Allaitement Maternel et plantes médicinales

 

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Herbal medications and breastfeeding. K Hopec. JHL 1999 ; 15(2) : 157-161.

Mots-clés : lactation, plantes médicinales, allaitement.

On peut estimer que 65 à 80% de la population mondiale utilise les plantes médicinales comme principal moyen thérapeutique. L’utilisation de la phytothérapie est en augmentation dans les pays occidentaux. Cela signifie que les professionnels de santé vont devoir envisager de s’informer sur ce type de médecine, qui reste actuellement très peu étudiée. L’utilisation des plantes médicinales chez les femmes enceintes et allaitantes pose des problèmes spécifiques.

On pense souvent que l’utilisation de plantes constitue une médecine naturelle et donc sans danger. C’est oublier que bon nombre des médicaments allopathiques actuellement utilisés proviennent de plantes (l’atropine, la digitaline, la codéine…), et que certaines d’entre elles sont très toxiques, ou peuvent l’être si elles ne sont pas utilisées correctement. Dans certains pays, la qualité des plantes à usage médicinal est soumise à des standards précis (Allemagne par exemple), mais c’est loin d’être le cas partout, et cela peut être à l’origine soit d’une totale inefficacité du traitement, soit d’une toxicité inattendue. Les plantes peuvent avoir une quantité très variable de principe actif en fonction de l’endroit où elles ont poussé, de la façon dont elles ont été conservées, de celle dont elles ont été préparées… Le nom des plantes n’est pas non plus toujours bien codifié ; la même plante peut avoir des noms différents, ou un même nom peut désigner plusieurs plantes ayant des propriétés différentes ; le plus fiable reste encore d’utiliser le nom latin, censé être le même partout. Il peut aussi arriver que les plantes soient contaminées par divers polluants, par d’autres plantes, ou par des produits pharmaceutiques. Dans l’ensemble, une réglementation claire et précise serait nécessaire pour rendre la phytothérapie plus facile à utiliser et à étudier. Cela signifie qu’en dehors de plantes " courantes " prises en infusions (tilleul, menthe…) et en quantité modérée, une femme enceinte ou allaitante doit se montrer très prudente si elle souhaite être traitée par des plantes médicinales.

Un certain nombre de plantes sont traditionnellement utilisées comme galactogogues (fenouil, carvi, fenugrec, alfalfa, galéga…), mais la littérature scientifique portant sur leur évaluation est quasiment inexistante. Ces plantes n’ont quasiment aucun effet iatrogène, et peuvent donc a priori être utilisées. Toutefois, en cas de problème important au niveau de la sécrétion lactée, l’utilisation de ces plantes sera probablement insuffisante pour améliorer la situation.

Il existe très peu de données sur l’excrétion dans le lait des produits actifs contenus dans les plantes, et leur utilisation est le plus souvent fondée sur l’expérience acquise. Toutefois, certaines plantes contiennent des principes actifs dont la toxicité potentielle est connue, et doivent donc être utilisées avec une extrême prudence chez la mère allaitante. C’est en particulier le cas des plantes qui contiennent des alcaloïdes (très nombreuses) ou des anthraquinones (essentiellement des plantes laxatives) substances pouvant être toxiques à très faible dose (l’utilisation du séné est cependant considérée comme possible pendant l’allaitement). L’auteur aborde ensuite quelques plantes fréquemment utilisées.

  • La camomille est utilisée depuis des millénaires pour ses propriétés sédatives, digestives et anti-inflammatoires, sans qu’aucune toxicité n’ait jamais été signalée.
  • La tanaisie (Tanacetum parthenium) a fait la preuve de son efficacité pour le traitement prophylactique des migraines, probablement en rapport avec son effet anti-inflammatoire et vasodilatateur ; elle est généralement considérée comme dénuée de toxicité, mais 5 à 15% des sujets enrôlés pour son étude ont rapporté des troubles digestifs ; il n’existe aucune information sur son passage dans le lait.
  • Le millepertuis a démontré une efficacité dans le traitement de la dépression et est actuellement étudié en tant qu’antiviral ; pour lui non plus, aucune donnée sur l’excrétion lactée n’est disponible.
  • L’échinacea purpurea est considérée comme un stimulant du système immunitaire, et utilisée pour la prévention et le traitement des pathologies du système respiratoire haut, des infections urogénitales et des blessures ; elle contient de la pyrrolizidine, un alcaloïde non toxique ; bien qu’elle soit utilisée depuis très longtemps, il n’existe aucune donnée sur son passage dans le lait ; aucun effet secondaire n’a jamais été rapporté, et elle est considérée comme utilisable pendant l’allaitement.

La plupart des informations dont on dispose sur l’utilisation des plantes médicinales pendant l’allaitement sont ponctuelles et anecdotiques. Certaines plantes se sont avérées très efficaces à l’occasion d’études scientifiques, mais on ignore à peu près tout de l’excrétion lactée de leurs principes actifs. Il sera donc nécessaire d’être prudent. Chaque fois que l’innocuité et l’efficacité de l’utilisation d’une plante médicinale ne sont pas établies par une longue expérience, il faudra préférer l’utilisation d’un traitement allopathique sur lequel on dispose de données. On utilisera des plantes d’origine contrôlée, en respectant rigoureusement les doses recommandées, et en évitant de mélanger plusieurs plantes dans la même préparation.