INFORMATIQUE
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Retour à l'histoire des techniques de
stockage de l'information
La CARTE PERFOREE (1930)
En 1805, bien avant l'informatique, la première mémoire de
masse, c'est-à-dire un support permettant le stockage permanent
des données, a été inventée par le Français
Joseph-Marie Jacquard : c'était la carte perforée, et elle
était destinée à commander les dessins des tissus
fabriqués par son métier à tisser.
En 1833, Charles Babbage construit sa “machine analytique”, ordinateur
mécanique qui comportait déjà tout une série
de dispositifs et concepts qu’on allait retrouver sur les ordinateurs modernes
: unité d’entrée, unité arithmétique et logique,
itérations, registre d’index, unité de sortie. Les unités
d’entrée et de sortie utilisaient des cartes perforées inspirées
de celle de Jacquard, un peu plus grandes que les cartes perforées
IBM mais avec des trous ronds de près d’un centimètre de
diamètre.
En 1890 Hermann Hollerith l'a réutilisée sur sa machine
destinée au recensement américain. Le code des cartes perforées
conçu par Hollerith était un code de 12 bits qui aurait donc
pu rendre compte d’un alphabet de 2 à la puissance 12, soit 4116
caractères différents. Mais il n’avait utilisé que
12 caractères pour représenter des lettres, 10 pour représenter
des chiffres et deux caractères de contrôle soit 24 caractères.
Chaque caractère représentait un mot destiné à
identifier la personne recensée : “m” pour “man”, “w” pour “woman”,
“rk” pour roumain-catholique, “gk” pour grec-catholique, “dt” pour allemand,
“sk” pour serbo-croate, “o” pour ouvrier, “An” pour illetré, “cr”
pour crétin, “gs” pour divorcé. Les cartes mesuraient 6 centimètre
sur 12. Les cartes comportaient 210 cases.
Figure 15 : perforatrice de cartes d’Hollerith
En 1930, eut lieu le boom des cartes perforées. Pour les besoins
de la mécanographie, l’alphabet tout entier fut alors représenté,
et on ajouta le “-”, le “*” et le “&”. Il y avait donc 39 caractères
différents.
En 1935, IBM produisait plus de 3 milliards de cartes par an, il s’agissait
alors encore de mécanographie.
En 1954; avec l’apparition de l’ordinateur et des besoins nés
de son utilisation en gestion, des caractères comme le “%” devinrent
utiles également et IBM estima que le nombre de caractères
à représenter devait être de 48 au minimum. Les caractères
furent donc codés sur 6 bits et ce code se retrouva sur l’IBM 705
et l’IBM 1401, ce qui le rendit populaire.
Les cartes comportent 80 colonnes dont chacune peut contenir un caractère.
Chaque colonne dispose de 12 lignes numérotées de haut en
bas : 12, 11, 0 à 9 sur lesquelles on peut percer un trou ; chaque
combinaison de perforations sur une colonne correspond à un symbole
déterminé. C'est ainsi qu'on obtient le chiffre 8 en perforant
la ligne du 8 ; la lettre A s'obtient en perforant les lignes du 1 et du
11. Le perforateur peut traiter de 100 à 500 cartes par minute et
le lecteur jusqu'à 1500. Il est bien évident que celui ou
celle qui entre les données n’a pas à connaître le
code de perforation. D’ailleurs pour faciliter la vérification de
la perforation, la plupart des perforatrices impriment également,
sur le haut de la carte, la ligne de texte perforée ce qui, de plus,
facilite la recherche manuelle d’une carte perforée. La carte est
alors dite interprétée.
Deux procédés de lecture des perforations étaient
utilisés : les balais et les cellules photo-électriques.
Puis les lecteurs à balais ont disparu au profit des lecteurs à
cellules.
Le système 34 d'IBM utilisait d'autres cartes perforées
plus petites dont les trous étaient ronds et qui existait en 1973.
Remigton Rand avait en 1950, un format de carte de 90 caractères.
Le RUBAN PERFORE
Tout comme la carte perforée, le ruban perforé a été
inventé avant l’informatique et a la même origine, le métier
à tisser. C’est à Lyon, au début du 18è siècle
que Basile Bouchon eut l’idée de faciliter la commande des séquences
d’opérations à effectuer par une machine à tisser
en utilisant des bandes perforées.
Stibitz avait, dès 1939, utilisé des bandes perforées
comme mémoire du BELL LABS Computer. Empruntées aux machines
comptables et surtout aux télétypes ces bandes furent utilisées
pendant toute la première génération d’ordinateurs,
soit entre 19xx et 19xx.
Sur une bande en papier de 3 centimètres de large environ, de
petites perforations rondes ou carrées sont faites sur six ou huit
pistes longitudinales. Un caractère est représenté
sur la largeur de la bande par 6 ou 8 perforations selon le code utilisé.
Le principal avantage de ce type de support était son faible
coût, mais sa lourdeur de manipulation en a limité la diffusion.
Les principaux inconvénients étaient sa lenteur et l'impossibilité
de corriger ou de trier les informations, contrairement au support carte.
Elles étaient fragiles et se déchiraient facilement. D’autre
part elles étaient lentes, leur vitesse de lecture était
limitée, car il ne peut être question de tirer trop fort sur
une bande de papier pour accélérer son déroulement.
Figure 16 : ruban perforé
Les BANDES MAGNETIQUES (1949)
Jusqu'ici il a été question de supports qui supposent de
grandes contraintes d'ordre mécanique ; dorénavant, nous
aurons affaire à des dispositifs techniques électroniques,
associés à une mécanique de haute précision.
Les recherches sur les bandes magnétiques débutèrent
en 1949 et on utilisa alternativement les bandes métalliques et
plastique jusqu’en 1957, époque où la bande magnétique
métallique disparut peu à peu.
Bandes magnétiques métalliques
Avant l’apparition des ordinateurs comme nous les conçevons
aujourd’hui, des bandes magnétiques avaient déjà été
connectées à des calculateurs. C’est ainsi que l’UNIVAC I
(UNIVersal Automatic Computer), premier ordinateur de gestion, utilisait
déjà des bandes magnétiques, mais ces bandes étaient
en acier et les enroulages et déroulages entraînaient fréquemment
leur cassure. Le métal était lourd et provoquait une usure
rapide de la tête. De plus, les bords extrêmement tranchants
de la bande métallique posaient un sérieux problème
de sécurité. Malgré ces inconvénients, les
ingénieurs, constamment à la recherche d’une densité
de piste accrue, s’efforçaient sans répit d’améliorer
la bande métallique. L’un d’entre eux, Ted Bonn, entré chez
Eckert-Mauchly vers la fin des années 1940, se concentra sur l’application
d’une laque magnétique sur une bande de bronze d’un demi-pouce de
large, procédé chimique qui dégageait des vapeurs
nocives. A cause de ces inconvénients et les progrès des
bandes souples, ce support commença à disparaître dès
1957. Quand de plus, IBM mit en service des bandes de plastique dans ses
ordinateurs commerciaux, le sort de la bande métallique fut définitivement
reglé.
La bande magnétique métallique de l’UNIVAC avait l’avantage
sur celle en plastique du BINAC de poséder huit pistes au lieu de
cinq, ce qui lui permettait de contenir environ deux fois plus de données.
Une bande mémorisait plus d’un million d’octets soit la capacité
d’une actuelle disquette de 3,5 pouces.
Eckert et Mauchly avaient aussi amélioré leur unité
à bande par une mémoire tampon (“buffer”) consituée
de lignes à retard au mercure. Cette mémoire se remplissait
avec les informations de la bande sans utiliser l’unité de traitement
centrale et donc sans l’interrompre. Dès que l’unité centrale
avait besoin des données, elle les trouvait dans la mémoire
tampon sans perdre du temps à attendre le déroulement de
la bande.
Bandes magnétiques plastique
Les bandes magnétiques souples furent essayées pour la
première fois sur un EDVAC en 1949. Elle fut livrée en 1950
au Ballistic Research Lab où elle devint opérationnelle à
la fin de 1951.
En août 1949, peu de temps après que Ampex eut présenté
à Crosby ses magnétophones (voir l’enregistrement magnétique),
une entreprise créée par deux pionniers de l’informatique,
J. Presper Eckert et John W. Mauchly, présenta une machine nommée
BINAC (BINary Automatic Computer) : son dispositif de stockage ressemblait
à un magnétophone à bande. Comme l’enregistreur audio
de Ampex, le BINAC utilisait des bobines d’une étroite bande en
plastique capable de stocker les données sous la forme d’un champ
magnétique engendré par des signaux électriques. Le
BINAC traitant les données par groupe de cinq bits, les données
furent organisées sur la bande en cinq longues lignes, ou pistes,
parallèles à la longueur de la bande. Cinq bits étaient
enregistrés simultanément sur la largeur de la bande pour
constituer un “mot”. Malheureusement le BINAC ne fut pas un succès
; apparemment au point à la sortie de l’atelier, il ne fonctionna
jamais correctement une fois installé chez son premier client, la
Northtrop Aircraft Company. Ses concepteurs entamèrent alors la
conception de l’UNIVAC qui, lui, allait employer les bandes magnétiques
métalliques et sera commercialsé en 1951.
La colonne à dépression
Contrairement aux magnétophones audio dont le déroulement
de la bande était continu, il fallait pour les données informatiques
enrouler la bande à grande vitesse, tout en permettant de démarrer
et de stopper celle-ci sans risque de rupture. Pour résoudre ce
problème, IBM avait au printemps 1949, expérimenté
un dispositif appelé “griffe électrostatique”, un système
décevant fondé sur l’attraction électrostatique entre
la bande et la roue d’entraînement. L’équipe d’IBM découvrit
que la vitesse de la rotation de la roue variait en fonction de l’humidité
relative de la pièce. James Weidenhammer, un membre de l’équipe,
expliqua : “Nous ouvrions le purgeur du radiateur pour que de la vapeur
augmente le dégré d’humidité de la pièce avant
de faire fonctionner le système”.
IBM mit alors au point un appareil à bande, appelé dévideur
à pincement, qui enroulait ou déroulait la bande en la tenant
serrée entre une poulie et un cabestan. Le dévideur à
pincement faissait passer la bande de l’arrêt à une vitesse
de 3,5 mètres par seconde en 5 millisecondes et la stoppait exactement
à l’endroit voulu avec efficacité. De telles vitesses requéraient
un contrôle précis des bobines d’alimentation et de réception,
afin que la bande soit assez lâche pour ne pas casser net, mais assez
tendue pour ne pas s’emmêler. Néanmoins l’appareil était
encore perfectible et un jour, alors que ses collègues déjeunaient,
Weidenhammer découvrit par hasard la solution : la colonne à
dépression.
Le groupe de recherche avait déjà tenté d’utiliser
des jets d’air pour souffler les lacets de bande dans un tube rectangulaire
vertical, mais les boucles n’étaient pas descendues de façon
appréciable parce que la pression de l’air dans chaque boucle plaquait
la bande contre les parois du tube. Weidenhammer se rappelle avoir “simplement
changé le raccordement de l’aspirateur”. Il raccorda le tuyeau de
celui-ci à l’extrémité inférieure du tube et
la succion évita à la bande de toucher les parois du tube.
Dès que fut connue l’idée géniale de Weidenhammer,
le système de la colonne à dépression pour contrôler
la tension des bandes se révéla l’une des inventions les
plus fructueuses de l’histoire du stockage des données informatiques.
Le concept d’IBM fut adopté par presque tous les constructeurs d’ordinateurs.
Les premières bandes magnétiques en plastique furent
mise au point pour le RAYDAC, dont le concepteur était Louis Fem,
machine construite en 1951 pour la société RAYTHEON.
En 1952, IBM mettait au point le système IBM 701, premier ordinateur
scientifique équipé de bandes magnétiques. La densité
d'enregistrement était alors de 40 caractères par centimètre,
Les bandes IBM 726 pour cet ordinateur étaient les premières
bandes à support plastique résistantes aux grandes vitesses
d’enroulement ou de déroulement. Elles se déroulaient à
une vitesse permettant d’alimenter l’ordinateur à 7500 caractères
par seconde et contenaient l’équivalent de 15000 cartes perforées
soit 1,2 MB. L’appareil fut présenté le 7 avril 1953.
Dernières versions
Dans ses dernières versions, la lecture est de 20 à 100
fois plus rapide que le lecteur de cartes et elle emmagasine l'information
en un espace beaucoup plus réduit (la bande, enroulée dans
une bobine de 20 cm de diamètre, peut contenir quelque 30 millions
de caractères, pour lesquels 375000 cartes seraient nécessaires).
Le prix du stockage du caractère est plusieurs dizaines de fois
moins élevé qu'avec la carte.
Comme sur une bande perforée, les informations enregistrées
sur bande magnétique le sont sur des pistes longitudinales. Il existe
deux types de bande : à 7 ou 9 pistes. Chaque caractère est
représenté sur la largeur de la bande par 7 ou 9 "moments"
magnétiques résultant du passage du courant électrique
circulant à travers les têtes d'enregistrement (une par piste).
Les bandes sont disponibles en longueur de 90, 180, 365 et 730 mètres.
Deux modes d'enregistrement sont généralement employés
: le NRZI et la modulation de phase (parfois appelée inversion de
phase). En mode NRZI (Non Retour à Zéro Ibm), l'inversion
du flux magnétique se traduit par un bit 1 et l'absence d'inversion
du flux par un bit 0. En revanche, en modulation de phase, les bits 0 et
1 sont tous deux enregistrés par une inversion de flux. Cette dernière
méthode a permis d'augmenter la densité des enregistrements
et la vitesse de défilement des bandes. En 1973, les densités
les plus courantes étaient 556, 800 et 1600 bits par pouce. Mais
après, sont apparues les vitesses de 3200 et 6250 bits par pouce.
Quant aux vitesses de transfert des informations entre le dérouleur
et l'unité centrale, elles varient de 30000 à 640000 caractères
par seconde.
Les enregistrements sont faits sur la bande par blocs de longueur fixe
ou variable, séparés par des intervalles de longueur fixe
qui ne comportent aucune information (gaps). Au début et à
la fin de chaque bloc se trouvent des caractères permettant de l'identifier
et de l'encadrer.
Bien entendu, sur une bande, la recherche, l'écriture ou la
lecture ne peuvent se faire que de façon séquentielle.
Les CARTOUCHES MAGNETIQUES 3850 (1976)
En 1976, IBM lança le système de mémoire de masse
3850 dans lequel des cartouches pouvant contenir 50,2 Mb étaient
stockées dans une structure en nid d'abeille. Un automate équipé
d'un bras venait prendre la cartouche et l'insérer dans le lecteur.
La longueur de la bande est de 19 mètres, sa largeur est de 3 pouces
et elle est en oxyde ferrique. Les cartouches sont constituées d'un
cylindre en plastique qui protège la bande contre la poussière.
Les CARTOUCHES MAGNETIQUES 3480
Ces cartouches sont destinées à remplacer les bandes magnétiques.
Elles offrent de nombreux avantages : densité d'enregistrement 6
fois plus élevée, fiabilité, encombrement réduit
à 50%.
La cartouche abrite une bobine de 10 cm de diamètre contenant
171 mètres de bande au dioxyde de chrome sur support polyester d'une
largeur de 12,65 mm. La densité d'enregistrement est de 38 Kb par
pouce et la capacité totale de 210 Mo environ. Le temps de lecture
est de 1.5 minutes alors qu'une bande demandait 5 minutes pour une capacité
totale de 165 Mo.