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L'allaitement maternel en tant que prophylaxie
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Breastfeeding as a prophylaxis against atopic disease : prospective study follow-up study until 17 years old. UM Saarinen, M Kajosaari. Lancet 1995 ; 346 : 1065-69. Mots-clés : allaitement, maladie atopique, eczéma, allergie alimentaire, allergie respiratoire, enfance, adolescence. La maladie atopique est une pathologie courante, et sa prévalence est grandissante dans nos pays. La prédisposition génétique joue un rôle important dans l'apparition d'une maladie atopique, surtout si les deux parents sont atopiques. Toutefois, les facteurs environnementaux ont un impact appréciable ; plus de 10% des enfants nés de parents non atopiques développeront une pathologie atopique. L'environnement pendant la petite enfance pourrait jouer un rôle déterminant dans la sensibilisation et le développement de ces pathologies, probablement à cause de l'immaturité du système immunitaire à cet âge. De nombreuses études ont été faites sur ce sujet. En particulier, le rôle de l'allaitement maternel et de l'éviction des produits à base de lait de vache pendant la petite enfance dans la prévention des allergies est controversé. Le but de cette étude était d'évaluer à long terme l'impact de l'allaitement sur divers troubles atopiques. Cette étude prospective a suivi pendant 17 ans une cohorte d'enfants, nés à terme et en bonne santé à l'hôpital d'Helsinki pendant le premier trimestre de l'année 1975. Pendant leur première année, les enfants ont été vus à 0,5, 1, 2, 4, 6, 9 et 12 mois. Leur régime alimentaire a été suivi de très près. Les mères ont été encouragées à allaiter aussi longtemps que possible (6 mois minimum, et de préférence jusqu'à plus de 12 mois). Tous les enfants ont commencé à recevoir des aliments solides entre 3 et 5 mois, selon un protocole strict. Le poisson et les agrumes ont été évités pendant la première année. Les mères n'ont suivi aucun régime alimentaire particulier pendant la période d'allaitement. Le régime de l'enfant était libre à partir de l'âge d'un an. Les enfants ont été revus à 3, 5, 10 et 17 ans par un médecin qui ignorait le type d'alimentation reçu pendant la petite enfance. A cette occasion, un questionnaire détaillé était rempli, l'enfant était examiné, divers tests étaient pratiqués à la recherche de manifestations d'atopie, ainsi qu'un dosage des IgE sériques. Le nombre d'enfants toujours suivis à l'âge de 1, 3, 5, 10 et 17 ans était respectivement de 235, 177, 153, 135 et 150. En fonction de la durée de l'allaitement, les enfants ont été répartis en 3 groupes : allaitement de longue durée (AL : > 6 mois), de durée moyenne (AM : 1 à 6 mois), durée courte ou nulle (AC : < 1 mois). L'existence d'antécédents atopiques a été soigneusement notée. On a défini soigneusement les critères permettant de diagnostiquer un problème atopique cutané, alimentaire ou respiratoire. L'enfant était diagnostiqué comme souffrant de maladie atopique s'il présentait des pathologies atteignant plusieurs sphères, avec des troubles de longue durée dont la gravité nécessitait un traitement médical quotidien. Parmi tous les enfants, la prévalence des troubles atopiques était de 20% à l'âge de 12 mois, et elle atteignait 47% à 17 ans. 29% des adolescents de 17 ans souffraient de maladie atopique. Les troubles cutanés étaient surtout observés pendant la petite enfance, avec un pic vers 12 mois. Les allergies alimentaires prenaient le relais, avec un pic vers 3 ans. Les troubles respiratoires étaient ensuite les plus fréquents. Des antécédents familiaux d'allergie étaient retrouvés chez 49% des enfants à l'âge de 1 an, et chez 54% d'entre eux à l'âge de 17 ans. La prévalence des troubles atopiques était influencée par le terrain héréditaire ; à l'âge d'un an, elle était de 24% chez les enfants ayant des antécédents familiaux d'allergie, contre 17% chez les enfants qui n'avaient pas ce type d'antécédents ; à l'âge de 17 ans, ces chiffres étaient respectivement de 52% et 40%. Mais il existait aussi des différences significatives en fonction de la durée de l'allaitement. A l'âge de 17 ans, la prévalence des troubles atopiques était de 42% chez les enfants du groupe AL, 36% chez les enfants du groupe AM, et 65% chez les enfants du groupe AC. Parmi les enfants souffrant de maladie atopique à 17 ans, ces chiffres étaient respectivement de 8%, 23% et 54%. Cette différence significative (p = 0,0001) persistait même après correction rigoureuse en fonction des facteurs héréditaires. Les résultats de cette longue étude prospective montrent que l'allaitement peut avoir un impact à long terme sur la prévalence de l'atopie, susceptible d'être encore plus important que celui des facteurs héréditaires. La protection semblait varier avec l'âge de l'enfant. Elle était très nette pendant la petite enfance, était moins prononcée pendant les années suivantes, puis réaugmentait par la suite. Même si les bénéfices les plus apparents étaient retrouvés chez les enfants ayant bénéficié d'un allaitement de longue durée, les troubles atopiques répondaient de façon variable à la durée de l'allaitement ; par exemple, un allaitement d'une durée d'au moins 6 mois semblait indispensable pour obtenir un impact significatif sur l'eczéma pendant les 3 premières années, alors qu'un allaitement exclusif pendant au moins 1 mois suffisait à diminuer la prévalence des troubles alimentaires et respiratoires apparaissant plus tardivement. D'autres chercheurs ont fait état de résultats similaires. D'autres n'ont par contre retrouvé aucun rôle protecteur de l'allaitement ; il est toutefois utile de savoir que les enfants sur qui portaient ces études n'avaient pas été allaités longtemps, et que le suivi était beaucoup moins long, ce qui peut avoir eu un impact important sur les résultats. Le rôle protecteur de l'allaitement vis-à-vis des manifestations atopiques pourrait jouer à plusieurs niveaux : meilleur développement immunitaire de l'enfant allaité, réduction de l'exposition aux antigènes alimentaires, flore digestive différente, protection vis-à-vis de nombreuses infections... La population d'enfants suivie par cette étude était âgée de 1 à 4 mois au moment du pic d'exposition au pollen en Finlande. Cette exposition précoce pourrait expliquer la prévalence élevée observée dans cette étude pour les troubles atopiques. Les auteurs concluent que l'allaitement offre une protection significative vis-à-vis des troubles atopiques (cutanés, digestifs ou respiratoires) pendant l’enfance et l’adolescence. Le fait de ne recevoir aucun autre lait que celui de la mère pendant au moins un mois abaisse déjà significativement la prévalence des allergies alimentaires à 3 ans et celle des allergies respiratoires à 17 ans, alors qu'un allaitement d'au moins 6 mois semble indispensable pour abaisser la prévalence de l'eczéma pendant les 3 premières années, ainsi que la maladie atopique à 17 ans. |