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Massage sensible
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Le massage s’adresse au corps, mais il va aussi bien plus « loin ». De la conscience limitée que nous avons de notre corps, héritage de notre éducation, nous
pouvons en découvrir le langage propre, et en corriger la perception. En liaison avec le mental, il donne accès à nos émotions. Le massage, médiateur dans le couple, se fait
aussi messager auprès du nouveau-né.
Dans notre société, aujourd’hui, la conscience que nous avons de notre corps est limitée.
Fortuitement, nous découvrons que nous utilisons certaines parties de notre corps, que l’on pensait insignifiantes voire inutiles, lors d’une blessure, d’une douleur, d’une
maladie. Parties extérieures. Organes internes. Morcellement. Dans ces moments, il nous parle : « J’en ai plein le dos. Plein les bottes ». Il exprime un vécu, des
sensations, que l’on voudrait étranger, mais « qui nous colle à la peau ».
Le massage est la découverte du sens du toucher : il en est la musique de la peau, l’odeur, le goût. Il est la couleur qui se touche, le reflet qui prend chaleur, le contraste
de lumière qui prend forme.
Le toucher de l’autre est une des premières nouveautés pour le nouveau-né. Jusqu’ici, il avait vu des lumières tamisées, rougeoyantes. Il avait entendu les bruits rythmés
de la circulation sanguine de sa mère, le souffle de sa respiration, ses borborigmes intestinaux, sa voix, des voix, des vibrations extérieures. Il avait goûté son liquide
amniotique. Il avait touché sa peau humide, visqueuse, les membranes lisses. Chaleur stable.
Au moment de sa naissance, l’air, le contact de nouvelles matières, la force des mains qui le substituent à la pesanteur, sont autant de nouveautés. Et puis, les sensations
vont s’amalgamer en un tout charmant, tranquille, paisible, dans les bras de sa mère. Après l'épreuve de la naissance, la paix, le repos, l’abandon. Les caresses.
Durant des années, l’enfant, puis l’adolescent(e), va expérimenter son corps. Il va recevoir les messages propres à sa société : ce qui se fait, mais surtout ce qui ne se
fait pas. Son corps va se morceler. Chaque partie va se couvrir de valeurs, de fonctions. Une géographie politique se dessine : zones interdites, dangereuses, ... au toucher, à
la vue.
Le massage peut être considéré comme un intermédiaire dans le temps. Il retourne aux sources. Il harmonise, réconcilie.
Le toucher est un langage. Car le toucher est réglementé, il se gère comme toute communication. On lui prête une grammaire, une syntaxe. Nous en avons besoin. Nous recherchons
sans cesse le toucher de l’autre. Mais pas n’importe comment, ni n’importe quand.
Dans le tumulte de notre vie d’aujourd’hui, la vitesse est une protection contre un toucher étranger, furtif, volé. Notre bulle, rétrécie à sa plus simple expression, dans
le métro, par exemple, est irritée de ces contacts forcés.
Le toucher se trouve parfois, dans les mains d’une esthéticienne, d’un coiffeur, d’une pédicure. Il peut être apprécié, silencieusement, dans ce contact informel,
« socialement accepté ».
La poignée de main pour l’un, l’accolade pour l’autre, le baiser pour certains. Entre femmes, entre hommes, de femme à homme, de homme à femme. Le toucher dit :
« bonjour, salut ».
Le toucher se fait amoureux. Le sexe se nomme. La tendresse s’y mélange, s’y confond.
L’idée que l’on se fait du toucher devient un amalgame : de plaisirs en tabous, le toucher se donne, se prend, furtivement ; il se fait, chez certain, l’ennemi de la parole
et de la volonté. Il fait peur.
Apprécié ou non, recherché ou non, le peau à peau est un langage. Un langage de poète, complexe. Comme tout langage, le toucher s’apprend, se réapprend aussi. Apprendre à
faire la part entre le souvenir de la (in)sécurité ressentie durant les premières heures de la vie aérienne, l’émotion de la caresse amoureuse, et le contact fonctionnel.
Du toucher au massage
Le toucher se transforme en l’explorateur d’un monde jusqu’ici à peine soupçonné. Pour le donneur, pour le receveur. La peau est épaisseur. Fine et souple, elle fait
corps avec les muscles, détendus. En harmonie avec la respiration, le mouvement devient rythme, léger, mais puissant.
Le massage, dans un cadre bien défini, peut aider à clarifier les limites dans ses relations aux autres.
Le massage à tout moment
Le massage sensitif a des vertus qui permettent à l’individu, et au couple, de trouver la détente. Il crée une circulation entre le corps et le mental, apaisant les tensions,
dynamisant l’énergie vitale, ...
Les huiles essentielles de plantes aromatiques et médicinales, nourrissent la peau, détendent les tissus, calment ou tonifient.
Le massage sensitif peut aider le recevant à « lâcher prise », en s’abandonnant dans un atmosphère chaude, calme et feutrée, aux seules sensations de son corps.
Lâcher la prise du calcul, du rationnel. Les tabous s’effacent progressivement, en ouvrant le passage à la seule sensation de bien-être, du « vivre et laisser
vivre ». Un abandon décrit parfois comme semblable à celui des premiers moments de la vie.
Le massage est naturel. Il est la caresse donné à un enfant, le doigt qui joue d’une manière discrète, machinalement sur une articulation, un repli de peau. Il est le corps
qui glisse dans l’eau, qui savoure une brise, ou une pluie chaude.
Il est le temps, gratuit, partagé. Il est sourire complice.
Chacun est apaisé, rassuré ; et la parole, maintenant, peut prendre sa place.
Le massage durant la grossesse
La Naissance est affaire d’émotions. Le corps en est l’expression, médiateur du mental. Que les émotions soient approchées par le mental (comme c’est le cas, par exemple,
en sophrologie), ou par le corps (directement par le massage sensitif, ou indirectement, par le mouvement dans l’eau) ce sont les émotions qui se découvrent, peuvent se palper,
s’apprivoiser, progressivement.
Durant la grossesse, tant pour la femme que pour l’homme, on observe un remaniement important du psychisme suite à la résurgence de conflits antérieurs, voire primaires. Les
facultés mentales, intellect et mémoire, déclinent provisoirement pendant la grossesse, tandis que l’instinct et l’intuition se renforcent. La sensibilité émotionnelle qui
en résulte trouve parfois difficilement son expression.
Certains auteurs ont appelé « maternalité » et « paternalité » le chemin parcourut vers le nouvel équilibre de cette femme et de cet homme, qui,
individuellement, de frustrations en résolutions, deviennent mère et père.
Le massage en couple
Durant la grossesse, le couple vit, évolue, change, socialement, mais aussi, et surtout intimement. Cet aspect de la Naissance est souvent ignoré, nié, oublié, au niveau du
couple. En consultation prénatale, ou durant les séances de préparation à la naissance, lorsqu’elle vient seule, la femme trouve un lieu de parole, où elle peut exprimer ses
doutes, ses inquiétudes, autant que ses bonheurs. Rares sont les lieux où l’homme peut exprimer son vécu intérieur.
Rares aussi les moments où le couple peut parler ensemble, de manière sereine de leur chemin intérieur. Pour la plupart des professionnels, la vie intime des couples se résume
à leur sexualité ... en termes mécaniques ...
Ce parcourt peut être psychologisé (!), mais il peut aussi trouver dans les différentes techniques de préparation à la naissance des amis de voyage. Le massage sensitif en est
un. Il peut se pratiquer par soi-même (auto-massage), par un tiers, ou par son/sa partenaire.
Dans le couple enceint, le moment du massage est un arrêt dans le tumulte de leur vie quotidienne. Il est l’occasion de prendre le temps, son temps, pour écouter, souffler, se
retrouver.
Pour la femme comme pour l’homme : découvrir le plaisir de donner et de recevoir, en même temps. Sans la crainte que ce temps de massage ne se transforme en un
préliminaire d’acte sexuel. S’il est défini ainsi. Car certains, dans leur évolution, durant la grossesse, pendant un temps plus ou moins long, n’ont plus l’envie de
partager leur sexualité.
Le massage, en couple, se pratique dans différentes positions adaptées aux modifications du corps de la femme. Que celle-ci reçoive de, ou donne à, son compagnon.
Les postures en couples et les mouvements s’apprennent en quelques séances.
Le massage est communication dans la triade « femme - enfant - homme »
Pendant la grossesse, cette approche du corps est importante. Pour la femme qui enduit son corps d’une huile, c’est l’occasion de découvrir jour après jour comment il
change. C’est un moment de partage avec son bébé, par son bien-être qu’elle lui communique, par leurs caresses qu’ils se donnent mutuellement au travers de leurs peaux.
Pour l’homme qui touche sa compagne, c’est l’occasion de découvrir jour après jour son corps qui change. C’est un moment de partage avec son bébé, par le bien-être qu’il
procure à sa compagne et qu’il lui communique ainsi, par leurs caresses qu’ils se donnent mutuellement au travers de leurs peaux.
Le massage pendant l’accouchement
Pendant le travail de parturition et au moment de l’accouchement, ce langage non-verbal a toute sa place. Il rassure la femme. Il rassure l’homme. Il rassure certainement l’enfant.
C’est, sans cette gêne, souvent observée, que le compagnon massera le ventre, le dos sensible, dénouera la crispation des doigts des mains et des pieds, libérera la crampe
dans les jambes, communiquera sa confiance, et participera activement à ce moment de naissance.
Le massage après l’accouchement
En Indes, traditionnellement, l’accouchée se fait masser chaque jour tout le corps. Une heure durant, le massage glisse la femme dans le souvenir de sa naissance, atténue les
meurtrissures de son corps, et la berce dans un sommeil léger, récupérateur.
Lorsque la femme allaite son bébé, le massage devenu drainage est un moyen de détente, bien « utile » en cas de congestion mammaire. Il pourra se poursuivre aussi,
plus aisément puisque la peau et les gestes ont déjà été apprivoisés, en un « massage aréolaire » favorisant l’éjection du lait.
Le massage peut être proposé au nourrisson. De la même manière. Egalement progressivement. Jour après jour, l’enfant découvre des sensations, qu’il réclamera bientôt.
Jean-Claude Verduyckt
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