela revient à
éviter de faire ce que je faisais systématiquement avant, une multitude
d'histoires qui finissent par s'entrechoquer et s'entrecouper ; c'est très
amusant au niveau construction narrative mais au niveau lecture, c'est un peu
lourd. Pour être simple, en abordant un sujet qui n'est pas facile à faire
passer, j'ai essayé de permettre aux gens qui n'ont jamais touché un ordinateur
de comprendre. Je ne pouvais pas m'embarquer dans des explications techniques,
ça ne servait strictement à rien. Il fallait que je joue le candide et que je
raconte cette histoire comme quelqu'un qui n'y connaîtrait rien en
informatique, d'où la rigueur effectivement.
- On a l'impression - on ne connaît
pas encore grand chose du dénouement de l'histoire - que la personnalité du
fameux tueur, dont on a découpé le cerveau en rondelles et mis sur un disque
dur, a quelque chose à voir avec les derniers héros, depuis une dizaine
d'années surtout, serial killers, la vague
américaine, le Silence des Agneaux, etc. Tu as été influencé par toute cette
série de héros psychopathes sans avoir voulu en faire nécessairement une copie
?
* Chris Lamquet
:
Sûrement, c'est clair. Influencé par l'actualité d'abord mais aussi et surtout
-- je suis assez américanophile au niveau cinéma -- par toute une série de
films ces dernières années. Je pense à Seven,
évidemment, des trucs de ce genre. Et là c'est vrai que je suis complètement baigné
là-dedans. Non seulement parce que ce sont des films qui m'ont frappé en tant
que spectateur mais je me les suis repassés justement pour comprendre un peu le
travail scénaristique qui est là derrière et qui bien souvent est d'une
construction géniale. C'est vrai qu'il y a une influence directe du cinéma
américain. Je ne le cache pas du tout. A la limite même, je le revendique.
Disons que c'est une BD construite à l'américaine plutôt qu'à la française.

Alors, au niveau du look je suis étonné parce que c'est le deuxième héros de la
collection que je trouve très looké " années
2000. " Comme Niklos Koda,
il y a un travail sur la barbe, sur la pilosité, il y a le bonnet aussi. C'est
une obligation pour entrer dans la Troisième Vague pour être crédible, pour
faire des histoires modernes. On commence à faire des castings ?
* Chris Lamquet
:
Oui, ça c'est sûr, on fait des castings. C'est vrai que quand j'ai créé Norge,
plutôt que de me laisser aller à créer un personnage qui serait vraiment
original ou décalé de son temps pour le rendre justement plus original, j'ai
pris le parti-pris de l'archétype, l'archétype
toujours influencé par le cinéma américain. C'est Bruce Willis, le bonnet et la
veste de cuir flottante. Mais c'est vrai que ce sont des images que j'avais
envie de retranscrire et ça m'arrangeait parce que par son look le personnage
donne son comportement : cette attitude qu'il a avec ce bonnet ou ses mains en
poche est aussi parlante que de le faire parler lui-même. Donc là, on est dans
l'image d'Epinal. Et la bande dessinée, c'est ça en fait, c'est très réducteur,
la BD. Il faut dès la première case qu'on ait compris le personnage. S'il faut
commencer psychologiquement à développer comme j'ai pu le faire dans un bouquin
comme l'Amour hologramme chez Casterman - mais là j'avais la place, j'avais 130
planches - , on en sort pas. Ici, il faut en 46
planches typer des personnages de façon très simple, mais efficace au niveau.
Norge est typé justement pour qu'on sente le côté cool, New Yorkais.
Olga, la Russe, est typée comme une fille actuelle avec son nombril à l'air. Ce
sont des archétypes, je sais bien, mais c'est efficace et, à la limite, le fait
d'être débarrassé du souci de rendre crédible le personnage par des tas
d'artifices me permet de me défouler au niveau scénario. Je suis libéré de
l'aspect graphique du personnage et je me défoule dans les dialogues. Donc
c'est narrativement beaucoup plus efficace. C'est vrai que c'est une chose sur
laquelle avant j'aurais crié au scandale mais c'est quand même un confort. A
partir du moment où l'on utilise un archétype de ce type-là, on quand même la
vie facilitée.
(Propos
recueillis par Thierry Bellefroid en 2000)
Depuis, il s'est recyclé et mène une vie
tranquille face à un ordinateur qui ne lui sert plus qu'à créer des images de
synthèse.
Il a ainsi travaillé sur le CD-ROM qui, à partir des images scannées d'un criminel
découpé en tranches après son exécution, a reconstitué totalement l'intérieur
de son corps en 3D, permettant ainsi de le visiter grâce à un
"véhicule" virtuel. Pour son plaisir, il a également créé une pinup, virtuelle elle aussi, dont on retrouve des images
partout autour de lui.
- Un dessinateur de BD qui crée comme
héros de papier un dessinateur, il ne faut pas être licencié en psychologie
pour y voir une projection...

Chris Lamquet:
Qu'Alvin soit mon reflet de papier, ça ne fait aucun doute;
j'en suis même tellement persuadé qu'il aura son propre site bientôt sur le
web. Les projets, les commentaires et toute l'animation des pages seront signés
Alvin Norge. Sans doute le syndrome Dard-San Antonio;
Chris Lamquet racontera la vie de Norge au travers
des albums et Norge aura sa vie propre ailleurs, sur le net. Il y présentera
ses projets d'anime, de développement du jeu inspiré d'un projet avorté
qu'"il" avait entamé un jour chez les fripons nippons etc... Quand Lamquet s'initie aux
techniques 3D, c'est Norge qui en profite, quand le même Lamquet
se passionne pour les robots polymorphes, c'est Norge qui en parle etc...
Je ne sais pas trop où tout cela va me
mener, mais j'ai très envie de "concrétiser" ce personnage virtuel;
ce sera plus qu'un pseudonyme; l'auteur virtuel Norge permettra d'escamoter
l'auteur Lamquet et toutes ses casseroles
professionnelles des dernières années. Rien que pour ça, le jeu vaut le coup
d'être tenté.
- L'ordinateur est omniprésent dans ce
livre. D'abord par la profession du héros, ensuite par le thème de
l'envahissement de tous les réseaux informatiques par un redoutable virus,
enfin par les impositions d'effets infographistes dans les planches.
- L'informatique m'est indispensable. Pour
travailler et communiquer. Mais pas pour respirer!.
J'essaye de limiter l'aspect "numérique" aux endroits appropriés,
c'est à dire dans les écrans de télévisions ou d'ordinateurs. Je considère que
le trait doit rester prédominant. Le dessin, c'est l'écriture de la BD. En tant
que dessinateur réaliste, l'ordinateur m'a apporté des outils de cinéma
fabuleux, mais je les veux au service du dessin, pas l'inverse. Lorsqu'on a un
tel outil dans les mains, il faut le mettre à sa patte, ne pas se laisser noyer
par les options infinies proposées dans les logiciels. Ca prend du temps, mais
j'y arriverai.
- Norge, comme tous les personnages sortis
de ton imaginaire, n'a rien d'un super-héros. C'est
un homme comme les autres, pas vraiment plus doué que la moyenne, obligé
d'affronter malgré lui des aventures dont il se passerait bien.
Chris Lamquet:
- On ne parle bien que des choses que l'on
connaît bien. La vie d'inventeur de mondes en images, je connais. Il faut voir
là mon incapacité chronique à créer un "héros". Je n'ai pas envie
d'animer et de faire parler un milliardaire baroudeur ou un espion aux allures
d'armoire à glace. Il n'y a pas encore si longtemps, j'enviais ceux qui
pouvaient le faire. Maintenant je leur tire mon chapeau, mais j'ai fini par
accepter que ce n'était pas mon
truc.
Univers BD:
- "@enfer.Zcom",
c'est un peu comme "1984" de George Orwell: le roman d'un futur
proche et dont l'échéance arrivera donc très vite. Mais les événements qui y
sont contés font déjà partie de notre présent. Internet mis à genou par des
virus, ou même les corps de cet homme et de cette femme condamnés à mort, qu'on
a découpés en tranches pour en diffuser ensuite les images sur le réseau.
Chris Lamquet:
- Le décalage de deux ou trois ans me
permet de mettre en scène des technologies qui nous seront quotidiennes demain.
Je ressens notre époque comme étant déjà de la SF.
C'est une idée -un concept?- que je traîne depuis près de vingt ans. Quand j'ai
dessiné "Quasar" pour les éditions Dupuis dans les années 80, je
mettais en scène des robots-jouets et des robots tout
court qui évoluaient dans des maisons style 19ème ou des appartements de
fauchés ( Les Bioms,
l'Enfant Clone).
Cette idée du futur omniprésent dans notre
quotidien ne m'a jamais lâché. Je ne renonce pas pour autant à me laisser
délirer. Je l'ai fait en 97 et 98 dans le manga que je réalisais pour Kodansha. La "Drone de l'Io Bar" est une histoire
peuplée d'extraterrestres, de droïdes, de vaisseaux
organiques et autres joyeusetés de ce genre.
A l'opposé de beaucoup de récits de
science-fiction tu te situes plus dans une voie humaniste que dans une voie à
la "Stars War", qui privilégie plutôt le
spectacle à grands renforts de scènes dantesques. Tu insistes sur les rapports
humains et tu places systématiquement les femmes au premier rang, chose
toujours rare dans la bande dessinée.

Sans nous embarquer dans de la psychanalyse de
comptoir, les personnages féminins ont toujours été les caractères forts de mes
histoires. Et bien souvent, le bonhomme est le faire-valoir, le second rôle de
premier plan. Lorsqu'on fait ce métier, on apprend à observer non seulement les
choses mais aussi les gens. Et qu'observe- t-on? Lui et Elle n'en finissent pas
de se chercher, de se trouver, de s'adorer, de se détester, de se courir
après...
Dans une histoire réaliste, un
"héros" solitaire n'a aucun intérêt.
En BD, on parle de faire-valoir, mais je
crois tout simplement que tous les tandems correspondent à cette dualité masculin-féminin qui nous habite.
Chacun son truc. Certains choisissent un
chien, un kangourou, un petit gros, un grand maigre, une Laureline
...Pour ma part, dans le cas de Norge, il se pourrait bien que ce soit une
Olga...ou une Chu...ou une Dolorès...
Franchement, quelle a été la source
d'inspiration premières des artistes depuis la nuit des temps? L'image féminine
dégage plus de mystère et de force que n'importe quel guerrier en tenue de
parade. Et puis, bon, on ne se fait pas refaire; je préfère animer les
personnages féminins, la sensualité et l'intelligence c'est le cocktail des
bonnes actrices. Alors quand je fais mon petit casting personnel, elles ont
souvent le dessus.
- Autour de Norge, deux femmes. Jennifer, alias Olga, très proche d'autres héroïnes que tu
as créées par le naturel de leur comportement et la sensualité toute simple
qu'elle dégage. Et Kimberley, dotée de tous les attributs de la femme-objet.
Qu'elle soit virtuelle ne change rien: elle est parfaitement représentative du
cliché sexuel classique fait pour remuer les hormones mâles des lecteurs.
Chris Lamquet:
- Ne tournons pas autour du pot; en BD,
lorsqu'un personnage féminin apparaît, il est très souvent synonyme de
séduction, de beauté, d'érotisme plus ou moins voilé. Olga n'échappe pas à cette
règle. Sa façon de s'exprimer, ses mimiques, bref son "naturel" sont
pensés pour en faire un personnage attirant, qu'on aimerait croiser dans la
réalité. Si j'y suis arrivé, je n'ai pas eu besoin pour cela de l'affubler
d'une grosse paire de nichons ni de lui faire prendre des poses suggestives à
tout bout de champ.
Si je fais cette remarque, c'est parce
qu'en tant que lecteur je ne supporte plus les miss T-shirt mouillés et autres
potiches de luxe qui hantent encore pas mal de cases. Mea culpa, je suis moi-même
tombé dans ce trip d'ados attardés en dessinant certaines histoires...il y a quinze-vingt ans.
C'est un peu en réaction contre ce côté
immature de la BD que j'ai imaginé le personnage de Lieve
dans "Le Pithécanthrope dans la Valise". Et son double animal,
l'orang-outang Didi. Je les aime bien, ces deux-là.
Quant à Kimberley c'est l'archétype de la
nana sexy dont la fonction est d'être une nana sexy. Sa plastique, ses
attitudes, ses expressions n'ont pas d'autre but que d'aguicher le regard.
Graphiquement, elle est très proche du personnage Adleen
que je dessinais dans mon manga pour Kodansha.
Adleen était une androïde conçue pour changer les idées des bourlingueurs
de l'espace. Une créature artificielle, dévolue au sexe. Androïde, personnage
virtuel...j'aime bien réduire le fantasme érotique à ce qu'il est vraiment: une
illusion. Une illusion dont nous, les bonshommes, avons besoin. Ce qui explique
sans doute ce paradoxe qui est le mien; Kimberley peut être assimilée à une de
ces miss T-shirt mouillé qui m'énervent chez les autres.
Allez savoir...
- Au-delà des rapports entre les êtres,
tes albums abordent systématiquement les thèmes de l'évolution de notre
civilisation et de l'emprise de plus en plus grande des aspects technologiques
sur le facteur humain. Faut-il avoir peur de la technologie?
Chris Lamquet:
-Vaste question! L'histoire montre que les
innovations technologiques ont toujours déclenché méfiance, crainte et rejet à
leurs apparitions. Celles de ces dernières années sont d'autant plus
perturbantes qu'elles touchent notre intimité , notre
perception du monde et de ses distances. Je pense au génome humain pas loin
d'être entièrement décodé; allons-nous prendre tout à coup conscience que nous
ne sommes que des "programmes", qu'un mauvais encodage suffit à
dérégler ou pis encore que l'on peut ré-écrire à
notre guise? L'ordinateur n'est-il pas la projection de notre propre cerveau ?
Est-ce qu'inconsciemment nous ne sommes
pas en train de reproduire artificiellement le processus de notre pensée, et
donc de l'intelligence?
Tout cela est passionnant. Mais dangereux.
Dangereux car tout ce savoir se répand à la vitesse de la lumière sur tout le
réseau. On sait que le net est une cour des miracles. Einstein y côtoie Lara Croft, scientifiques renommés, allumés du cigare, pornoputes, marchands de vélos ,
mafia, labos de Frankenstein en herbes... Dans quelles mains ces connaissances
vont-elles tomber? C'est là le grand danger.

Univers BD:
- Enfin, lorsqu'on voit la vitesse à
laquelle notre monde évolue grâce ou à cause de l'informatique, la réalité
n'est-elle pas en permanence en train de dépasser la fiction?
Chris Lamquet:
- Je le pense tout à fait. La
nanotechnologie, disons la technologie de l'infiniment petit, sera au XXIème siècle ce que l'informatique aura été pour le XXème. Nous sommes en passe de descendre dans les fondements
même de la Vie. Mon petit doigt me dit que la notion de
"science-fiction" n'aura bientôt plus de sens.
(Interview
recueillie sur univers BD Avril 2000)
http://www.imaginet.fr/universbd/invite/archives/lamquet/
1991 - Tropique des étoiles tome 1 :
L'enfant clone (Hélyode)
1992 - Tropique des étoiles tome 2 : La
phase végétale (Hélyode)
1993 - Tropique des étoiles tome 3 : Les
Boréales (Hélyode)
1994 - Quasar tome 1 (Hélyode)
1994 - Quasar tome : Les Biom's (Hélyode) édition remaniée de l'album Dupuis de 1987
1996 - Tropique des étoiles tome 4 : Le
réveil des poussières (Lefrancq)
1993 - L'Amour
Hologramme (Casterman)
1996 - Le Pithécanthrope dans la valise
tome 1 : Le chirurgien hollandais (Glénat)
1999 - Le Pithécanthrope dans la valise
tome 2 : Le coucher de la mariée (Glénat)
2000 - Alvin Norge tome 1 : @enfer.Zcom (Le Lombard)
2001 - Alvin Norge tome 2 : Morphing amer
(Le Lombard)
2002 - Alvin Norge tome 2 : Lucyber (Le Lombard)
1986 - Gilles Roux et Marie Meuse tome 2 :L'eau carnivore - dessins de Magda (Le Lombard)
1987 - Gilles Roux et Marie Meuse tome 3 :Dawa virunga - dessins de Magda
(Le Lombard)
1988 - Gilles Roux et Marie Meuse tome 4 :La sève du maïs - dessins de Magda (Le Lombard)
1988 - Norfolk - dessins de Salmon
(Editions du Miroir)
1994 - Les Aberrants- dessins de Bodart (Lefrancq)
1978 – 1982 : Louvenn,François Silence
1975
N° 136-140 : Brik Brak,
Bernik, Mescaline et les autres
Sélection 29 : Bob Binn
Le fou du ballon rond
Sélection 30 : Bob Binn
: La pelle et la pègre
Sélection 34 : Bob Binn : Mister Sproutz
N° 240 : "Puce"
Super 20 : Gilles Roux et Marie Meuse : La
belle et le ronchon (dessins de Magda)
N° 423 : Gilles Roux et Marie Meuse :
L'eau carnivore
N° 437 : Gilles Roux et Marie Meuse : Les
survivants
N°479 : Gilles Roux et Marie Meuse : Dawa Virunga
N° 487 : Gilles Roux et Marie Meuse : Karl
N° 495 : Gilles Roux et Marie Meuse : La
poussière des démons
N° 571 : Gilles Roux et Marie Meuse :
Graines de famine
N° 585 : Gilles Roux et Marie Meuse : La
sève du maïs
Super 37 : Gilles Roux et Marie Meuse Le
secret (Magda)
N° 667-N° 675 : Gilles Roux et Marie Meuse
: Le fou d'Alguam
N° 2199 : Contes sans gravité : Le bégopétu
N° 2216-2232 : Louvenn
: Les irradiés de lidmund
N° 2225 :Contes
sans gravité : Noël sur le ballon d'Alsace
Spirou-festival : Contes sans
gravité : Petit homme vert-pomme
N° 2288 :"Quasar"
Album+ 1 : Nouvelle : Croque-carbone
N° 2293 : Quasar chapitre deux : La
nébuleuse du cœur
N° 2302 : Quasar Chapitre trois : la
maranta
N° 2306 : Quasar Chapitre quatre
N° 2314 : Quasar Chapitre cinq
Album+ 3 : Louvenn
: Les fous d'hiver
N° 2321 : Quasar Chapitre six
N° 2400 : Rédactionnel Interview express
N° 2400-2403 : Quasar : Les terriens
N° 2433 : Quasar : Venera
sept
N° 2448-2451 : Quasar : Pomme planète
N° 2480 : Un amour d'hologramme
N° 2487 : Quasar : Pioneer
10, la réponse
N° 2527 à 2528 : Quasar
N° 2510 : Quasar : Les biomes
N° 2528 : Quasar : Les sculpteurs
d'astéroïdes
N° 2541 : Dessin Père Noël
N° 2585 : Annonce Quasar Les Biômes
N° 2645 : Sergueï Bopek
N° 2666, 2696 : Sommaires
N° 2697 : "Comiques strips"
N° 2681 : Orbital trio
N° 2684 : Gag : Chasse aux abus (avec Hausman, Gazzotti, Geerts, Wozniak, Jannin, Laudec, Salma)
N° 2685 : Gag : Dans les dessins animés
japonais (avec Salma)
N° 2713 : Il y a quelque chose qui cloche
(avec Salma)
N° 3151 : Comme partout ailleurs (avec Vehlmann)
N° 3157 : Le rituel des morts (avec Veys)
"Balise à cartoons" dans 3253
1994 : Adeleen et Dob's
1995 : Gags dans le Bdlire
édité par la librairie Mijade
1981 : Collaboration sur l'album "Les
150 ans d'avatars de la Province de Namur" de Claude Laverdure
(réédition chez Helyode en 1997)
1982 : Scénario et collaboration au dessin
sur "Les aventures du Baron Prosit" de
Claude Laverdure (inédit en album - paru dans le
fanzine L'INEDIT en 1995)