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Vécu de la mère d'un enfant hospitalisé en néonatologie
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"articles concernant l'allaitement maternel"
Mother's advice about faciliting breastfeeding in a neonatal intensive care unit. KH Nyqvist, PO Sjšden, U Ewald. JHL 10(4), 1994, 237-43. Mots-clés : soins intensifs,
allaitement.
L'hospitalisation en néonatalogie est généralement considérée comme un obstacle à la réussite de l'allaitement. En effet, le but principal de ces services est de soigner
l'enfant, et l'allaitement n'est pas considéré comme une priorité. Pourtant, certains des enfants hospitalisés ne le sont que pour une courte période, et/ou ne reçoivent pas
un traitement lourd. Le but de cette étude suédoise était d'analyser le vécu de mères d'enfants à terme hospitalisés, afin de voir dans quelle mesure il est nécessaire d’améliorer
les routines existantes en matière d'allaitement.
Les critères d’enrôlement dans étude étaient : que l'enfant soit né à terme, qu'il ne présente aucune malformation, qu'il soit admis en néonatalogie pendant les premiers
jours post-partum pendant un maximum de 6 jours, et n'ait pas besoin d'un traitement lourd tel qu'assistance respiratoire ou nutrition parentérale. Tous les enfants correspondant
à ces critères et nés entre septembre 89 et août 90 à l’hôpital d'Uppsala (Suède) ont été inclus dans étude, soit un total de 178 enfants (92 garçons et 86 filles).
102 mères étaient primipares. 99 enfants sont nés par césarienne. 96% des mères ont accouché sous anesthésie péridurale ou générale. Les enfants présentaient des
problèmes tels que détresse néonatale, hypoglycémie, diabète maternel, troubles respiratoires transitoires, hypothermie... 76% des enfants ont reçu du lait humain provenant
d'un lactarium, ou du lait industriel ; 19% ont été alimentés par gavage, et 21 ont reçu du glucose IV.
28% des enfants ont été hospitalisés pendant une journée, 39% l'ont été pendant 2 jours. A la sortie du service de néonatalogie, 79% des enfants nés d'une mère multipare
étaient exclusivement allaités, et 18% étaient partiellement. Ces chiffres étaient respectivement 67% et 27% chez les primipares.
Les mères ont été interrogées à 3 mois post-partum sur le mode d'alimentation de leur enfant pendant le post-partum précoce, ainsi que sur la façon dont elles avaient vécu
le séjour de leur enfant en néonatalogie, et ce qu'elles auraient éventuellement souhaité recevoir comme soutien pour leur allaitement. 161 (90%) mères ont répondu aux
questions ouvertes sur ce qui pouvait faciliter leur allaitement. Les réponses données portaient le plus souvent sur l'environnement en néonatalogie (19%), le soutien (14%), l’éloignement
du service (9%) et les routines d'alimentation infantiles en néonatalogie (9%).
L'environnement était perçu comme stressant, et n'offrant pas l’intimité nécessaire ; les mères étaient nerveuses et angoissées devant tous ces bébés malades, et tout ce
matériel de haute technologie ; elles se sentaient aussi observées par le personnel médical et par les autres parents. C’était particulièrement net chez les primipares, qui
se sentaient incapables d'avoir une relation "normale" avec leur bébé dans de telles conditions. Les mères souhaiteraient pouvoir bénéficier d'une pièce calme, dans
un environnement plus rassurant.
Les mères souhaiteraient que les infirmières donnent des conseils précis et adaptés sur l'allaitement. Cela est particulièrement valable pour les primipares qui ne savent pas
quoi demander et osent encore moins le faire. Il ne suffit pas de dire à ces mères : "faites-moi signe si vous souhaitez me poser des questions". Les mères
apprécieraient que l'on prenne le temps de s'asseoir avec elles pour leur parler, donner des conseils et les encourager, et ce d'autant plus qu'elles sont stressées et
inquiètes. Elles aimeraient qu'une infirmière soit présente lors des premières mises au sein, afin de vérifier qu'elles se passent bien. Les femmes ayant accouché par
césarienne ont particulièrement besoin d’être rassurées sur leur capacité à allaiter quand même leur bébé, ainsi que d'une aide pratique pour mettre le bébé au sein.
La souffrance et la fatigue, surtout pour les mères ayant eu une césarienne, sont des obstacles majeurs quand l'enfant est hospitalisa dans un service diffèrent. Les horaires
des soins à la mère peuvent être difficilement compatibles avec des visites régulières à l'enfant, et certaines mères préféraient prendre des risques quant à leur propre
état de santé pour passer plus de temps avec leur bébé. Beaucoup de mères qui ne pouvaient se déplacer seules vivaient très mal le fait de devoir attendre la présence d'une
personne de leur famille qui pourrait les amener en fauteuil roulant dans le service de néonatalogie. Il serait nécessaire de mettre au point une meilleure coopération entre les
services de maternité et de néonatalogie.
La division des rôles était un point souvent abordé. Les mères pensaient que l'alimentation de leur enfant était avant tout leur affaire, et voulaient qu'on leur demande leur
avis dès le départ sur la participation qu'elles souhaitaient prendre à l'alimentation de leur bébé. Elles étaient très déçues quand elles apprenaient que leur bébé
venait de recevoir un biberon juste avant leur arrivée. Elles considéraient les biberons comme un obstacle, et disaient que leur bébé s'y habituait rapidement et était plus
difficile à mettre au sein par la suite. Elles souhaitaient savoir qui avait décidé de donner à leur bébé des biberons de lait humain ou industriel.
Elles ignoraient souvent qui s'occupait de leur bébé, et osaient rarement poser des questions sur son état de santé. Elles souhaitaient savoir à qui s'adresser exactement, et
voulaient être totalement reconnues en tant que mère de l'enfant, avec des droits en conséquence. Elles se sentaient souvent dévalorisées par le sentiment que les infirmières
étaient beaucoup plus compétentes qu'elles, et beaucoup plus à même de s'occuper de leur bébé.
De nombreuses mères vivaient très mal le manque de contact physique avec leur bébé pendant ces jours d'hospitalisation. Elles avaient peur de "manquer" quelque chose
de capital, et de ne pas réussir à allaiter. Elles étaient souvent troublées, surtout après une césarienne, par un sentiment d’irréalité et par le manque de sentiments
maternels vis-à-vis de l'enfant, qui ne disparaissait souvent que quand ce dernier était sorti du service. Certaines souhaitaient se voir offrir la possibilité de rester avec
leur bébé 24 heures sur 24. Les mères qui n'avaient pas pu venir voir leur enfant hospitalisé en néonatalogie avaient tout particulièrement besoin d'informations et de
soutien, tant sur l'allaitement que sur la condition spécifique de l'enfant.
Les infirmières devraient garder à l'esprit que les femmes peuvent décider d'allaiter ou non, et que leur choix peut avoir pour base une précédente réussite ou un précédant
échec en matière d'allaitement. Toutefois, un accouchement difficile peut être à la base d'un cercle vicieux provoquant séparation mère-enfant, stress, douleur, et mauvais,
voire inexistant démarrage de l'allaitement. Ces mères auront besoin d'un soutien important, afin de ne pas rejeter l'allaitement, parfois sans même avoir essayé.
La naissance d'un enfant est un événement émotionnellement majeur pour une femme. L'hospitalisation de son bébé en post-partum précoce est généralement un stress important,
et cela peut fausser les perceptions de la mère et son interprétation des faits de façon négative. Il est toutefois important que le personnel soignant des services de
néonatalogie, pour qui la vie dans ce genre de service constitue une routine, ne perde pas de vue le point de vue fondamentalement diffèrent des parents. Des mesures simples
apporteraient une nette amélioration dans le vécu de ces derniers : mise à leur disposition de petites pièces permettant un minimum d’intimité pour les mises au sein,
accueil chaleureux des parents, encouragement à passer beaucoup de temps avec leur bébé et à avoir avec lui beaucoup de contacts physiques chaque fois que état de santé de ce
dernier le permet, informations cohérentes et adéquates sur l'allaitement. Le personnel devrait tout mettre en oeuvre pour que les parents ne se sentent pas complètement
incompétents et dépossédés.
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