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L’accouchement accroupi
Redécouvert chez les indiens : Apprenez l’accouchement accroupi ! La meilleure position, naturelle, pour vous et votre enfant. Dr Moyses PACIORNIK Editions Pierre-Marcel FAVRE Accouchement indien Pour visualiser la couverture du livre, cliquez ici Quelques photos du livreS'il n'y avait pas de médecins, comment se passeraient les accouchements ? Ne naîtrait-il pas d'enfants ? Y aurait-il beaucoup de complications pour la mère et le fœtus ? Moins qu'on ne le pense. Laissés à la nature, plus de 90 % des accouchements auraient lieu spontanément, sans besoin d'aucune aide. À la rigueur, dans moins de 10 % de cas, on a besoin de l'aide d'une sage-femme bien formée. Et le recours à un médecin ne se justifie que dans la moitié de ces situations difficiles. Et c'est ainsi que les choses se sont toujours passées, et se passent encore chez les peuples primitifs, où nos formes de développement ne sont pas intervenues dans les phénomènes naturels. On constate que, dans ces civilisations, les femmes prennent souvent la position accroupie pour mettre leurs enfants au monde. Ce qui, du point de vue médical, nous paraît la manière la plus adéquate d'accoucher. Nous constatons qu'avec l'évolution sociale, la femme, par manque d'exercices physiques, s'est affaiblie, a eu des difficultés à maintenir la position primitive. Les responsables furent les bancs et les chaises, les coussins, les lits hauts, les toilettes élevées, les mille véhicules de traction animale et, plus récemment, les automobiles qui ont diminué la capacité de la femme à supporter un accouchement en position accroupie. C'est en Egypte que les premières références aux chaises obstétriques ont surgi. Les habitantes obèses et aristocrates du Nil, confinées dans des harems, ne se déplaçaient qu'en litières, portées par des esclaves : impossible de les maintenir agenouillées, position adoptée par les pauvres fellahs des rives du Nil. C'est à la riche civilisation française que nous devons l'existence de l'obstétrique moderne, la femme couchée sur un lit élevé. N'importe quelle autre position était inaccessible aux dames de la Cour royale, suralimentées, trop vêtues, soucieuses de soins, sédentaires et peu mobiles. C'est Mauriceau, le médecin de l'élégante noblesse parisienne, vers 1700, qui a commencé à pratiquer les accouchements en position couchée. Alors que, dans le petit peuple, les femmes restaient fidèle à l'ancienne pratique. Alors l'accouchement sur le dos devint à la mode, et, de France, appuyé sur les arguments de Mauriceau, gagna d'abord les cours européennes pour se répandre ensuite dans tout le monde occidental. Les médecins eux-mêmes ont fini par trouver naturel de compliquer ainsi l'acte naturel de la naissance. Il nous est alors venu l'idée de conseiller aux femmes d'imiter les Indiennes brésiliennes. Nous le racontons dans une série d'histoires que vous allez lire, tout en essayant également de répondre à la question : — Le cancer n'existe pas chez les Indiens ?
Examen gynécologique chez les Indiennes En 1950, les journaux du monde entier annonçaient la découverte, au Paranâ, d'une nouvelle tribu d'Indiens, les Xetâs, avec qui le professeur Loureiro Fernandes était arrivé à nouer des contacts. Bien reçu, il s'était créé des amitiés, et avait commencé l'étude de leurs coutumes et de leurs mœurs. Un fonctionnaire du Service de Protection des Indiens, Neném, y était allé également. Il avait adopté un petit Indien, Tuca, qu'il avait ramené chez lui et élevé. A cette époque, nous commencions à nous enthousiasmer pour la prévention du cancer gynécologique. Les voyages à l'intérieur du pays pour examiner les femmes, informer les médecins, organiser la prévention, faisaient partie de notre travail. C'est pourquoi nous nous sommes proposés pour une mission chez les Xetâs. — Professeur, pensez-vous que nous sommes en mesure d'aller dans les villages de la Serra dos Dourados, examiner les Indiennes et pratiquer la prévention auprès d'elles ? — Comment ? Des examens gynécologiques chez les Indiennes ? Le professeur éclate de rire, un de ces rires en cascade qui fait du bruit, mais n'offense pas. — Examen gynécologique ? Vous êtes fous. Vous n'y pensez pas... Quel scandale !... Non, pas possible. C'est absurde. Abandonnez cette idée. Mais le sort en était jeté et l'idée s'est réalisée.
Et les Xetâs ? Les Xetâs, habitants de la Serra dos Dourados, Municipalité d'Umuarama, étaient plus de cent, vivaient de la chasse et d'une agriculture rudimentaire. Sans que personne s'occupe d'eux, à l'ombre des pinèdes immenses, des arbres séculaires, au bord des rivières rapides, heureux, sans faux besoins, ils regardaient le temps passer. Mais ils ont été découverts ! Le professeur les a étudiés. Ses intentions étaient excellentes. Les terres qu'ils habitaient étaient les meilleures, le bois de première qualité, le sol excellent et les intentions du Blanc les meilleures. Scier, planter, élever du bétail, produire des richesses. Le Blanc a coupé les pins, défriché et labouré la terre, semé, récolté les céréales, coupé les arbres, planté de l'herbe et élevé du bétail. Des routes ont été construites, la richesse a circulé, les villes ont surgi. Umuarama a surgi, Cruzeiro do Oeste s'est agrandie. — Professeur Loureiro, où sont les Xetâs ? — Les Xetâs ? Je ne sais pas... ils ont disparu... ils se sont dissous, ils n'existent plus... A peine les ai-je découverts qu'ils ont disparu. Là où habite l'Indien, la terre est bonne. Et là où la terre est bonne, on peut faire de l'élevage, planter, et le propriétaire s'enrichit. Où sont les Xetâs ? A Xanxerê, cela a été possible. Celso Rauen, en 1938, à peine ses études de médecine terminées, installe une salle de consultation à Xanxerê. Xanxerê, c'est la forêt vierge. C'est la région des X (Xanxerê, Xaxim, Xavantina, Xapecô), des milliers et des milliers de pins. Les Italiens de Rio Grande arrivent, établissent des scieries, coupent les pins que l'oiseau bleu (Gralha Azul) a plantés et que la nature a fait pousser. Le pin donnait la pigne. La pigne faisait des pins, les pins donnaient les pignes... Les pignes étaient riches en protéines, vitamines et hydrates de carbone. Aliment bon, aliment sain qui nourrit la bête, le tapir, la paca, le capivara, le daim, le lièvre, l'homme qui chasse la bête, qui mange le fruit, qui alimente la chasse. Le tout parfaitement ordonné, dans un cercle sans fin. C'est le monde de l'équilibre. Et le colon de Rio Grande arrive, établit la scierie, coupe l'arbre qui ne lui coûte rien et qui ne donnera plus de fruit à la bête qui n'aura plus rien à manger, l'oiseau n'aura plus de place pour faire son nid. C'est le commencement du cycle de la faim. Le colon vend le bois, construit une maison modeste, avec des parois de planches, un toit. Deux pièces. Une cuisine-salle à manger-salle de séjour, une cuisinière, de la fumée, de la polenta (purée de maïs), du riz, des haricots, de la viande séchée, de la viande de porc, du poulet, quelquefois du gibier. Il a une chambre, un grand lit, un matelas de paille, un, deux, trois, huit, dix enfants ; il vit modestement dans la forêt, près du petit village. Ce village, aujourd'hui, c'est Xanxerê, une ville avec une grande église, une belle place, mille maisons, l'électricité, le téléphone et vingt mille habitants. Et Celso travaille sans arrêt. Il a des enfants. II travaille tellement qu'il tombe malade, si malade qu'il ne peut plus travailler. Il en profite pour étudier. Il découvre la médecine préventive. Il comprend que la cause de la mort dans sa communauté pourrait être vaincue. Celso vient nous voir à Curitiba. Il voudrait que nous collaborions à une immense campagne de prévention. Il promet de faire tout son possible. La politique, les petites intrigues, des malentendus divisent ta ville, séparent les habitants. 11 va les unir. C'est le cancer qui les unira. Et Celso convoque le juge. le maire, le curé. tout le monde. La femme et les enfants travaillent, sa maison devient un quartier général. Il hébergera et nourrira les gens. Et toutes les familles qui le peuvent imitent Celso et Xanxerê et se préparent pour la campagne de prévention qui l'a unie, en attendant la venue des médecins amis, qui sont venus de là-bas, du Paranà, pour leur donner la main dans la grande campagne de prévention. Seulement, avant d'aller à Xanxerê, nous essayons d'étudier l'histoire, les conditions actuelles de la région. Nous relisons aussi l'histoire de la colonisation du Paranà. De tout ce qu'on nous a raconté et de ce que nous avons lu, nous avons appris.
Nous avons appris Nous avons appris qu'il n'y a pas très longtemps, cette région était habitée par une grande population indigène, Caigangue et Guarani. Ceux qui restent encore se trouvent là, habitant les réserves de Xapecô et Ibirama. Nous nous sommes rendu compte que, pour comprendre ce qui était arrivé aux Indiens, nous devrions essayer de savoir ce qui s'était passé chez les Blancs. Les choses se sont déroulées de la manière suivante : Lors de la première division du Brésil, Santa Catarina faisait partie de la capitainerie de Sao Paulo, c'était la vallée de l'ilajai, dépendant du district de Curitiba. C'est alors qu'une fille de D. Pedro I, Dona Francisca, s'est mariée avec le prince de Joinville, qui aurait dû recevoir en dot une grande partie de cette région, avec l'obligation de l'habiter, ce qu'il ne voulait pas et n'a jamais fait. Il a argumenté, discuté : ce qu'il lui fallait, c'était de l'argent. Des terres, pourquoi faire ? En outre, ces terres distantes n'étaient pas intéressantes et n'avaient aucune valeur. La fiancée la appuyé. En échange, ils ont reçu sept cent cinquante contos de reis. Une fortune ! Des années plus tard, D. Pedro a marié sa seconde fille. Tout naturellement, le nouveau fiancé a reçu comme dot mille trois cent cinquante contos. Joinville a protesté, trouvant cela injuste. — Pourquoi Francisca valait-elle moins que sa sœur ? — C'est l'inflation, l'argent s'est dévalorisé. Explication inutile. Le prince tape du pied. D. Pedro, pour en finir avec cette discussion, lui apporte sur un plateau les terres qu'il avait refusées auparavant. C'est ainsi que le prince est devenu propriétaire de l'énorme étendue de terre qui aujourd'hui constitue le nord de Santa Catarina, les terres de Dona Francisca. L'argent que le mariage impérial lui avait concédé a fructifié ailleurs. En ce temps-là, avec la découverte du nouveau continent, la navigation a connu un très grand essor. La Compagnie hambourgeoise de navigation a une idée "géniale". Elle entre en contact avec le prince et achète le droit de coloniser ses terres. Elle remplit des navires avec des acheteurs, futurs colons. Elle intensifie la propagande. Elle raconte les merveilles du paradis tropical : bon climat, terres fertiles, bois, fruits savoureux, rivières pleines de poissons, chasse abondante, absence d'animaux dangereux. — Et les Bugres ? les Indiens ? Entre les nombreuses frayeurs des Européens — serpents, tigres, araignées, moustiques, crocodiles—surgit la crainte du bugre noir, au sujet duquel on se raconte des histoires horrifiantes : méchanceté, férocité, sauvagerie, dissimulation. — Non, dans cette région il n'y a pas de bugre, seulement au Mato Grosso, dans l'Amazonie... — Et les terres se vendent. Elles ne sont pas chères ; bien plus élevé est le prix des passages. Et les navires se remplissent : des familles entières. Quelques animaux. Les meubles, horloges, couvertures, édredons de plumes d'oie. Des caisses et des caisses d'ustensiles, de linge, de vêtements, de houes, de bêches, de pioches et pour presque tous, un fusil à double canon, de ceux qu'on charge par la bouche. Ce sont de longs voyages, des jours et des jours ; le mal de mer, l'intoxication alimentaire, la soif, la faim. La dysenterie cause nombre de morts. Les corps sont jetés à la mer. A la fin, on arrive au port de Sâo Francisco. Les gens sont étonnés des pauvres maisons ; de la chaleur. Ils sympathisent avec les gens de couleur, de peau foncée, bons, aimables, rieurs, serviables dans leur effort de comprendre la langue étrangère. Dans les lettres pour l'Europe, ils racontent tout ce qu'ils ont trouvé. " Les fruits, tous bons. Il y en a un, appelé banata, qui pousse en régime, qui a la forme d'une saucisse, un goût de poire et n'a pas de noyau. " Courbés sous le poids de la charge, conduits par des gens sous contrat, ils quittent le littoral à la recherche de leur propriété, en direction du soleil couchant. Ils remontent la rivière de Sâo Francisco, jusqu'à la hauteur de Ribeirâ Matias, près de Foz do Cachoeira, à l'endroit qui, en hommage au prince, a pris le nom de Joinville. Des palmiers, des arbres aux noms étranges et des fleurs. — Sans la chaleur, les moustiques et la fatigue pour traverser la foret, tout serait merveilleux. Mais, craintifs, ils s'aperçoivent que la terre n'est pas libre, il y a des traces de gens. Des chemins pénètrent dans la forêt. Il y a des huttes faites de feuilles de palmier. Des restes mal brûlés de branches, du charbon et de la cendre, montrent l'existence d'êtres étranges. Ils marchent soucieux, se réunissent effrayés quand un petit Karl et une Gretchen, essoufflés et suants, presque sans voix, affirment avoir vu un " schwartz Buger ". La peur les étreint. On leur a menti en affirmant que les terres n'étaient pas occupées, qu'ici il n'y avait pas de " schwartz Buger ". Les femmes et les enfants sont épouvantés. Ils se rappellent les histoires terribles, de tortures, de gens rôtis vivants et mangés dans des festins infernaux. Les signes des Indiens sont présents, mais ils ne se laissent pas voir. Les hommes préparent les armes, chargent les fusils. Ils marchent tous ensemble. On défend aux enfants de s'éloigner, la nuit, ils dorment autour du feu, une sentinelle toujours aux aguets. Le moindre bruit les effraie. Mais, c'est étrange, ils ne sont pas attaqués. Les groupes continuent à avancer, chacun à la recherche de sa propriété, quelques-uns vers les terres de la princesse, d'autres plus loin baptisant les endroits de noms qui leur rappellent la vieille patrie, Pomerode, Blumenau, Nova Danzig, Nova Trente, Harmonia, Hansa Humboldt... Chaque famille, sur la terre, abat la forêt, bâtit sa maison, brûle les branchages, plante, s'établit. Mais la peur des Indiens ne passe pas, surtout quand se remarque l'absence d'un animal ou le vol de céréales. Un instant de surprise, face à face et le Blanc ne laisse pas à l'homme foncé le temps d'attaquer, il lui fait sauter la cervelle, avec une charge double de gros plomb. D'autres histoires, à l'opposé, se racontent aussi : Hans Jakob et le fils, cibles faciles, meurent touchés par des flèches quand, en canoë, ils traversent l'Itajai. Les filles de Friedrich ne reviennent pas des champs. La
nuit, le lendemain passent, mais elles ont disparu. "Les terres de Santa Catarina, vendues par le prince de Joinville, sont habitées par les terribles Bugres noirs"... Personne n'achète plus de terre. L'immigration va s'arrêter. Les navires vides lèvent l'ancre. Les pertes sont grandes. Et les compagnies de navigation rendent visite au représentant du Brésil à Hambourg. Les autorités écrivent au Brésil. Ici, on prend des mesures. On envoie des troupes pour protéger les terres des colons. Ensuite, on retire les soldats, et on loue les services de spécialistes de la chasse aux Indiens. Ce sont des Bugreiros, hommes décidés, qui se proposent d'en finir avec ces perturbateurs de l'ordre. Sous contrat. Ils en engagent d'autres et forment des bandes. Ils ne gagnent pas beaucoup, mais ce sont des héros, défenseurs de la civilisation et de l'ordre ! Leurs conversations sont écoutées avec intérêt : comment tuer, et comment ils ont tué. Ils donnent des leçons de décision, de violence, de brutalité. A l'aube, ils s'avancent dans les forêts, découvrent les villages endormis. Silencieusement, ils s'approchent, jettent des aliments empoisonnés aux chiens. Ils coupent les cordes des arcs ; ensuite, ils attaquent, mettent le feu, détruisent. Les enfants meurent aussi, sauf quelques filles et garçons, emmenés pour être domestiqués et élevés dans des familles de la région ou envoyés dans la métropole et même en Europe, comme cela a été le cas d'une jeune et jolie Indienne, qui est devenue une curiosité en Allemagne. Elle a étudié, a appris la langue de ses blonds protecteurs. Elle a pris des airs d'aristocrate et meurt presque de dégoût et de honte quand on lui fait la surprise désagréable d'une rencontre avec son père, sa mère, ses frères et sœurs, pauvres Indiens de la forêt vierge. Ceux qui réussissent à échapper à la terreur blanche s'enfuient loin des terres chaudes, traversent les chaînes de montagnes et vont de plus en plus dans le sens opposé, là où l'hiver est froid, tout en haut, derrière les grandes montagnes où naissent les pins, où la nature est belle et bonne, où il y a des cours d'eau sans fin, bien loin, où le Blanc n'arrivera pas. Ils se joignent aux gens de leur race. Là, ils rencontrent les Caigangues et les Guaranis qui habitent la région. Ils élèvent des villages, vivent sans soucis. Ils sont nombreux, des centaines. Sur la terre chaude de la vallée, ils étaient des milliers ; maintenant, là-bas, il n'en reste que quelques-uns. Dans l'Indaial de Blumenau, il n'y a plus d'Indiens. Des villages aux noms étranges apparaissent à leur place, grandissent, deviennent des villes. Elles sont puissantes avec leurs industries, leur agriculture et leur élevage, orgueil de la civilisation européenne, transportée dans la brousse tropicale : Joinville, Blumenau, Jaraguâ, Sâo Bento... Et personne n'oublie l'épopée formidable des Européens pionniers. L'histoire raconte qu'à Blumenau, quarante-quatre Européens sont morts, victimes des flèches traîtresses des " schwartz Buger ". Mais les Bugreiros, qu'ils ont engagés, ont protégé les Blancs et les ont bien vengés en liquidant des milliers et des milliers d'Indiens. Des villages entiers ont été décimés. Et les Bugreiros ? Les Bugreiros étaient admirés, craints et respectés. Leurs aventures enflammaient l'imagination des jeunes. Quelques faits arrivés en 1960 donnent une idée de ces gens, permettant de comprendre leur comportement et leurs relations avec les Indiens, il y a cent ou deux cents ans. Des camions et des camions chargés de troncs de pins descendaient de Santa Catarina. Les chauffeurs racontaient les difficultés du village de Xanxerê : tout à faire. Un homme qui saurait réparer des pneus deviendrait riche. Oscar Rudel nous raconte : — J'ai appris à réparer des pneus. J'ai vendu ce que j'ai pu. Le reste, je l'ai entassé sur le camion de Juca et, avec toute ma famille assise sur le chargement, nous sommes partis pour Xanxerê. Nous avons voyagé, voyagé, voyagé. Mauvaises routes, petits villages, poussière, ornières. Nous avons traversé des cours d'eau sans pont. De loin en loin, une masure. Tout le temps, nous avons croisé des camions chargés de troncs. Le soir, dans une clairière, près d'un haut plateau, nous avons découvert une petite église, entourée de vingt ou trente maisons. Juca dit : — Nous sommes arrivés. — Xanxerê ? — Oui. — C'est Ça ? demande Maria, déçue. Les enfants bavardent sans arrêt. Juca dirige le camion vers un homme debout à la porte d'un bar. A peine les nouveaux venus ont-ils le temps de dire bonjour qu'ils voient un garçon d'environ dix-huit ans arriver par-derrière et, sans rien dire, enfoncer un poignard dans le dos de l'homme de couleur. Un cri, un corps qui tombe. L'autre continue à donner des coups de poignard, un, deux, cinq, six. Le sang coule, l'homme est mort. Le jeune homme tire encore un revolver et loge deux balles dans la figure. Il s'en va en courant vers la forêt, derrière le magasin. Maria commence à crier. — Allons-nous-en... Je veux retourner à la maison... Allons-nous-en... Je ne veux pas rester ici. Attirés par les cris, deux policiers arrivent en courant. Penchés sur le corps, ils commencent à examiner l'homme. Par surprise, l'assassin s'approche par-derrière et, sans attendre, tue les deux policiers. Le désespoir de Maria est indescriptible. Les enfants, cramponnés à la mère, crient dans leur affolement. — Allons-nous en d'ici... Je veux rentrer à la maison. — Nous en aller comment ? Où ? Avec quel argent ? Tu ne sais pas que nous avons tout vendu ? Et l'argent pour payer le voyage ? Le samedi suivant, il y a un bal. Les nouveaux habitants invités avec insistance ne peuvent pas refuser, ils sont obligés d'y paraître. Un joueur d'harmonica anime la fête. A chaque danse, les jeunes filles sont invitées et, à la fin, retournent à leur place. Les jeunes gens s'entassent à l'entrée du salon. Il en est toujours ainsi. Dona Maria voit l'homme se détacher du groupe de buveurs près du comptoir, s'arracher le chapeau de la tête et le jeter par terre. — Je veux voir qui est assez homme pour m'arrêter. Silence total. — Personne ne se présente ? Tas de lâches. Il ne se passe pas cinq minutes, et l'inspecteur (le Shérif) ouvre brusquement la porte du salon. On ne sait pas qui est allé le chercher. Tout le monde retient son souffle. — L'inspecteur. — Il n'est pas homme à venir me tirer d'ici. Celui à qui s'adresse ce défi commence à s'approcher. Une explosion. L'inspecteur porte la main au front. Il tombe foudroyé. Le juge et l'avocat général se précipitent à son secours. Encore deux coups. Les trois corps gisent en tas. — Il y a encore un homme parmi les autorités ? La débandade est générale. Les femmes s'évanouissent. En un clin d'œil, le salon est vide. L'assassin saute par la fenêtre et disparaît dans la nuit. Il n'a jamais été pris. On a mis plus de six mois pour rétablir l'administration de la ville. Les tueurs deviennent des héros et aujourd'hui encore on se raconte leur histoire. MACHOS ! Pour la fête du 7 septembre, jour de la patrie, les professeurs organisent la fête. Il y a un défilé. Tout le monde est sur la place. A midi, le directeur donne le signal. Les enfants ouvrent les portes. On entend un bourdonnement et, à un signal donné, des dizaines de pigeons s'envolent en cercles ascendants. C'est l'envol triomphal, point culminant de la fête. Tout d'un coup, personne n'y a rien compris : comme si cela avait été prévu, préparé, comme si c'était une partie du spectacle, coup de feu sur coup de feu, une vraie fusillade. Il n'y a plus de pigeon dans l'air, ils gisent tous abattus sur la place. L'un d'eux, blessé, se blottit à l'abri de la croix, sur la tour de l'église. Il est mitraillé de mille coups de feu, qui le projettent au loin. De la croix il ne reste que des débris. Les femmes sont révoltées, quelques-unes pleurent. Les hommes rient, à se tenir le ventre. La fête est vraiment complète. Seule la colère du curé met fin au sacrilège. Les garçons n'oublieront plus jamais l'épisode ; ils s'en souviennent encore avec orgueil et satisfaction. Ils étaient comme ça, ces gens-là. Si c'était ainsi entre eux, il y a moins de vingt ans, combien pires devaient être leurs relations avec les Indiens, il y a cent, deux cents ans ? Les immigrants européens et leurs fils se disaient religieux, et ils obéissaient aux prêtres, mais un homme est un homme, un macho est un macho, une bête est une bête, un Indien est un Indien et un Bugre est un Bugre, voilà ! Que faire ? En 1977, lors d'une réunion du service national de l'apprentissage commercial (SENAC), un jeune homme bien habillé a pris la parole : — Vous êtes allés à Xanxerê ? Mon père est propriétaire des terres de l'autre côté de la rivière. La chute d'eau où vous vous êtes baignés forme la limite de notre propriété. Ils ont donné deux mille alqueires (Mesure de capacité : 36,83 litres de matières sèches) aux Indiens. Pourquoi les Indiens ont-ils besoin de terres ? Ils ne plantent pas et ne font rien. Ah ! si j'avais ces terres ! Rien qu'avec 10 %, je deviendrais riche. Ils sont tous des vauriens. Il faudrait les chasser tous vers le fin fond du Mato Grosso ou en Amazonie. — Et vous, d'où venez-vous ? Vous êtes né là ? — Non, mais je connais bien le problème. Mon grand-père est venu d'Italie. Mon père a pris des Indiens pour couper le bois, aider à défricher, à planter du soja. Il leur payait dix cruzeiros par jour ; ils prenaient l'argent, achetaient de l'eau-de-vie et ne valaient plus rien. Avec les Indiens, il n'y a rien à faire. Mais laissons Rudel parler : — Je faisais un peu de tout, j'étais charpentier, peintre, mécanicien. Nous avons vécu à Xanxerê pendant trente ans. Nous avons noué des amitiés, nous aimions l'endroit. Et l'assassin, on l'a pris ? — Quelques années plus tard. — Il avait été enrôlé pour ça. Celui qui en avait donné l'ordre a été arrêté tout de suite. Il s'agissait de disputes de terres, de luttes pour les pins. Les terres n'appartenaient à personne. Il n'y avait que des Indiens là. Au commencement, on a tué les Indiens. Après, le Service de Protection des Indiens a commencé à faire arrêter ceux qui les attaquaient. Alors, le négociant en bois arrivait avec une bouteille d'eau-de-vie, l'offrait à l'Indien ; celui-ci buvait, s'enivrait et ne se préoccupait plus de savoir si on lui coupait dix ou vingt pins. Il y en avait tellement qu'on avait l'impression qu'ils ne finiraient jamais. Et pourquoi les Indiens avaient-ils besoin de tant de pins ? Ensuite les prêtres sont venus et ont ouvert des écoles pour les Indiens. Malgré cela, l'eau-de-vie a presque toujours continué à agir, surtout jusqu'au jour où on a créé la FUNAI. La FUNAI a délimité des réserves. Une étendue de vingt mille alqueires a été réservée aux Indiens de cette région. Aujourd'hui, ils n'ont plus que six mille trois cents alqueires. Malgré la FUNAI. Eh bien, quoi ! Qu'est-ce que ça faisait ? Les marchands de bois continuaient à couper les pins. Alors, la FUNAI a donné l'ordre d'arrêter la coupe de nouveaux arbres. Les inspecteurs permettaient qu'on retire ceux qui étaient abattus. Et c'est là que ça a commencé. Le résultat a été un abattage d'arbres forcené. Les scies mécaniques coupaient jour et nuit, surtout la nuit. Et les inspecteurs ? Ils déclaraient coupes normales des milliers qui étaient par terre et d'autres qui, rapidement, en cachette, continuaient à tomber. A Erechim, Urugaiana et Santa Maria, apparurent des hommes rudes, décidés, les poches remplies d'argent, acheteurs des meilleurs terrains. Ils payaient sans marchander, des prix au-dessus de la valeur réelle. On a construit des bâtiments. Des joailliers vendaient des bijoux. Des voitures du dernier modèle soulevaient la poussière dans les premières villes du Rio Grande. Mais les bois devenaient plus clairsemés. Les Indiens, sans comprendre, regardaient les files de camions. Cependant, après de nombreuses campagnes, la coupe des pins s'est arrêtée. Aujourd'hui, dans les réserves, seule la FUNAI scie et vend du bois. L'argent va à la centrale de Brasilia qui l'emploie pour le maintien de la machine bureaucratique... Quand des améliorations deviennent nécessaires, l'administrateur de la réserve le fait savoir à la centrale, qui pourvoit aux envois, selon les besoins. L'Indien travaille comme ouvrier dans la scierie, dans les plantations de soja, de blé, qui s'étendent sur les collines de sa propriété. Le produit de la vente va à la centrale, qui lui rend ce dont la réserve a besoin. Près de mille personnes, trois cents familles, vivent maintenant dans cette région. L'administration leur offre un lot de terrain avec une maison construite sur pilotis. Une ou deux chambres ont un plancher. La cuisine a une cuisinière de briques comportant une plaque de fourneau et trois trous. A chaque maison est attachée une annexe plus petite en terre battue. En réalité, c'est dans l'annexe que vit l'Indien, autour d'un feu à même la terre, comme il a toujours aimé vivre. Quand il accepte de venir habiter là ! Beaucoup préfèrent rester dans les bois, dans des chaumières, même sur le sol, autour d'un feu toujours alimenté, se passant de l'un à l'autre une calebasse de maté, fumant une cigarette de paille de maïs après l'autre. Leur champ est situé tout près. La source d'eau, la chasse, la grande rivière, les chutes d'eau bruyantes et joyeuses, agréables les jours de chaleur, tout est à proximité. Les mains sont constamment occupées à faire les objets les plus divers : des arcs, des flèches, des paniers, des ceintures. Pourtant, les commodités de la vie moderne sont en train de s'imposer lentement : la maison bien protégée, les lits hauts, les matelas, les chaises. Il ne faut pas être pressé, l'Indien cédera, il oubliera la forêt, il viendra à la civilisation, se cultivera, arrivera à l'émancipation. Il était une fois... des Xetâs, des Caigangues, des Xohiengs, des Guaranis. Ils étaient des milliers. Où sont les Xetâs ?
Et les Indiens ? — Celso, est-ce que vous pensez que nous pouvons installer une salle de consultation dans la réserve et examiner les Indiennes ? — Je crois que oui, je vais parler avec Maeder. C'est le responsable. Je suis sûr qu'il nous aidera. Seulement, je ne sais pas si les Indiennes se laisseront examiner. Celso s'est débrouillé, il a parlé en haut lieu et a tout arrangé. Nous avons décidé qu'une unité volante des pionniers sociaux, dans un car — salle de consultation, bien montée en appareils, offrant toute commodité — lumière électrique, eau, air conditionné, stérilisateur — en plus du matériel médical nécessaire, colposcope et microscope, serait installée au centre du village. La nouvelle a cependant suscité des commentaires. Des collègues, tel le professeur Loureiro, très ébranlés, se sont manifestés. Ils se refusaient à croire que l'examen gynécologique serait possible. — Les femmes indigènes ne viendront pas aux consultations. Elles n'accepteront jamais de s'étendre sur une table d'examen. Jamais, sous aucun prétexte, elles ne permettront qu'on leur palpe et examine les seins. D'ailleurs, la recherche serait inutile, étant donné que — c'est une croyance générale — le cancer utéro-cervical n'existe pas chez les habitantes des contrées sauvages brésiliennes. Nous y sommes allés pour nous en assurer. Nous avons organisé un vaste questionnaire et l'unité mobile s'est rendue sur place. Nous avons instruit dix enquêteuses, parmi les mieux préparées de notre équipe et, non sans appréhension, nous avons parcouru les vingt-sept kilomètres qui séparent la ville de Xanxerê de la réserve de Chapecô. Bientôt, le siège du poste a surgi devant nos yeux. Sur un ample plateau, face à une pinède impressionnante, se détachait la blancheur de la voiture des pionniers sociaux, devant la porte de laquelle attendait une file de femmes, une centaine environ. Des groupes d'hommes se tenaient à une certaine distance. L'une après l'autre, les femmes se dirigèrent vers les tables, où nos assistantes, sans hâte, posaient les questions. Les Caigangues et quelques guaranis, qui parlaient un portugais rudimentaire, n'éprouvèrent ni difficulté ni gêne à répondre. Les choses ne se passèrent pas aussi bien avec un groupe de Guaranis, pour lequel nous dûmes faire appel à un interprète, le chef de la tribu. Sa gêne et sa honte créèrent un désordre qui troubla non seulement les patientes, mais aussi quelques-unes de nos auxiliaires. Mais qu'importe ? nous avons rempli les fiches cliniques de quatre-vingt-seize indigènes. A notre retour, on nous a fait observer que les Indiennes sont venues aux examens parce que : 1) elles ignoraient de quoi il s'agissait ; 2) elles n'avaient pas le courage de contrarier les ordres du chef de la réserve. Soixante jours plus tard, nous sommes retournés au village et, à notre grande satisfaction, nous avons constaté que la nouvelle des premiers examens, et de leur signification, s'était répandue dans la région ; une autre file nous attendait, dans l'espoir d'un examen préventif. Il restait un doute. Cela n'était-il pas dû à une obligation imposée par la direction de la réserve ? Ce que nous allons raconter est éloquent en soi... Après une journée entière de travail patient et méticuleux, dès la tombée du jour, comme juste récompense, toute l'équipe avait décidé de faire une promenade et de plonger près de la chute d'eau de Xapecô, à quelques kilomètres du siège. Le seul à ne pas nous accompagner fut le photographe du groupe, fonctionnaire des Diàrios Associados qui, obligé de remettre le rapport à son entreprise, devait partir pour Xanxerê. Nous n'avions pas fait cinq cents mètres que nous avons croisé une camionnette chargée de femmes, conduite par un Indien. En voyant qui nous étions, il arrêta le véhicule. — J'amène ces femmes pour l'examen. — Il est trop tard maintenant, le travail est terminé, dit notre guide. — Je suis allé les chercher très loin dans la forêt. Nous avons fait beaucoup de kilomètres. — Pourquoi n'êtes vous pas venus plus tôt ? Il fait déjà nuit et nous ne pouvons plus faire d'examens. — Pourquoi pas ? Le siège a la lumière électrique, on pourra arranger ça. Nous sommes alors intervenus dans la discussion. — Attendez au siège. Nous allons jusqu'à la cascade, nous prenons un bain et nous revenons faire les examens. L'insistance de l'Indien nous avait remplis de satisfaction. Nous ne sommes pas restés longtemps près de la cascade. Nous sommes revenus très vite, mais nous avons eu une surprise désagréable : près de la voiture de consultation, il n'y avait personne. Les Indiennes ne nous avaient pas attendus. Est-ce que nous nous étions trompés ? Les examens ne se faisaient-ils que sous la pression des chefs ? Pourtant, le lendemain matin, nous avons encore vu plus de vingt femmes. A Xanxerê, nous avons rencontré le photographe. Nous ne l'avions pas vu depuis la veille. Dès qu'il nous eut dit bonjour, il nous raconta : — Vous avez manqué un beau spectacle hier soir. Après votre départ, il est arrivé une camionnette avec d'autres femmes pour l'examen. Le chef du poste a voulu les renvoyer, leur disant de s'en aller, que les travaux étaient terminés. — Mais les médecins ont promis de revenir et de nous examiner, ont-elles dit. — Rien à faire, ils sont fatigués. Allez-vous-en et revenez demain. Aujourd'hui, vous ne serez pas reçues. A ce moment, vous auriez dû voir la révolte, les protestations. Un des Indiens a tiré un poignard et s'est avancé vers le chef. Il a été retenu à grand-peine. Alors, sur la promesse qu'ils seraient reçus le lendemain matin, ils se sont calmés. On leur a offert des logements, chez les habitants du siège. Voici encore une anecdote, pour expliquer les réactions des aborigènes. A son retour de Xanxerê, la voiture de Claudio est partie avec deux heures d'avance sur la deuxième qui, dans l'obscurité de la nuit, roulait sur la route au milieu de la forêt. Après un tournant, les phares montrent à une certaine distance, près d'un feu, un rassemblement de gens et, en plein milieu de la route, une auto. Accident ? Un peu effrayés, nous nous approchons rapidement. Maintenant, nous distinguons des Indiens qui entourent la voiture. Nous avons très peur. Mais ils viennent dans notre direction, nos compagnons riant au milieu d'eux. — Qu'y a-t-il ? Qu'est-ce qui se passe ? — Ce sont les gens du Pinhâozinho, de la forêt à vingt kilomètres d'ici. Sachant que nous allions passer par là, ils nous attendaient, depuis ce matin. Leurs femmes ont été examinées à Xapecô. Ils voulaient que nous leur rendions visite. Ils nous ont offert du chimarrâo, des pignes cuites. Ils sont heureux de pouvoir montrer leur gratitude à ceux qui se sont occupés d'eux. Ils bavardent et rient. Ils nous font cadeau de chapeaux de paille, de paniers. Chacun de nous reçoit un arc et une flèche. L'Indien ne vient pas ? Il n'entend pas ? Il ne comprend pas? Le Paranâ, paradis terrestre Savez-vous où commençait l'échelle qui conduisait de la terre au ciel ? Au Paranâ. Il n'en fallait pas tant, puisque le paradis, c'était ici. L'échelle était formée de trois degrés. Sur le premier degré se situaient les baies de Paranaguà, Antonina, Guaratuba, Guaraqueçaba. Une chaleur agréable protégeait la population des Botucudos oui vivaient là heureux et sans soucis. Ils mangeaient des poissons, des huîtres, des crevettes et autres fruits de mer présents en abondance. Les fruits de la terre ne manquaient pas non plus. Des carambolas, des goiabas, des ananas, des papayes, des pastèques, des bananes, des mandarines. Tout cela poussait sans qu'on l'ait planté. Tout près, à moins de cinquante kilomètres, la paroi rocheuse de la chaîne de montagnes retenait les nuages, les obligeant à tomber sous forme de pluie pour que, par le chemin des rivières Marumbi, Sao Joao, Màe Cativa, Nhundiaquara, Guaraniaçu, Rio Sagrado, elles reviennent vers le fond des baies. Bondissant en cascades, chargées de nourriture, d'humus de terre, elles retournent joyeuses, en chantant des cantilènes sur les pierres arrondies du lit des rivières. Les Indiens, heureux de tant d'abondance, se demandaient pourquoi travailler. Au passage de la chaîne de montagnes, la dépression du col de la Graciosa laisse passer les nuages. Elle les laisse passer pour qu'il pleuve de ce côté-là. La pluie arrose les terres du plateau où s'élèvent les pinèdes. La terre du Curi-tuba — Curitiba — le premier degré vers le ciel : paradis terrestre, où habitaient les Tinguis (qui signifie " nez fin "), grands, sveltes, aux traits fins, au nez effilé. La terre est bonne, l'eau pure, le climat tempéré. En été, la chaleur est agréable ; en hiver, le froid supportable. Il tue les insectes nuisibles, les moustiques et les cousins, il empêche les maladies : la malaria, la fièvre typhoïde, la grippe, la tuberculose, la fièvre jaune. Des maladies, non, ici, il n'y en a pas. C'est l'abondance. Faire de l'élevage, pourquoi ? Le pin était là. Le pin qui donnait la pigne. La pigne qui nourrissait l'homme. La pigne qui nourrissait la bête, la paca, le tatou, le capivara. Et la bête nourrissait l'homme. Le pin donnait des branches pour construire la hutte, fournissait le chaume pour couvrir la maison. Dans les rivières il y avait des poissons, des bêtes sur la terre, des oiseaux dans le ciel. Il y avait les taillis de bambous, pour des lance-pierres. Des fruits sylvestres : la pitanga, l'araça et la gavirova. A quoi bon travailler, si le paradis était ici même. L'Indien innocent, simple et bon, confiant dans la religion de la nature, n'avait pas appris à pécher contre elle ! La civilisation ne lui avait pas encore appris comment faire pour la détruire. Plus loin, il y avait une autre chaîne de montagnes, un autre plateau. Celui où les vents dominaient les champs, des champs sans fin... Son nom ; Campos Gérais, le second degré... Sur le troisième palier, plus près du ciel, habitaient les Guaràs. C'étaient les forêts immenses de Guarapuava avec des millions de pins. C'était la richesse, l'abondance. Pourquoi monter plus haut ? Et la terre était inclinée, en pente douée sur le chemin des eaux qui revenaient vers la mer, qui venaient de là-bas, de très loin et parcouraient des milliers de kilomètres, trois, quatre mille. Elles descendaient en chantant : le Barigui, l'Iguaçu, le Tibagi, l'Ivai. le Paranapanema, le grand Parana, Sete Ouedas, Santa Maria. Il y avait des dizaines de chutes d'eau, de torrents, de ravins, de cascades. Toute la beauté du monde. Le paradis terrestre. Alors, on a trouvé de l'or dans la Serra da Prala, sur les côtes de la mer. De l'or ! Les Portugais sont arrivés. De Santos et Sao Vincente, des bateaux les ont amenés dans ta baie de Paranaguà. Cependant, ils n'ont pas osé pénétrer à l'intérieur. Méfiants, ils ont débarqué dans l'île Cotinga, d'où ils ont vu et ont été vus par des foules d'Indiens de la côte. Le temps a passé, les cadeaux ont été acceptés et ont fait naître la confiance. Les Indiens n'ont plus eu peur. Les Portugais ont gagné leur confiance et en peu de temps ont tout dominé. — C'était le travail qui arrivait. — Qui a travaillé ? — Eh bien, les Indiens, naturellement ! L'or, exploité intensivement, en peu de temps est devenu rare. Continuer ce travail ? Perdre son temps ? Et que faire de l'Indien ? Le laisser libre, flâner, sans occupation, vagabonder? — Non, jamais ! L'envoyer à Sào Vincente, Sâo Paulo, est une solution. Là, on avait besoin de lui, il coûtait peu, il n'y avait qu'à le prendre. Comme il y avait beaucoup à faire, des champs à cultiver, des bois à couper, à chasser les bêtes, à retourner la terre, à planter, et qu'il manquait des bras, qui mieux que l'Indien pour faire cela ? Il était là, il ne coûtait rien, ne demandait pas d'argent pour son travail, n'exigeait rien et ne faisait que travailler. Sao Paulo s'est agrandi, s'est développé. Paranagua a stagné, puis a décliné. L'Indien a disparu. L'Indien montait et descendait à pied par le ravin de la chaîne de montagnes sur le passage de la Graciosa. Les Tinguis, de la région des pins, rendaient visite aux Botocudos, du bord de la mer. Sur le chemin des eaux, ils descendaient et remontaient. Les jésuites sont montés par le chemin des eaux. C'est ainsi qu'ils ont découvert Curitiba, la terre des pinèdes, où habitaient les Tinguis. La légende raconte qu'en poursuivant un tapir, un chasseur, à Borda do Campo, près des collines, entre par un sentier au milieu de la forêt. Attentif, il marche, marche et, sans s'en rendre compte, se trouve en bas de l'autre côté des collines, dans la plaine du littoral. Ce serait ainsi que, par hasard, on aurait découvert le chemin entre les collines, pour monter et descendre. C'est une légende. A dire vrai, le chemin existait déjà, il a toujours existé. C'était la route des eaux, sentier tracé par les Indiens depuis les temps primitifs, suivi ensuite par les jésuites, qui patiemment l’ont pavé avec des pierres rondes ramassées dans les lits des rivières. Et c'est par la route des eaux et des Indiens que les jésuites sont montés pour pacifier et civiliser les Indiens, qui vivaient en état constant de péché, heureux, contents, ignorant le " salut " qui viendrait de loin et qui un jour est arrivé. Leur chef était Guairacà. C'est ainsi que Curitiba a commencé. Elle a surgi, s'est agrandie, a progressé, et l'Indien a disparu. Guairacà était leur chef, leur dernier chef. Il y a encore des pins ; peu, mais il y en a. II est possible d'en planter, de reboiser... On ne peut pas planter d'Indien. S'il y en a encore, ils vont donc disparaître.
Les hommes, non ! La manière cordiale, spontanée, décontractée avec laquelle les Indiennes de la réserve de Xapecô ont reçu l'équipe de médecins et l'acceptation compréhensive avec laquelle elles ont subi les examens gynécologiques, vont à l’encontre de tous les pronostics émis avant la campagne. De l’avis général, les Indiennes ne comparaîtraient pas et, si elles le faisaient, elles ne se plieraient pas à un examen de leurs organes sexuels. Dans la réserve d'Ivai, les médecins avaient subi une déception inattendue : peu d'Indiennes étaient venues pour l'examen. Pourquoi cette différence ? L'explication a été donnée dans la réserve du Rio das Cobras. Municipalité de Laranjeiras do Sul : Avant leur arrivée, le missionnaire qui travaille au poste nous reçoit aimablement et pose une condition : — Les examens des Indiennes peuvent être faits, à condition que les médecins soient des femmes. — Comment ? Depuis quand les Indiennes ont-elles honte de se déshabiller ? Les Indiennes sont toujours nues. Ce n'est pas notre première campagne. Dans d'autres réserves, il n'y a pas eu d'obstacles. C'est vous qui créez des situations artificielles. — Artificielles, non. Elles préfèrent les femmes et nous avons promis que ce seraient des femmes. Le siège de la réserve du Rio das Cobras est situé à quelque trois kilomètres à gauche de la route de Foz de Iguaçu. Derrière les maisons alignées en file, s'élève une grande maison en bois. Les chambres sont fraîchement nettoyées et lavées. L'aspect est convenable. Trente Indiens environ, en groupes de quatre ou cinq, sérieux, attentifs, observent notre arrivée. Une dizaine de femmes font la queue devant le poste. Pendant que les auxiliaires aménagent la salle de consultation, nous bavardons avec celles qui sont là. Les trois premières peuvent entrer. Ni indécision ni refus. Trois femmes s'avancent. Seule la vieille Cacilda, âgée de 62 ans, parle le portugais. — Vous pouvez nous aider à parler avec vos amies ? — Oui. — Nous allons d'abord vous examiner. Vous voyez comment ça se passe, et ensuite, vous nous aidez pour les examens des autres. Femme lucide et intelligente, elle a un grand sens de l'humour. Elle répond à tout, s'amuse des questionnaires, se laisse examiner et sert d'interprète. La communication se fait dans la joie. Ses compagnes la suivent, l'une après l'autre. On prend note de tout. Une ambiance agréable règne. Quand nous fûmes à notre neuvième examen, dehors dix autres femmes attendaient calmement. Toutefois, au moment d'appeler un nouveau groupe nous nous sommes trouvés face à une femme grande, blonde, pleine d'énergie, d'assurance et de décision. — J'ai promis qu'aucun homme ne prendrait part aux examens. — Eh bien, vous avez eu tort ! Vous avez agi sans penser et vous avez créé une situation artificielle. Vous allez rendre notre travail plus difficile. — Leurs maris n'admettent pas qu'elles soient examinées par des hommes. — Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas notre première réserve. Ici même, nous avons déjà examiné un grand nombre d'entre elles et aucune n’a manifesté d’opposition, les maris étaient là, aucun n'a réagi. Notre travail est sérieux et nous ne manquons de respect à personne. — Mais vous ne pouvez plus rentrer. Nous l'avons promis. Nous ne pouvons pas permettre qu'on doute de nos promesses. Il faut qu'elles soient tenues. Et elle s'éloigne, altière. — Qui est cette dame ? — C'est une missionnaire qui habite à l'entrée de la forêt. — Nous arrêtons les examens ? — Pourquoi ? Vous ne voyez pas que les Indiennes qui restent sont venues de loin et veulent être examinées ? Le travail s'est poursuivi, sans incidents, jusqu'à l'heure du retour à Laranjeiras do Sul. En passant, nous sommes allés au siège de la mission religieuse, de l'autre côté de la route asphaltée Curitiba-Foz do Iguaçu. La route est excellente. Les bâtiments sont en briques, et disposés en rond sur un talus autour d'un gazon. Un parc pour enfants, un ruisseau qui traverse le terrain en petites cascades sont devant nous. Dans la maison centrale, un homme grand, musclé, nous reçoit devant la porte. Sa femme nous souhaite la bienvenue. On nous invite à entrer. Le plancher brille. Je remarque que tous portent des chaussons ; un médecin local, qui nous accompagne, est en chaussettes. Je me sens gêné. Mes chaussures sont pleines d'une boue rouge que j'apporte de la réserve. Aussi vite que possible, j'enlève mes chaussures et les laisse devant la porte. Dans la pièce accueillante, nous relatons l'expérience du poste indigène et l'incident avec la femme missionnaire qui ne voulait pas permettre que nous examinions les Indiennes. — Et elle avait raison. Nous avions promis aux Indiennes que seules des doctoresses les examineraient. — Mais ce n'est pas possible ! Et si nous n'avions pas de femmes médecins ? Et même si nous en avions, elles ne seraient pas au courant de ce que nous désirons observer. Nous avons l'intention de comparer... l'état pelvien des Indiennes avec ceux des femmes civilisées, pourvoir quelle est la meilleure forme d'accouchement. — Nous ignorions votre programme. Mais nous ne pouvons pas céder. Nous avons donné notre parole aux Indiens et nous ne voulons pas qu'ils pensent que nous les avons trompés. Ils passent leur vie à être trompés. Les Blancs proposent de planter les champs et de partager la récolte en parts égales, mais l'Indien ne reçoit jamais rien. Ils se moquent de lui. — Nous comprenons, mais nous ne les lésons en rien et notre but est l'observation scientifique dont pourront bénéficier tant les Indiens que les civilisés. — Excusez-nous, mais nous ne pouvons pas revenir sur ce que nous avons dit. Nous avons donné notre parole. — Bien, nous respectons votre point de vue. Mais voyons ensemble. L'idée de l'accouchement en position accroupie, à la manière indienne, a été acceptée avec sympathie par beaucoup de gens. Les médecins des autres pays les trouvent logiques. En Allemagne, le sujet a été présenté et discuté. Supposez qu'un professeur de Hambourg ou de Berlin veuille venir ici pour participer aux observations et que vous ne permettiez pas qu'il le fasse ? — Je ne pensais pas que le sujet soit d'une telle importance. Les professeurs de Hambourg étaient d'accord avec vous ? Je suis moi-même de Hambourg ; j'y suis né. Nous pourrions peut-être vous aider. Revenez demain ; ici même, au siège de la mission, vivent quelques familles indiennes dont les femmes peuvent être examinées. — Je ne pourrai pas venir demain, mais Je vous demanderai d'inviter le Dr Claudio, chef de l'autre équipe. Il a refusé de nous accompagner pour protester contre votre ordre visant les médecins. Insistez auprès de lui, il changera peut-être d'avis. — C’est ce que je vais faire. Et le pasteur est allé voir le médecin. Le jour suivant, à la tombée de la nuit, les participants du deuxième groupe reviennent. Ils sont heureux. Toutes les Indiennes, qui habitent près de la réserve et du poste missionnaire, sont venues pour les examens. Le pasteur et sa femme, l’infirmière, tout le monde a travaillé, les observations ont été complètes et minutieuses. — Ils nous ont reçus avec mille amabilités. Seule la missionnaire de la forêt a été irritée. Deux mois après cette visite, la femme du chef de la réserve est venue à Curitiba, pour une consultation. — Les Indiens sont impatients de vous revoir. Ils veulent savoir quand vous reviendrez. Dona Ana, la missionnaire de la forêt, vous prie de l'excuser. Elle reconnaît qu'elle était mal informée. — Dites-lui que je n'ai pas voulu l'offenser. Je suis content qu'elle m'ait pardonné. Si elle n'avait pas changé d'avis, nous aurions été obligés d'interrompre nos observations. — Il n'y a pas de danger, vous ne trouverez plus d'obstacles.
L’accouchement Aujourd'hui, tout le monde sait comment naissent les enfants. Mais pour rafraîchir la mémoire, voici une brève description de l'accouchement et des attitudes fœtales. Cela rendra plus facile la compréhension de notre exposé. La matrice ou utérus est comme une balle de caoutchouc aux parois épaisses, fermée par une bouche, aux lèvres très grosses, de consistance ferme, de dilatation difficile. Les parois de la matrice et les lèvres se ramollissent à l'approche de l'heure de l'accouchement. La plus grande partie de la matrice s'appelle le corps, la bouche s'appelle le col. La grossesse commence au moment de l'implantation de l'ovule dans l'endomètre, une couche riche en éléments nutritifs, qui recouvre la cavité du corps utérin. L'ovule humain pousse comme une plante, avec des racines (le placenta) et une tige (le cordon ombilical) qui aboutit à un fruit, l'enfant. Aux racines de l'œuf, il se forme des agglomérations, les unes collées aux autres, formant un ensemble en forme de disque, appelé placenta. Les racines placentaires tirent les aliments de l’endomètre et les conduisent à travers le cordon ombilical (tige) afin de nourrir le fœtus. L'ovule humain, planté dans l'utérus par le placenta, ressemble à un œuf d'oiseau, à la seule différence de l'enveloppe qui, au lieu d'être une coque dure, est un tissu mou, souple, qui s'appelle membrane. Le blanc de l'œuf, appelé liquide amniotique, enveloppe, baigne et protège l'enfant, pendant son développement intrautérin. L'enfant, tout comme le poussin, se forme dans le jaune de l'œuf. A mesure qu'il se développe, l'utérus s'agrandit, augmente de volume pour pouvoir le contenir. Au cours de la grossesse, le col utérin s'amollit, mûrissant progressivement. Vers le deux cent quatre-vingtième jour, la matrice est complètement occupée, l'enfant prêt à naître. Dès lors, une série de mécanismes entrent en action. Pour que l'enfant puisse sortir, le col de l'utérus, qui est devenu de plus en plus mou au cours de la grossesse, doit s'ouvrir, s'élargir. Ce phénomène a lieu durant une période qu’on appelle de dilatation. Au premier enfant, la dilatation et l'effacement sont lents et demandent plusieurs heures, huit en moyenne. A partir du deuxième enfant, ce processus devient plus rapide. Il se fait par contractions des fibres du corps utérin, qui, en même temps qu'elles contractent les fibres du col, compriment la poche des eaux, dont la pression augmente et force l'orifice du col, de l'intérieur vers l'extérieur, aidant ainsi à l'ouvrir. Tant que la dilatation n'est pas complète, la femme doit rester aussi décontractée que possible. Pour cela, elle doit respirer librement et calmement. Elle peut faire ce qu'elle veut, s'asseoir, se coucher, marcher. Pourvu qu'elle ne se fatigue pas, c'est un avantage de marcher. C'est ce que l'Indienne de la forêt a fait de tout temps et fait encore, quand elle n'a pas été influencée par la civilisation ! La période de dilatation s'appelle aussi première période ; les contractions commencent d'une façon espacée, toutes les demi-heures, toutes les vingt minutes, devenant plus fréquentes avec la progression de la dilatation. Quand la dilatation est totale, la femme éprouve le besoin de s'accroupir, de comprimer l'abdomen et de pousser, comme si elle avait besoin de vider ses intestins. Les mécanismes des expulsions fœtale et fécale sont identiques ; ils ne se distinguent que par le résultat ; dans l'un, c'est le cylindre fécal qui sort, dans l'autre, c'est le cylindre fœtal. Cette période est dite d'expulsion, et, chez les peuples primitifs, elle se réalise comme nous venons de le dire. Après l'expulsion du fœtus, le placenta se détache de l'utérus et, chez la femme en position d'évacuer, est expulsé sans aucune difficulté, glissant hors du canal vaginal et entraînant avec lui les membranes. Ce temps s'appelle suites, expulsion du placenta ou troisième période. S'il n'y a pas d'interférence externe, dans 90 % des cas, l'accouchement est normal et spontané et toute espèce d'aide inutile. La surveillance du médecin est nécessaire pour détecter, prévenir et intervenir, au cas où il pourrait surgir quelque anormalité. Elle n'est utile que dans 10 % des cas, environ.
Le fœtus Les Anciens croyaient que le fœtus jouait un rôle actif dans la sortie du corps utérin. En réalité, le travail utérin, en le comprimant, l'oblige à se mouler, se fléchir, bouger et tourner passivement, pour se présenter en condition plus facile pour traverser le tunnel vaginal. Pour un accouchement normal, le grand axe du fœtus doit coïncider avec le grand axe de la mère. Le fœtus doit prendre une position dans le sens de la longueur, se présentant par la tête ou par les fesses, sinon la délivrance spontanée ne se fera pas. C'est comme la locomotive d'un train qui, se présentant de travers, ne pourra pas entrer dans le tunnel. La tête n'est pas une sphère parfaite, elle a des diamètres plus ou moins grands. Pour traverser le canal plus facilement, elle doit se présenter par le plus petit diamètre, celui qui va de l'occiput au front. Pour que cela soit possible, la tête doit être fléchie, le menton touchant le thorax. Dans cette position, le diamètre occipital frontal mesure 9 centimètres, par rapport aux 10, 11 et même 13 centimètres des autres positions qui rendent la délivrance difficile, traumatisante et dangereuse pour la mère et l'enfant. De toute façon, même chez l'Indienne, bien qu'elle souffre moins, l'accouchement est douloureux. Pourquoi l'accouchement est-il douloureux ? La Bible nous donne la réponse. Vous avez des doutes ? Eh bien, lisez et voyez si ce n'est pas vrai. La femme doit souffrir. " Tu enfanteras dans la douleur. " Quand on a commencé à employer l'anesthésie et que la reine Victoria d'Angleterre a eu des enfants, un certain Dr Simpson est arrivé avec un flacon de chloroforme, l'a fait tomber goutte à goutte sur un masque de gaze et l'a fait respirer à la reine ; son fils est né sans qu'elle sente de douleur. Cela a provoqué une protestation générale. — Péché ! — Sacrilège ! — Si dans l'Ecriture sainte, il est écrit " Tu enfanteras dans la douleur ", elle aurait dû mettre son fils au monde dans ]a douleur ! — Elle sera certainement punie pour avoir désobéi à l'ordre divin. Mais rien ne lui est arrivé. D'abord parce qu'elle était reine. Et ensuite parce que Simpson était le médecin de la reine. Et aussi parce que Simpson, sérieux, ayant étudié l'Ecriture sacrée, a développé un raisonnement que l'on a accepté avec le sourire et beaucoup de sympathie. Il demandait : — Vous savez qui a été le premier anesthésiste du monde ? — Non. — C'est Dieu. — Comment ça. Dieu ? — Oui, c'est lui. Lisez la Bible. Comme Adam était seul, Dieu lui a donné une compagne. Pour cela. Dieu a endormi Adam, a pris une de ses côtes et en a formé Eve, la première femme. Ainsi donc Dieu — pour faire naître Eve — a endormi Adam en l'anesthésiant. Dieu qui ne se trompe jamais, a été le premier anesthésiste du monde. Si Lui le peut, pourquoi n'essayons-nous pas d'imiter ce qu'il a fait ?
Action et réaction Vers 1948, plus de cent ans après Simpson, quand nous avons décidé d'apprendre la méthode et de la mettre en pratique à Curitiba, nous avons ressenti un peu de ce que Simpson avait ressenti. Dans notre petit monde de Curitiba, les choses se sont passées exactement de la même façon. — Péché. — Ce n'est pas permis. — Sacrilège. — Pourquoi n'obéissent-elles pas ? N'ont-elles aucun respect pour la volonté divine ? Et beaucoup ont obéi, les unes par respect, les autres par peur de la colère divine. Mais d'autres passèrent outre, parce que la peur de la douleur était bien plus grande que l'autre, et elles accoururent à l'hôpital pour l'accouchement sans douleur. Et leur nombre a augmenté et le remords de quelques-unes aussi. Aujourd'hui, où l'anesthésie est presque une routine et où même les sœurs de la maternité de Nossa Senhora do Bom Parto encouragent leurs patientes à avoir " un accouchement sans douleur ", cela paraît absurde. Mais. à l'époque, ne m'en parlez pas !
Eve, la pomme et l'accouchement sans douleur. Bien que je ne sois pas un Simpson, j’ai aussi construit ma petite histoire, qui a également fait sourire quelques personnes, car je crois que la Bible a raison quand elle dit : " Je multiplierai les douleurs de l'accouchement. Tu enfanteras dans la douleur. " Parce qu'Eve a mangé la pomme, a surgi l'anesthésie qui supprime la douleur de l'accouchement. Tout cela est divin, juste et logique. — Comment ? C'est douloureux parce qu'Eve a mangé la pomme ? Qu'est-ce que la pomme a à voir avec la découverte de l’anesthésie et de l'accouchement sans douleur ? — Eh bien. voyez. Je vais vous l'exposer aussi clairement que possible. Eve, en mangeant la pomme — le fruit de la science du bien et du mal —, a appris à connaître les choses. Et quel est l'organe de la connaissance, le siège de la sagesse et de l'intelligence ? — C'est le cerveau, n'est-ce pas ? Chez les animaux, qui n'ont pas l'intelligence de l'homme, le cerveau est petit et, par conséquent, le crâne qui le contient, aussi bien que la tête à laquelle il appartient, n'est-ce pas vrai ? Or, toutes les têtes à cerveau et à crâne petits sont allongées, longues, de diamètre réduit, faciles à venir au monde. Voyez la tête des animaux. Quand Eve a acquis la faculté de savoir, le siège du savoir, son cerveau, s'est agrandi. En conséquence, le crâne a dû s'agrandir, augmentant le diamètre de la tête qui, d'allongée est devenue une tête difficile pour l'accouchement. — Vous voyez pourquoi, chez les femmes, l'accouchement est douloureux ? Parce que les enfants ont la tête grande, afin de pouvoir contenir un grand cerveau, qui a augmenté avec l'intelligence acquise, en mangeant le fruit de la sagesse. Mais ce n'est que le commencement. D'autres conséquences se sont ensuivies. A partir de maintenant, en observant nos croquis, vous allez tout comprendre.
De l'horizontal au vertical Tous les animaux à petite tête ont la face, le visage, perpendiculaire à la colonne vertébrale. Pour regarder devant eux, les animaux sont obligés de maintenir le corps en position horizontale, en s'appuyant sur les quatre pattes. Ils sont quadrupèdes. Si les animaux se tenaient sur deux pieds, la figure regarderait vers le haut et alors, vous comprenez que, pour regarder en face d'eux, ils seraient obligés de se mettre à quatre pattes... Cependant, chez la femme (et l'homme aussi, naturellement), la chose se complique. Pourquoi ? Parce que, quand le crâne a augmenté de volume, la figure et les yeux ne sont déplacés vers le bas. Si donc l'homme était quadrupède, il regarderait vers la terre (fig. 1). Pour regarder en face, il serait obligé de lever la tête de force, contracter les muscles à l'arrière du cou, ceux de la nuque. La position serait difficile, fatigante et, surtout, les muscles de la nuque, étant faibles, n'y tiendraient pas longtemps et céderaient. La tête retomberait et le visage regarderait en arrière, entre les jambes. Situation peu commode et fatigante. Comment l'homme marcherait-il ? A reculons peut-être ? Donc, la seule solution possible est de rester debout sur deux pieds, en position droite, soutenu seulement par les deux pieds, la tête appuyée sur la colonne vertébrale, seule manière de regarder en face. Cela a amené une série de conséquences, touchant les os et les parties molles, et contribué à rendre l'accouchement difficile et douloureux. Je vais parler d'abord des os.
Altération dans la structure des os Chez les quadrupèdes, le poids du corps se répartit sur les quatre pattes : les antérieures qui forment la ceinture scapulaire et les postérieures qui constituent ce qu'on appelle la ceinture pelvienne. Les deux paires se partagent le poids du corps de l'animal (fig. 2). Aussi la pression exercée sur ces deux parties est-elle moindre. Voilà pourquoi la ceinture pelvienne où les petits doivent passer pour naître est plus grande ; elle est large, facile à porter, elle a même un nom spécial, anthropoïde, pour caractériser sa forme particulière. Pourtant, chez l'homme (et chez la femme aussi, naturellement), lorsqu'il s'appuie sur les deux jambes, le poids tout entier ne force que la seule ceinture pelvienne qui est comprimée par deux pressions : l'une de haut en bas — le poids de tout le tronc muni de la tête, de grande taille, et l'autre de bas en haut — la pression contraire des membres inférieurs (fig. 3). Le résultat en est l'aplatissement progressif du bassin, dont le diamètre diminue, et les os qui doivent travailler plus en supportant un plus gros poids augmentent de consistance et deviennent plus gros. Et les parties molles ? Les muscles, les ligaments ? Là aussi, Ïe changement de position du corps exerce-t-il son influence ? Chez les quadrupèdes en position horizontale, tous les viscères reposent sur la paroi abdominale qui, pour les soutenir, doit être forte et résistante. Le même phénomène se passe avec la fermeture du col de l’utérus. Chez les animaux, elle est faible, peu développée, se distendant et s'ouvrant facilement, contrairement au col de l'utérus des femmes, qui est gros, dur, résistant, très fermé, difficile à dilater (fig. 4). Pourquoi ? Parce que, chez l’animal à quatre pattes, l'utérus fécondé repose sur la paroi abdominale, et la bête peut courir et sauter sans risquer de perdre son petit. Chez la femme debout, si elle n'avait pas le col développé, imaginez ce qui arriverait au cours d'une chute, une course, un saut et même un effort plus grand comme la défécation, la toux, l'éternuement. Elle courrait le risque de perdre l'enfant, d'avorter (fig. 5). C'est ce qui arrive parfois, quand le col se rompt et n'est pas refait. Il devient insuffisant, incapable de préserver une grossesse qui se défait spontanément, quand elle atteint quelques mois.
Conséquences sur l'action de l'accouchement. Pour que l'enfant puisse naître, il faut que le col, la base pelvienne, le vagin, la vulve, le périnée se dilatent, et cela arrive quand ils s'étendent au-delà de leur élasticité, se rompant de haut en bas. Le col devient fin et s'ouvre... jusqu'à se déchirer. Le vagin, écrasé entre la tête et les os, se fissure, se fend... Le périnée s'étire, se distend, s'étend, se déchire, éclate. Parfois les déchirures sont exagérées, s'ouvrent jusqu'à la paroi du rectum et de l'anus, déplacent l'urètre, abaissent et rompent la vessie pour donner passage à l'enfant, et tout cela fait très mal. Il n'y a que sang et douleur, qui se mêlent à la matière fécale et à l'urine. Il n'y a pas toujours rupture, mais très souvent. De son côté, l'enfant, auteur innocent de tout ce gâchis, paie aussi un tribut très élevé. Pour traverser le bassin trop étroit et vaincre la résistance des parties molles (col, vagin et périnée), il est obligé de se plier, de se courber, de faire des rotations et il souffre des compressions qui, de leur côté, déterminent des modifications telles que la formation de bosses, des chevauchements, des modelages qui peuvent causer — et causent fréquemment — des lésions, des déformations, des hémorragies et même des fractures qui, plus tard, ont des répercussions sur toute la vie de l'enfant, pouvant même provoquer sa mort à la naissance.
Les résultats " de la connaissance du bien et du mal " Vous avez vu comment cela se passe ? Et tout cela, pourquoi ? Seulement parce qu'Eve a mangé le fruit de la connaissance du bien et du mal ! — Et si elle ne l'avait pas fait, les choses ne seraient pas ainsi ? — Bien sûr que non ! Elle n'aurait pas acquis la faculté de savoir. Sa tête serait petite, le bassin large, le col faible, le périnée mou et rien de tout cela n'arriverait... — Vous voulez dire que la Bible avait raison ? — Bien sûr que oui. N'est-ce pas logique, comme toujours ? — Oui, ça m'en a l'air... Mais alors, l'accouchement sans douleur est vraiment un sacrilège ? — Pas du tout. Selon la Bible, pas du tout. — Selon la Bible, pas du tout ? Pourquoi ? Comment ? — Pourquoi ? Soyez attentifs. Suivez mon raisonnement. En mangeant la pomme, Eve et ses descendants sont devenus intelligents. En analysant les choses, on a analysé la Bible et voyez ce qu'on a découvert. On a découvert qu’il y était écrit — et cela en hébreu ou en araméen : " Pour avoir mangé le fruit défendu, tu enfanteras avec soror. " — Soror ? Qu'est-ce que c'est, soror ? — Soror a été traduit par douleur, mais ce mot ne signifie pas douleur. Soror signifie tristesse. De la tristesse, la femme enceinte en éprouve beaucoup. Ce sont les préoccupations du développement de son bébé. Est-ce qu'il sera sain ? Est-ce qu'il sera parfait ? Sera-ce un garçon ou une fille ? Sera-t-il beau ? Aura-t-il le vilain nez de son père ? Naîtra-t-il vivant ? Et son corps à elle, la mère, qui a perdu toute forme ? Ses malaises, les vomissements, le visage plein de taches, les seins qui pèsent et font mal, la peau qui se distend, le ventre énorme, qui devient flasque, tombe, les jambes qui enflent, la douleur... Combien de soucis, de soror ! Tu enfanteras dans la soror. Et de la soror, elles en auront toujours. Ne servent à rien l'intelligence, les progrès de la science. Tout est vain. Mais où le mot douleur est-il écrit ? Pourquoi douleur ? A quoi bon la douleur ? Où est-il écrit que c'est péché d'éliminer la douleur, de faire une anesthésie ! Lisez la Bible et dites-moi où c'est écrit. — Vous voyez ? Elle avait raison. Comme toujours, la Bible avait raison. Il n'y a qu'à savoir, chercher, comprendre.
Pourquoi l’état génital des Indiennes est-il meilleur ? Les Indiennes entraient l'une après l'autre. L'infirmière de la FUNAI se trouvait là. A notre grande satisfaction, le travail se déroulait d'une manière décontractée. Claudio se chargeait de l'examen des organes génitaux, moi j'examinais les seins, une secrétaire prenait note de ce que nous dictions. Immédiatement, la différence sautait aux yeux. Nous étions habitués à examiner des femmes civilisées. Rien que dans la ville voisine de Xanxerê, chacun de nous avait examiné des centaines de femmes. L'état génital des Indiennes se présentait dans des conditions infiniment meilleures ! — Combien d'enfants avez-vous eus ? — Quatorze. — Vous perdez de l'urine quand vous toussez ? — Non. — Et quand vous riez ? — Non plus. — C'est intéressant. Quatorze enfants et les organes génitaux sont en bon état, presque sans prolapsus ? La vessie, le rectum, l'urètre sont en place, ils ne sont pas poussés vers le bas. Le périnée est en ordre. Chez la deuxième, la troisième, la quatrième, même chez la treizième, à peu près la même chose. Avec les femmes civilisées les résultats seraient difficilement les mêmes. L'incontinence d'urine, les prolapsus plus ou moins grands, atteignent près de 30% des femmes qui ont eu des enfants. Chez la treizième, l'aspect génital n'était pas bon. — Faites un effort, toussez. — Il y a eu perte d'urine. — Celle-là n'a que trois enfants et déjà elle souffre d’incontinence d'urine. Pourquoi cela ? — C'est moi qui ai fait l'accouchement, nous a renseigné l'infirmière. Je m'en suis occupée pendant la grossesse. — Et les autres ? — Les autres, non. Elles sont plus vieilles. Je suis ici depuis peu de temps. Nous voyons une autre série de femmes avec beaucoup d'enfants et peu de lésions, en général peu accentuées. Encore une avec de l'incontinence d'urine. — Qui a fait son accouchement ? — La jeune fille ici. Après la troisième, plus de doutes. Les accouchements assistés par une sage-femme montraient les pires résultats ! La sage-femme professionnelle était raisonnablement bien préparée. Instruite, institutrice, elle avait fait un stage dans une maternité d'un bon niveau. — Comment faites-vous les accouchements ? — Comme je l'ai appris. Je les couche sur une table, je les mets en position gynécologique et je m'occupe du bébé pendant la délivrance. — Et celles qui n'accouchent pas avec vous, comment font-elles ? — Avant mon arrivée ici, elles étaient abandonnées, elles s'accroupissaient et mettaient au monde leurs bébés sur une natte par terre. La mère, la grand-mère ou une voisine plus vieille s'occupait de l'accouchement. — Ne vous fâchez pas. Vous avez tout fait correctement, de la même façon d'ailleurs que nous le faisons. C'est ainsi que nous avons appris et que nous avons enseigné. Mais il semble que leur manière d'avoir leurs enfants est bien meilleure. Vous êtes d'accord ? — Je suis d'accord. C'est évident. — Nous allons observer celles qui vont venir à partir de maintenant. La poursuite des examens, faits avec une attention redoublée, a confirmé notre première impression. Nous avons fait la même observation dans d'autres réserves où près de quatre cents Indiennes ont été vues, qui ont transformé en certitude fondée ce qui était déjà une conviction. Et c'est à partir de là que, tout en visant la protection des Indiennes, nous avons pensé aux femmes civilisées et que nous avons écrit un ouvrage : " Ne vous mêlez pas de l'accouchement des Indiennes ", où nous comparons l'accouchement en position accroupie et la délivrance civilisée, couchée sur le dos, en concluant que celui en position accroupie est bien meilleur.
En position accroupie : préférable ? Plus facile ? Pourquoi ? Après avoir vu les Indiennes, nous avons commencé à réfléchir. Pourquoi est-ce plus facile ? Quelle est la raison du petit nombre de lésions ? L'explication est simple. Chez la femme couchée, le matelas du lit pousse les fesses et le coccyx vers le haut. Le coccyx est l'os final de l'épine dorsale. Il est à demi mobile. Poussé vers le haut, avec les tissus mous des fesses, le canal vaginal, par où l'enfant doit passer, se rétrécit. Chez la femme qui s'accroupit, les muscles qui entourent le vagin s'ouvrent et, si elle incline le corps vers l’avant, le coccyx bascule vers l'arrière, augmentant encore plus le canal pour l'accouchement. — Vous avez compris pourquoi les Indiennes qui ont leurs bébés avec des sages-femmes étaient plus déchirées, avaient des ruptures plus grandes, des prolapsus plus accentués, de l'incontinence urinaire, de l'insuffisance ? Il y a encore autre chose. — Qu'est-ce qui est plus facile, pousser une voiture sans moteur à la montée ou à la descente ? — A la descente, bien sûr. — Eh bien, voilà. Chez la femme couchée, le canal de l'accouchement est une montée violente en courbe, pointant directement en direction du plafond de la pièce. C'est par là qu'il faut pousser le bébé, de trois à quatre kilos. La femme, en s'accroupissant, transforme ce canal en descente vers le plancher. Il n'y a pas de danger que le bébé tombe et se blesse. Dans la position accroupie la distance entre la sortie du vagin et la surface sur laquelle l'enfant va être déposé mesure exactement la grandeur de celui-ci. Il n'y a pas de chute. De la table d'accouchement, si. Il y a des risques, et cela est arrivé plus d'une fois, plus souvent qu'on ne l'imagine. Même les Indiens d'Ibirama savent cela. Ils n'oublieront jamais, racontent-ils, le cas de cette Indienne qui, pendant un accouchement difficile, transportée en vitesse vers la ville sur un camion, les douleurs ayant augmenté, a commencé à mettre au monde son enfant. La sage-femme a baissé la partie arrière de la carrosserie, a couché la femme au bord et comme elle l'avait appris à la maternité, a voulu recevoir l'enfant. Seulement, dans sa tentative, elle a été si maladroite que le bébé lui a échappé des mains. Le cordon ombilical, étiré avec violence, s'est rompu à l'insertion du nombril. En quelques minutes, l'hémorragie, impossible à endiguer, a tué le petit Indien. Cette histoire est banale. C'est un manque de chance qui peut arriver à n'importe lequel de ceux qui font un accouchement sur une table haute, sans protection. Chez l'Indienne accroupie, jamais rien de pareil n'est arrivé ; par nature, cela ne peut pas arriver.
Les inconvénients Notre première idée, quand nous avons été convaincus que l'accouchement en position accroupie était le meilleur, a été de protéger les Indiennes. Jamais il n'est venu à l'esprit de l'auteur d'appliquer cette méthode aux femmes civilisées. Bien au contraire. A tel point que, quand mon compagnon Claudio a commencé à préparer ses patientes civilisées pour l'accouchement indien, la réaction a été, jusqu'à un certain point, hostile et a déclenché de la méfiance. C'était faire violence à tout ce qu'on avait appris et mis en pratique pendant des dizaines d'années. Il était difficile de concevoir, d'accepter une innovation qui apparaissait ridicule et choquante. Les plus sérieux et les plus éminents spécialistes réagirent de la même façon. — Je ne peux ni permettre ni proposer à une femme fine et de bonnes manières qu'elle prenne une position si laide. — Aucun de nous, sachant qu'évacuer en position accroupie est plus physiologique, ne va le faire d'une façon aussi ridicule. — Il est possible que cette position soit meilleure pour une Indienne, mais ce ne sera jamais le cas pour une femme civilisée. Elle n'est pas préparée pour cela. Sa vie et ses conditions anatomiques sont différentes. Un tel accouchement la déchirerait totalement. Et quant au fœtus, l’accusation la plus virulente est venue d'un couple sympathique et révolté. — Nous sommes venus nous plaindre de vous. — Je ne comprends pas. J'ai fait plusieurs visites à votre femme pendant son séjour à l'hôpital. Vous me sembliez heureux. Pourquoi n'avez-vous pas réclamé à ce moment-là ? — C'est que nous ne savions pas le mal que votre accouchement allait causer à notre fils. — Le mal que je lui ai causé ? Je ne me suis aperçu de rien. Nos pédiatres ont examiné l'enfant et n'ont rien trouvé d'anormal non plus. — Mais le nôtre s'en est aperçu. — Mais qu'est-ce qui s'est passé avec votre bébé ? — Il est né avec une énorme bosse à la tête. C'est vous qui nous avez amenés à pratiquer cet accouchement indien. — L'accouchement indien n'a rien de mauvais. — Il n'est pas mauvais pour les Indiennes. Ma femme n'est pas Indienne. Elle n'y était pas préparée, c'est pour cela que le bébé est né avec ce défaut. C'est votre faute. — Les radiographies ont-elles révélé quelque chose ? — Rien, Dieu merci. — La bosse a disparu, l'enfant va bien ? — Elle a disparu, mais nous ne pouvons pas vous pardonner ce qui s'est passé. — Bien... je n'ai pas l'intention de discuter ce que votre médecin vous a dit. C'est un très bon médecin. Faites-lui mes compliments... Excusez-moi... J'ai un cas urgent, permettez que je me retire... A quoi bon discuter, essayer de convaincre, expliquer que la bosse est une chose banale et sans danger, et qui peut apparaître après n'importe quel accouchement, même le plus facile, et qu'elle disparaît sans laisser de séquelles et sans exiger aucun soin ! Plus tard, en se renseignant mieux, auprès d'un médecin non lié émotionnellement au cas, ils se convaincront que leur révolte et leur méfiance étaient sans fondement. Il est probable que cette attitude a été une réaction de défense pour certains, attachés qu'ils sont à des écoles et à des méthodes différentes. Attaque exagérée. En médecine, de telles attaques sont en général bienfaisantes. Elles se répètent toujours. Elles épurent les idées, éliminent des conceptions qui n'ont pas de base correcte. Dans ce cas, qui a raison ? Nous, sans aucun doute. Convaincus par les résultats des accouchements réalisés par Claudio, nous nous sommes décidés pour l'accouchement indien. Pour le fœtus, ce qui est important, c'est la protection de son cerveau. Qu'il ne souffre pas de lésion à la sortie de la tête, cause principale de son fonctionnement anormal. Aujourd'hui, l'accouchement en position accroupie, à la manière indienne, est notre méthode de choix. Il existe différents procédés pour vérifier le fonctionnement cérébral. Entre les plus utiles et les mieux acceptés, l'encéphalographie. C'est à elle que nous avons eu recours, pour juger l'action de l'accouchement en position accroupie sur l'encéphale de l'enfant. Nos femmes normales, en travail d'accouchement, ne sont étendues qu'au cas où une aide médicale ou chirurgicale est nécessaire. Même l'application du forceps et l’épisiotomie, quand elles sont indispensables, sont pratiquées avantageusement en position accroupie. La suture du périnée, le curage, la césarienne, oui, exigent la position couchée, tout le reste non. En dehors de ces cas, nous n'acceptons pas d'autre méthode d'accouchement que l'indienne. Cependant, pour que les choses se passent plus facilement, nous préparons nos patientes. Comment ? C'est ce que nous allons exposer.
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