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Débat libre à propos de
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Sommaire :
Jean-Claude : Une dame vient de m'accrocher avant de partir. Elle a mal vécu la journée. La journée ne lui a pas plu. Je lui ai expliqué cette autre manière de parler de la naissance : induire une réflexion autour d'elle. Elle m'a parlé de la façon avec laquelle elle a vécu le congrès de Midwifery Today à Paris, il y a quelques mois, d'où elle était sortie enchantée, avec des étoiles dans les yeux... J'ai eu d'autres témoignages de ce congrès. Beaucoup de personnes en sont parties avec un sentiment de bonheur, d'être heureux... Et elle me renvoyait la critique de cette journée-ci. J'ai essayé de lui demander de venir parler, ici, et d'exprimer son sentiment, mais elle s'est sauvée. Pour moi, la naissance est quelque chose de très important. Je devrais peut-être remonter très loin dans ma propre vie, dans les naissances de mes enfants,... C'est quelque chose qui est important... Ce n'est pas de l'ordre de l'émotionnel, c'est dans les tripes, c'est quelque chose d'essentiel. Et quand je vois, quand j'entends les guéguerres de clans entre les sages-femmes, les gynécos, les puéricultrices et autres infirmières pédiatriques, les kinés, en Belgique, qui font de la préparation... Il y a tout de sortes de clans. Et en dernier lieu, il y a les couples. Et j'ai envie, moi... le job que je mets sur les épaules, maintenant, c'est de créer des outils, des journées comme celles-ci, pour bouger... pour réfléchir. En 1990, il y a eu une manifestation dans le sud de la France : "Changer la naissance !" Eh bien, il n'y a rien qui a changé depuis lors - les statistiques sont les mêmes, ça s'est dégradé, à la rigueur, à tout niveau - et pourtant... Dans le livre de ces journées, il y a des idées... géniales. Vraiment, géniales... A la lecture de ce livre, je me suis dit : il y a peut-être autre chose qui peut se réaliser, pour induire... non pas un changement, mais une réflexion de fond. Demandez, par exemple, à une sage-femme qui reçoit comme ordre : il faut induire cette femme-là. Parce que le gynéco a dit qu'il faut induire cette femme-là. Quel que soit le type d'hôpital. Et bien, non ! Cette femme-là, je n'ai pas envie de l'induire. - Et pourquoi ce n'est pas la femme qui dirait : non ! Jean-Claude : Et bien, c'est ça le grand débat, justement ; et c'est encore la guerre de clan. Il y a les professionnels d'un côté, et les femmes de l'autre. Mais avec ce type d'argument, on tourne en rond. Et c'est cela mon problème, le mien ! Dans la réflexion de la Naissance, pourquoi y a-t-il des clans ? Pourquoi y a-t-il les gynécos, les sages-femmes, les machins... et les femmes ? C'est comme ça qu'on arrive à dire : et pourquoi ce ne sont pas les femmes qui disent que... ? et les médecins disent : et pourquoi ce ne sont pas les sages-femmes qui disent que... ? Et les sages-femmes disent : et pourquoi c'est pas... qui disent que... ? Et on tourne en rond. On se bouche les oreilles, les yeux... comme les petits singes de Liège... Mon objectif, c'est d'organiser des journées de réflexion comme celles-ci. Et que l'on puisse en parler encore par la suite. C'est développer sur Internet un accès à une information de qualité, avec d'autres parents, avec des gens qui se décarcassent à trouver des informations, des statistiques... pas simplement pour les chiffres, mais qui peuvent être analysés, sur lesquels on peut tirer des conclusions, d'autres orientations,... Ma question est : comment peut-on susciter une réflexion au niveau de la Naissance, et qu'individuellement, au niveau de notre responsabilité individuelle - pas juridique et autre -, qu'est-ce que je suis, maintenant, en train de faire ? Je regrette une chose, c'est qu'il n'y ait pas de gynéco avec nous...
Ce sont les femmes qui en demandent ! - Vous parliez des inductions... Je voudrais quand même vous dire qu'on est dans un milieu favorisé, et qu'il y a une bonne partie de la population belge qui à partir de 35 semaines, en a marre de sa grossesse et accepte et demande, auprès des gynécologues, qu'on arrête leur grossesse, parce qu'elles en ont marre de ce gros ventre qui les gêne... Je voudrais que vous ayez cette version-là des femmes. Et il y en a beaucoup plus qu'on ne le croit Jean-Claude : Que peut-on faire pour que ces femmes-là, nous, en tant qu'individu, que peut-on dire, quand on va à la boucherie, et qu'on entend une femme se plaindre ainsi ? Que peut-on dire ? Maud : On peut déjà lui dire les risques que présente un déclenchement... Jean-Claude : Oui... donner des informations... La péridurale, par exemple. Ici, à Charleroi, il y a des séances d'information organisées dans les maternités : sur l'allaitement maternel,... l'accueil des jumeaux... Eh bien, il y a aussi une séance d'information sur l'anesthésie péridurale ! Si on pouvait afficher la liste des risques directs et indirects, à court, moyen et long termes de la péridurale pour la femme et le bébé... Maud : Je voulais relater une expérience personnelle. Ma belle-sœur est très pour la médicalisation... Avant d'être à terme, le médecin lui a dit que si elle voulait on pouvait la déclencher. Et elle a accepté, puisqu'elle en avait marre, marre, marre. Elle avait des varices sur les jambes, elle souffrait... Et on lui a dit que tout allait très bien se passer. Et j'avais les boules pour elle, parce que pour son premier accouchement, on a utilisé des forceps. Je lui ai dit que les déclenchements augmentaient le taux de forceps. Et je suis devenue la sorcière, parce que je lui donnais une information. L'anesthésiste lui a dit, le lendemain, que les interventions en France, c'est 12%, tout compris. Moi, je veux bien. Mais qu'il amène ces chiffres, j'aimerais bien les voir... Ces 12%, c'est du mensonge ! Quand une femme qui arrive en disant qu'elle en a marre, je pense qu'on peut commencer par avoir une écoute, et ensuite l'informer des risques qu'elle prend en cas de déclenchement... - Mais on le fait ! Maud : Ah, bien, c'est très bien. - Mais c'est parce qu'arrivent les congés de carnaval,... Maud : Oui, sûrement. Il y a aussi des femmes qui viennent demander une césarienne, parce qu'ainsi elles n'ont pas d'ennuis. [...salle ] Maud : Moi, je parlais juste de ce qui s'est passé pour ma belle-sœur, je ne parle pas de toutes les femmes ... Moi-même, je n'ai pas eu d'information sur la nocivité de la péridurale. Je crois, qu'aujourd'hui, c'est obligatoire en France, mais depuis très peu de temps. Mais est-ce qu'elles sont complètement informées ? Je n'en suis pas sûre. Marianne : Il y a encore un ou deux points. A propos des gynécologues-femmes... Une enquête a été faite, en Angleterre, par une gynécologue sur les gynécologues-femmes : 80% de celles-ci préfèreraient une césarienne d'office. C'est ce que je relie à ce dont je parlais ce matin : l'heuristique. Les règles de pouce. J'ai vu une Française, elle était rousse : toutes les françaises sont rousses... Les gynécologues voient beaucoup plus d'anomalies - en Angleterre, les gynécologues ne font pas d'eutocie, ici et en France, bien -, donc, ils ont plus tendance à penser que la grossesse n'est pas une partie de plaisir, et le travail encore moins. Par contre, à propos de ce que vous disiez sur le choix des femmes... C'est vrai qu'il y a des femmes qui demandent à être induites ou une césarienne élective, mais il y a aussi des études qui ont montré que si l'on prend en considération le taux de césariennes pratiquées sur demande médicale, elles comptent pour moins de 1,7 % du total des césariennes. Donc, c'est presque dérisoire comparé à des 30 et 35 % dans certaines maternités. Manuelle : Mais pourquoi une femme en fin de grossesse demande une césarienne ? - Ça, il faudrait le leur demander, à elles ! Manuelle : Une grossesse dure neuf mois, neuf mois aussi pour préparer l'accouchement... [inaudible] n'est-ce pas à chacun à se prendre en charge. Et de faire en sorte que l'accouchement ne soit pas de la boucherie par laquelle toutes les femmes doivent passer... Mais qu'est-ce qui fait que toutes les femmes, à neuf mois, ont toutes la trouille ? [inaudible] Ne pourrait-il pas y avoir des personnes dont ce serait le travail de les accompagner sans créer... - On parle de sages-femmes responsables, je voudrais quand même dire que les mères demandent de plus en plus à être assistées. On se retrouve à la maternité avec des femmes qui ne savent plus allaiter, qui ont besoin de conseils, et elles attendent, parce qu'elles ne savent pas... elle ne savent pas comment mettre un bébé au sein... Marianne : Oui, mais ça c'est une question d'organisation... - Oui, mais pourquoi ne savent-elles plus allaiter ? Marianne : on leur a préparé des biberons pendant 25 ans, et on voudrait que maintenant elles sachent se débrouiller... - Oui, pourquoi sont-elles, comme ça, à attendre que ça se passe ? [beaucoup d'animation dans la salle] Jean-Claude : Quand je travaillais à l'hôpital, il fallait "mettre les bébés au sein" ! Alors, on "met" les bébés au sein, parce qu'elles ne savent pas. - Elles ne savent pas quand, elles ne savent pas comment... - Elles n'ont jamais vu un bébé au sein... Jean-Claude : Quand quelqu'un veut de moi quelque chose, et que moi, je n'ai pas envie, parce que je sais que ça peut être nocif pour elle, pourquoi dois-je m'obliger à le faire ? Alors, je mets le bébé sur le ventre, et je crée une atmosphère et j'attends. Et ce bébé, il monte, et cette femme essaye malgré tout, comme elle peut, et elle est gauche, dans ses gestes, et c'est normal. Si demain me pousse une paire de seins, et que je dois allaiter un bébé, je serai gauche, et pourtant j'ai autant d'années d'expérience de mise aux seins... Donc, je laisse faire, je "laisse venir aux seins", et les gestes viennent tout seuls... Je ne parle pas de l'instinct... Car aujourd'hui, les gestes instinctifs pour mettre un bébé au sein, c'est de le mettre comme ça [ ], comme si on lui donnait un biberon, c'est-à-dire le ventre en l'air... Au lieu de le mettre ventre-à-ventre. Parce qu'on voit tous les bébés, dans la presse, dans les films,..., nourris au biberon,... dans les livres d'enfants... Si on laisse les gestes venir, avec seulement une toute petite correction... Ça prend du temps... c'est tout ! Et le temps, moi, je le prends. - Pour tout, on parle de sages-femmes responsables, comme disait madame, mais la femme a quand même une part de responsabilité, même laver son bébé, elle ne sait pas le faire ! Manuelle : Mais c'est fou ! ! Je ne savais pas laver mon bébé parce que je ne l'avais jamais fait. Parce que c'était mon premier. On ne m'a pas permis d'essayer de le faire moi-même. J'aurais bien réussi, non ? Laurence : Mais comment peut-on aider les gens quand ils ne veulent pas le faire ? Comment est-ce qu'on fait... ? Jean-Claude : Imaginons que tu as le temps. C'est un facteur important. Et que tu as une famille devant toi, un père, une mère, avec un tout petit bébé, c'est leur premier, ils ne savent pas... Pour le bébé, ce sont ses premiers parents, il ne sait pas non plus comment faire avec eux... Qu'est-ce que tu fais ? Laurence : mais ce n'est pas compliqué. Je leur dis que ce n'est pas compliqué. Ils savent se laver eux, je ne vois pas pourquoi ils ne savent pas laver leur bébé, je ne vois pas pourquoi ils ne prendraient pas, à un moment donné, leurs responsabilités... Moi, je ne leur dis pas : "Je vais laver votre bébé". Je leur demande s'ils veulent laver leur bébé... et s'ils me disent "oui", eh bien ils le lavent. Mais à partir du moment où ils me disent : "Ah, non, je ne sais pas comment il faut faire, je n'ai jamais lavé de bébé"... Maria-Luisa : Et si la question était : "Quand allez-vous laver votre bébé ?" Jean-Claude : Pourquoi faudrait-il laver ce bébé ? - Mais on le voit dans la vidéo... dans l'eau... Jean-Claude : Ce bébé n'a pas été lavé, il était dans l'eau, il a baigné dans l'eau... il suffit seulement de mettre l'enfant dans l'eau... Laurence : Quand les parents rentrent à la maison, eux, ce qu'ils veulent, c'est savoir nourrir et savoir laver leur bébé ! Donc, ils sont demandeurs... Ils veulent rester 5 jours à la maternité, parce qu'ils veulent qu'on les éduque pour pouvoir s'occuper de leur bébé. Jean-Claude : Ce n'est plus de l'éducation, c'est de l'assistanat... Laurence : Et ce n'est pas à nous à faire de l'assistanat. On doit les accompagner. Donc, à partir du moment où les gens ne savent pas, ils sont là devant leur bébé, et ils ne savent même pas prendre leur bébé dans les bras... Jean-Claude : Mais si vous vous ne savez pas, non plus, prendre leur bébé... "Ce n'est pas mon bébé, ce n'est pas à moi à le prendre. C'est dangereux, de le prendre comme ça, ça transmet des infections", ou que sais-je ! Et toutes les raisons sont possibles et imaginables. Laurence : Mais s'ils ne le font pas ? Jean-Claude : C'est toute une réflexion que cela demande... J'entends bien votre problème. Je l'ai vécu aussi. "Qu'est-ce que je dois faire avec ces gens qui ne savent rien, et qui plus tard, vont se retrouver... ? Donc, je dois faire quelque chose." Je vous relance la question. Manifestement, c'est un problème pour vous - ce qui n'est pas le cas pour d'autres. Certaines sont bien contentes de pouvoir faire les choses à la place des parents, ça va plus vite... -. Mais qu'est-ce que vous pourriez faire pour induire un changement ? Pour que cela se répercute ensuite... Maria-Luisa : Je regrette beaucoup que tu n'étais pas là quand moi j'ai accouché. Parce que, moi, je me suis faite engueuler, avec des mots épouvantables. Parce que quand la sage-femme-puéricultrice-infirmière - je ne sais pas - j'avais, moi-même mis ma fille dans le bain. Je ne l'ai pas lavée, je l'ai seulement mise dans le bain. Je me suis faite insulter... - Eh bien, vous auriez du porter plainte ! C'est regrettable. Mais qu'est-ce que vous voulez que je dise à cela ? Maria-Luisa : Est-ce que j'avais des témoins ? C'est ce qu'on m'a répondu. - C'est la parole de la femme contre... Maria-Luisa : Apparemment, non ! Ce n'est pas la réalité. Moi, j'avais l'allaitement maternel dans tous les papiers. Ma fille a été nourrie au biberon, sans que je ne le sache à ce moment-là. Personne ne me l'a mise au sein. On l'a nourrie au biberon. - Ça dépend dans quelle maternité...
Les parents n'en veulent pas ! Maria-Luisa : Alors des sages-femmes comme toi, j'en veux ! Parce que les autres - excusez-moi, s'il y en a dans la salle - mais elles n'agissent pas du tout comme ça. On nous dépossède. Et si je n'avais pas le caractère que j'ai, au prochain accouchement, je resterais comme tu dis, comme ça. Parce que je n'ai pas envie de me faire insulter. Jean-Claude : J'aimerais ajouter une petite chose à l'expérience de Maria-Luisa. Et de son mari. J'étais présent. Quand ils sont remontés de la salle d'opération. Elle a été "montée" dans son lit. On n'a pas pu mettre leur bébé dans son lit, juste à côté d'elle, dans ses bras, contre elle. Ça ne se faisait pas dans cet hôpital. La sage-femme, une dame assez âgée, gardait le bébé dans ses bras. Je lui ai demandé de passer le bébé au père qui était là. "Ah, non. Pour les assurances, je ne peux pas ! Je suis responsable de ce bébé. Si le père lâche son bébé, par émotion, et qu'il tombe par terre. Je suis responsable. Ça m'est déjà arrivé." J'étais là, en tant que professionnel, accompagnant ce couple-là. Le père, je le connais depuis des mois... Je n'ai rien pu faire. Et pourtant, je peux en donner des arguments scientifiques. A cet argument-là, je n'ai rien su répondre, à cette femme-là qui, d'autorité, a gardé le bébé dans ses bras, et n'a pas laissé le père le prendre et assumer déjà à ce moment-là, sa responsabilité de père. Je ne veux pas jeter la pierre. Mais je pense que la notion de responsabilité, on l'emploi un peu n'importe comment. Cette femme-là, a agi d'autorité, sûre d'elle. C'est un abus de pouvoir... Et des abus de pouvoir comme celui-là, il y en a combien tous les jours ? Ce que je sais, c'est que ce père, je l'ai revu, et notamment en comité de pères qu'on organise mensuellement... et ça lui reste là ! En travers de la gorge. Cette expérience, cette interaction, qui n'a rien à voir avec le traumatisme d'une épisio, ce qu'il a connu, il va le traîner pendant combien de temps ? - Je voulais répondre à madame, qui disait qu'on avait donné un biberon à son enfant, sans qu'elle ne le sache. Ce qui est tout à fait anormal. Mais il y a aussi l'inverse, en milieu hospitalier. On essaye de prôner l'allaitement maternel, en disant que, normalement, la femme est tout à fait capable de nourrir son enfant, que le lait est bon et que la quantité est suffisante. Et bien, on se fait traiter de chameau, régulièrement, quand les mères disent : "Écoutez, moi, je n'ai pas assez de lait, je veux un biberon". Et on lui dit qu'on ne va pas donner de biberon parce que c'est la stimulation qui va faire que vous allez avoir du lait. Et bien, régulièrement, on se bat. Et les gens montent à la direction... Mais qui est gentille, c'est la sage-femme, qui , quand la femme lui demande dix fois sur la journée un biberon, et qu'elle va le donner parce que, la nuit, quand elle est toute seule, et qu'il y a 20 sonnettes et 20 femmes qui disent la même chose : "Je veux lui donner un biberon, et j'ai envie de dormir la nuit" - parce qu'elles veulent allaiter le jour, mais pas la nuit ! - Eh bien elle, elle va donner le biberon. Et donc, elle, c'est la gentille sage-femme. Et celle qui refuse, c'est la sage-femme qui ne l'est pas. Laurence : Et il y en a beaucoup plus qu'on ne le croit. C'est ça, qu'on essaye de vous faire comprendre. - Ce que vous avez connu comme sage-femme, ce n'est pas un échantillon représentatif de toutes les sages-femmes ; eh bien pour les femmes, c'est la même chose, ce n'est pas le même échantillon que les gens qui sont ici. Laurence : Je crois, en effet, qu'on n'a pas le même échantillonnage de personnes. Quand je vous disais qu'elles ne savaient pas laver leur bébé ou l'allaiter, c'est la même chose... On fait des soins à domicile... On permet aux mamans de quitter la maternité, de façon précoce, si elles le souhaitent. On passe à la maison, suivre l'allaitement, suivre le poids du bébé, si elles le souhaitent. Il m'est arrivé de rester deux heures avec une femme parce qu'elle ne savait ce qu'elle devait faire avec son bébé quand il pleure. Moi, je ne trouve pas ça normal, mais... Ce n'est plus une question d'éducation... on dirait qu'elles se bêtifient... pourquoi ? je n'en sais rien. Mais c'est comme ça à propos de tout... Ça, je crois que vous ne vous en rendez pas compte... Jean-Claude : Par rapport à l'allaitement, il y a des associations. Parce qu'il n'y a pas que les différents clans de professionnels, il y a aussi les associations qui sont très intéressées, et qui peuvent être beaucoup plus compétentes que nous, professionnels... Dans ces problèmes que vous rencontrez au quotidien, mais qui sont fondamentaux - c'est fondamental, ce que vous dites-là ! -... est-ce qu'un dialogue avec ces associations est possible... Est-ce envisageable que ces associations, non pas, viennent faire, des séances d'information dans votre maternité, mais qu'il y ait un travail de réflexion entre vous. Cela pour répondre à vos questions. Car ça ressemble à un serpent qui se mord la queue. Car vous êtes autant en difficulté que les femmes que vous avez devant vous ! Laurence : Ce n'est pas qu'on est en difficulté. Mais on dirait qu'elles ne sont pas capables de... Jean-Claude : Ça, c'est un débat de fond... C'est un problème de fond... Et donc, quand est-ce qu'on peut en parler et trouver des éléments de réponse ? Une journée comme celle-ci peut être un moyen... pour un début de réponse... et il y en a sûrement d'autres... Françoise : Tu dis que tu es stupéfaite par la façon avec laquelle les femmes sont... tu parles de bêtifiées - c'est un terme qui me choque un peu, mais bon - est-ce que quand tu es devant un petit enfant - je ne sais pas si tu as des enfants - qui essaye d'apprendre à marcher... qui tombe, qui pleure, qui tend les bras, qui ne sait pas comment faire... est-ce que tu lui dis : "Mais tu es quand même programmé pour apprendre à marcher, comment ça se fait que tu n'y arrives pas ?" Il faut que tu lui donnes confiance. Tu ne peux pas faire les choses à sa place, ça c'est impossible : tu ne peux pas apprendre à marcher pour lui. Mais tu peux lui dire, tu tombes, c'est normal, tu te décourages, c'est normal, je ne peux pas le faire pour toi. Tendre la main de temps en temps, le laisser prendre confiance en lui, le laisser apprendre. Je ne pense pas que c'est en disant à une femme : "Mais vous n'y arrivez pas, madame, vous êtes pourtant faite pour allaiter, c'est normal, vous devriez y arriver" qu'elle va y arriver. C'est un peu agressif... Laurence : Ce n'est pas ça que je dis. C'est que la démarche, il n'y a que moi qui la fait, la femme ne la fait pas. Elle ne fait pas un pas dans la démarche. [...] Laurence : On doit tout faire à sa place. Même si on lui tend la main... Maud : Ça, c'est votre solution. Mais est-ce que vous résolvez le problème, en faisant les choses à leur place ?
Manuelle : Vous avez utilisez le mot "accompagnement". Pour l'accompagnement, c'est positif. On est en train de parler de comment faire en sorte que vous puissiez être dans ce rôle d'accompagnatrice ou de support, tel que vous le souhaitez, face à des femmes qui vous semblent être à la place d'assistées. On a vu dans le film, le temps qui passe... où il ne se passe rien... C'est-à-dire où le bébé est né, et il ne se passe rien, mais rien du tout. Il n'y a pas un mot, il n'y a pas... je ne sais même pas s'ils ont regardé le sexe de l'enfant... Il ne se passe rien... Je crois que, là, la moindre chose est - on a parlé d'accouchement à la maison et d'accouchement à l'hôpital, j'ai eu les deux expériences. Je peux vous dire que, même à la maison, on peut être fortement dérangée par la sage-femme - il suffit d'un rien, mais, si peu, une poussière pour que la femme puisse être complètement dérangée dans ce qu'elle a au fond d'elle-même et qui va faire qu'elle va savoir avec son bébé... Et bien sûr, il y a le temps à l'hôpital... Mais je crois, vraiment, qu'il se passe, dès la première minute de vie du bébé, tellement de choses, alors que, peut-être il ne devait rien se passer, que déjà cela suffit pour les sentiments de dépossession, dont on a entendu parler. Je ne vais pas raconter mon expérience, mais c'est une question de drap stérile mis entre mon bébé et moi... Qu'est-ce qu'on peut faire pour que vous puissiez aller vers la position d'accompagnateur que vous souhaitez ? C'est ça la question. - Je pense qu'il y a deux choses : il y a l'humilité, ça on ne nous l'enseigne pas - j'en ai déjà parlé tout à l'heure. Je pense que c'est capital pour être sage-femme -, et la deuxième chose, c'est qu'après quatre ans de réflexion, je réalise qu'on ne devrait jamais accoucher plusieurs femmes à la fois. On devrait s'occuper d'une seule femme. Pour le suivi de grossesse, pour l'accouchement, et pour l'allaitement,... Parce qu'à ce moment-là on connaît mieux la femme, on connaît mieux ses besoins, dans quel endroit elle a besoin d'être renforcée pour prendre confiance en elle. Par rapport à l'allaitement, puisqu'on parle de ça, je pense qu'une sage-femme n'est pas faite pour travailler à l'usine - excusez-moi pour le terme -... Mais, j'ai bien conscience que ça, c'est un idéal... Mais c'est peut-être une solution aussi... Ingrid : je vais dire un petit mot en tant que membre d'une association qui s'appelle le "réseau allaitement maternel", qui regroupe des membres d'associations ici, en Belgique francophone, ainsi que des professionnels. Dans le cadre de cette association, j'ai participé, il y a quelques années, à une enquête sur les tours de lait dans les maternités francophones et germanophones. Les "tours de lait" ! ! Les boîtes d'échantillon de lait qui étaient distribuées... Il y avait vraiment très très peu de maternités qui suivaient la loi et qui ne les distribuaient pas. Dans l'enquête que nous devions mener, nous devions chaque fois demander si dans la maternité, il était affiché une politique explicite en matière d'allaitement pour l'équipe professionnelle. Tout en sachant très bien que c'est très difficile d'obtenir un consensus étant donné qu'il y a tout le temps du mouvement dans les équipes. Il y avait très rarement une politique affichée à laquelle les professionnels pouvaient se référer. Jean-Claude : Je vais prendre, dans la même lignée, un exemple que j'ai vécu ici à Charleroi dans un hôpital. Je ne voulais pas faire d'aspiration systématiquement aux nouveau-nés. Je connaissais, pour avoir travaillé avec des adultes trachéotomisés, suite à un cancer de la gorge. Eux m'avaient expliqué combien elle était douloureuse cette aspiration. Eux m'ont appris comment aspirer leurs sécrétions sans que ça ne fasse trop mal. Dans cette expérience, j'ai demandé à mes collègues de m'en faire. Et bien, faites-le à l'occasion... - On n'a pas besoin de le faire, il suffit de voir ce que ça leur fait ! Jean-Claude :... j'ai donc refusé, dans cette maternité, de le faire systématiquement. Je prenais mes responsabilités, et j'inscrivais dans son dossier "bébé non-aspiré". La médecin gynécologue responsable m'a dit : "Ça ne se peut pas. Vous devez aspirer les bébés, nécessairement, avant qu'ils ne partent dans le service de post-partum, parce que, là-bas, nous n'avons pas un personnel suffisant et suffisamment bien formé pour réagir si jamais il y a une fausse-voie..." Je me suis renseigné sur la fréquence des malformations des voies aériennes... très très faible. J'avais pris la décision d'assumer ma responsabilité de professionnel vis à vis des bébés que j'avais "en main", et cela ne plaisait pas à la chef de service. Je pense qu'il est important de dire aux parents qu'on ne le fait pas parce que ce n'est pas nécessaire. Si ce geste n'est pas posé, cela gêne la chaîne de l'organisation de l'hôpital. Il s'agit de rétablir les choses à leur place. Une équipe dans une maternité française a fait une étude à partir du score de Bishop pour que les médecins acceptent de ne pas induire chimiquement une femme qui n'avait pas les conditions suffisantes. Et en montrant ces études aux gynécos, elles ont pu défendre leurs positions communes de sage-femme. Il y a plein de choses qui peuvent être faites comme ça. Laurence : C'est pour ça que je parlais tout à l'heure de protocole, parce qu'on agit trop au cas par cas.
Maria-Luisa : Je vois que tout le monde commence à partir. Il est donc peut-être bon de clôturer la journée. Je n'ai pas eu l'occasion de beaucoup assister à cette journée, parce que j'étais à l'intendance. Je vais peut-être répéter des choses... Première chose : excusez le problème de froid. Nous avons eu une panne de micro, ce matin. Et le temps qu'on trouve du matériel pour le remplacer... Un grand merci d'être venu. J'espère que, malgré quelques petits échauffements, ça s'est bien passé pour vous. Que les échanges ont été intéressants et fructueux. En tout cas, pour ce que j'en ai entendu, ça me laisse plein d'espoir de changement et de communication. On se donne donc rendez-vous pour l'année prochaine. Merci à tous. Bernard : Un dernier petit mot, pour donner rendez-vous à ceux et celles qui y sont intéressés. Sur Internet, sur la liste « Naissance », nous sommes aussi un groupe de parents et de professionnels qui discutent depuis maintenant deux ans - il y a une bonne centaine de personnes -. Le genre de discussion que nous avez eue aujourd'hui, ça dure depuis deux ans sur cette liste, à raison de trois milles messages par an. Et des prises de bec, il y en a eu beaucoup aussi... Les arguments qu'on a entendus aujourd'hui, on les a souvent lus. Et je peux vous dire qu'avec le temps, ça change au niveau du groupe. Il y a un niveau de communication qui augmente considérablement. Je crois qu'il ne faut pas se boucher les yeux, et vivre dans un idéal de consensus. Il y a des moments où l'on s'affronte. On a besoin d'exprimer ses idées ou son vécu. Je vous remercie, aussi, beaucoup de cet échange. Jean-Claude : Voilà. Les débats sont enregistrés. On va essayer de retranscrire le plus possible - les idées générales, en tout cas - sur le site internet de Carrefour Naissance. Il donnera lieu aussi, certainement, à l'élaboration de CD, qui pourront être distribués lorsque nous ferons d'autres manifestations. Inscrivez-vous dans le réseau de diffusion d'informations... Un grand merci pour votre présence. Un grand merci aux nombreux Français qui sont venus, parfois du midi de la France, pour témoigner ou participer aux débats. Je passe la parole à Andréine. Andréine : Je ne souhaite pas prendre la parole, mais par contre, la donner. Le bilan a été fait du côté des organisateurs. Et je pense qu'il est bien si nous, qui avons participé, donnions aussi notre bilan de cette journée, nos impressions... Laurence : Je pense que ça a été très enrichissant, et j'espère que les mamans qui ont accouché et qui ont été déçues de l'hôpital peuvent quand même s'imaginer que ça peut se passer autrement et qu'on n'est pas toutes des marâtres [rires] et qu'on ne bat pas systématiquement les femmes dès qu'elles passent les portes de la maternité, on ne les couche pas dans un lit, on ne les immobilise pas jusqu'à la fin de leur travail, et qu'on ne les oblige pas à accoucher sur le dos, et surtout à rester couchée six heures après leur accouchement... J'espère que les autres maternités vont changer, et du moins celles où vous avez été. Sinon, venez accoucher chez nous... [rires] Ce que j'ai dit aussi, c'est vrai que ça n'engage que moi, et ça n'engage pas nécessairement toute l'équipe... Ce n'est pas parce que certaines accoucheuses ont une certaine vision que toute l'équipe a la même. Je pense qu'il y a moyen d'aller de l'avant quand on travaille à la maternité, qu'il y a moyen de faire d'autres projets que de se limiter comme on a dit... On a un service de post-partum à la maison, des cours de préparation, des consultations d'allaitement, il y a des conférences qui sont données par l'ONE pour informer les parents,... Tout le boulot d'information, on essaye de le faire et on ne va pas s'arrêter là.
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