Notre Maison de Naissance Familiale

 

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J'ai lu dernièrement qu'une sage-femme belge (Bénédicte de Thysebaert, enseignante et présidente d'une union professionnelle belge) allait donner, en décembre 2005, une conférence dans le cadre d'une journée organisée par la société Histoire de la Naissance (France). L'intitulé sera "Histoire et mésaventures des Maisons de Naissance en Belgique". 

Cette annonce m'a interpellé.

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"Notre maison de naissance" a existé. 

Mais a-t-elle une place dans l'Histoire ?  ou ne fusse que dans l'histoire de la Naissance ?  (au-delà, bien sûr, d'en avoir eu une dans celle de certaines femmes, de certains hommes ... de quelques enfants ...)
Serait-ce une place en tant que "structure" au même titre qu'une "maison médicale", genre clsc québécois, ou qu'un "service hospitalier" communément nommé "maternité" affublé ou non de l'adjectif "nature" ?  
Serait-ce, seulement, en tant qu'initiative privée ...   

 

Je me suis imaginé écouter parler de cette aventure ...   

 

Le lecteur de cette page trouvera, ci-bas, le texte qui l'habitait jusqu'à il y a peu. 
Elle présente "notre maison" ...  Une maison où sont nés quelques enfants ... dans une réelle intimité ... 

 

L'association sans but lucratif (aux statuts semblables aux associations "loi 1901" françaises) 
Carrefour
Naissance avait eu le projet d'organiser des services "sage-femme"

 

Le propriétaire de la maison que j'occupais alors avec ma famille possédait également celle située juste à côté. Comme elle n'était pas occupée, il nous l'a confiée ... avec de nombreux avantages matériels et financiers (je tiens, d'ailleurs, encore une fois, à l'en remercier chaleureusement). 
Les premiers couples que nous avons reçus n'étaient pas particulièrement à cheval sur le confort matériel. Ce qui nous a donné plus de temps pour réaliser les travaux de transformation. 

Deux événements, malheureusement, ont eu lieu durant cette période ... Ils ont contribué à maintenir l'existence de cette maison dans l'ignorance. Or, nous n'avions pas de budget prévu pour en faire la publicité parce que nous ne souhaitions pas en faire, faisant confiance au "bouche à oreille" comme cela se fait habituellement pour les accouchements à domicile ... 
Mais, au-delà du maintien dans l'ignorance, il y a eu aussi ... la médisance !

Alors que nous recevions déjà les premiers couples, une chambre était aménagée ... au domicile d'une  sage-femme ... présidente de l'union professionnelle dont il a été question plus haut. Elle habitait à une trentaine de kilomètres de chez nous.  Il devait être important pour cette personne d'être qualifiée de "première" à ouvrir une maison de naissance en Belgique francophone !

Alors que les premiers couples venaient y enfanter et alors que nous continuions à l'aménager entre deux séjours, parmi les visites "curieuses" que nous avons reçues, il y eut une classe d'étudiantes sages-femmes de la région de Liège et un couple qui n'a probablement pas apprécié la vétusté des lieux ... Or, il s'est avéré que ce couple fait partie d'une autre association de parents, "alternative", en collusion importante avec plusieurs sages-femmes ... formant le noyau directeur de l'union professionnelle déjà citée ... 

 

Aurions-nous manqué de chance ? L'énergie et les moyens que nous avons développés ... sont-ils venus au mauvais moment ? L'apparence de cette maison n'était pas du goût à la mode ? ...  Les idées que nous y avons développées étaient peut-être trop libertaires ... Peut-être n'aurions-nous pas dû préciser que les médecins aussi pouvaient venir accompagner des couples ? ... 
Quoiqu'il en soit, les coordonnées de "notre maison" n'ont jamais été reprises dans une brochue officielle ou sur un site belge

Nos relations avec des associations françaises nous ont fait comprendre l'état de la situation. Cette union professionnelle ne parlait pas de "notre maison de naissance" parce qu'elle était administrée et gérée par des parents et non pas par des sages-femmes. Or, cette union professionnelle avait "sorti" une définition des "maisons de naissance" disant que, pour se nommer ainsi, elles devaient être dirigées par des sages-femmes ! C'est ainsi que "notre maison de naissance" a dû se voir ajouter le terme "familial" pour se distinguer de la définition "officielle" ...

Durant cette période, j'ai dû, à titre personnel et professionnel, m'expliquer devant les autorités sanitaires (sécurité sociale belge) de diverses dénonciations ... anonymes. Aucune ne pouvait provenir de femmes que j'avais accompagnées professionnellement, puisque elles-mêmes étaient aussi impliquées ... Mais, en même temps, j'ai reçu plusieurs courriers de la présidente de cette union professionnelle, m'intimant la prudence dans ma pratique ... Car, en effet, j'acceptais de rencontrer, et d'accompagner, des couples désireux de vivre leur enfantement sans tous les examens de contrôle habituellement préconisés dans la pratique hospitalière, voire ceux qui n'envisageaient pas la présence d'un professionnel à proximité à ce moment-là, mais cherchaient des informations pratiques ... 

La fermeture de la "maison de naissance 'familiale'" de l'association Carrefour Naissance n'est pas due à cet imbroglio politico-corporatiste. Lors de mon déménagement, les parents de l'association n'ont pas désiré poursuivre cette tâche ... astreignante
... qu'est la gestion d'une telle maison.

 

Je ne regrette ni cette fantastique aventure au sein de cette association et durant la vie palpitante de cette "maison d'accouchement" comme on les appelait anciennement (voir la photo de cette pancarte émaillée trouvée en France). Lieu d'apprentissage ... de ce qu'est une femme qui dirige réellement son enfantement, et qui met tout en place, avec son compagnon, parfois sans, pour arriver à ses fins ... à assouvir sa faim de liberté et d'autonomie. 
Car chaque femme qui est venue dans cette maison n'avait réellement pas d'autre possibilité matérielle, à part enfanter sans assistance professionnelle chez elle. Et encore, car l'une d'elle était dans le no man's land entre ce que l'académie appelle l'eutocie et la pathologie ... 

Il est clair qu'aucune femme, aucun homme et aucun enfant qui sont "passé(e)s" par cette maison ne souhaitent de publicité de leur histoire. Et moi de même. Tant il est vrai qu'une naissance est un événement intime, privée. Et si j'ai eu ce privilège d'être présent, plus souvent en tant qu'homme que technicien, le souvenir me suffit amplement ... il n'est nul besoin d'en faire plus état.

Ceci ne représente donc qu'un soupir dans la symphonie historique de la Naissance en Belgique francophone ... qui n'a sûrement rien à voir avec les protocoles qu'exigent les hôpitaux prenant en tutelle les maisons de naissance existentes, ni avec les décrets subsidiant éventuellement, ni avec l'histoire officielle des corporations, des unions professionnelles et autres associations régentant pour ce jour ce qui est bien ou ce qui n'est pas bien ...

 

Lié aux maisons dites de naissance - alors que l'appellation concrète est "maison de sages-femmes", c'est cette profession même qui est en réalité en question.  Je regrette profondément la confusion qui a toujours eu cours entre leurs revendications (justifiées pour la plupart, sans aucun doute) et leurs pratiques.
Ainsi en est-il, par exemple, de l'épisiotomie.

Jusque dans les années '90, les sage-femmes ne pouvaient pas pratiquer la suture des épisiotomies et des déchirures périnéales.  Cet acte était réservé aux médecins.  La raison est simple.  Ce sont les sages-femmes qui accueillent les parturientes et n'appellent le médecin qu'au dernier moment ... parfois un peu trop tard, la naissance ayant eu lieu.  Si le médecin ne faisait pas au moins un acte, il ne pouvait pas 'comptabiliser' cet accouchement ...  Or, en position couché, il est rare que le périnée ne se déchire pas au moment de l'enfantement, mais si l'épisiotomie est pratiquée systématiquement, on est certain qu'il y aura un travail de suture à réaliser !!  
Les sages-femmes ont revendiqué le droit de pouvoir suturer les périnées ... le combat fut âpre !  
Mais les habitudes avaient été prises ... et puis cette suture devenait un fanion d'une plus grande indépendance des sages-femmes face aux médecins, cet acte devenait la preuve de la victoire ...  Il est évident que les sages-femmes n'allaient pas remettre en question l'utilité de cette suture ...  A force d'ateliers de formation, c'est une pratique chirurgicale qui a été enseignée aux sages-femmes. 

Les sages-femmes ont seulement oublié qu'un des fondements de leur profession est l'observation et certainement pas les interventions. 

En luttant contre le pouvoir absolu des médecins, les sages-femmes ont dû utiliser leur langage, ont revêtu leurs uniformes, se sont imprêgnées de leurs habitudes, de leurs pensées, de leur organisation ... de leur vision de la naissance.  Et elles/ils en ont oublié leur âme.

"Oublier" leur âme n'est peut-être pas tout à fait exact.  Car durant la même période, les sages-femmes ont développé de nouveaux créneaux ... pouvant se glisser dans l'organisation de la naissance imposée par le milieu médical et surtout hospitalier : les prestations prénatales et postnatales.
Ainsi, le découpage artificiel de la naissance était encore plus renforcé ... mais appuyé cette fois par les sages-femmes.  
Les sages-femmes belges ont donc embrayé ce mouvement international de la création et du développement des techniques préparatoires à l'accouchement.  Cela devenait, aussi, urgent ; car d'autres professions venaient s'insinuer dans le paysage : psychologues, kinésithérapeutes, infirmieres et autres paramedicaux ...   D'autant que cela permettait à l'arrière-garde moribonde du féminisme belge de remonter sur les traiteaux ...   

Les soubresauts dûs à la peur d'"oublier" leur âme sont-ils entrés dans la danse des discours axés sur les risques ?  ... séduction, soumission, provocation, illusion, fantasme de l'inversion des rôles sont les ingrédients du tango obstétrical ...  L'enchevêtrement des concepts et les méandres politiques et économiques ne permettront probablement jamais de pouvoir répondre à cette question.  Quoiqu'il en soit, il est à constater que persiste chez les sages-femmes le désir profond de vivre leur autonomie ... dans la crainte atavique de "ne pas être à la hauteur", de "ne pas y arriver" ...   

Cette autonomie n'a pourtant rien à voir avec la science, avec le droit, avec les instruments ; elle est seulement profondément humaine.  C'est celle que l'on observe et que l'on peut vivre auprès de n'importe quelle femme et de n'importe quel homme qui enfante ... celle et celui, en tout cas, qui ne se laisse pas submerger par le dictat du savoir théorique.

 

Les "maisons de naissance" telles qu'elles sont imaginées aujourd'hui vont vers une impasse.

 


Jean-Claude Verduyckt
22 décembre
2005


 

 

                   Nous aménageons une Maison de Naissance Familiale.

 

 

Nous ne percevant pas de subsides.  Les travaux se réalisent en fonction de la disponibilité et grâce à la bonne volonté de nos membres. Nous ne pouvons donc pas prévoir la date officielle d'ouverture de la Maison.

Pour venir jusqu'à la Maison ...

Certains locaux sont déjà accessibles.  Nous y organisons certaines activités telles que les rencontres entre mères et futures mères , et les rencontres entre pères et futurs pères.  Nous y avons déjà organisé plusieurs après-midis de rencontre de familles sous la forme de tables d'hôtes.

Cette Maison est particulière dans la mesure où elle est la seule a être administrée et gérée par des parents et non en premier lieu par des professionnels (ceux-ci ne sont que des conseillers dans l'aménagement).  Nous axons les priorités de son fonctionnement sur les besoins des femmes, des hommes, des bébés, et des couples et familles, et non sur ceux des professionnels, rendant ainsi les (futurs) parents responsables de la Naissance de LEUR enfant, en collaboration avec les professionnels qui y travaillent.

Pourquoi cette Maison de Naissance ?

Commençons par une absurdité (en obstétrique nous n'en sommes pas à une près !) : chaque fois que cela est possible, nous privilégions la naissance à domicile.

Actuellement, dans notre pays et seulement depuis quelques décennies, la plus grande majorité des accouchements ont lieu dans les hôpitaux.  Un hôpital est souvent comparé à une entreprise : elle se doit d'être rentable, car la concurrence est dure.  Elle nécessite une organisation, des règlements, une hiérarchie, ... que chacun(e) doit respecter pour son bon fonctionnement.
Tout cela n'est compatible avec la Naissance que si celle-ci est considérée comme un acte avant tout technique, auquel s'ajoute - nature du produit oblige - un certain confort matériel et quelques sourires.

Nous dénonçons, dans d'autres articles, ce qui s'y passe d'inadmissible.  La désinformation du public, la manipulation des femmes, dont nombre se prêtent volontiers aussi au jeu : car il est facile de laisser ses responsabilités aux autres.  Cercle vicieux, car le personnel hospitalier aime bien qu'on lui laisse prendre toutes les décisions.  Ce système est bien stable, mais est-il vraiment sain ?

Nous proposons, comme d'autres associations dans d'autres pays, une lettre type "projet de Naissance".  Elle peut être le résultat du projet de naissance réfléchi par les couples.  Peut-être que de plus en plus de futurs parents proposeront leur lettre ; peut-être que les hôpitaux, un jour, tiendront compte de leurs désirs ... honnêtement. 

En attendant, parce que nous croyons qu'il est important, dans une société qui grandit, de favoriser la prise d'autonomie des personnes qui la composent, nous ouvrons cette Maison de Naissance comme lieu de liberté et d'expérience.

 

Fonctionnement de la Maison

Toute personne qui souhaiterait organiser des rencontres ou une activité en rapport avec la Naissance ou le Parentage peut prendre contact avec les parents gestionnaires de la Maison (carrefour.naissance(arobase)swing.be).

En ce qui concerne les accouchements, toute personne est la bienvenue.  Elle peut se faire accompagner comme elle le souhaite, par unE amiE, ses enfants, ...  Elle peut être accompagnée ou non d'unE professionnelLE de la Naissance (sage-femme ou médecin).   (Pour des raisons d'hygiène, nous ne pouvons pas accepter d'animaux.) 
Le ou les professionnels qui l'accompagnent sont priés de se présenter auprès des parents qui gèrent l'association et la maison, afin de faire connaissance et de discuter des quelques règles de fonctionnement.
Au cas où la femme n'aurait pas d'accompagnant professionnel, notre référent sage-femme peut la rencontrer.  Il prendra connaissance de son dossier médical et discutera avec elle de ses souhaits. 

Un règlement intérieur peut être consulté sur place et discuté avec les parents gestionnaires de la Maison.

Comme il y a peu d'enfantement dans la Maison - puisque nous privilégeons les naissances à domicile -, elle est souvent disponible.  Elle permet dès lors un accueil des familles avant le temps de l'enfantement et après.  Avant, cela donne le loisir aux personnes de s'approprier le lieu, d'en imaginer un aménagement personnalisé.  Après, d'y revenir, pour "souffler", pour "se remémorer" ...

 

Description de la Maison

La Maison est située dans un quartier populaire d'une ville anciennement charbonnière.  Charleroi se situe dans le sud de la Belgique, à une trentaine de kilomètre de la France, à 40 Km de Namur, capitale de la Wallonie, à 60 Km de Bruxelles. 

C'est une petite maison construite du "temps fleuri du charbon", pour accueillir une famille modeste.  (Nul doute que des enfants y sont nés au temps où ne se posait pas de question quant au lieu où devait naître les enfants.  Ils naissaient là où vivait la famille.  Il s'agit d'un autre temps, mais peut-on oublier le temps passé lorsqu'on regarde le futur ?) 

Le rez-de-chaussée est composé de deux pièces : Une salle d'accueil (salle d'attente, de réunion, de consultation, de lecture - notre bibliothèque est composée de livres et de revues à propos de la naissance et du parentage ... -, 
Le "salon-chambre" de naissance qui se poursuit par la salle d'eau (construite en annexe), qui donne directement sur le jardin ... (Dans ces espaces, la femme peut choisir librement l'endroit de son accouchement.)

On accède au premier étage par un escalier dressé entre l'accueil et le salon.  

Il arrive dans une petite cuisine-salle-à-manger.  Nous l'avons conçue pour que les femmes, couples ou familles qui séjournent dans la maison puissent être entièrement autonomes.  

Un petite salle d'eau avec une douche.

L'autre pièce permet différents aménagements : rencontre, réunion, massage, chambre, ... 
(Cette chambre peut, par exemple, accueillir les enfants aînés d'une famille dont le couple accouche en bas ...).   

Enfin, le grenier, dont la surface couvre toute la maison, qui sera ménagé en dernier en grande salle de rencontre et ... de jeux. 

L'aménagement et la décoration des locaux sont sobres.  Ce sont les couples qui les "terminent" selon leurs désirs, afin de s'approprier le lieu.

28 avril 2000