Sein ou biberon ? Ca dépend des hommes !

 

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Helena Deluck. Le Journal du Médecin n° 1093 20 mars 1998

Si l’allaitement maternel offre une belle palette d’avantage au bébé, tant sur le plan nutritionnel que relationnel, il n’est cependant pas toujours un premier choix pour la mère. Des recherches récentes viennent, en effet, de montrer que 75 % des femmes se tournent vers leurs conjoints pour avoir le feu vert ...

Dans nos pays, l’allaitement au sein est actuellement un libre choix des parents. Pour le corps médical, le lait maternel reste néanmoins un premier choix ; l’American Academy of Pediatric (AAP) recommande notamment aux mamans d’allaiter leur nourrisson pendant une période de minimum six mois.

Nous avons par ailleurs, l’impression que c’est principalement la mère qui décide d’allaiter ou non son bébé, tout en sous-estimant peut-être l’influence du père dans cette décision. Suite à l’analyse de douze études différentes menées aux Etats-Unis entre 1990 et 1995, il ressort, en effet, que trois femmes sur quatre choisissent d’allaiter leur nouveau-né en fonction de l’opinion favorable ou non du père de l’enfant.

Les médecins, auteur de ce rapport publié récemment dans le Journal de l’Association américaine de diététique *, ont constaté à travers les témoignages des jeunes mamans que leur conjoint avait parfois très nettement tendance à décourager l’allaitement et ce pour toute sorte de raisons complexes.

Un des tout premiers freins relevé par les chercheurs est tout simplement d’ordre esthétique. Beaucoup d’hommes pensent que l’allaitement abîme les seins et rend ainsi leur femme beaucoup moins attractive. Les médecins répondent à cela qu’il n’y a aujourd’hui aucune preuve que l’allaitement soit responsable des dégâts et qu’il s’agirait plutôt d’un problème lié à la grossesse en général et aux multiples variations de poids.

D’un point de vue plus psychologique, certains hommes éprouvent beaucoup de difficultés à accepter leur femme dans leur nouveau rôle de mère, et non plus uniquement celui d’épouse.

Les chercheurs de l’Ohio ont également mis en évidence, la crainte de certains papas par rapport à la relation quasi exclusive que le nourrisson entretient avec sa mère durant la période de l’allaitement. Ils ont le sentiment d’être exclus et, consciemment ou inconsciemment, certains d’entre aux vont essayer de créer une distance entre la mère et l’enfant en encourageant plutôt le biberon.

Les auteurs concluent leur rapport en constatant que plus les hommes sont informés sur les bienfaits de l’allaitement maternel, plus il y sont favorables. En conséquence de quoi, ils estiment que les cours de préparation à la naissance devraient inclure les futurs pères le plus souvent possible. L’éducation et les conseils pourraient ainsi les aider à se sentir plus à l’aise et plus confiants vis-à-vis de leur future fonction. 

" Dans notre société, le sein est très fortement sexualisé. Les hommes se sont appropriés les seins de leur femme et considèrent que ces derniers sont essentiellement réservés à la beauté du corps et aux jeux amoureux. Le sein est avant tout considéré comme un objet érotique et par conséquent, détourné de sa fonction première de nutrition, commente Marie-France Robert, infirmière ( ?) responsable de la maternité à l’Hôpital de Braine L’Alleud. C’est un problème qui peut être très complexe. Il arrive que certains couples se séparent suite aux bouleversements que provoque la venue d’un enfant au sein d’un couple ".

Fabienne Begon, d’Infor-Allaitement estime quant à elle, que " l’affection que peut transmettre un père à son enfant ne passe pas uniquement par l’acte de nutrition. Il y a beaucoup d’autres manières de manifester son attachement, cependant, il est vrai que les nombreux moments de mise au sein rapprochent intensément la mère de son enfant. "

R.Petosa, M.Fharma, Journal of the American Dietetic Association, 1997; 97 :1311-1313.

 


Notre avis à propos de cet article :

L’information en matière d’allaitement aux seins est primordial, tant il est vrai que les croyances populaires ont été manipulées par les campagnes publicitaires en faveur des produits artificiels dits de substitution.

Il y a trop peu longtemps que l’homme est entré activement dans le milieu de la naissance pour que tous ses comportements soient bien ajustés.

En réduisant leurs réflexions à des expériences personnelles, certains professionnels s’exposent à d’autres pièges: celui de l’interprétation et de l’amalgame.

Attention aux interprétations

Je ne pense pas que les seins aient pour première fonction celui d’alimenter les nouveaux nés et les enfants, mais bien celui de la séduction. Pour concevoir un enfant, en premier lieu, la femme doit trouver un géniteur qui lui convienne ! Ensuite, la séduction peut se poursuivre pour s’assurer de la présence de l’homme auprès d’elle pour la " protéger ", subvenir à ses besoins, durant le temps de la maternité. L’organisation de notre société a bien sûr modifié cet état de chose ; la libération (malheureusement encore trop relative socialement et légalement) de la femme lui permet de ne plus subir l’éventuelle domination masculine (profitant de sa liberté de mouvement, et de ses rôles attendus).

Accepter le rôle de séduction des seins de la femme, c’est orienter le débat vers une autre réalité : celui de l’évolution du couple, passant inévitablement par l’acceptation et la résolution d’une forme de frustration.

En en parlant ainsi, nous autorisons les femmes à accepter l’idée qu’elles peuvent être encore séduisantes en allaitant, et aussi après le sevrage.

Attention aux amalgames

En premier lieu, il est indispensable de distinguer les couples pour lesquels il s’agit du premier enfant ou non. Et dans le cas où il ne s’agit pas du premier enfant, ceux qui ont une expérience d’allaitement aux seins. L’expérience antérieure, favorable ou non, interviendra assurément pour beaucoup.

Nous pouvons également distinguer trois périodes : durant la grossesse (alors qu’un choix se discute ou non dans le couple. Mais l'allaitement aux seins est-il un choix de couple, ou seulement de la femme ?), après la naissance (alors que l’allaitement aux seins a déjà démarré), et quelques semaines plus tard, s’il est question de le prolonger ou non.

Durant la grossesse, c’est l’inconnu. (A moins que le femme ne vive une conviction personnelle, que la raison ne peut atteindre !) L’avis de l’entourage et les informations reçues interviennent considérablement dans la prise de décision. Après la naissance, le choix de persévérer (dans la première semaine) sera tributaire des difficultés directement vécues, de la qualité de l’accompagnement des professionnels, et du contexte psychosocial du couple (enfant désiré ou non, dialogue dans le couple, situation conflictuelle ou non, le comportement du nouveau-né et la qualité de la relation avec celui-ci, ...). Plus tard, après plusieurs semaines, arrivera peut-être la décision de prolonger ou non l’allaitement maternel. Ici, en plus, interviendra le vécu de la femme et de l’homme par rapport au phénomène proprement dit de l’allaitement aux seins.

 Lorsque l’allaitement devient un otage dans le couple

(Vous avez des idées pour écrire ce paragraphe, n'hésitez pas à nous contacter : carrefour.naisance@swing.be )

Vision d’avenir

La première prévention est l’attitude des femmes vis-à-vis des enfants plus grands. Ce sont eux qui, demain, allaiteront ou non leurs propres enfants. Si le geste est naturel, et si la vision d’une femme allaitant son bébé devient quotidien, la question d’allaiter ou non et de laisser allaiter se poseront moins.

Vois aussi le chapitre concernant l'Allaitement Maternel