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Sommaire :
Etre actrice de son accouchement Bonjour. Je m'appelle Ingrid, et j'ai 33 ans. J'ai 5 enfants. Les deux aînés sont nés dans un hôpital assez important à Liège, et puis j'ai eu trois petits garçons à la maison. Au fil du temps et au fil des maternités, j'ai eu l'occasion de me... disons que, progressivement, j'ai pu... Par exemple, avec le premier que j'ai eu à la maison, j'ai eu enfin la certitude que je l'avais mis dehors moi-même. Mon premier accouchement a été un peu difficile. J'ai poussé pendant une heure et demie. On avait provoqué. Je ne sais pas très bien pourquoi. Pour le deuxième accouchement, c'était tout à fait physiologique, mais en milieu hospitalier. On m'a laissé tranquille. C'était très paisible. C'est seulement à la maison, encadrée par une sage-femme très compétente, que j'ai pu m'offrir le luxe d'avoir la certitude d'avoir mis mon petit garçon dehors moi-même. Et cela - en même temps que l'expérience de l'allaitement prolongé que j'avais déjà eu avec les aînés - m'a permis de devenir encore plus la mère de mes enfants. Par après, j'ai découvert le portage que j'essaye de faire connaître autour de moi. Et pour moi, ces différentes expériences sont vraiment une... je ressens... excusez-moi, je suis émue... mais, j'ai besoin de sentir dans mon corps que je suis mère de mes enfants. Et ce n'est pas évident quand il y a des interventions bienveillantes, bien intentionnées, mais peut-être inutiles. Ce n'est pas évident de se dire : "Je l'ai mis dehors, moi-même, mon bébé." - Je ne vais pas dire grand chose. Je suis sage-femme aussi et j'ai l'impression que le débat tourne un peu en procès : les parents d'un côté et les sages-femmes de l'autre qui se sentent peut-être attaquées. Moi, en tant que sage-femme, quand j'entends des mamans parler d'une expérience - même négative -, je ne me sens pas du tout coupable ou attaquée. Je me dis que c'est un vécu de parent, qu'on doit, je crois, pouvoir écouter et l'entendre. Et ça doit pouvoir nous faire évoluer dans notre façon de travailler. Je crois qu'il y en a beaucoup qui se sont senties vraiment agressées dans leur travail et dans leur profession. Je pense que ce n'est pas ça que les parents voulaient communiquer. Je pense que le débat devenait très agressif. J'espère que ça va se calmer, parce que je trouve que c'est un peu dommage. Parce qu'on est dans un environnement très agréable. Bon, moi, j'ai vécu des... enfin, je suis professionnelle, et puis j'ai accouché aussi, moi-même, en milieu hospitalier. J'ai eu, bien sûr, droit à des soins privilégiés, puisque j'avais une amie qui est restée près de moi. J'étais dans un hôpital universitaire, mais c'est en sachant très bien ce à quoi que je voulais arriver. Je n'ai pas été médicalisée. Tout n'a pas été hyper-médicalisé, parce que j'ai eu la chance d'avoir une collègue qui m'a soutenue et qu'elle savait ce que je voulais. Mais, aussi non, c'est vrai que pour des mamans qui ne font pas partie du milieu, qui ne veulent pas certaines choses et qui se retrouvent en milieu hospitalier, c'est vrai que c'est dur de lutter contre eux, contre tout cet environnement, contre toute cette pression qui existe. Parce qu'il y a une pression énorme. Je crois qu'il faut qu'on se remette tout le temps en question, et que des petits mots ont une importance capitale pour les parents.
Marianne : Que certaines mères aient une expérience pénible, qu'elles ressentent comme étant pénible pendant des années après leur accouchement, ce n'est jamais acceptable. En 1900, tout le monde accouchait à la maison. Le taux de mortalité infantile était très important, le taux de mortalité maternelle était aussi très important. On a donc décidé de commencer à avoir des surveillances prénatales qu'on a commencé en Écosse, en 1920. A partir de ce moment-là, on a commencé à médicaliser la grossesse des femmes à haut risque. On a commencé la médicalisation de ces grossesses, dans les milieux défavorisés où les taux de mortalité étaient très importants. On en est arrivé aux années septante, où tout le monde accouchait en milieu hospitalier. Non seulement tout le monde accouchait en milieu hospitalier, mais si vous vouliez accoucher autre part, on vous traitait d'irresponsable voire de dingue. Je pense que ce qui est important, c'est non seulement le choix des parents, c'est l'information qui est présentée par les professionnels et le consentement. Je ne veux pas dire, par consentement, qu'on signe un papier, mais que les parents ont un consentement informé, c'est-à-dire qu'on leur donne le pour et le contre. Il n'y a qu'une façon de savoir le pour et le contre, c'est de lire, de lire, et de lire encore. Je voudrais demander aux sages-femmes qui sont dans la pièce : quelles études de recherche avez-vous lues la dernière semaine ? ... Quelles études de recherche avez-vous lues le dernier mois ? ... Quand vous êtes-vous posée la question de savoir si vous faites ce que vous faites parce que vous pensez que c'est bien ou parce que vous savez, évidence à l'appui, que c'est bien ? Quand vous dites, on est deux sages-femmes, il y a quatre patientes en travail, et on n'a pas le temps de s'en occuper : c'est pas la faute de la patiente. Elle n'a même pas besoin de l'explication. Elle a besoin d'un service qui réponde à ses besoins. ... [salle] Marianne : Dans les hôpitaux, il y a un pouvoir médical qui est partagé par les sages-femmes - je sais bien, je l'ai assez pratiqué - par lequel on dit : "Vous savez, ça, madame, c'est dangereux. Accoucher à la maison, après une césarienne, madame, c'est très dangereux." Ce n'est pas très dangereux. [salle] Que font les sages-femmes pour exiger un soutien ? Est-ce que chaque fois que vous avez un manque de personnel, vous écrivez à la direction pour leur dire : vous savez le genre de traitement, auquel on soumet les patientes, n'est pas acceptable. Cela est de la responsabilité de la sage-femme. - Bien sûr. Elles l'oublient souvent ça ! Marianne : Et vous l'écrivez dans le dossier. Vous dites aux patientes : ne venez pas accoucher ici, parce qu'il n'y a pas assez de personnel. Ça, c'est être responsable. Ca leur donne un choix. Elles peuvent aller ailleurs. Les gynécos ne seront certainement pas d'accord. Mais c'est la vérité. Un autre petit détail, pour terminer. Il y a une étude qui a été faite par une sage-femme dans le sud de l'Angleterre. Elle regardait la communication entre la sage-femme et la femme en travail. Cette étude a été faite par méthode de petites vidéos placées dans la salle d'accouchement. Une toute petite vidéo, donc pas intrusive. Tellement peu intrusive, que les sages-femmes oubliaient que la vidéo était là. Il y avait le consentement des parents, le consentement des sages-femmes qu'on filmait. La sage-femme qui a fait la recherche, et qui était donc consciente de l'importance de la communication, s'est vue sur vidéo. Elle a été horrifiée de la façon avec laquelle elle communiquait avec les parents. Savons-nous comment nous sommes perçus ? Nous ne savons même pas comment nous faisons. Sauf si vous avez été toutes filmées et que vous savez comment c'est. Demandez aux patientes dont vous vous occupez, demandez à ces femmes : "Allez dire à ma copine machin-chose comment elle était, et demandez qu'elle soit honnête." C'est comme ça qu'on apprend comment on est. Mais on ne le fait pas. C'est pas comme ça qu'on travaille. La sage-femme, consciente de l'importance de la communication, était horrifiée de son attitude. Nous sommes des gens sympas. Nous sommes des gens gentils. Nous faisons le mieux que nous pouvons. Mais on ne fait pas aussi bien qu'on pourrait. Je crois qu'il faut écouter les mères de famille qui nous le disent et prendre en considération ce qu'elles disent. Le service, les salaires, le manque de personnel, tout ce qu'on veut, mais, ce n'est pas la faute des mères de famille. Manuelle : Je ne crois pas qu'il y ait un seul parent, ici, qui est là pour comparer et donner des points en plus ou en moins à l'hôpital ou au domicile. On est là, avant tout, je crois, pour témoigner d'une expérience. Je crois qu'avant tout, l'accouchement est celui de la femme. Et si c'est sous péridurale à l'hôpital, - si c'est vraiment ce qu'elle veut, si elle y a ré-flé-chi vraiment, si elle sait tout ce qu'elle risque tout et tout - c'est parfait. On n'est pas en train de dire que l'accouchement idéal c'est celui qu'on a vu dans le film. Par rapport à la dépossession, on a entendu quelques sages-femmes s'exprimer... et, moi, j'ai entendu : "J'accouche depuis trente ans". J'espère que le travail n'est pas trop dur, parce qu'un travail de trente ans, c'est long. Je crois que c'est la femme qui accouche. Je crois que dès qu'on entre à l'hôpital, elle est accouchée. Ça commence, là. On n'est plus... Oui, on est allongée, on est... oui, bon... Je crois que c'est à ça qu'il faut réfléchir, pas savoir si c'est bien d'être à l'hôpital ou à la maison. On exprime un vécu. C'est vrai qu'à la maison, les personnes présentes ont généralement trouvé plus de confort qu'à l'hôpital. Mais ... réfléchir à qui accouche, qui fait quoi, et de la responsabilité de qui... ? Et l'information indispensable à la base... !
- Bonjour, je suis sage-femme enseignante déjà depuis quelques années. Une chose qui pour moi est excessivement importante, c'est de pouvoir entendre le vécu des parents. Leur ressenti leur appartient. Moi, en tant que sage-femme, je n'ai pas à juger : c'est bien, c'est mal... c'est le vécu de l'autre. Par contre, je me demande : qu'est-ce que ça touche en moi, par quoi est-ce que je suis interpellée ?... et aussi garder sa sensibilité pour pouvoir accompagner. C'est vrai que la médecine a fortement évolué. C'est vrai qu'au début du siècle, il y avait pas mal de danger au niveau des naissances à domicile, avec des morts d'enfant et de mère. Je crois que la médecine a apporté quelque chose de très positif. Maintenant, on va peut-être très loin dans tout ce qui est médical, mais, là, aussi, en tant que sage-femme : qu'est-ce que je peux aussi apporter ? comment puis-je accompagner ? qu'est-ce que je peux faire pour toutes les femmes qui accouchent ? Pour moi, la naissance est un moment très important dans le vécu de la femme, et aussi de cet enfant qui naît. Est-ce que je suis consciente de cela et qu'est-ce que je peux mettre en place et comment est-ce que je peux être ? Je ne crois pas qu'on ait à faire beaucoup... mais, simplement, parfois, des gestes, des mots. Et, aussi : accepter que la femme puisse me dire : "Ça ne me convient pas". Ce n'est pas pour ça que je suis, moi, touchée. Je crois que chaque parent essaye de vivre quelque chose d'important. Pour eux, avec ce qu'ils sont. Et moi, en tant que sage-femme, je demande : comment est-ce que je peux répondre à l'attente de ces parents ? Jean-Claude : En ce qui me concerne, en premier lieu, je suis père de trois enfants. Accessoirement, je suis sage-femme aussi. Sage-femme travaillant à domicile. Mais je dis bien "accessoirement" parce que, pour moi, être sage-femme, c'est une fonction. Une fonction sociale plus qu'une profession. J'ai -accouché- des femmes à l'hôpital pendant ma formation, et puis pendant un an à l'hôpital. Ensuite, ce sont les femmes qui m'ont appris ce que c'est "accoucher". Ça n'a pu se faire que petit à petit, d'expérience en expérience, et certainement pas avec trois accouchements par jour. C'est un par semaine, un tous les quinze jours, et c'est le temps qui passait, le contact avec ces femmes, avec leurs compagnons, qui, progressivement, au fils de ces - maintenant, 6-7 ans - que j'ai appris ce que peut être "accompagner une naissance". Je n'accompagne pas des femmes. Je n'accompagne pas des bébés ou des hommes. C'est un moment de vie. Tout comme pendant dix ans, auparavant, j'avais accompagné des fins de vie. Des gens qui sont morts de cancer ou de sida. D'abord, à l'hôpital et ensuite, je les ai accompagnés à la maison. Un peu comme les sages-femmes traditionnelles du siècle passé : on accompagnait aussi bien les morts, que les vies, que les naissances, à la maison. Pour moi, c'est ça, être sage-femme. C'est une fonction sociale : accompagner... ce qui nous dépasse. Lors d'une naissance, 80% de ce qui se passe, je ne le comprends pas. Et je n'ai pas envie de le comprendre. Je n'ai pas envie de savoir. J'ai appris, les femmes m'ont appris, à trouver d'autres repères, par exemple, pour le suivi du travail, à trouver d'autres repères que de faire des touchers vaginaux. Je n'en fais plus. Ca ne sert à rien, ou si ça sert à quelque chose, c'est à imposer un savoir. Et plus je pouvais enlever des gestes techniques qui me permettaient de retirer du pouvoir, et plus la femme, elle, peut prendre du pouvoir, et, réellement, elle vit son pouvoir de femme en train d'enfanter. Je leur propose de s'auto-examiner. Beaucoup de femmes ont peur de ça. En s'auto-examinant tout au long de leur grossesse, tout au long de leur travail, ça leur permet de gérer elle-même la naissance de leur enfant ; l'enfantement proprement dit. Un exemple de différence, j'ai des termes assez crus pour expliquer la position que les femmes sont obligées de prendre à l'hôpital pour accoucher : elles sont les pattes en l'air, les quatre pattes en l'air -. Je pense que c'est une réalité, d'autant plus, quand on utilise encore les étriers. Les positions semi-assises ne sont que des adaptations. Ça fait quelques années que les femmes qui accouchent à la maison, le font accroupies ou à quatre pattes. Elles gèrent elles-mêmes ce moment-là. C'est une très grande différence entre ce que j'ai vécu à l'hôpital et ce que je vis, maintenant, à la maison. Je ne prône pas non plus la différence entre l'hôpital et la maison. Je dis, simplement, que la manière d'accoucher, la manière de recevoir, d'accueillir, pour les femmes, pour les hommes... correspond à la manière de se comporter. Beaucoup de femmes vivent leur grossesse - mais pourquoi ? Là, aussi il y a tout un historique -, dans un état d'esprit de soumission au corps médical, à l'institution hospitalière... Il y a beaucoup choses à réfléchir, à remettre en balance... quand on travaille vraiment dans l'eutocie et non pas dans la pathologie.
Je m'appelle Yolande, je suis maman de 4 enfants, et je voudrais un petit peu concilier tout ce qui a été dit. Je ne suis ni plus pour un côté ni plus de l'autre. J'approuve tout le monde. Comme certaines mamans et d'autres l'ont déjà dit : chacun a sa propre vision des choses. Malheureusement, il y a d'autres choses qui dépassent la propre volonté. Je parle de mon vécu, celui de la hiérarchie. Pour mes grossesses, j'ai été suivie par un gynécologue. Mes deux premières grossesses, on n'en parle pas. J'en ai eu des mauvais souvenirs d'un point de vue contact avec le gynécologue. Le gynécologue suivant, pour mes deux derniers enfants, était quelqu'un de très ouvert au dialogue. J'ai accouché dans une petite maternité où on est à l'écoute de la maman. Pour la toute dernière, donc, ma petite fille qui a maintenant deux ans, je venais de terminer un livre de Michel Odent qui s'intitulait "Votre bébé est le plus beau des mammifères". J'ai terminé les dernières pages dans les heures qui ont précédé ma naissance - heu, la naissance de ma fille -. Ça s'est très bien passé. Je suis arrivée à la maternité, un petit peu en imposant ma volonté, parce que le gynécologue me faisait confiance tant qu'il n'y avait pas de danger, ni pour moi, ni pour le bébé. La chance, pour moi, a voulu, - la chance et la malchance - que mon bébé, ma petite fille est arrivée dans l'heure qui a suivi mon arrivée à la maternité. Le gynécologue pris dans des embouteillages n'a pas su arriver à temps. Les infirmières-accoucheuses étaient très à l'écoute, mais ne pouvaient faire aucun acte, ou ne pas faire d'acte sans l'autorisation du gynécologue. Je ne voulais pas de perfusion parce que ce n'était pas nécessaire. Elles approuvaient mon choix, mais ne pouvaient le faire sans l'autorisation du gynécologue. Elles ont dû téléphoner au portable, en disant : "Madame ne désire pas... Est-ce que je peux... ?" le gynécologue a dit : "Oui, mais préparer au cas où." J'ai voulu accoucher accroupie, on m'a installé le tabouret et tout s'est bien passé. J'ai eu un assistant qui a trouvé que c'était vraiment une position horrible et que la position gynécologique était bien meilleure. C'est vrai qu'elle est très très confortable, cette position gynécologique, pour le gynécologue, le mot le dit. Le pauvre homme a dû se mettre à quatre pattes pour voir ma fille arriver. Et si j'ai eu une petite déchirure, il m'a dit : "C'est parce que vous étiez accroupie". Je ne vois pas le rapport, personnellement, mais bon... L'infirmière me connaissait bien, donc le contact s'est bien passé. Il y a eu une étudiante qui, après, a trouvé la naissance très formidable. Et elle m'a dit : "Vous avez la chance d'accoucher dans une petite maternité. Si vous aviez été dans un hôpital universitaire, c'était impensable. On ne vous aurait pas laissé faire le quart du dixième parce qu'ils ne veulent pas prendre de risque." Ce ne sont pas toujours les infirmières ou les sages-femmes, mais c'est bien souvent au-dessus. Et là, c'est au-delà de leur propre volonté. Je pense que là aussi il faut prendre la défense des sages-femmes. C'est assez important, parce que beaucoup d'entre elles ont la volonté, mais n'ont pas toujours la possibilité de le faire. Et là, malheureusement, il y a encore beaucoup de choses à débattre. Je crois que c'est plus haut qu'il faut essayer de changer les mentalités, pour arriver à des naissances plus heureuses. Pour que chaque maman puisse avoir la naissance dont elle rêve, dans son propre choix... que ce soit avec ou sans péridurale, que ce soit assise ou couchée, que ce soit à la maison ou à l'hôpital. Mais que son choix soit respecté. Mais s'il se passe à l'hôpital, il faut parfois aller frapper aux portes plus haut, pour que les sages-femmes aient les mains plus libres. Yoli : Je voudrais resituer les choses. Une femme, au départ, qui devient enceinte ne devient pas subitement malade. Donc je ne vois pas pourquoi on doit aller voir un docteur. Je ne comprends pas pourquoi on doit aller voir un docteur... Je pense donc que c'est à nous, les femmes qui ont accouché autrement, de reprendre les choses à la base. Une femme enceinte n'est pas quelqu'un de malade, donc je ne veux pas de docteur.
Réduction de la mortalité maternelle et infantile Bernard : Je voulais ajouter quelque chose. Tout à l'heure, on a laissé entendre que c'était la médicalisation de la naissance qui était principalement à l'origine de la réduction des taux de mortalité et de morbidité. Or, les travaux de la statisticienne anglaise Marjorie Tew ont justement montré que cet argument était fallacieux. Elle a fait une étude statistique à grande envergure, sur toute l'Angleterre : l'évolution des conditions périnatales entre les années 1950 jusqu'au-delà de 1990. Il y a eu deux périodes. Il y a une période jusqu'en 1970, durant laquelle la mortalité périnatale a, effectivement, considérablement baissé, en Angleterre, comme dans tous les pays industrialisés, bien sûr. La médicalisation de l'accouchement a considérablement augmenté aussi. On le sait. Donc les deux courbes vont ensemble. Et au-delà de '70, on constate que... la médicalisation continue à augmenter, mais que les taux de mortalité ne changent pas. Et donc - avec bien sûr beaucoup d'autres études et beaucoup d'autres corrélations -, elle a montré que la diminution du taux de mortalité était principalement due à l'amélioration des conditions sanitaires. C'est-à-dire les meilleures conditions de vie, l'alimentation etc. qui font que la vie dans les pays industrialisés est devenue plus facile. [Voir référence ] D'autres études, tout à fait comparables, de sociologues qui ont publié des études faites en Inde rurale ont constaté que depuis l'Indépendance - depuis 1947 -, il y a eu une chute phénoménale de la mortalité infantile, qui, en Inde, était encore très élevée. Et cela c'est fait sans aucune médicalisation, puisque les conditions n'ont absolument pas changé, dans ces villages. Cela n'a étonné personne puisque que les conditions sanitaires, par contre, avaient considérablement évolué, surtout avec l'avènement de l'eau potable, une alimentation plus variée, plus riche, etc. Là, on est dans une argumentation qui est, à mon avis, fallacieuse. Il faut regarder les statistiques. Marianne : Le gouvernement britannique a été influencé par le collège national des gynécologues qui recommandait 100% d'accouchement à l'hôpital. Il a établi maintenant qu'il n'y avait pas de raison de supposer que les femmes devaient accoucher en milieu hospitalier. Le Canada, qui n'a pas eu d'accoucheuses depuis je ne sais pas combien de temps, en tout cas au moins les dernières dix années... La Colombie Britannique vient de publier une étude, il y a trois ou quatre mois, qui démontre que l'accouchement à domicile est au moins aussi bénéfique si pas plus que l'accouchement en milieu hospitalier. Or, il s'agit d'une étude pilote faite avec le consentement des médecins - on ne sait jamais - , mais qui étaient sûr que les résultats allaient être négatifs, or, il était plus que positif... pour le domicile. Bernard : Nous avons d'ailleurs traduit, sur le portail Naissance, un chapitre d'un bouquin de Henci Goer, celui sur l'accouchement à domicile, où elle cite 23 études comparatives. A l'époque où l'on pouvait faire des comparaisons, parce que maintenant le taux d'accouchement à domicile a tellement diminué, dans tous les pays sauf les Pays-Bas, que les études statistiques n'ont plus de signification. Les 23 études concluent toutes que l'accouchement à domicile est aussi sécuritaire - comme on dit en québécois - que l'accouchement à l'hôpital. Il n'y a pas une seule étude qui contredit cela. [Voir référence ] - On ne le contredit pas non plus... Bernard : Je dis cela parce qu'on a entendu, tout à l'heure, une personne dire que c'est important d'être à l'hôpital pour la sécurité... Alors, je voudrais savoir ce que veut dire : "Pour la sécurité" ! Pour la suite des débats, cliquez ici ... |