Les anesthésistes présents 24 h sur 24 dans les maternités assurent la sécurité. (France)

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Les Dossier de l’Obstétrique. N°282. Avril 2000. Madame le Pr Marie Thérèse Cousin, professeur honoraire d’anesthésie réanimation des hôpitaux de Paris

L’organisation mondiale du commerce s’est donnée pour objectif primordial la libération des échanges. A sa base devrait figurer la liberté d’entreprendre. C’est pourquoi la tâche de nos ministres n’est pas facile lorsqu’ils décident de fermer des établissements hospitaliers. Ils n’ont qu’une question : prouver que ces établissements font courir un risque au malade, que sa *sécurité* n’y est plus assurée.

Pour en convaincre l’opinion, on commence par invoquer des statistiques effrayante (on sait ce qu’il en est de l’enquête tronquée sinon truquée sur la mortalité maternelle) ; on déplore que notre pays soit dans un si mauvais rang pour la mortalité néonatale (sans faire part de la grande prématurité). Or on sait que les petits établissements ont des résultats toujours honorables. Pour ces derniers, on parle de graves dysfonctionnements et on lance des rumeurs sur lez prétendus accidents qui auraient pu avoir lieu et que des journalistes aux ordres et avides de mauvaises nouvelles s’empressent de relayer. Plus tard on demandera à des experts soigneusement " briffés " de remettre une copie conforme aux vœux du ministre ou du directeur de l’ARH et appliquant les décrets fixant les normes de sécurité. Dans une étape préalable on a fixé en effet des normes de sécurité en plaçant la barre très haut, à des hauteurs précisément inaccessibles à nombre d’établissements.

*La sécurité* repose déjà sur les équipements. Facile, on laisse stagner l’hôpital ; on refuse les subventions qui auraient permis de renouveler le matériel et d’améliorer les lieux. Il y a aussi l’encadrement par le personnel soignant et médical ; on ne remplace plus les congés et les départs à la retraite. On ne fait pas beaucoup d’effort pour rendre attractif un établissement situé dans une zone rurale d’accès difficile. Et surtout, si on ferme les yeux sur les carences des établissements qu’on a décidé de maintenir, on sera très vigilant sur les établissements voués à la disparition.

Ce propos est-il exagéré ? Pour se convaincre du contraire, il suffit de lire un article du bulletin du Syndicat National des Anesthésistes Réanimateurs Français (SNARF) (n° 43, octobre 1999).

Les décrets sur la sécurité des petites maternités exigent la présence sur place 24 h sur 24 d’un anesthésiste-réanimateur (AR) en plus des obstétriciens, voire des pédiatres. Compte tenu des lois du travail, cela représente une équipe minimale de 5 AR quelle que soit la taille de la maternité et l’on voit bien à quelle impossibilité financière est confrontée la petite maternité qui fait 500 accouchements annuels. Les experts ont beau jeu alors de prononcer un jugement défavorable. Mais quelle est la situation des autres établissements ?

Le ministre (B. Kouchner au moment des fait) avait affirmé au représentant de SNARF que " d’après une enquête réalisée par ses services la plupart des maternités avaient déjà organisé une présence permanente assortie de compensations financières. " Le SNARF a voulu vérifier cette affirmation par une enquête où 140 établissements privés ont répondu avec 139 réponses exploitables.

On constate alors que sur ces 139 établissements 29 ont un AR garde sur place soit 21% dont 5 exclusivement pour la maternité, 101 ont un AR d’astreinte dont 12 exclusivement pour la maternité.

Les établissements atteignant ou dépassant les 2000 accouchements annuels sont-ils du moins aux normes ? Sur les 18 établissements de cette catégorie, c’est à peine plus de la moitié (55%) qui remplissent cette condition. Quand à la compensation financière, autant dire qu’elle n’existe pas puisque 4 seulement sur 105 établissements concernés l’accordent à leur AR.

Ou bien le ministre prenait ses désirs pour des réalités ou bien il pratiquait sciemment " l’intox " pour couler définitivement les petites maternités. Il est difficile de comprendre ce comportement puisque celles-ci, comme on l’a déjà démontré, n’obère pas le budget de la santé. Bien plus, les médecins des petits établissements ont très souvent le privilège d’habiter à deux pas de leur lieu de travail de sorte qu’ils sont joignables en permanence sans pour autant être contraints de passer leurs nuits dans les murs de l’hôpital. C’était du moins le cas de Bitche où l’anesthésiste réalisait 60% des péridurales, ce qui signifie une grande disponibilité.

L’argument des experts est en ce cas infondé ou alors ils doivent en toute logique exiger la fermeture des toutes les maternités ne répondant pas aux normes. Selon l’enquête du SNARF cela signifie dans les seuls établissements ayant répondu à l’enquête et pour une année, 36500 accouchements effectués sans une totale sécurité, selon une fourchette basse et plus de 45000 selon une fourchette maximale ! Nous vivons dangereusement.

Nous espérons que ces experts méditeront ces chiffres et ne se laisseront plus intoxiquer à leur tour par les mensonges de nos gouvernants.