|
Débat libre à propos de pour me contacter : voir en page d'accueil
Retour au répertoire :"articles de réflexion"
Avertissement : Nous avons retranscrit les débats le plus justement possible, en conservant autant que possible la forme orale. Lorsque nous avons pu identifier la personne qui s'exprimait, nous l'avons spécifié au début de son ou ses interventions, les autres interventions commencent par un tiret. Les remarques sont reprises entre crochets. Pour faciliter la lecture et pouvoir retrouver plus facilement un passage, nous avons "découpé" et "nommé" certains moments, repris dans le sommaire. Lors des débats autour de la naissance, nous avons constaté que s'utilisent, bien souvent, les mêmes arguments, réflexions ou formes de pensée. Ce qui peut induire une sorte d'affrontement de clans ou de points de vue, apparemment, inconciliables. Si certains passages dans ce débat-ci nous prouvent le contraire, il nous a semblé qu'après un temps de pause, il serait intéressant de les poursuivre, et d'approfondir la réflexion. C'est la raison pour laquelle nous avons ouvert une liste de discussion pour y poursuivre ces débats. (Vu la trop faible utilisation de cette liste, nous l'avons supprimée. Mais si vous souhaitez intervenir, vous pouvez nous envoyer votre message, nous le publierons ici, à la suite des débats retranscrits.) Sommaire :
Présentation d’Harimandir après la vidéo de son dernier accouchement … Je m'appelle Harimandir. J'habite dans le sud de la France. J'ai cinq enfants, qui ont entre 1 an et 22 ans. L'aîné est né en maternité, et les quatre autres sont nés à la maison et dans l'eau. J'ai toujours voulu avoir des photos et des films des naissances, d'une part pour un souvenir, pour eux, pour la famille, et puis aussi pour le partager, comme on le fait aujourd'hui, pour partager avec d'autres. Je pense que ce sont des moments forts... Il y a certaines choses qui se disent dans le film. Parfois, il n'y a pas besoin de mot ; parfois, l'image est plus importante encore pour moi. Voilà, si vous avez des questions, je veux bien y répondre... partager, ensemble... - Moi, je suis sage-femme hospitalière encore actuellement et je dois dire que j'ai eu beaucoup d'émotions à regarder cette naissance. Bravo ! bravo ! Pour avoir la gentillesse de nous montrer, de nous faire participer. Et j'espère aussi faire participer les nouvelles sages-femmes, celles qui vont prendre notre relais, là ! Pour montrer qu'un accouchement n'est pas toujours une catastrophe et que ça peut se passer très bien. Je suis contente, en fait, d'avoir vu ce film et j'espère que les nouvelles sages-femmes qui vont prendre notre relais après, vont pouvoir changer leurs façons de voir un accouchement, de penser que c'est possible d'accoucher normalement sans toute la technique, la technologie autour et aussi d'accoucher très humainement comme on vient de le voir. Moi, je suis très très.... - Moi, je voudrais demander pourquoi les sages-femmes qui sortent de l'école devraient tout envisager comme une catastrophe. Je ne suis pas sûre qu'il faut un film comme celui-ci pour se rendre compte qu'une naissance ça peut être quelque chose de pas trop mal...(inaudible. La personne prend le micro.) Je pense franchement que le fait d'accoucher à la maternité, comme des tas d'autres femmes le font, ne veut pas dire nécessairement une naissance en catastrophe. Et là, je suis un peu déçue, quand même, que vous ayez l'impression que les sages-femmes qui vont sortir de l'école, il leur faille des films comme celui-ci pour se rendre compte qu'une naissance peut être un événement heureux. Parce que si elles n'auront vu aucune naissance comme ça... je crois alors qu'on fait vraiment un moche boulot, alors. - Non, pas du tout ! - Si, je crois ! - J'ai dit : sans technique... autour. Un accouchement avec un caractère humain comme on vient de le voir. Et je ne sais pas si, à l'école, vous en avez beaucoup... - Moi, je ne suis plus à l'école. Ca fait sept ans que je travaille, alors... Mais la maternité ce n'est pas la technique - Peut-être que... Maud : Il faudrait peut-être élargir le débat, pour que tout le monde puisse en profiter... sinon... - Je pense qu'il y a beaucoup plus d'émotions dans ce qu'on vient de voir que dans ce qu'on voit à la maternité en général. - Je ne suis pas sûre ! - Non ? Ou alors, là, où je travaille, il n'y a pas beaucoup d'émotion... - J'en vis quand même... - Moi aussi, ça m'arrive. Et je travaille en milieu hospitalier - L'émotion est là où on veut la trouver - Je pense aussi. Mais justement, je crois que... J'ai le sentiment qu'on avance de plus en plus vers des maternités où on met en garde les gens, où on les prépare à des accouchements difficiles avec un accompagnement technique, médical, et on ne leur parle pas souvent de possibilités différentes. Chez moi, ça se passe comme ça. - Mais, il faut aussi les préparer à des accouchements dystociques, ça n'enlève pas le fait... [La personne prend le micro] Je dis qu'il faut les préparer à des accouchements qui peuvent parfois être dystociques, mais ça n'enlève pas le fait qu'on est tout à fait conscient qu'un accouchement c'est physiologique. - Donc ce n'est pas parce qu'on est à la maternité que c'est la technique.... Pas chez nous en tout cas. - Ca dépend de là où tu travailles - Pourtant je travaille dans une maternité universitaire - Non, ça ne dépend pas de la maternité, ça dépend de la personne qui accouche et du couple. Et du couple surtout parce qu'il y a pas que nous, hein. Dans une naissance, il y a le couple et il y a nous. Mais ça ne dépend pas de... Harimandir : Moi, j'aimerais dire que ce film, il n'est pas là pour prôner la naissance à la maison, dans l'eau... pas du tout. C'est mon expérience. Donc c'est personnel, déjà. Ensuite, j'ai accouché dans l'eau chez moi, mais, j'aurais pu accoucher à l'hôpital de la même façon, si je m'étais imposée, si j'avais choisi certaines personnes, ou certains lieux. Ce que je veux dire, c'est qu'on peut très bien retrouver, comme vous dites, ces émotions à l'hôpital. Mais pour cela, il faut qu'il se passe certaines choses. Et moi, pour mon premier enfant, ça n'a pas été le cas... Là, on voit, mon mari et moi, on est complètement en osmose tous les deux. Pour le premier, il me tenait comme ça - j'ai des photos - [Harimandir tend les deux bras bien droits, indiquant sa place au bout de ceux-ci] et il me tenait comme ça, durant toute la durée de l'accouchement, et c'est vraiment autre chose à vivre. Et pourtant, j'avais choisi une maternité dite sans violence, où on pratiquait les choses différentes, pour l'époque. Je n'ai pas trouvé ce que je voulais. Couper le... contact (et le cordon) Myriam : Bonjour, je m'appelle Myriam. Moi, j'ai accouché en Angleterre, et mon rêve était d'accoucher comme Madame, dans l'eau. Et ça ne s'est pas du tout bien passé. C'est comme ça !... Cela s'est terminé en épidurale et... Mon petit garçon a eu un an le mois dernier. Je voulais aussi accoucher dans une baignoire. J'ai pratiqué l'aromathérapie durant toute ma grossesse et pendant mon travail. Et j'ai eu un petit problème. Je ne suis pas sage-femme du tout... Je ne dilatais pas. Et je n'ai eu aucune aide, du tout, ni au point de vue émotionnel, ni au point de vue soutien de la part des gens qui m'entouraient. On m'a renvoyée à la maison. Et à la maison - parce que j'ai pris sur moi - j'ai pris un bain avec mon mari, et j'ai essayé de me détendre grâce à l'eau et à certaines huiles essentielles. Je suis retournée à l'hôpital, stressée, épuisée, puisque j'avais commencé mon travail le vendredi à 8 h du soir, et le petit est arrivé le lendemain, à 2 h de l'après-midi. Et on a enfin fait une épidurale qu'il était 10 h et demi du matin. C'est l'épidurale qui a provoqué la dilatation. L'atmosphère dans laquelle on est, je trouve, a énormément d'importance, et parfois, le côté psychologue en hôpital n'est pas toujours là. Ca, j'en témoigne à 100%. Moi, je l'ai vécu en Angleterre pour une première fois - en Belgique ou en France, je n'en sais rien -. Je voudrais vous remercier pour le film qu'on a vu, parce que j'ai envie d'un deuxième enfant, même si j'ai eu un accouchement atroce. Et je suis persuadée, aujourd'hui plus que jamais, que ça se passera à la maison et dans l'eau. De plus, mon petit garçon a été... enfin... J'ai posé une question à une sage-femme pendant le film, parce que moi, je n'y connais pas grand chose de ce côté là. On nous dit toujours qu'il faut couper le cordon tout de suite si non il y a problème d'hémorragie, et ce genre de chose... Quand O. est sorti, je l'ai eu une seconde sur le ventre, il était tout bleu, personne ne m'a dit quoi ou qu'est-ce. Donc, j'avais travaillé pendant 18 h - parce que pour moi ça a été réellement un travail, ça n'a pas été un plaisir -, et on m'a enlevé mon enfant tout de suite. On lui a fait des tas de choses, je ne sais même pas quoi, mis à part le fait d'essayer de le faire respirer. Et mon mari était là, de l'autre côté, en train d'essayer de voir si l'enfant respirait. Au niveau émotif, ça a été comme une cassure, et il a fallu plusieurs mois avant qu'O. et moi, on arrive à communiquer. Il n'a pas voulu le sein, au départ, alors que je voulais l'allaiter. Ca a été une bataille en communication tous les deux. Et aujourd'hui, grâce à l'aromathérapie et la réflexologie que je pratique avec mon enfant, on a un équilibre, une stabilité, et un bien être total. Mais O. a énormément souffert pendant l'accouchement . Et je ne ferai plus jamais ça à un de mes enfants, si j'en ai encore, ce que j'espère. - Est-ce que vous pensez que vous avez nécessairement le choix ? Myriam : En fait, moi, ce qui m'a perturbé à l'hôpital, c'est - mais encore une fois, je ne le savais pas - pourquoi, au lieu de... on aurait pu essayer d'aider mon enfant à respirer, puisque quand il est né, il était bleu, il ne respirait pas spécialement mais on aurait pu le poser sur moi et essayer de garder ce contact humain que j'ai eu avec lui pendant neuf mois. Au lieu de ça, le cordon a été coupé en deux secondes, je n'ai même pas vu mon bébé, et on me l'a enlevé, on est parti, et quand il est devenu rose, on me l'a ramené ; mais O. était en pleurs, stressé. Il a fallu trois mois, réellement, pour avoir un enfant bien dans sa peau. J'ai dû aller voir un ostéopathe, j'ai fait énormément de massage avec lui, et énormément de communication, beaucoup de bain, et encore aujourd'hui. Et je pratique toujours l'aromathérapie et la réflexologie avec lui. Et c'est un bébé hyperheureux, hyper-content. Je suis convaincue que le milieu dans lequel on accouche et les gens qui vous entourent, ça joue énormément. Enormément. [long silence. Le micro glisse de main en main.]
Stéphanie : J'ai un peu de mal à me lancer. J'ai un petit garçon de deux ans et trois mois. Sa naissance a été très très difficile... à l'hôpital... j'ai eu une césarienne. Comme vous voyez, c'est encore un peu... [émotions]... excusez-moi... J'y arrive... Pourtant, même quand je l'attendais, j'avais tout à fait confiance en mon corps pour être capable d'accoucher. Il était en siège. C'était pas diagnostiqué. J'ai eu une césarienne imprévue, très violente, on nous a séparés, avec A.... Bon, ça a été dur... comme vous pouvez le voir. J'étais complètement révoltée... et... je ne voulais pas du tout revivre ça, et très vite ça m'a paru évident qu'il fallait que j'accouche chez moi, parce que je me suis sentie vraiment totalement en insécurité à l'hôpital... C'est un endroit qui me fait très peur. Où on n'a pas le choix. Où on prend le pouvoir sur vous... c'est comme ça que je l'ai vécu... Avant même de concevoir B., on avait décidé que... elle naîtrait à la maison, en tout cas qu'on ferait tout pour qu'elle naisse à la maison.... C'est vrai, qu'il faut peut-être préparer .. enfin, non, d'ailleurs, je ne pense pas que ce soit vrai qu'il faille se préparer au fait qu'un accouchement, ça peut être difficile. Je pense qu'au contraire, il faut essayer de, plutôt, de sentir qu'un accouchement c'est quelque chose de très naturel, et que le corps sait accoucher, et , j'ai cette chance - je ne sais pas d'où ça me vient - , mais j'avais cette confiance. Et, j'ai pas eu peur du tout pendant toute ma grossesse, pourtant j'avais eu une expérience difficile. Bon, j'avais pas eu non plus une césarienne pour échec du travail. J'avais eu une césarienne avant le début du travail, donc j'avais peut-être pas ce chemin-là à faire de me dire, je n'ai pas su le faire et... voilà, j'ai eu une grossesse, un suivi de grossesse le moins médicalisé possible. Puisque la seule chose qui me faisait peur c'était tout ce qui était médical, en fait. J'ai eu peut-être un moment difficile, c'est que quand je suis allée dans une maternité où j'étais inscrite pour faire un dossier de transfert, on m'a traité... enfin on ne m'a pas traité de folle, on m'a traitée de façon très paternaliste, ce qui est une arme terrible. Prendre un air condescendant et dire : mais enfin ma pauvre dame vous êtes folle, avec votre antécédent de césarienne, c'est très dangereux. Alors que je sais, parce que je ne suis pas folle et que je me suis beaucoup renseignée et que non : ce n'est pas dangereux. Parce qu'une césarienne, aujourd'hui, ce n'est pas fait comme avant, et que une rupture utérine, c'est très rare et que c'est un risque mais que à l'hôpital, il y a beaucoup beaucoup d'autres risques, et je... Je m'égare un peu. Excusez-moi, ce n'est pas très clair. A ce moment-là, j'ai presque perdu confiance, enfin, le médecin m'a dit : si vous voulez avoir une chance d'arriver à l'hôpital, et que si c'est un transfert et si vous ne voulez pas qu'on ne vous fasse pas immédiatement une césarienne, il me faut une pelvimétrie et une échographie. Et je ne voulais pas faire ces examens, parce que je sais qu'ils ne sont pas fiables, et je sentais que s'ils les faisaient, j'allais perdre de la confiance et de la sérénité. Donc j'ai choisi de ne pas les faire. J'ai pris un risque, effectivement, parce que je savais que si j'arrivais, si j'avais besoin d'aide et je devais aller à l'hôpital, je passerais à la casserole en deux secondes. Mais, bon ! J'ai pris ce risque. Je l'ai pris en me disant que ma sérénité, c'est ce qu'il y a de plus important. Et si je vais faire ces examens, je risque de perdre une partie de ma confiance. Et voilà, elle est née à la maison. Ca s'est très très bien passé.... Parce que le corps sait faire ça et sait accoucher. - Excusez-moi, mais comment est-ce que vous pouvez être sûre... Vous dites que votre corps est capable d'accoucher, par là. Donc, votre corps est capable de n'être jamais malade, de ne jamais avoir de cancer, de... ? Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Je comprends comment une femme... est capable d'accoucher naturellement - pour ça je suis tout à fait d'accord... Malheureusement, il peut y avoir un " hic " Stéphanie : Ben, oui, je serais partie à l'hôpital, dans ce cas-là, s'il y avait eu un " hic ". J'avais une sage-femme avec moi... - Pourquoi, pourquoi avez-vous été déçue de la césarienne ? Pourquoi êtes-vous autant persuadée, autant... Stéphanie : Mais pourquoi un siège serait anormal ? Simplement parce que c'est rare ce serait anormal ! Pourquoi faudrait-il qu'on essaye même pas ? - Oui, mais ça c'est le gynécologue Stéphanie : Oui, ben. Non, bien sûr c'est pas la généralité ; mais un siège par voie basse sans boucherie c'est rare, maintenant. Oui, c'est souvent... Je dois dire que je préfère presque, maintenant, après beaucoup de temps... ... Stéphanie : Je préfère, aujourd'hui, avec les informations que j'ai, je préfère avoir eu une césarienne... -... un siège de 4 kg 2, sans aucune intervention, madame, et il n'y avait aucune boucherie. Donc je veux dire que votre réalité, c'est pas la réalité de toute la Belgique, de toutes les maternités. On ne césarise pas d'office toutes les femmes qui ont un siège primipare ! Vous parlez de boucherie, ça, ça me choque ! [... salle] - On ne césarise pas toutes les primipares ayant un siège ! Et un siège, par le bas, ce n'est pas toujours une boucherie. Jean-Claude : Vous avancez quelque chose ! !... Avez-vous des chiffres pour démontrer ce que vous dites ? - Non, je n'ai pas de chiffres. Mais je dis qu'on ne césarise pas toutes les primipares en siège Jean-Claude : En Belgique, 90% des "sièges primipares" sont césarisés ! - Oui, mais ce n'est pas tous, ce n'est pas 100%, donc il reste 10% où on prend le risque. Et ce n'est pas toujours une boucherie. Moi, je veux bien, mais il faut faire la part des choses. A la maison, ce n'est pas toujours idéal, à l'hôpital, non plus. Alors soyons... ayons un juste milieu. Stéphanie : Moi, je préférais ne pas prendre le risque d'aller à l'hôpital. C'est mon ressenti. Mais j'ai pas dit... Moi je n'ai donné aucun chiffre, c'est surtout émotionnel, ce que je vous ai raconté. [ salle] Pour moi, l'hôpital, c'est... la sécurité pour moi, elle était chez moi. Voilà. Je pense que se sentir en sécurité est très important pour être capable d'accoucher. Si on a peur, il y a moins de chance que ça se passe bien [émotions]. Le corps est très fort, donc il peut accoucher aussi dans des circonstances difficiles, mettre toutes les chances de son côté en étant bien, c'est mieux. - Pourquoi n'avez-vous pas pris la décision d'accoucher de votre siège par le bas ? Stéphanie : Je savais pas. Je suis arrivée à la maternité... Pour moi accoucher c'est une fête... je suis arrivée, j'étais très très heureuse. Je ne savais pas que mon bébé était en siège. Ca ne m'arriverait plus, parce qu'aujourd'hui je m'écoute, moi... [salle] Mon gynéco était parti en urgence, pour une césarienne, pendant mon examen du huitième mois. Quelqu'un de très expérimenté, très sûr de lui... il a fait une erreur... Donc ça a été la panique complète dans l'équipe médicale. Ils étaient très choqués que ce ne soit pas diagnostiqué. Ce que je comprends. Et la césarienne a été décidée comme si c'était une urgence vitale. Alors que, moi, j'avais perdu les eaux... ça faisait une heure... J'allais très bien, mon bébé aussi. On n'a même pas écouté son cœur. Le médecin est arrivé, on nous a séparés. On ne nous a pas parlé... et... voilà. 20 minutes après, il était né. [salle] Stéphanie : Je n'ai pas eu de sage-femme à côté de moi. J'étais seule, complètement seule. Derrière le champ opératoire, il y avait deux chirurgiens qui... J'étais toute seule et on ne m'a pas posé mon bébé près de moi et on m'a engueulé parce que je pleurais parce que je le réclamais. C'est vrai, j'ai vraiment accumulé les... mais, pourquoi ça se passe comme ça ? Je n'ai pas eu de chance. C'est vrai. Mais j'ai l'impression que ça arrive souvent ce genre de chose. Myriam : C'est ce que je disais tout à l'heure, côté psychologique, l'environnement et le côté émotionnel est très très important. En Angleterre - je ne sais pas du tout comment ça se passe l'accouchement, ici, en Belgique - on ne sépare pas la mère. O. est parti, mais il était toujours dans la même pièce que moi. Donc, on l'a réanimé près de moi. Je ne le voyais pas, mais il était là. Il n'est jamais sorti de la pièce. C'est un côté positif de la chose, je dois l'admettre. Mais je crois que le côté émotionnel joue énormément. Et séparer un couple, je trouve ça la pire des choses, parce que s'il y a bien une personne qui a besoin d'être là... Enfin, je n'aurais jamais voulu personne d'autre que mon mari auprès de moi pour accoucher. C'est le côté psychologique... Stéphanie : Je voulais juste ajouter une dernière chose. C'est sûrement vrai qu'à l'hôpital on peut accoucher comme on veut, mais il faut être très fort. Enfin, moi, c'est comme ça que je le ressens... Il faut être très informé et alors on a des chances d'accoucher comme on veut. Mais on a peut-être une chance sur deux, quelque chose comme ça... Si on veut mettre toutes les chances de son côté, il faut être très fort et je ne pense pas que ce soit un moment où on est au plus fort. Donc je n'ai pas voulu prendre ce risque là... pour moi, c'est un risque plus grand que tous les autres.
Yoli : Moi, je voulais réagir à ce qu'a dit madame : "On ne césarise pas directement". Moi, ce qui me frappe, c'est le "on". Je ne sais pas très bien ce qu'il y a derrière le "on". Ce que je remarque, c'est qu'il suffit qu'une femme enceinte mette les pieds dans un hôpital pour qu'elle soit dépossédée de ce qu'elle a porté pendant neuf mois. Je trouve qu'une femme enceinte, dans un hôpital, quand elle se rebelle un peu, est considérée comme irresponsable, ou bien elle est tout à fait coupée de son rôle de maman qui a déjà commencé neuf mois auparavant. Alors, s'il y a déjà ça, cette dépossession de la maman, je ne vous dis pas pour les papas, où là, c'est vraiment quantité négligeable. Pour mon premier accouchement, c'était à l'hôpital. Une fois de retour en chambre, on nous a dépossédés : mon mari voulait donner le bain : il n'a pas pu, parce que, soi-disant, la sage-femme à ce moment-là observe des choses. A la vitesse à laquelle elle a été, je me demande ce qu'elle a pu observer. Pour le deuxième, j'ai accouché à l'hôpital, mais j'ai fait une rentrée précoce à la maison, et là, à nouveau, on m'a prise pour une irresponsable en me faisant signer la fameuse décharge - un papier qu'on vous met sous le nez -. Et pour le troisième, dieu merci, je me sentais suffisamment apte à accoucher toute seule à la maison. Et donc, je dirais que c'est du troisième que je garde le meilleur souvenir. - Et vous avez accouché où pour les deux premiers ? - Moi, je n'ai pas l'impression que c'est la réalité que nous on vit... Yoli : Le premier à l'hôpital E. - Il y a combien de temps ? Yoli : Il y a dix ans. C'était une grossesse tout à fait normale. Je dirais que de cette grossesse, j'en ai un très bon souvenir, mais je dirais qu'au niveau de mon accouchement... ce que j'en ai retiré personnellement, je n'ai pas eu l'impression d'avoir fait quelque chose d'exceptionnel, j'ai l'impression d'avoir été dépossédée de quelque chose. Pour le deuxième, c'était à la clinique de L.... C'était il y a bientôt sept ans. Et à la maison, c'était il y a deux ans. - Les bébés vont bien, j'espère ? - C'est le principal ! ! - Non ! - Non ! Yoli : Non, ce n'est pas le principal, je ne pense pas. [salle] Jean-Claude : Le débat, il prend une tournure... ! Je ne pense pas qu'il y ait un affrontement. Non ! Il y a un vécu. [salle] - Bonjour. Je travaille en milieu hospitalier, depuis passé trente ans. Donc, j'ai quand même une petite expérience derrière moi. Je peux vous assurer que je suis un petit peu déçue par le fait que vous avez été déçue par l'hôpital, Madame. Parce qu'il y a encore moyen de trouver des sages-femmes qui sont compétentes, premièrement, qui ont encore un certain idéal de travail et qui peuvent encore apporter pas mal aux mamans. Moi, j'accouche déjà la deuxième génération - donc des petites filles que j'ai mises au monde, il y a quelques années d'ici - les mamans viennent avec leurs petites filles : tiens, c'est encore toi, je suis tellement contente. Ca n'a rien à voir... C'est très bien les expériences à la maison. Vous avez su gérer la naissance de vos enfants... et vous aussi, madame. C'est extraordinaire. C'est magnifique. Il ne faut pas oublier, non plus, qu'à l'hôpital, c'est un petit peu... normalement... en sécurité, hein ! [salle] Vous parlez d'un cas qui ne s'est pas bien terminé... Votre première expérience vous a certainement beaucoup déçue. Mais à côté de ça, disons que, nous, nous sommes... on a le privilège d'être au seuil de la vie, on doit pouvoir gérer toutes les situations de stress, voir... comment ça peut se terminer ou pas. Il faut toujours être très vigilante. Bien sûr, en milieu hospitalier, c'est peut-être un petit peu différent. Au point de vue émotionnel, je ne sais pas m'exprimer, parce que je suis un petit peu émotionnée aussi. Mais je crois que je vis encore pas mal d'émotions avec les parents. Si un cas tourne mal ou un petit peu moins bien, ça nous arrive encore de pleurer avec les parents. Dans une situation de joie, on vient, on nous invite facilement après. Je suppose que c'est partout pareil dans les hôpitaux, quand on a le temps. Je crois que je suis triste que vous ayez été déçue par l'hôpital. Maintenant je n'ai rien contre le fait qu'on accouche à la maison, loin de là. Chacun gère ses affaires comme il veut. Enfin moi, j'ai eu trois enfants. J'ai accouché tous les trois à l'hôpital, ben, je n'ai rien à dire de l'hôpital. Évidemment, j'ai des enfants de 27, 24 et 23 ans. C'était peut-être différent à l'époque. On n'avait pas le monito sauf un petit peu à l'entrée et un petit peu en milieu de travail, un petit peu à la fin. Les obstétriciens, à l'époque, étaient de grands obstétriciens, alors que maintenant, je crois, qu'il y en a qui perdent un petit peu... je ne sais pas, comment je vais expliquer ça... de naturel. Oui, voilà, on essaye quand même de privilégier le côté naturel des choses.... Les mamans demandent aussi à avoir parfois pas mal de technique avec elles qui peuvent soit les stresser... Ca dépend de la personne aussi, du vécu que vous avez antérieurement, du vécu que vous avez à l'heure actuelle... Je trouve que tout ça dépend... il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte. Il n'y a pas que... je ne sais pas comment m'exprimer... A l'heure actuelle, je crois que c'est tellement médicalisé, aussi, les femmes oublient parfois que la naissance c'est un acte tout à fait naturel, tout à fait normal, tout ce qu'il y a de plus physiologique. On en revient maintenant... enfin, j'ai vu l'évolution en trente ans de carrière... Au point de vue du sexe de l'enfant, il y a pas mal de jeunes couples, par exemple, qui veulent même plus savoir ce qu'ils vont avoir. On en revient comme avant, on ne le savait pas puisque ça n'existait pas les échographies ou n'étaient comme à l'heure actuelle. Il y en a pas mal qui reviennent en arrière. On veut moins de technique. On veut... mais il ne faut pas oublier que vous êtes dans un milieu ultra-médicalisé, où ça peut quand même vous aider. Nous, nous sommes là pour voir à quel moment ça peut foirer ou pas. On est sur le terrain. On est le lien entre la femme qui est en train d'accoucher et le médecin. Je ne dis pas que le médecin n'a aucun pouvoir. Il l'a, certainement. Mais nous on essaye de changer les choses. Et si ça va trop dans un sens et bien on essaye de réguler tout ça. Est-ce que je peux vous demander il y a combien de temps que vous avez accouché en Angleterre ? Myriam : Il y a un an. Ce que je voudrais dire encore, c'est que je ne blâme pas les sages-femmes, loin de là. Parce qu'en Angleterre, et je crois que Marianne pourra le confirmer, moi, je n'ai pas vu un seul médecin. - Oui, c'est typique à l'Angleterre... Myriam : C'est en Angleterre. Oui, c'est comme ça. Moi, j'admire les sages-femmes. Elles font un boulot extraordinaire. Elles ont été extraordinaires avec moi. Ce qui m'a fait du mal, c'est qu'on me sépare de mon enfant aussi vite. - Je voulais vous demander aussi : est-ce que l'enfant n'a pas eu besoin de soins immédiats ? Vous ne le dites pas ! Je veux bien, moi, je suis la première à laisser les gosses sur le ventre de leur maman, mais à partir du moment où je vois que l'enfant n'est vraiment pas bien, excusez-moi, la première chose à faire, c'est de le réanimer. Myriam : Mais pourquoi faut-il couper le cordon automatiquement... ce genre de chose ?
- Oui, mais, écoutez : dans le milieu hospitalier, on a pas toujours le temps... Quand on a le temps, je vous assure qu'on fait vraiment bonne chair de suivre une femme en travail et tout ça. Ce n'est pas toujours le cas. Vous avez le problème, à l'heure actuelle, d'un manque de personnel. Ca, ça se vérifie à tous les niveaux, mais en milieu hospitalier, ça devient un peu aigu. Donc, quand il fait très calme, vous êtes deux ou trois personnes - enfin, moi je peux prendre mon expérience - vous avez le post-partum à gérer, vous avez parfois un petit "n" à gérer, et vous avez le bloc accouchement. Avec une seule femme en travail, mais vous faites une chair de roi quand vous avez une dame qui arrive en spontané. Vous la suivez, vous l'accouchez, tout le monde est heureux, tout le monde est content quand ça se passe bien ! Mais quand vous en avez déjà deux-trois ou trois-quatre en travail, et que vous n'êtes toujours que deux sages-femmes pour tout gérer, c'est un petit peu difficile. On ne demanderait pas mieux que de faire tout ça. Mais je vous assure qu'on essaye de faire son maximum pour suivre les couples et la femme. Maintenant, c'est vrai que nous avons un métier qui est très très difficile. Il y a pas mal d'étudiantes, là, dans le groupe de jeunes : il ne faut pas avoir peur du métier. C'est vrai que c'est un métier, je ne vais pas dire, à risque, mais il faut tenir le coup et essayer de bien agir au bon moment. Ca, je crois que c'est important. Suite des débats, cliquez ici ... |