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Préparation à l'accouchement indien. Les avantages

Pour une Indienne, rien de plus naturel que d'accoucher en position accroupie. Elle vit dans cette position ; elle y est entraînée, habituée, préparée. Pour la femme civilisée, c'est différent. La plupart n'acceptent pas cette position et la trouvent vexante et ridicule.

Il y a peu de temps encore, les femmes qui habitaient l'intérieur du pays, ou qui, pour une raison quelconque, auraient eu un enfant en position accroupie, l'auraient nié et en auraient été honteuses.

— Accroupie ? Moi, non. J'ai eu tous mes enfants comme il se doit, couchée, au bord du lit.

Aujourd'hui, le nombre de nos femmes qui sont fières d’avoir mis des enfants au monde à la manière indienne est impressionnant ; l'acceptation facile, la demande spontanée ont augmenté de façon rapide, même avant que la télévision ait amplement divulgué cette méthode.

Lors de la préparation des femmes, nous cherchons à leur faire comprendre les avantages de la " nouvelle ancienne " méthode.

Nous essayons de le faire avec des mots faciles à comprendre. Bien que les plus instruites puissent juger notre exposé primaire, celui-ci est bien accueilli et les résultats sont excellents.

Nous réunissons les femmes en des cours collectifs. Les avantages " surgissent " d'une série de questions élaborées, dont la réponse évidente met en valeur les avantages que nous voulons faire ressortir.

1. Comment est-il plus facile d'avoir des enfants, couchée ou en position accroupie ?

En 1978, plus de 90% répondaient que c'était en position couchée. Aujourd'hui, la proportion est inverse, l'immense majorité manifeste sa préférence pour la position accroupie.

2. Pour que le bébé puisse naître, qu'est-ce qui est plus facile, un vagin ouvert ou un vagin fermé ?

— Ouvert, naturellement.

Chez la femme couchée, le matelas pousse les muscles des fesses et le coccyx en avant, rétrécissant ainsi le vagin.

Chez la femme accroupie, le vagin s'élargit dans le sens tranversal et, si elle force la flexion du thorax, comme si elle voulait voir le bébé naître, le coccyx est poussé vers l'arrière, élargissant le vagin dans le sens antéro-postérieur, l'ouvrant davantage, dans tous les sens.

3. Quel est celui qui se déchire le plus fréquemment ?

— Celui qui est fermé, naturellement.

4. Qu 'est-ce qui est plus facile à pousser, une voiture à la montée ou à la descente ?

Chez la femme couchée, le canal pour l'accouchement se transforme en une côte escarpée, dont la sortie s'oriente en direction du plafond. Chez la femme accroupie, ce même canal entre en pente accentuée et, si elle se penche pour voir l’arrivée de l'enfant, la sortie du vagin est dirigée directement vers la terre, vers le plancher de la pièce.

La femme couchée, pour faire naître le bébé, doit le pousser vers le haut. Ce sont trois à quatre kilos qui doivent passer par un canal étroit, en pente vers le haut.

En position accroupie, elle pousse trois à quatre kilos vers le bas. La force de la gravité, non seulement attire le fœtus, mais elle lui ajoute encore le poids des viscères abdominaux mobiles (intestin) qui aident à donner de l'impulsion au bébé, vers l'autre côté, celui du dehors.

5. Comment est-il le plus facile de pousser, les jambes en l’air, soutenues par des supports, ou les jambes appuyées par terre ?

La position gynécologique retire du jeu, met de côté la masse musculaire des membres inférieurs, la plus importante et la plus efficace du corps humain. Il n'y a qu'à analyser les dessins pour en tirer ces conclusions.

6. Quel est le cas qui exige le plus souvent l'application du forceps, ces fers effrayants ?

Pendant l'accouchement en position couchée, la femme, les jambes en l'air, les muscles des jambes exclus de toute participation, doit pousser le bébé vers le haut, à travers un canal comprimé. Souvent la force lui manque et le médecin doit l'aider. Le forceps est alors indiqué. La force que le médecin doit imprimer au forceps ne doit pas dépasser quatre kilos.

Chez la femme accroupie, le poids du bébé représente à lui seul ces trois à quatre kilos.

La même chose peut se dire de la césarienne, nécessaire plus rarement, plus facile à pratiquer, avec moins de souffrance pour la mère et le fœtus. Cette opération de sauvetage reste réservée à un nombre bien moindre de cas où elle est réellement indiquée, et non plus valorisée comme une des meilleures acquisitions de l'obstétrique de tous les temps.

7. L'enfant. Quel est celui qui court le plus grand risque de souffrir de lésion cérébrales : celui qui, pour naître, doit traverser un canal plus étroit ou un canal plus ouvert ?

— Celui qui passe par un canal plus étroit.

8. Et pour les poumons, qui sont le siège le plus commun de maladies des nouveau-nés, quel est l'accouchement qui offre le plus de risques ?

Chez la femme couchée, l'enfant naît lui aussi couché. Il ne sait pas encore se défendre, cracher, avaler, pour se délivrer du contenu qui lui bouche le nez, la gorge.

Dans l'accouchement vertical, l'enfant sort du canal vaginal la tête en bas, le corps au-dessus. La gravité se charge de faire la désobstruction des voies respiratoires, les nettoyant pour laisser entrer l'air. Dans cette position, il est plus difficile d'aspirer des corps étrangers. C'est comme si on essayait de boire un verre d'eau la tête en bas.

Cela ne veut pas dire que le médecin ne doit pas être prêt à aider l'enfant à libérer ses voies respiratoires. Par précaution, il doit le faire toujours, bien que, dans la plupart des cas, cette mesure ne soit pas nécessaire (fig. 6).

 

Episiotomie — Rupture du périnée

On accuse avec insistance l'accouchement en position accroupie de favoriser une rupture du périnée. En réalité, celle-ci n'est pas plus fréquente que dans l'accouchement en position couchée ; au contraire, elle est plus rare. Elle est moins fréquente parce que, dans cette position, comme nous l'avons vu, le canal vaginal s'élargit au lieu de devenir plus étroit, comme c'est le cas chez la femme couchée.

Pour éviter la rupture, les médecins pratiquent, avec ciseaux ou bistouri, une ouverture chirurgicale du vagin (épisiotomie) pour le suturer après la sortie de l'enfant (épisioraphie).

Croyez-moi, la cicatrisation se fait mieux en cas de rupture spontanée ; en cas de déchirure irrégulière, il est plus difficile de recomposer les tissus.

Il est recommandé de faire l'incision aussitôt que la tête commence à forcer la vulve, dans le but de prévenir la distension exagérée des fibres musculaires qui, selon l'opinion de certains, perdraient leur élasticité et leur pouvoir de rétraction, ce qui aurait comme résultat le relâchement des organes pelviens, cause de prolapsus génitaux.

Ces gens disent que, quand il n'y a pas de rupture, l’intégrité de la peau ne fait que cacher la destruction des muscles sous-jacents. Rien n'empêche, pendant l'accouchement indien, de faire une épisiotomie et une épisioraphie, de la même façon que pendant l'accouchement en position couchée.

Pour différentes raisons, nous n'adoptons pas l'épisiotomie de routine. Elle reste réservée à quelques cas (rares) où le périnée, trop rigide, retarde la naissance du fœtus ou quand une raison quelconque met en danger sa santé et oblige à abréger l'accouchement.

Dans les autres cas, nous laissons l'accouchement se dérouler naturellement et spontanément, avec un minimum d'interventions.

Nous avons observé que, dans 30 % environ des accouchements de primipares, il n'y a pas rupture du périnée. Pourquoi alors faire des incisions chez toutes les femmes, même chez celles pour qui ce ne serait pas nécessaire ? Dans les cas de rupture, nous ne voyons pas de raison de ne pas corriger immédiatement les lésions, mais seulement dans la mesure où le nécessite le passage de l'enfant, rien de plus. Pour l'épisiotomie, le médecin même le plus compétent, coupe, s'il le juge nécessaire, très souvent plus qu'il ne faut. Quand il coupe peu et que l'ouverture est insuffisante, la tête de l'enfant se charge de l'agrandir, déchirant le périnée quelquefois exagérément et dans une mauvaise direction.

Quant à la distension citée et à la perte d'élasticité et du pouvoir de rétraction, avec relâchement des périnées en bon état, nous croyons qu'il y a une fausse interprétation de ce qui arrive réellement. Ces analystes raisonnent comme si les structures vaginales se comportaient comme un tissu dont le pouvoir de distension serait dû à des fibres élastiques de la peau qui, quand elles sont abîmées, perdent le pouvoir de rétraction, par l'impossibilité d'être reconstruites. Ce n'est pas là le comportement des fibres musculaires qui, disposées en arcs, comme s'il s'agissait de parenthèses, entrouvrent les orifices du canal pelvien, construisant le diaphragme anal, vaginal et vésical. Ce sont des muscles puissants qui, comme tous les muscles soumis à exercice, récupèrent leur force et retrouvent leur pouvoir de contraction, devenant aptes à se charger de leurs fonctions de soutien des organes pelviens et de constriction pour une bonne réalisation des relations sexuelles, de la miction et de la défécation.

C'est ce que nous avons pu observer chez les multipares indiennes, sans aucun traitement médical. Il en est de même chez les femmes civilisées qui accourent en nombre croissant pour accoucher à la mode indienne.

Pour conclure, ce qui importe le plus, ce n'est pas de " couper " ou non, c'est le travail de la musculature périnéale, dans ses fonctions de soutien et de constriction nécessaires à la contention anale et urinaire correcte et surtout à une bonne réalisation sexuelle.

 

Les femmes de " Portugueis " ne savent pas chanter

Vers la fin de l'après-midi, assises dans l'herbe au bord des champs, regardant le coucher du soleil, un groupe d'Indiennes s'entretiennent calmement. Le médecin, déjà familiarisé, s'approche, discret, s'assied près d'elles.

— Comment dit-on " bonsoir " en caigangue ?

Amanhe.

— Alors, amanhe pour vous.

Apentavi, répondent-elles aussitôt, elles rient, satisfaites.

— Combien d'enfants avez-vous ?

— Douze.

— Tous vivants ?

— Tous.

— Et vous ?

— Huit.

— Et vous ? Et vous ?

Et la conversation continue, décontractée, jusqu'à ce que le médecin l'amène sur le sujet qui l'intéresse le plus.

— Comment avez-vous eu vos enfants ?

— En les ayant, tout simplement.

— Je voulais savoir quelle position...

— Comme tout le monde. Comme cela doit se faire. Comment a-t-on des enfants ? On s'accroupit, on pousse et ils viennent. Pourquoi me demandez-vous ça ?

— Pour savoir.

— Pour savoir ? Et les femmes des " Portugueis " ne les ont pas comme ça ?

— Non.

Pour les Indiens, les Brésiliens, ce sont eux ; les autres sont " os Portugueis ".

— Non ? Comment font-elles, alors ?

— Couchées.

— Couchées ? Comment ?

Alors, le cercle se resserre, l'assistance augmente.

— Elles se couchent sur une table haute et la sage-femme ou le médecin fait l'accouchement.

— Couchées ? Comment ?

— Comme ça...

Et le médecin, sans complexe, moqueur, se couche dans l’herbe et lève les jambes.

Le fou rire incrédule éclate, joyeux et en cascade.

L'Indien ne rit presque pas, mais l'image est si amusante et si incroyablement absurde que la nature elle-même semble voir le côté drôle de la situation : elle se met aussi à rire par le bruit des feuilles sous l'action d'un coup de vent plus fort.

Le médecin, assis sur l'herbe, s'amuse en attendant que l'accès d'hilarité passe.

— Comment est-ce que l'enfant peut naître ? Comment est-ce possible ?

Et la situation leur paraît si incompréhensible, si grotesque que les commentaires, maintenant en caigangue, continuent à provoquer les rires critiques, supérieurs. Plus amusée que les autres, la vieille Catarina, mère de douze enfants, imite une femme couchée et joue la comédie pour ses amies.

— Regardez comment les " Portugueis " ont leurs enfants !

— Ce n'est pas possible.

Et sans malice, la curiosité aiguisée par le problème incompréhensible, dans son langage simple et direct, elle lance la question :

— Et comment les femmes des " Portugueis " font-elles pour déféquer (naturellement, elle a employé un autre terme). Ne me dites pas qu'elles se couchent aussi...

— Elles s'assoient sur une planche haute, avec un trou au milieu.

— Alors, pourquoi est-ce qu'elles n'ont pas leurs enfants de la même façon ? Les femmes des " Portugueis " ne savent même pas " chanter "... Vous pensez que vous savez tout et vous avez la manie de vouloir apprendre aux autres...

 

Commodités de la vie civilisée responsables de la détérioration de l'accouchement et de la réalisation sexuelle (C. Paciornik M. Pacionick.)

(Etude comparative entre les femmes civilisées et les habitantes de quelques réserves indigènes (du sud du Brésil et du Paraguay). (Présentation au XXIll Congrès de gynécologie et d'obstétrique. Sao Paulo, 1977, ayant reçu la mention honorable. Deuxième Congrès mondial de reproduction humaine, Tel-Aviv, 1977.)

Introduction

En 1974, nous avons commencé à mettre à exécution un programme d'examens gynécologiques, pour la prévention du cancer génital, dans les réserves indigènes du sud du Brésil. Il s'est tout de suite avéré que l'état pelvien des sylvicoles (habitantes primitives des forêts) se présentait dans des conditions nettement meilleures que celui des femmes civilisées, que nous voyions depuis des années. Les ruptures du périnée étaient moins étendues ; la vessie, l’urêtre, le rectum, l'anus et l'utérus mieux situés, avec des prolapsus bien moins accentués. Mais tout cela pouvait n'être qu'une impression, fondée sur des critères empiriques d'évaluation et donc sujette à erreurs.

Des données plus précises, cependant, sont fournies par l'analyse du comportement vésical et anal, de l'incontinence sphinctérienne urinaire et rectale à l'effort, dans les deux groupes ethniques. Tandis que la perte d'urine provoquée par l'effort, la toux, l'éternuement, fait souffrir de 20 à 30 % des femmes civilisées qui ont eu des enfants, à peine 3 à 4 % des Indiennes se plaignent de cette complication désagréable.

Il en est de même pour l’incontinence anale, de gaz et de fèces, avec une incidence de 1 et 2 % des femmes civilisées, mais aucun cas parmi les 800 sylvicoles examinées jusqu'à aujourd'hui.

Il est rare de trouver chez ces dernières des prolapsus accentués, avec extériorisation partielle ou totale de l'utérus, de la vessie et du rectum hors du vagin, qu'on trouve si souvent chez les femmes civilisées.

Notre première idée avait été que la cause d'une telle disparité était uniquement la manière différente d'accoucher. Tandis que les Indiennes le font en position accroupie, les femmes du monde civilisé ont leurs enfants couchées sur des lits ou des tables appropriées. Ce sont, à notre avis, des conditions défavorables, responsables de ruptures et de dystocies. Cependant, en examinant la population indigène, sur l'autre rive du Rio Paranâ, au Paraguay, nous avons été obligés de reconsidérer ces déductions. Nous avons constaté qu'il devait y avoir quelque chose " en plus ", pour expliquer le bon état génital des sylvicoles. C'est que, depuis quelques années, protégées par l'Institut de la santé du Paraguay, la plus grande partie des habitantes de la frontière sont assistées par des sages-femmes (comadronas) et les accouchements sont réalisés sur des tables obstétriques, en position gynécologique. En dépit de quoi, leurs périnées étaient en bon état, les prolapsus peu nombreux, et les complications d'incontinence sphinctérienne rares. L'aspect, cependant, n'était pas aussi bon que celui des Indiennes du côté brésilien, bien que nettement meilleur que celui des femmes civilisées des deux pays.

Commentaires

Quelle en est la cause ? Une hypothèse pour expliquer cette différence apparente a été émise par l'un des médecins de l'équipe paraguayenne : la cause en serait peut-être que les Indiennes de son pays n'ont pas de chaises et adoptent donc la position accroupie (cuclillas) pour leur repos habituel.

De fait, analysant les influences des deux positions : a) assises sur des chaises et, b) accroupies, nous voyons clairement que c'est là que réside la cause des différences.

Nous voyons que tout muscle qui travaille s'hypertrophie, devient plus puissant, tandis que le repos prolongé provoque l'atrophie, l'affaiblissement et même l'insuffisance.

Or, quand on utilise une chaise, son dossier sert d'appui aux fesses, remplace la force du support musculaire de la zone pelvienne, permettant à ses structures de rester détendues, dispensées qu'elles sont de soutenir les viscères abdominaux, en particulier les organes pelviens comme l'utérus, la vessie, le vagin et le rectum. Il en est de même avec les muscles des membres inférieurs qui, pendant qu'ils sont détendus, emmagasinent et retirent de la circulation générale une grande fraction de la masse sanguine. De leur côté, les dossiers des chaises font une grande partie du travail du volume myoartrovertébral et aussi des muscles abdominaux qui, peu ou pas sollicités, se présentent en condition de repos. C'est encore plus évident dans les fauteuils modernes, de plus en plus commodes et ajustés anatomiquement pour éviter tout effort organique, amenant en conséquence l'affaiblissement.

Des conditions diamétralement opposées se présentent en position accroupie, la plante des pieds contre le sol, les muscles des jambes, des cuisses et des fesses tendus, pour le soutien du poids de tout le corps. La musculature périnéale est obligée à un travail permanent, pour l’appui viscéral ou pour la contention de la vessie et du rectum, surtout quand ces organes sont pleins. La femme dont la vessie serait remplie et la musculature détendue urinerait sans le vouloir, chaque fois qu'elle s'accroupirait.

Un résultat semblable, également vexant et désagréable, serait obtenu si le rectum était plein de gaz et de matière fécale, et le sphincter anal au repos.

Un autre facteur aussi agit dans le mécanisme de renfort de la musculature périnéo-vaginale des Indiennes : l'habitude de porter leurs enfants sur le dos, attachés par des bandes d'écorce d'imbira qui s'appuient sur la région frontale de la mère, l'obligeant à redresser la tête avec force. La conséquence de ce redressement est la fermeture et la tension automatiques des sphincters du vagin, de la vessie et du rectum, ce qui accroît leur tonicité.

Le mécanisme étant identique, nous trouvons des arguments pour associer les mêmes commodités de la vie moderne à toute une série de troubles tels que l'impuissance sexuelle, la frigidité, la stérilité, la dysménorrhée, l’éjaculation précoce, les lombalgies, la mauvaise posture corporelle, les positions défectueuses, les lordoses, les cyphoses, les varices, la cellulite, le ventre pendant, les hernies abdominales, la constipation, les hémorroïdes, la ptôse mammaire. Chacune de ces maladies mériterait une étude spéciale, mais tel n'est pas le but que nous nous sommes proposé.

II est intéressant d'analyser l'effet de la position accroupie sur la circulation du sang. Au moyen d'un cathéter, introduit dans l'artère fémorale, nous avons mesuré la pression à différents niveaux et dans différentes positions, et nous avons pu vérifier que, debout, la pression maximale se situe dans les membres inférieurs ; chez la femme accroupie — chez l'homme aussi—elle se transfère au pelvis. Ce phénomène est la preuve que l'abaissement du tronc agit sur le système vasculaire des membres inférieurs et des grandes masses glutéennes, concentrant le plus grand volume du sang dans la région fessière. Mieux irrigués, l'utérus et les ovaires doivent forcément fonctionner mieux, avoir une plus grande production hormonale, se répercutant sur tout l’organisme. Chez la femme enceinte également, un plus grand apport sanguin devra favoriser l'alimentation et le développement ovulaires.

Sans aucun doute, la répétition de l'accroupissement et du redressement, que les Indiennes pratiquent continuellement, ne peut être que salutaire. Elles s'accroupissent pour se reposer, se maintenant dans cette position pendant des heures, pour fumer la pipe, prendre le chimarrao, faire la cuisine par terre, sans cuisinière, ou pour évacuer et uriner, sans aucun artifice. Elles ne se servent pas de lit ; elles se couchent par terre à même le sol. Leurs positions et fonctions font travailler les muscles des jambes, du périnée, de l'abdomen, du thorax, des articulations de la colonne vertébrale, en un mouvement d'ensemble harmonieux.

Nous avons établi une preuve physique de nos observations et de nos déductions. A partir de 1976, nous avons commencé à mesurer la force de la musculature de la zone pelvienne, des muscles du périnée, au moyen d'un vaginomètre de Koegel. Les résultats obtenus ont démontré que nous étions sur la bonne piste.

Nous avons établi un programme où la mesure de pression vaginale est faite chez la femme indienne et la civilisée, en trois positions : horizontale, demi-assise et accroupie. Dès le début, nous avons observé que la pression chez la femme civilisée, au repos, allait de 10 à 15 millimètres d'eau. Sur ordre de " contracter le vagin " en le serrant de toutes ses forces, l'aiguille du vaginomètre ne bougeait que légèrement jusqu'à la marque de 20 ou 30, arrivant quelquefois à 50, rarement à 60.

Par contre, chez les femmes qui ont pour habitude de s'asseoir sur les talons en position accroupie, les pressions passaient systématiquement à 50, 60, allant fréquemment à 80 ou 90 et atteignant, chez certaines, 100-120.

Le fait est si évident qu'il nous permet, en contrôlant les pressions vaginales, de savoir si la patiente est habituée à exercer les muscles du périnée, si elle fait de la gymnastique ou, plus habituellement, si elle a un travail qui l'oblige à s'accroupir, comme les colons qui s'adonnent à la culture des légumes ou des fruits de végétation basse, comme les baies ; si elles font du jardinage, si elles lavent leur linge au bord de la rivière ou si elles exercent une activité semblable. Il n'y a pas d'erreur possible.

Autre observation : en vue de donner aux femmes enceintes civilisées, confiées à nos soins, de bonnes conditions pour un accouchement en position accroupie, nous avons commencé par leur expliquer les avantages de ce type d'accouchement, et nous leur avons appris que, sans préparation physique, elles seraient difficilement aptes à supporter un accouchement en position accroupie.

Pour cela, elles seraient obligées de s'entraîner, exécutant un grand nombre de fois l'exercice de s'accroupir et de se redresser.

Combien de fois ?

Dix fois serait mieux que rien, vingt fois mieux que dix, cinquante, cent fois, encore mieux ; plus elles en feraient, mieux cela vaudrait. Il n'est pas nécessaire de faire les exercices en une seule fois. Nous leur recommandons de les exécuter, au cours de la journée, en petites séries, quand l'occasion se présente. Il faut commencer avec peu de mouvements et les augmenter graduellement, sans que l'effort produise fatigue ou souffrance. Nous recommandons encore, comme mesure auxiliaire, toutes les fois que cela est possible, de prendre la position accroupie. Nous leur rappelons aussi qu'il serait bon d'éviter les cuvettes hautes pour l'allégement physiologique ; quand c'est possible, il convient de les remplacer. Dans le même ordre d'idées, nous suggérons qu'on utilise de nouvelles installations, par exemple des cuvettes turques.

Le résultat obtenu a été que, après quelques mois d'exercices, chez toutes il y a eu une augmentation de la pression vaginale et — ce qui est plus intéressant — la performance sexuelle a été améliorée, ce qui a été constaté et confirmé, dans la plupart des cas, par les conjoints respectifs. L'amélioration de la pression continuait après l'accouchement, indépendamment de la position pendant l'accouchement, couchée ou accroupie.

Voilà pourquoi nous indiquons des exercices visant d'autres objectifs. Si, au début, nous ne pensions qu'à offrir de meilleures conditions pour l'accouchement accroupi, actuellement nous étendons leur indication parce que nous croyons qu'ils doivent faire partie des habitudes de toute femme.

Peu de femmes renoncent à ce type de gymnastique, contrairement à ce qui arrive avec tout exercice corporel qui, commencé avec enthousiasme, est abandonné en peu de temps, malgré toute la bonne volonté possible.

Nous pensons que cela arrive par manque d'une motivation aussi forte que celle qu'on provoque par la compréhension de l'influence de ces mouvements sur la performance sexuelle. De nombreuses femmes, ne pouvant mesurer leurs conditions génitales, sont dominées par une grande méfiance quant à leur performance sexuelle, ce qui leur donne un sentiment d'insécurité, de peur et, plus tard, les rend frigides et provoque même de l'aversion, cause fréquente de mésentente conjugale.

En réalité, elles-mêmes, dès les premiers moments, perçoivent les effets des différentes positions sur la musculature. En se baissant, elles sentent les muscles du périnée se détendre, le vagin s'élargir dans le sens transversal. Cette sensation s'accentue quand elles forcent l'écart des jambes. Si, en outre, elles basculent le corps vers l'avant, elles sentent davantage encore que l'élargissement se produit dans le sens antéro-postérieur. C'est que, de cette façon, le sacro-iliaque et le coccyx sont poussés vers l'arrière, augmentant les diamètres antéro-postérieurs, tant des os que des parties molles. Vers la fin de la grossesse, le poids de l'utérus oblige la femme accroupie à ce type de mouvement de bascule, sans lequel elle tomberait en arrière.

Donc, pour nous résumer : en position accroupie, forçant l'ouverture des jambes et basculant le corps vers l'avant, le diaphragme pelvien se détend, les grandes lèvres se séparent, le vagin, l'urètre et l'anus se préparent automatiquement et logiquement aux trois phénomènes physiologiques de l'expulsion : du fœtus, de l'urine et de la masse fécale.

Cependant, si elle fait le mouvement contraire, c'est-à-dire s'étire, se penche, exagère l'extension de la colonne vertébrale en levant les bras et en jetant la tête en arrière, elle sentira la contraction automatique et inévitable des muscles ; du périnée, avec fermeture du vagin, de l'urètre, du rectum et l'augmentation de la pression respective. Le vaginomètre accuse nettement ce phénomène. La pression s'accentue encore plus quand la femme se couche sur le dos. Le lit pousse les fesses vers l'avant, rectifie la colonne, pousse le sacrum et le coccyx vers le haut, rétrécit le canal vaginal et crée des conditions idéales pour les relations sexuelles, mais contraires à l'accouchement. Le décubitus dorsal contrarie ce que nous avons vu pour la position accroupie, dans laquelle les trois canaux, l'urètre, le rectum et le vagin, s'entrouvrent, se décontractent, se préparant pour les actes d'expulsion : l'accouchement, la miction et la défécation.

Appuyés sur cette constatation, nous concluons qu'une grande partie de l'insuffisance de l'état pelvien, l'incontinence vésicale et anale, le désajustement sexuel de la femme ou les difficultés de l'accouchement, peuvent être la conséquence de l'affaiblissement musculaire causé par l'usage de sièges et dossiers de chaises et de fauteuils de plus en plus commodes.

Comme l'abolition de ces commodités de la vie civilisée ne sera jamais acceptée, il ne nous reste qu'à enseigner une série d'exercices qui imitent la dynamique provoquée par les postures des Indiennes qui sans se préoccuper de gymnastique. les pratiquent normalement pendant leur vie.

Nous nous sommes efforcés de les concentrer en deux mouvements, qui, par la répétition, dispensent, en peu de temps, une grande partie de leurs bienfaits.

Ils consistent à :

a) s'accroupir et se relever, sans hâte, un grand nombre de fois par jour, conservant contractée toute la musculature corporelle des membres, du tronc et de la face ;

b) se lever, exagérer la distension de la colonne vertébrale en levant les bras et en rejetant la tête en arrière (ce qui équivaut à porter un enfant sur le dos) ; en se baissant, faire une expiration forcée et, en se levant, inspirer profondément.

c) comme mesure complémentaire, nous rappelons encore qu'il sera utile, si c'est possible, de se mettre en position accroupie.

 

AVANTAGES ACQUIS AVEC L’EXERCICE accroupissement – extension

Accroupissement :

  • Renforcement des muscles abdominaux
  • Pression sur la vésicule biliaire.
  • Amélioration de la compression des intestins.
  • Amélioration des mouvements entériques.
  • Meilleure évacuation fécale
  • Concentration du sang dans la région pelvienne.
  • Meilleure irrigation des ovaires.
  • Meilleure nutrition du fœtus.
  • Jambes forcées, fortifiées.
  • Pression sanguine, prévient les varices et la cellulite.
  • Meilleure circulation sanguine céphalique.
  • Renforcement de la colonne.
  • Ouverture de la cavité pelvienne.
  • Forte contraction de la musculature
  • Augmentation de la pression vaginale.
  • Meilleure performance sexuelle.
  • Meilleure évacuation fécale.
  • Prévient les hémorroïdes.
  • Moins d'insuffisance périnéale.
  • Moins de ptôses, de prolapsus.

Extension :

  • Renforcement de la colonne vertébrale.
  • Force et renforce les muscles des bras.
  • Force les muscles de la face.
  • Prévient et retarde l’apparition des rides.
  • Force et renforce les muscles du cou.
  • Force la musculature thoracique.
  • Relève les seins.
  • Force les muscles abdominaux.
  • Prévient les stress et les hernies.
  • Ferme, force et renforce la vessie, le vagin et l'anus.
  • Augmentation de la pression vaginale.
  • Amélioration des relations sexuelles

 

En obéissant à ces règles, les femmes exerceront les muscles des membres inférieurs de la base pelvienne, enfin de presque tout le corps, se préparant pour l'accouchement en " position indienne ", développant de meilleures conditions de performance sexuelle et corrigeant ou évitant un grand nombre de déficiences, résultant de certaines commodités de la vie civilisée.

 

Performance sexuelle

Environ 40 % des femmes mariées souffrent de désajustement sexuel. Elles ne trouvent aucun plaisir dans les relations, n'arrivent pas à l'orgasme et beaucoup en viennent à ressentir de l'aversion et de la répulsion envers n'importe quelle approche conjugale.

De tels désajustements affectent également les Indiennes. Le pourcentage, cependant, est bien moindre. Parmi les quatre cents femmes examinées, vingt ont reconnu avoir quelques problèmes, soit 4 %, une proportion dix fois moindre.

De l'avis général, ce sont des causes psychiques qui sont reconnues comme principales responsables en ce domaine. Il s'agirait d'erreurs de notre civilisation, liées à l'éducation familiale, religieuse, scolaire et sociale. On oublie — et on en parle peu — les responsabilités des conditions gynécologiques dans le désajustement sexuel.

" Les Indiennes vivent en contact avec la nature, elles sont plus naturelles, à l'abri des enseignements et des tabous des civilisés... "

Ce n'est pas tout.

En vue de comparer la force musculaire du périnée, nous avons acheté quelques appareils spéciaux, connus sous le nom de vaginomètres et périnéomètres. Les périnéomètres sont des ballons élastiques allongés qui, introduits dans le vagin, accusent leur force sous la pression des muscles vaginaux, sur un monomètre de vision directe. Le vaginomètre est un appareil semblable, ayant en plus un dispositif de registre graphique qui traduit, par un tracé, la force vaginale. Nous avons choisi le périnéomètre de Koegel, plus petit, plus simple et de maniement plus facile. Koegel l'a mis au point pour soigner l'incontinence urinaire par l'effort. Les appareils étaient individuels, propriété des patientes.

Les femmes accompagnaient l'augmentation progressive de la force de leur vagin, en comprimant la poire de l'appareil un grand nombre de fois.

Dans notre service, un même appareil sert à de multiples applications. Un gant en matière plastique, d'usage unique, emprisonnant la poire, garantit sa propreté et la protège contre une usure précoce.

Aujourd'hui, la périnéométrie ou la vaginométrie fait partie de notre routine.

Quand il n'y a pas de contre-indication — virginité ou quelque affection qui y fait obstacle — toutes les patientes qui viennent nous voir sont contrôlées quant à leur force vaginale. En quatre ans, le nombre de vaginométries approche des vingt mille ; sur ce nombre, à peine vingt-cinq ont été faites chez les Indiennes de la forêt.

L'observation nous a révélé les données suivantes :

1) Chez la femme couchée au repos, la pression de base va de 10 à 20.

2) En position accroupie, celle-ci baisse rapidement.

3) La pression vaginale des Indiennes, qui ont une vie primitive, en général dépasse les 80 millimètres de mercure ; 100 n'est pas extraordinaire, et quelques-unes atteignent 140.

4) La pression de l'immense majorité des femmes civilisées se situe entre 20 et 60. Moins de 10 % ont plus de 60. A peine 2 % atteignent et dépassent 100.

Pourquoi de telles différences ?

Comme nous l'avons raconté, notre première idée, en examinant les Indiennes de Xapecô, a été que la cause en était la manière d'avoir leurs enfants : les femmes civilisées couchées et les Indiennes accroupies.

Quand nous avons participé à la première campagne paraguayenne de prévention du cancer gynécologique, dans la ville de Puerto Stroessner, à la frontière du Brésil et du Paraguay, où plus de quatre mille femmes des deux groupes ethniques ont été examinées par une même équipe et en même temps, la différence a été perçue nettement.

Un fait qui nous a intrigués a surgi alors :

Les Indiennes paraguayennes, assistées par des sages-femmes de l'Institut de la prévoyance sociale de ce pays, mettent au monde leurs enfants en position couchée et, bien que leur périnée se présente en bon état, en réalité il est moins bon que celui des Indiennes brésiliennes, mais bien meilleur que celui des femmes civilisées des deux pays.

Quelle en serait la cause, si l'accouchement se faisait en position couchée ?

La position de l'accouchement ne serait donc pas le seul fait déterminant dans la détériorisation de la base pelvienne. Il devrait y avoir quelque chose de plus. Cela a donné naissance à des discussions et à des échanges d’idées entre médecins paraguayens et médecins brésiliens.

L'hypothèse la plus raisonnable est venue d'un médecin paraguayen, Zenon Gonzales, pour qui la cause du bon aspect de la base pelvienne des Indiennes paraguayennes serait l'absence de chaises pour le repos. La suite lui a donné raison.

L'explication se trouve dans des particularités banales de physiologie :

a) Un muscle qui travaille devient fort.

b) Un muscle maintenu en repos prolongé, qui ne travaille pas, s'affaiblit, s'atrophie.

La femme civilisée passe la plus grande partie de sa vie à se reposer assise, sur des chaises commodes. Dans cette position, les jambes restent ballantes, au repos prolongé, ce qui a pour conséquence leur affaiblissement et la tendance aux varices et à la cellulite. La colonne vertébrale au repos, appuyée au dossier d'une chaise, s'affaiblit aussi et commence à présenter une gamme de mauvaises positions : scoliose, cyphose, douleurs, hernies discales, affaiblissement des vertèbres, vieillissement précoce. Au repos, les muscles abdominaux se débilitent eux aussi. Il s'ensuit l'éventration, la flaccidité du ventre, les hernies. La constipation a aussi comme cause la chaise, par la faiblesse de la paroi et le manque de pression sur le contenu abdominal, celui des intestins et celui de la vésicule biliaire. Et enfin, le plus important, ce qui a le plus de relation avec le sujet de ce livre : le siège de la chaise donne appui aux fesses et à toute la musculature périnéale qui, n'ayant plus besoin de soutenir les organes génitaux et ceux des viscères abdominaux, reposent détendues. De ce repos prolongé, découlent inexorablement l'affaiblissement et l'atrophie, par absence de ses deux principales fonctions : support du contenu pelvien et constriction des trois canaux qui s'ouvrent sur le périnée : la vessie, l'anus et le vagin. Les conséquences de la déficience de support sont les cystocèles, les rétrocèles, les utérocèles, et l'incontinence urinaire.

A son tour, le manque de force de constriction amène, comme conséquence, l'incontinence urinaire lors d'efforts, les hémorroïdes et, le plus important de tout, la mollesse vaginale. cause importante de l'insuffisance sexuelle.

C'est tout le contraire chez les sylvicoles. Leur repos habituel se fait en position accroupie. Tant l'Indien que le Cabocio (homme primitif, mais immigrant) brésilien restent accroupis pendant des heures. Dans cette position, pratiquement toute la musculature se trouve obligée de travailler. Les jambes, forcées de soutenir le corps, deviennent fortes, protégées contre la formation de varices et de cellulite. Cette position détermine une véritable pression du sang des membres inférieurs ; poussé vers le haut, il va mieux irriguer les organes encéphaliques, thoraciques et abdominaux ; leur fonctionnement, logiquement, en tire profit. Il en est de même du cerveau, du cœur, des poumons et surtout de ce qui nous intéresse dans cette étude, les organes génitaux. Les ovaires, mieux irrigués, ont un meilleur fonctionnement, une production hormonale plus équilibrée, une menstruation et une ovulation plus précoces, régulières, bienfaisantes dans la fécondation, la grossesse et l'accouchement. Il s'ensuit moins d'infertilité, moins d'avortements, moins d'accouchement prématurés, une ménopause plus tranquille, dispensant grandement de la médication artificielle complémentaire et assurant un prolongement des fonctions sexuelles.

Chez la femme enceinte accroupie, l'œuf reçoit plus de sang. Le fœtus est mieux nourri, ce qui a certainement une influence bienfaisante sur la formation organique. La position accroupie oblige la colonne vertébrale à travailler, lui donne plus de force et de résistance, évite les douleurs, les atrophies, les dystrophies, les mauvaises positions causées par son affaiblissement. Le corps fléchi comprime tous les viscères abdominaux et presse mécaniquement sur la vésicule biliaire, l'aidant à se vider, la protégeant contre la formation de calculs par stagnation, et augmente son travail dans les mouvements intestinaux. L'évacuation fécale se fait plus complètement et les cas de constipation diminuent.

L'accroupissement détermine l'ouverture passive des trois voies de la partie pelvienne : l'urètre, le vagin et l'anus. Passive, elle entraînerait une condition de détente et de repos qui devrait avoir comme conséquence l'affaiblissement ; mais cela n'arrive pas chez l'Indien qui, pendant les nombreuses heures qu'il reste dans cette position, force continuellement la contraction des sphincters, car autrement il y aurait fuite d'urine, de gaz et de fèces, par les voies entrouvertes ; la conséquence en est l'affermissement de toute la musculature périnéale, améliorant ses fonctions, en particulier la performance sexuelle, favorisée par un vagin à grand pouvoir de contraction.

L'Indienne a une autre habitude qui contribue efficacement au renforcement de son organisme en général, et plus particulièrement de sa région pubienne : elle porte ses enfants sur le dos, soutenus par une bande d'imbira appuyée sur sa poitrine. Elle commence cette pratique lorsque son bébé a trois mois et continue à le porter ainsi jusqu'à ce que l'enfant suivant ait à son tour trois mois. L'augmentation lente et graduelle du poids fait que la mère ne s'en aperçoit pas et reste ainsi apte à supporter, sans souffrance, des charges assez lourdes, comme celle d'un enfant de deux ou trois ans, à la fin de la grossesse suivante. Les bienfaits de cette coutume se reflètent dans le renforcement de tous les muscles — des bras, de la face, du cou, du thorax, de l'abdomen et de la colonne vertébrale, de la région pelvienne, des cuisses, des jambes et des pieds — en continuelle tension. Sur la face et le cou, l'affermissement musculaire évite et retarde la formation de rides. Les pectoraux, très sollicités s'hypertrophient, leurs tendons prennent une position horizontale et relèvent les seins. Ceux-ci peuvent être distendus par l'allaitement, qui continue pour dix, douze, dix-huit enfants, mais leur intersection reste haute et se situe au niveau de la ligne interaxillaire. L'effort de porter l'enfant force la fermeture automatique des voies périnéales. L'urètre, le rectum et le vagin se serrent fortement. Le vaginomètre accuse ce phénomène de façon nette et incontestable, révélant pourquoi la pression vaginale de l'Indienne est si forte.

L'exposition de ces faits à nos clientes en ont amené beaucoup à adopter les habitudes indiennes : s'accroupir pour le repos et porter les enfants sur le dos, avec appui sur la partie avant du corps. L'amélioration de la performance sexuelle prouve la justesse de la mesure.

Comme mesure complémentaire, nous recommandons, chaque fois que c'est possible, l'usage de latrines basses appelées bassins turcs. Au cas où ceux-ci manquent, nous recommandons avec insistance aux femmes enceintes de se servir de vases de nuit.

Nous avons observé que l’hyperextension du corps, les bras levés, comme le montre la figure 3, donne les mêmes résultats, force l'organisme de la même manière. C'est pourquoi nous recommandons à toutes nos patientes la gymnastique en deux mouvements, qu'auparavant on employait seulement pour les femmes enceintes, afin de les préparer pour l'accouchement : 1) s'accroupir, 2) se relever en portant le corps à son maximum d'extension.

En se baissant, le vagin s'ouvre, en se relevant, il se ferme. La répétition quotidienne de l'exercice fortifie les muscles périnéaux en peu de temps, ce qui est accusé par le vaginomètre et perçu par le conjoint, qui le mentionne systématiquement, au grand plaisir de l'épouse, dont la confiance en soi augmente, entraînant une amélioration de toutes les formes de rapports sexuels et, souvent aussi, des relations conjugales et de la position sociale et familiale.

 

L’iatrogénie de l'accouchement en décubitus dorsal

(latrogénie ; maladies causées par le médecin. Claudio Paciornik ci Moisés Paciornik)

Tant qu'elles n'ont pas subi d'influence venant modifier leurs conditions naturelles, les primates, sentant les contractions expulsives de l'accouchement, prennent instinctivement la position accroupie. C'est pour elles la manière la plus logique, la plus facile et la moins dangereuse d'aider à la délivrance des enfants. C'est ainsi que les choses se sont passées, à toutes les époques, chez tous les groupes humains primitifs et qu'elles se passent encore chez les peuples libres des influences de la " civilisation ". L'accroupissement pour l'expulsion du fœtus est aussi universel que la même position pour l'expulsion fécale, phénomènes qui se ressemblent sous beaucoup d'aspects.

Au cours de ces dernières années, la curiosité a amené les scientifiques et les reporters à parcourir le monde pour faire des recherches sur les usages et coutumes des peuples les plus lointains.

Dans l'immense majorité des cas, les femmes prennent deux positions particulières : agenouillées ou accroupies, et c'est ainsi encore de nos jours chez les peuples primitifs. La plupart des indigènes du Brésil et de l'Amérique du Sud ont les enfants en position accroupie ; ce n'est que dans quelques tribus que les femmes s'agenouillent.

Le premier artifice auxiliaire pour l'accouchement aurait été un appui bas, servant de banc pour les fesses. Après le banc, ou le tronc d'arbre ou la pierre, ont surgi les chaises obstétriques plus commodes, employées, entre autres, par la noblesse de l'ancienne Egypte, tandis que le peuple continuait à mettre bas dans la position plébéienne agenouillée, adoptée aussi par les esclaves hébreux.

Il est intéressant de noter que le hiéroglyphe qui correspond à l'accouchement représente une femme agenouillée, donnant le jour au pôle céphalique d'un enfant.

Le besoin de chaise, dans la noblesse égyptienne obèse, a été la conséquence de son mode de vie. Tandis que les pauvres femmes du peuple étaient assujetties à de longues marches, travaillaient, portaient de lourdes charges, les aristocrates grosses et bien nourries menaient une vie sédentaire, confinées dans des milieux restreints, dans leurs palais et leurs harems. L'excès de poids et le manque d'exercices les empêchaient absolument de se maintenir à genoux, et c'est pourquoi elles choisirent la commodité de la chaise obstétrique.

D'après la Bible, les Hébreux se passaient également de l'usage de moyens artificiels auxiliaires :

— Ramsès II, en constatant qu'on désobéissait à son ordre, selon lequel les fils des esclaves hébraïques devaient être sacrifiés aussitôt que les organes sexuels caractéristiques apparaissaient, convoqua les sages-femmes, qui se défendirent :

— Les femmes hébraïques sont très fortes ; quand elles sentent les douleurs de l'accouchement, elles s'éloignent, s'isolent et ne nous appellent pas, accouchent sans aucune aide et cachent leurs enfants. Quand nous arrivons, tout est fini et nous ne pouvons rien faire.

Un autre fait qui illustre bien la manière d'accoucher à cette époque est, si on en croit l'histoire, la naissance du Christ. Joseph avait laissé Marie dans une étable, sans aucune aide humaine ou mécanique et était parti à la recherche d'une sage-femme. A son retour, tout était terminé, l'enfant prêt et Marie en train de l'allaiter. En ce temps-là, les Juives mettaient au monde leurs enfants à genoux. Et c'est probablement ainsi que Marie a eu son fils. Elle était peut-être seule, sans table, sans sage-femme, sans personne. Un bœuf et un âne furent les seuls témoins.

Dans d'autres peuples, à mesure qu’augmentent leur ingéniosité et leur art, avec la création de conditions de vie plus commodes, la nécessité de l'effort physique diminue et, parallèlement, la force organique baisse avec l'affaiblissement général progressif. C'est pourquoi les articles manufacturés et les chaises obstétriques, destinées à soutenir les femmes affaiblies, ont surgi. Très simples, pour les unes, les autres faisaient appel à une série de ressources auxiliaires. L'exagération commença dans la noblesse française. Les dames de la Cour, très habillées et ornées, portant des tenues et des costumes exubérants, avaient des difficultés même pour s'asseoir. Elles

ne marchaient presque pas, le transport se faisait dans des carrosses ou sur des litières. Les femmes qui les soignaient, également des professionnelles élégantes, en manteaux, chemises à dentelles, entourées de coussins, de manchettes, trouvant difficile de réaliser l'accouchement, même sur les chaises basses de l'époque, ont vu dans la position couchée la manière la plus commode d'aider les enfants à naître. Pour la femme affaiblie, gênée pour se tenir dans une autre position, la suggestion de se coucher sur le dos constituait aussi une solution bienvenue.

De tout cela a surgi la grande polémique, qui a eu comme maître le vénéré Mauriceau (François Mauriceau, accoucheur et chirurgien français, Paris (1637- 1709).), défenseur du décubitus dorsal, dont il voyait les avantages avec enthousiasme. Pour l'attaquer, on lui a demandé :

— Pourquoi les femmes, pour déféquer, s'accroupissent-elles ? Selon vos théories, elles devraient se coucher.

A quoi Mauriceau a répondu :

— L'accouchement diffère de l'évacuation, où on expulse une masse inanimée, inerte, tandis que, par l'accouchement, un être vivant, actif, qui collabore à sa propre naissance, sort de la mère.

Mais plus que ses arguments, le prestige du grand maître a été décisif, et grâce au " magister dixit ", l'accouchement en décubitus dorsal a conquis la France, d'où il s'est répandu dans toute l'Europe et le monde civilisé. En réalité, le fait que les médecins aient fait se coucher les femmes a été une conséquence, qui, de son côté, en a entraîné d'autres, peut-être le plus grand facteur d'iatrogénie de l'histoire de la médecine. La mère, le fœtus, le médecin et finalement l'obstétrique elle-même ont été atteints.

 

Effets de l'accouchement en décubitus dorsal sur la mère

Pour se reposer, instinctivement la femme enceinte évite le décubitus dorsal prolongé. Elle ne se sent pas bien et, bien qu'elle ne sache pas en analyser la raison, elle perçoit que le fonctionnement de son cœur devient plus difficile. Cet état s’exacerbe et devient plus évident en présence d'un déficit cardiaque.

Dans ces cas-là, le cardiaque évite le décubitus dorsal, la personne décompensée cherche à rester assise. La position accroupie est celle qui soulage le plus dans les syndromes cyanosants. L'amélioration est due à la pression vasculaire que la position accroupie détermine dans les membres inférieurs, chassant une grande quantité de sang vers les parties hautes de l'organisme.

Il en va de même avec l'anémique. C'est ce qui explique la position prise par le cabocio brésilien, de Jeca Tatu. L'accroupissement fournit plus de sang pour l'oxygénation pulmonaire et l'alimentation des organes nobles, le cerveau, le cœur et tout le système endocrinien. La dyspnée et les palpitations sont soulagées. Les facultés mentales s'améliorent et une sensation de calme, de bien-être, par une meilleure alimentation cérébrale, s'ensuit. C'est le secret du yoga et de toutes les techniques orientales de méditation, de concentration qui, sans qu'on s'en aperçoive, emploient l'accroupissement ou la position assise sur les jambes croisées comme partie essentielle de leur programme. Le mécanisme est identique.

Le déficit et les conséquences circulatoires du décubitus dorsal, chez les femmes enceintes, ont à l'origine un fait très bien étudié et compris. Chez la femme enceinte, l'utérus repose sur les gros vaisseaux rétro-péritonéaux, l'aorte et la veine cave inférieures. L'aorte, grâce à une grande pression intérieure, bien qu'atteinte dans sa fonction, supporte le poids qui se lance sur elle ; il en est autrement de la veine cave inférieure, dont la pression très légère — à peine 4 millimètres de mercure — ne peut empêcher l'aplatissement et la diminution du calibre, ce qui retient une grande quantité de sang dans le tiers inférieur du tronc et des membres inférieurs, le retirant à la grande circulation. Cela peut même provoquer, par degrés progressifs, syndrome de collapsus postural, malaise, cyanose, dyspnée, sensation de mort imminente et, dans des circonstances spéciales, issue mortelle. Dans ces cas-là, la souffrance fœtale est une constante ; elle est perçue par les variations des battements cardiaques et constitue ce qu'on appelle le signe postural de Posero, qui s'améliore dès que la patiente se couche sur le côté. Cette amélioration est due à la libération des vaisseaux de la compression utérine, quand le sang recommence à circuler librement.

 

L'accouchement

Les effets négatifs du décubitus dorsal s'étendent sur la dynamique de l'accouchement, pendant ses trois périodes : dilatation, expulsion et expulsion du placenta et des membranes hors du vagin.

Dilatation

Chez la femme couchée, la dilatation est plus lente et sujette à complications ; la lenteur plus grande est causée, pour une part importante, par la pression que le poids de la poche des eaux et du fœtus exerce sur le col et la paroi postérieure de l'utérus, sur lequel ils reposent.

Expulsion

L’expulsion, dans toutes ses périodes (rotation, descente et dégagement), est également influencée : elle exige un plus grand effort, est plus lente et sujette à complications, à la suite de l'addition de différents facteurs :

a) Le canal d'accouchement chez la femme en décubitus dorsal se transforme en une courbe de direction ascendante, ce qui oblige la femme à pousser le cylindre fœtal en un plan incliné vers le haut. Pour faire une comparaison plus juste, ce serait comme de pousser une voiture à la montée. La rotation devient également plus difficile. Il est plus laborieux de rouler le cylindre fœtal couché, appuyé sur une grande surface corporelle que sur une petite fraction de tête, sur laquelle elle s'appuie quand elle est en position verticale.

b) Chez la femme couchée, le matelas du lit presse autant les parties molles que le coccyx, en direction du pubis, rétrécissant ainsi le canal vaginal. Le canal, resserré, exige un plus grand effort pour être traversé. II est, par conséquent, sujet à des lésions plus grandes : ruptures, dislocations, désinsertion, prédisposant aux prolapsus et aux troubles — rétrocèles,

incontinence d'urine, gaz et matière fécale" cystocèles, hystérocèles, vagin mou, toutes causes pouvant provoquer des désastres sexuels.

c) Couchée et en position gynécologique, une grande partie de la force expulsive se perd. L'énorme potentiel de la musculature des jambes suspendues est éliminé presque complètement, tandis que celui des cuisses, des muscles abdominaux et thoraciques est grandement amoindri par le mauvais appui des leviers artromusculaires.

Tous ces facteurs s'unissent pour diminuer la poussée, qui devra vaincre et dilater la barrière périnéale, prolongeant, quelquefois dangereusement, la libération de la présentation. Il en résulte pour la mère :

1) des lésions plus étendues de la région pelvienne ;

2) la tête fœtale, jetée avec plus de force et plus longtemps contre les éléments anatomiques de la paroi antérieure du vagin, atteint plus intensément ses structures, comme la vessie et l'urètre, ébranle tout son soutien et collabore aux déficits fonctionnels et structuraux dont nous avons déjà parlé.

En cherchant à vaincre la résistance de la base pelvienne et à abréger l'accouchement, le médecin s'est vu obligé, à travers les temps, de créer, amplifier et exagérer l'indication d'une série de mesures médicales : épisiotomie, symphysiotomie, pubiotomie, vacuum extracteur, forceps, césarienne, toutes empreintes d'une lourde charge d'iatrogénie.

Expulsion du placenta

Chez la femme couchée, hématome rétro-placentaire ainsi que la masse placentaire jettent leur poids dans la mauvaise direction, contre la solide paroi utérine postérieure, au lieu de le faire contre l'espace dilaté du canal vaginal, ouvert par le passage du fœtus.

La première conséquence de ces détours est que l'hématome placentaire, par sa tendance à provoquer le décollement vers le bas, force le passage sous le bord placentaire le plus bas, se libérant en jets, avant la sortie du placenta, à l'expulsion duquel il ne collabore plus.

Le placenta, au lieu d'avancer par le mécanisme bien connu de Schultze, où il est expulsé en se retournant comme un parapluie, par le poids du sang, le fait à la manière de Duncan, donc par glissement, apparaissant par un des côtés. Ce genre d'expulsion du placenta, comme on le sait, détermine une plus grande perte de sang et se trouve davantage sujet à complications. De toute façon, même de la manière la plus favorable, celle de Schultze, l'expulsion, en général, ne s'achève pas spontanément. Elle exige l'aide de la patiente elle-même ou de quelqu'un, sage-femme ou médecin. L'absence d'expulsion spontanée et cette aide presque toujours nécessaire sont responsables de l'énorme incidence de morbidité et de mortalité pendant cette période de l'accouchement.

Ces deux complications surpassent, à elles seules, la somme des accidents obstétriques des autres périodes. La plupart des morts maternelles ont lieu justement pendant la période d'expulsion du placenta, et elles sont dues à deux causes principales : l'hémorragie et l'infection. L'hémorragie peut laisser des séquelles permanentes et même être mortelle. Elle est due, dans l'immense majorité des cas, au retard de l'expulsion du placenta qui, retenu dans l'utérus, empêche la progression de la brachistase avec son mécanisme de fermeture des vaisseaux myométraux, qui ne se fait complètement que lorsque rien n'empêche la contraction utérine.

Pour essayer de forcer l'expulsion du placenta, le médecin exécute une grande variété de manœuvres : massages, compression, pression, traction, torsion qui peuvent blesser les fibres utérines et produire des ruptures ou la fragmentation du placenta qui, expulsé incomplètement, laisse dans l'utérus des parties de cotylédons ou de membranes qui peuvent donner lieu à de nouvelles pertes de sang ou les prolonger.

Une grande gamme de combinaisons médicamenteuses sont également la cause de bien d'autres complications. Ainsi, les ocytociques et les dérivés bien connus de l'ergot de seigle, les ergotinines, indiqués pour faciliter la sortie placentaire et prévenir des complications, déterminent une pathologie particulière : anneaux de constriction utérine, rétention placentaire et problèmes cardiaques ou circulatoires maternels.

De son côté, l'infection peut survenir à cause des débris placentaires qui, sans attaches, peuvent constituer un milieu de culture pour une colonisation microbienne variée et intense.

Chez la femme couchée, la position en elle-même rend le vagin plus vulnérable aux infections. L'écoulement urinaire l'atteint avec facilité. D'un autre côté, il est difficile de l'isoler du contact du contenu rétro-anal, de la matière fécale et des restes de clystères.

Les accoucheurs, de leur côté, quand ils sont obligés de retirer le placenta ou les parties non expulsées, souvent à la suite de leurs propres manœuvres, se voient forcés d'introduire la main et le bras dans le canal vaginal et d'envahir la cavité utérine. Malgré tous les soins du spécialiste, malgré le meilleur milieu de travail, il n'y aura jamais de certitude quant à l'asepsie, étant donné la difficulté qu'il y a à éviter que l'urine et même la matière fécale ne pénètrent ou ne soient entraînées dans le canal vaginal.

Pour toutes ces raisons, les curages et les curetages sont considérés comme plus dangereux que la plupart des laparotomies.

Le risque est encore plus grand dans les hémorragies puerpérales tardives, quand le vagin et le col, contractés, ne laissent plus le passage à la main et exigent l'emploi d'instruments comme les grandes pinces ou les curettes, qui, en travaillant dans le grand utérus mou et mobile, représentent une intervention difficile, même pour des mains expérimentées.

 

Effets de l'accouchement en décubitus dorsal sur l'enfant

L'accouchement, même normal, représente une grave agression contre l'organisme fœtal et le blesse fréquemment. Les parties les plus atteintes sont les systèmes nerveux et respiratoire. Dans les causes de morbidité et de mortalité périnatale, les pneumopathies et les encéphalopathies occupent les premières places. La fréquence et la gravité des lésions sont directement proportionnelles à la lenteur de la seconde période de l’accouchement.

Chez la femme couchée, l'expulsion se fait naturellement plus lentement et plus laborieusement. Dans la lutte pour dilater et vaincre la résistance de la base pelvienne, qui se présente, dans ce cas, dans des conditions moins favorables, le choc que le pôle encéphalique doit supporter est plus grand. L'adaptation qui lui est imposée est plus intense et le résultat en est une intensification des modifications qui lui sont inhérentes. Plus grands sont les modelages, la tête succédanée et le céphalohématome, plus il y a de risques d'hémorragies intracrâniennes, subdurale, subarachnoïde et dans les divers secteurs encéphaliques, causes principales du syndrome de souffrance fœtale (fetal distress) qui, dans toute sa gamme, occasionne des hypoxies, l'anorexie et l'asphyxie d'origine neurologique.

Face à cette éventualité, l’accoucheur, en vue de protéger l'enfant à naître et d'abréger l'accouchement, se voit obligé de recourir plus fréquemment au forceps, au vacuum extracteur, à la césarienne, etc.. qui autrement, seraient d'une indication plus rare.

Dans la même intention, beaucoup se décident pour ce qu'on appelle des accouchements prophylactiques, qui dépendent du jugement personnel du médecin. Même pour un médecin très expérimenté, cette décision entraîne une lourde charge de risques, qui augmente si l'accoucheur n'a pas une grande expérience ou s'il n'a pas un bon équilibre émotionnel. Dans ces dernières conditions, le pronostic est beaucoup plus sombre.

Le mécanisme d'une plus grande exposition du système respiratoire aux complications néonatales sera mieux compris si nous rappelons que, la mère étant couchée, le fœtus est également expulsé en décubitus dorsal. Dans ces circonstances, il devient plus difficile de se débarrasser du contenu des glaires des voies respiratoires, ce qui peut causer des atélectasies plus ou moins grandes. Celles-ci, de leur côté, déterminent des états de dyspnée, d'apnée, d'hypoxie et d'anorexie qui, en chaîne et à distance, provoquent des lésions de la structure cérébrale et de toute la constellation glandulaire.

Les lésions ainsi produites occasionnent la gamme de séquelles la plus variée, des petites lésions aux plus grandes affections. Quelques-unes produisent des réactions immédiates, apparentes et brutales. D'autres, tardives, isolées ou combinées, qui vont des dysrythmies cachées aux déficiences mentales de la paralysie spastique, la chloroathétose, l'ataxie, la dyslalie, les troubles sensoriels, les états convulsifs, qui constituent son extériorisation la plus apparente, ce qui peut arriver à n'importe quel moment de la vie, dès l'instant de l'accouchement.

 

Influence sur les premières relations mère-enfant

Le décubitus dorsal influence également la première relation materno-infantile. D'abord, parce que la position couchée dissocie complètement la femme de l'arrivée de son bébé. Elle reste à contempler le plafond de la salle, totalement ignorante de ce qui se passe dans sa sphère génitale.

Elle ne voit rien et ne peut qu'imaginer les choses, et à cause de cela, il est fréquent qu'elle soit angoissée, souffre et se désespère. Elle n'accompagne pas le résultat de ses efforts, contrairement à ce qui arrive à la femme agenouillée ou accroupie, qui accompagne attentivement l'accouchement, dans ses plus petits détails.

Voilà des aspects auxquels on attache beaucoup d'importance depuis peu et qui constituent un champ d'observation intense pour les psychologues, les biologistes, les néonatalistes, les pédiatres et les psychiatres, sans compter les accoucheurs, les premiers intéressés à la question.

Nous sommes convaincus que, d'ici peu, leurs observations prouveront l'importance de la relation materno-infantile, à travers les contacts visuels, auditifs et tactiles, dès les premiers instants de la vie de l'enfant. Des expériences avec des animaux en ont déjà démontré la véracité.

 

Conclusion

La faute de l'affaiblissement de la femme, qui lui rend difficile la mise au monde de ses enfants dans des positions primitives (agenouillée ou accroupie), n'incombe pas au médecin. Cependant, la responsabilité de l'adoption du décubitus dorsal lui est entièrement imputable. Elle a entraîné des conséquences qui l'ont peut-être transformé en plus grand facteur d'iatrogénie de l'histoire de l'obstétrique. Il a atteint la mère, il a atteint le fœtus et finalement le médecin, en l'obligeant à s'adapter aux nouvelles conditions de travail.

Elle était vraiment jolie, la métisse couleur de cannelle qui allait nous aider à faire les encéphalographies, là, au milieu de la forêt, au pied de la chaîne de montagnes, près de la source de l'Itajai-açu, dans les réserves indigènes d'Ibirama.

— Avec la couleur de vos cheveux (noirs) et de votre peau, vous ressemblez presque à une Indienne.

— Non seulement je ressemble à une Indienne, je suis Indienne. Je suis fille d'Indien. Ma mère était Indienne. Je suis née à Guarapuava. J'ai été élevée et j’ai étudié là. J'ai toujours habité la ville. A l'hôpital où je travaillais, il y avait toujours quelque Indien. Je les soignais bien, leur rendais visite, bavardais avec eux. J'adore les Indiens.

C'est la première fois que nous avons entendu une descendante d'Indien confesser son origine avec tant de naturel. En général, les Indiens cherchent à cacher leur origine et à faire croire que leurs liens sont très lointains, vagues. Ils sont gênés, ils ont honte de leur ascendance. Ils écartent ce sujet. Elle est sympathique, la métisse couleur de cannelle.

— Ça veut dire que vous aimeriez vous marier avec un Indien ?

— Je ne dis pas me marier. Je pense que je ne m'habituerais pas à leur vie dure. Mon père était dans une assez bonne situation. Nous avons une bonne maison. Je suis une Indienne gâtée. Je trouverais drôle d'habiter avec eux. Je ne peux pas m'habituer à cette idée.

Notre but était le village des Xoklengs.

Qu'allions-nous y faire ?

Nous allions faire des électro-encéphalogrammes des Indiens. Nous avions l'intention de faire une étude comparative, pour voir qui avait plus de dysrythmie et d'épilepsie, les Indiens, nés par accouchement en position accroupie, ou les gens civilisés, nés par accouchement en décubitus dorsal.

Pourquoi ?

Parce que l'incidence de la dysrythmie et de l'épilepsie est proportionnelle aux difficultés que la tête de l'enfant rencontre pour naître.

Notre idée était la suivante : si, lorsqu'une femme s'accroupit, le vagin et le canal de l'accouchement s'ouvrent en une voie de descente, pour donner passage au fœtus, l'accouchement est plus rapide et plus facile, avec moins de souffrance fœtale et probablement moins de dysrythmie et d'épilepsie. En position couchée, le canal se rétrécit et se présente comme une montée escarpée.

Nos données confirment l'impression de départ. Outre Ibirama, nous sommes allés dans cinq réserves indiennes. Nous avons trouvé un épileptique pour 650 Indiens. Chez les civilisés, nés par accouchement en position couchée, un pour 200 individus est épileptique, soit trois fois plus.

La dysrythmie, qui apparaît une fois sur 10 ou 12 individus civilisés, surgit une fois sur 50 Indiens, soit cinq fois moins.

Mais laissons pour l'instant ces chiffres et revenons à notre visite aux Xoklengs. Ils appartiennent à la famille des Botocudos. Ils sont de la même race que le Caigangue du Paranà. Leurs langues se ressemblent, c'est le même type physique, les usages et coutumes sont les mêmes. Ils habitent la zone des pinèdes où l’Itajai-açu prend sa source, à deux cent cinquante kilomètres de la côte de l'Atlantique, au-dessus d'Ibirama, près de Taiô.

Le fait est que, dans la zone des pinèdes des Xoklengs, il n'y a plus de pinèdes. L'histoire est semblable dans les autres réserves, même un peu pire. Les Italiens et les Allemands ont acheté ou ont reçu en cadeaux ces terres. Et les petites villes : Hansa, Harmonia, Nova Bremen, Novo Milano — une petite Europe en miniature — ont surgi. Le Bugre " chucro " (pas encore pacifié) sauvage, effrayé, a réagi contre l'invasion.

En 1913, le Service de Protection des Indiens a rassemblé des Indiens qui avaient acquis une certaine culture, afin de les pacifier et de les amener à la civilisation. Plus tard, les acheteurs de bois sont venus.

Et alors...

C'est la grosse et sympathique gouvernante, femme de chambre, cuisinière, gérante, téléphoniste, chef de réception du très propre hôtel d'Ibirama qui nous raconte l'histoire. Dans sa cuisine, rigoureusement propre, toute notre équipe prenait un café très fort, le matin, avec du strudel, du salami, du fromage, du yaourt, du pain blanc, du pain noir et du beurre fait à la maison. Toujours la même histoire :

— Les Indiens sont indolents, ils n'aiment pas travailler. Ils ont vendu leurs arbres aux scieries. De tous les côtés de la réserve, de toutes les directions, les routes ont surgi. Il y avait des gens qui travaillaient, qui sciaient, qui coupaient jour et nuit. Ils retiraient des troncs sans arrêt. Et qu'est-ce que vous pensez que les paresseux d'Indiens faisaient ? Ils allaient dans la boutique de dona Berta, achetaient de tout, vêtements, boissons, radios, réfrigérateurs, cireuses électriques. Après, ils se mettaient à boire et s'enivraient. Tant qu'ils avaient de l'argent, ils n'arrêtaient pas de dépenser. Tous les jours, le camion de dona Berta montait vers la réserve, chargé de marchandises. Les Indiens n'avaient pas d'électricité, les cabanes n'avaient pas de plancher, c'était le sol battu. Les réfrigérateurs servaient à ranger les vêtements, les provisions, la vaisselle, les couverts... les cireuses servaient de porte-manteau. Aujourd'hui, ils vivent de la vente de céréales, de quelques fruits, de légumes et de perches. Il est défendu aux bûcherons de couper les arbres des Indiens. D'ailleurs, il n'y a plus de bons arbres. De temps en temps, il apparaît un Indien ici. Il vend des calebasses, des flèches, un tas de choses sans valeur. Les soixante kilomètres de petite route qui suit les méandres de la rivière ont fourni une continuelle distraction. Les villages se suivaient. Selon le type des gens ; selon le style de leurs habitations et surtout des petites églises, nous reconnaissions la colonisation italienne ou la colonisation allemande, qui alternaient. Et puis, tout à coup, nous avons senti que nous étions sur la terre des Indiens.

Un jeune Indien, agile, svelte, un fusil sur l'épaule, descendait la colline. Il venait directement, méprisant les tournants et la pente du chemin. Il avait les traits fins, les cheveux longs et soyeux, sous sa chemise, sa musculature puissante se dessinait à chaque effort de ses pas fermes, sur la descente raide.

— Bonjour !

— Bonjour !

— C'est ici l'infirmerie ?

— Oui.

— L'infirmière est là ?

— Elle est là. Il n'y a qu'à y aller. D'ici, vous serez obligés de monter à pied.

— Vous allez chasser ?

— Non, je vais me promener par ici, pour essayer ce fusil. II est arrivé aujourd'hui.

— Bonne promenade.

— Merci.

Avant de commencer la montée, nous avons admiré l'assurance et l'élégance avec laquelle l'Indien, à pas longs, descendait la colline.

— Avec celui-là, s'il me veut, je me marie.

— Vous avez dit que vous ne vous habitueriez pas...

— Mais pas avec ce jeune dieu ! Avec celui-là, je me marierais et j'irais même habiter une cabane...

— Ah, c'est comme ça ? Alors, nous allons faire de notre mieux. Si tout va bien, nous te laisserons peut-être ici...

— Dieu vous entende !

L'infirmière de la réserve nous a également favorablement impressionnés. Instruite, compréhensive, expérimentée, munie d'un sens naturel de l'humour, elle s'occupe de tous, des vieux et des enfants. Elle fait les accouchements, conseille et informe...

Elle nous donne tous les renseignements dont nous avons besoin. Le lendemain, après notre travail, nous revenons à l'infirmerie pour nous mettre d'accord sur la poursuite de nos observations. De la route, nous avons pu apercevoir, étirées, clouées au mur blanc de l'infirmerie, les peaux de deux bêtes à poils.

Au milieu du coteau, une demi-douzaine d'Indiens rient, décontractés. Le bel Indien remettait au chauffeur d'un camion, garé au bord de la route, quelque chose, enveloppé dans du papier de cahier.

— Bonjour. De quoi est-ce que vous riez ?

— De rien, dit le jeune Adonis, pendant que ses compagnons continuent à rire à gorge déployée.

Il semble que notre arrivée ait rendu la chose encore plus amusante.

— Il m'a donné la chose d'un coati — nous renseigne le Blanc qui reçu le papier.

— Quelle chose ?

— La chose... vous ne comprenez pas ?

— Ah, si, qu'est-ce qu'il y a avec la chose du coati ? C'est différent ?

— Naturellement ! Vous ne saviez pas ? C'est un os dur, ferme, qui ne cède jamais.

— C'est vrai ? Faites voir.

Le jeune homme, un peu gêné, ouvre le papier, et c'est vrai. Dans la paume de la main ouverte, il montre un cylindre d'os, avec deux petites saillies à l'extrémité. Les fous rires n'en finissent plus.

— A quoi ça sert ?

— Ça non plus, vous ne le savez pas ? Une infusion faite avec cet os râpé augmente la force de l'homme... Cela vous empêche de vieillir. C'est bon, même pour les vieux.

— Vous en avez encore un ? J'aimerais remporter pour le montrer en ville.

— Pour le montrer ? Ou en avez-vous besoin ?

Les Indiens s'amusent follement.

— Non, c'est pour le montrer. Vous en avez encore un ?

— Non, je n'en ai plus.

— Mais si, Gervasio, vous en avez un ! L'infirmière crie cette phrase de la maison. Vous en avez chassé deux. Vous avez oublié ? Il y en a encore un grand. Venez docteur, je vous le donne.

— Non, merci, c'était seulement par curiosité.

Mais, voyons, Gervasio en chassera d'autres, surtout maintenant qu'il a un fusil neuf.

Je vais jusqu'à la maison, car il faut que je donne des instructions pour notre travail. Réellement, je n'avais pas l'intention de prendre l'os du coati.

— Le voilà, docteur, emportez-le, il est à vous.

— Non, merci, c'est celui de Gervasio.

— Non, docteur, faites-moi une faveur. Emportez cette chose. Je ne veux rien en savoir, surtout si c'est vrai ce que les Indiens disent. Nous nous sommes mariés il y a un an, nous avons déjà un fils. Je suis de dix ans plus vieille que Gervasio.

— Vous ne le paraissez pas.

— C'est vrai, je ne le parais pas mais, si c'est vrai, ce que les Indiens disent... Que Dieu me protège. Je ne veux pas y penser. Emportez-le, docteur, et faites-en bon profit.

— Si c'est comme ça. je vais l'emporter. Mais seulement pour le montrer.

— Ah oui ? Seulement pour le montrer ? Vous voulez que je vous croie ? Bon profit. Vous n'en avez pas besoin ? Non ?... Et écoutez, si vous en voulez pour vos amis, ceux de la ville, revenez, je vous en donnerai pour eux tous... Les Indiens n'ont pas besoin de cela, emportez-le pour eux.

Mundo Novo, un nouveau monde. C'est Londrina d'il y a 30 ans. On ne voit que des maisons en bois ; des camions soulèvent la poussière. Des banques et encore des banques ! Il y a des maisons de commerce, une boutique chic ! Des bistrots, des galaxies, une discothèque ! C'est la veille des élections. Il y a des pancartes de propagande.

— Ça ressemble au Parana.

— Mato Grosso do Sul n'est presque pas habité encore, tout le monde est venu de là, on vote au Paranà.

Nous passons par Mundo Novo. Les camions se suivent, dans les deux sens. Ils sont chargés de bois, de planches, de troncs d'arbres. Le voyage est lent parce que la route est étroite. La poussière obscurcit le jour. Nous devons continuellement nous arrêter au bord de la route pour laisser passer ceux qui viennent en sens contraire. Dépasser ? Impossible ! Ce n'est pas la peine d'attendre que la poussière se pose, il arrive toujours une autre voiture pour la soulever. Le paysage nous est connu ! Il y a des restes d'arbres coupés, brûlés, autour de nous de l'herbe, du bétail, du soja et des maisons en bois. Nous voyons des barrières faites de troncs et de lattes, avec des noms pompeux.

" Fazenda Fortuna ".

" Fazenda Ponderosa ".

" Fazenda Gigante da Mata ".

Le ciel s'obscurcit. L'orage se prépare. Maia accélère autant qu'il peut, quand il peut. Maintenant, il y a moins de camions. A l'orée de la forêt, nous nous égarons. Le voyage se prolonge, une, deux, trois heures. Le chauffeur n'exagérait pas tellement. Soudain, un panneau indicateur.

— Réserve indigène de Porto Lindo.

Nous voyons une église, puis une croix énorme, et, séparé de l'église, un clocher, une école. Puis c'est la maison du pasteur et celle de l'institutrice. Le pasteur nous dit que l'entrée dans la réserve est défendue aux étrangers. Nous le savions déjà ; nous savions même que la défense s'étendait aux missionnaires et aux équipes de médecins (la nôtre) en particulier. La femme du pasteur, infirmière, sage-femme, conseillère, sait tout. Elle et l'institutrice nous donnent des renseignements. Il y a une fontaine sur le terrain de la mission. Les Indiens viennent puiser de l'eau avec des seaux, des bassines, des cuvettes, des cruches et des boîtes. Le capitaine Maia et Rafa observent les enfants. Ils veulent savoir quelles sont leurs maladies, la mortalité et les causes de celle-ci. Mes préoccupations à moi sont évidemment les femmes. Je regarde autour de moi. Je veux savoir comment se passent les accouchements, comment naissent les enfants. Les femmes d'ici, au moment de l'accouchement, s’assoient sur un banc large et bas. Pendant les contractions, elles s'accroupissent. Un peu plus tard, quand elles sont fatiguées, elles s'agenouillent. Finalement, quand elles sont affaiblies et épuisées, pendant un accouchement qui dure longtemps, elles se couchent. Les femmes civilisées, affaiblies, commencent l'accouchement en étant déjà couchées. Les femmes portent leurs enfants sur le côté du corps, sur les hanches, accrochés sur la crête iliaque, à la différence de nos Indiens qui les portent sur le dos. Nous marchons jusqu'à la maison de l'Indien, au bord de la route. A une certaine distance, nous en voyons d'autres. Ces maisons sont couvertes de feuilles de palmiers avec des toits à deux pans. Les parois sont faites de troncs de bambous, fendus dans le sens de la longueur. Les bambous de cette contrée sont les grands-parents de nos bébés bambous, rachitiques. Ils sont énormes : plus de vingt centimètres de diamètre. Coupés de tout leur long, ils donnent des planches d'un demi-mètre environ. La clôture est bonne et la terre battue. Mais dans la maison, quelle déception ! Les malheureux ! Ils se servent de tables, de bancs, de chaises. C'est l'influence de la civilisation qui les fait dégénérer. Il n'y avait pas une heure que nous étions arrivés, le tonnerre puissant retentit dans les clairières de la forêt, prévenant les voyageurs que, s'ils ne repartaient pas tout de suite, ils ne sortiraient plus. Nous sommes partis. Au bout d'une dizaine de kilomètres, des cataractes d'eau se déversent du ciel.

Le capitaine Maia montre sa foi en Dieu et appuie sur l'accélérateur. La petite voiture soulève des vagues d'eau. A un endroit largement inondé, une onde violente, avec fracas, soulève le capot et empêche toute vision. On n'aperçoit la route que par une petite fente. La voiture est pleine d'eau. Les essuie-glaces travaillent sans succès.

Le capitaine Maia ne ralentit pas,

— Si j'arrête, qui va nous tirer d’ici ? Tant que nous n'arrivons pas à une descente, je ne ralentis pas. La voiture courageuse, bien au milieu de la route, avance fermement. Là devant nous, surgit un monstre. C’est un camion. Il arrive à toute vitesse, directement sur nous :

Maia donne un coup de volant vers la droite. Une masse liquide se brise sur notre voiture, collée au talus latéral. Nous sommes arrêtés, entiers ! Le moteur continue à tourner calmement. Le capitaine l'arrête. Nous attendons pour nous remettre de notre frayeur. La pluie continue à tomber à verse. La rivière coule violemment sur la route, grossie par mille filets d'eau qui se déversent des talus latéraux. En caleçon, pieds nus, je descends et referme le capot. Maia essaie d'avancer. Le moteur ronfle, gémit, la voiture tremble sous les trépidations, mais ne bouge pas. Les roues étant embourbées, le châssis repose sur le sol. Je me baisse et prends de la terre. Cest drôle, elle ne forme pas de boue. C'est du sable pur, des millions de grains fins, souples, des globules rouges, entraînés par les eaux des terres déboisées. Avec les mains, il n'est pas facile de creuser un canal devant chaque roue, de libérer les roues de la voiture. Rafa, bien qu'habillé, descend et sent la terre sous ses pieds déchaussés. Il se baisse et met la main dans le sable. Il se relève pensif et le laisse échapper entre les doigts. Puis il se met en devoir de pousser la voiture. Enfin, la Volkwagen se dégage, s'en va et ne s'arrête que sur le haut de la colline, comme nous l'espérions. Nous continuons notre route sans plus nous arrêter. Vers six heures, nous atteignons le Grand Paranà. Le chauffeur n'a pas exagéré, nous avons mis huit heures. De ce côté, il n'a pas plu, tout est sec, poussiéreux. Sur le radeau, le missionnaire américain de Cananea reconnaît les voyageurs.

L'un est en caleçon, l'autre est habillé ! Ils sont sales, mouillés. De la voiture, seuls les demi-cercles tracés par les essuie-glaces sont propres. Le reste est tout rouge.

— Docteur ! Vous ! D'où venez-vous ? Vous en avez, une couleur ! Et la voiture ! Vous paraissez peints !

— Ce n'est pas de la couleur, coupe Rafa. C'est le sang de la terre qui coule. Allez jusqu'au Sete Quedas, regardez les chutes. Du côté du Paraguay, vous verrez, elles sont rouges ; c'est le sang de la terre qui jaillit, il vient du Mato Grosso.

Le Mato Grosso saigne, la terre là-bas est mourante, comme celle du Parana. Missionnaires, vous qui êtes missionnaires, priez, demandez à Dieu de la sauver... Il est encore temps...

 

Relations materno-infantiles

C'est Marizia, l'infirmière responsable de l'unité mobile de la prévention du cancer, qui nous le fait remarquer :

— Vous avez vu comme les Indiens sont délicats envers leurs enfants ?

— Et les gens civilisés ne le sont pas ?

— Non, beaucoup moins. Je l'ai remarqué à Guaira. Il avait plu et, près de notre unité, l'eau avait provoqué une inondation. Une longue queue de femmes, avec de petits enfants, attendaient leur tour d'être reçues. C'étaient des Brésiliennes, des Paraguayennes, des Indiennes ; la plupart, des Paraguayennes. Les enfants jouaient près de là. Elles surveillaient les enfants. Les petits ne résistaient pas à l'attrait de l’eau peu profonde. Les mères faisaient attention à eux. Mais quelle différence ! Les Brésiliennes parlaient en criant, réprimandaient, menaçaient.

— Ne marche pas dans l'eau ! Tu vas te mouiller, te salir ! Et la grippe ! J'appelle le docteur, il va te faire une piqûre dans le... Méchant ! Sors de l’eau tout de suite. Je ne sais pas comment je te supporte ! Si tu ne m'obéis pas, je le raconte à ton père. Il va te donner le fouet. Sors de l'eau, garçon mal élevé !

L'Indienne parle doucement, de façon délicate, en mauvais espagnol : Hijito mio (mon petit), tu te mouilles, tu prends froid, tu as fièvre, petite mère triste. Obéis, chéri. Quand la chaleur venir, ça être bon jouer dans l'eau. Obéis à petite mère, enfant mignon.

Pourquoi est-ce que la civilisation crie, parle si fort ? Le colon brésilien a honte de montrer de la tendresse. Dès son jeune âge, il apprend à être " macho ", courageux, agressif, à parler haut, à dominer.

— Et l'Indien, non ?

— Non, à cause de sa religion, dès qu'il naît, il apprend à être " sage " ! Peu de jours après la naissance, la tribu se réunit pour les fêtes de bienvenue au nouveau compagnon. En plus des prières, ils font des recommandations : " Ne parle pas haut, n'offense pas les autres, respecte les plus vieux. " L'éducation continue, répétée, se renforce particulièrement pendant la puberté.

Au cours de la cérémonie tribale, les " petits hommes ", de 11-12-13 ans, reçoivent de nouvelles recommandations :

— Travaille beaucoup, plante bien, prends soin des bêtes et des plantes, ne fais pas de mal aux autres, ne maltraite personne, n'offense pas, prends soin de ta famille, tiens-toi bien pendant les voyages, ne bois pas d'eau-de-vie, quand tu te marieras traite bien ta femme. Ne crie pas quand tu parles.

Pour les filles, on ajoute ceci aux prières :

— Quand tu seras enceinte, ne te fâche pas, sans cela, la colère passe à la chair et aux os de tes enfants. Et après cela, ils deviennent mauvais comme les fils des " Portugueis ".

 

Influence de la position pour accoucher sur les relations mère et enfant

Des expériences d'une grande variété ont démontré l'influence des contacts précoces, visuels, olfactifs, tactiles et auditifs de la mère avec le nouveau-né, dans leurs relations psychologiques réciproques tout au long de la vie de l'une et de l'autre. Il est prouvé que le petit éveille l'attention de la mère.

Les réponses sont stéréotypées et se répètent chez tous les animaux de la même espèce :

1. prendre, cueillir et ramasser des aliments,

2. se baisser pour l'allaitement,

3. construction de nids.

Ce sont les actions irrésistibles que le nouveau-né suscite, non seulement chez sa mère, mais aussi chez n'importe quel autre animal avec lequel il a des contacts, fût-il de sexe ou d'espèce différents.

Il peut s'agir d'une femelle vierge ou même d'un mâle, mais l'influence du nouveau-né se fait sentir. Celle-ci est d'autant plus intense que les premiers contacts sont plus précoces et durables. La persistance en est proportionnelle (Rosenblath).

Une revue non médicale a publié cette histoire très significative : Une chienne de chasse habituée à tuer et à manger les rats des champs, qu'elle arrive à attraper, grosse, met au monde deux chiots prématurés qui, trop débiles, meurent.

Le maître, qui a pitié d'elle et veut lui faire plaisir, va à la recherche d'un rat des champs. D'un coup de fusil sûr, il en touche un fort gros. En le ramassant, il remarque que c'est une femelle et que, pendant l'agonie, celle-ci a mis bas deux petits. Imaginant le bonheur de la chienne quand il lui présentera l'aliment qu'elle aime le plus, il est surpris de voir la chienne repousser le rat mort et attirer vers ses tétines les nouveau-nés. Elle les allaite et les entoure de soins, comme si c'étaient ses propres petits. L'auteur, surpris, confesse ne rien comprendre à cette attitude insolite. Il laisse aux biologistes l'explication d'un fait pour lui incroyable. Pour nous, cette aventure est si possible qu'elle rend vraisemblable et compréhensible la légende de la louve de Rome allaitant Romulus et Rémus,

Or n'importe quel obstacle à l'établissement de ces contacts a des conséquences qui se prolongent toute la vie. Des études intéressantes démontrent que, chez les mammifères, quand on empêche les relations immédiates après la naissance, apparaissent des troubles très significatifs qui se manifestent en un retard du développement et au détriment de plusieurs fonctions. Certaines déficiences persistent jusqu'à l’âge adulte, avec répercussions sur la vie sexuelle, et aussi dans les relations futures avec ses propres petits.

Harlow a observé des singes. Elevés sans mère, ils grandissent socialement mal ajustés, mal armés pour la vie sexuelle et pour leurs fonctions maternelles. Quand les guenons deviennent mères, elles sont brutales et irascibles.

Quand la chèvre met bas un chevreau, elle le regarde longuement, se met ensuite à bêler amoureusement, elle le flaire et le lèche, le tâte de son museau, de ses poils, de ses lèvres et le pousse vers l'une de ses tétines, pour l'allaiter. Après ce rituel, elle ne permet à aucun autre chevreau d'envahir ce terrain, qui appartient exclusivement à celui-ci. Si, par une circonstance quelconque, il y a une interruption un peu prolongée entre la naissance et cette série d'attitudes, le lien ne s'établit plus, le chevreau perd l'exclusivité et la chèvre accepte que n'importe quel autre chevreau la tête, même s'il n'est pas son petit. Au cas où la séparation se prolonge, les petits éloignés de la mère seront moins efficaces dans leurs fonctions maternelles quand ce sera leur tour d'avoir des petits.

Ces faits confirment l'expérience très claire de Gunter qui, en travaillant avec des rats, a démontré que la formation de l'instinct maternel, plus intense immédiatement après la naissance des petits, décline graduellement Jusqu'à sa disparition complète vers le treizième jour. A partir du treizième jour, le petit n'éveille plus, chez la mère, les réactions dont nous avons parlé plus haut.

Ainsi donc, la persistance des relations est proportionnelle à la précocité de leur naissance et à la durée des premiers contacts. L'instinct maternel disparaît si ces relations se limitent au premier jour. Il est important de faire remarquer qu'elles sont d'autant plus profondes qu'elles s'établissent plus précocement.

Les caresses du mamelon par la succion de l'enfant qui tète, de leur côté, mettent en route l'engrenage glandulaire net et bien connu, responsable de la production d'hormones liées à l'établissement de l'amour maternel. En s'appuyant sur les expériences de Strikier et de Guetler, on pensait que son siège serait l’hypophyse, à travers ses hormones mammogéniques.

Les auteurs, travaillant avec des glandes d’estomac de pigeon, ont trouvé, dans leurs extraits, des substances semblables aux hormones mammogéniques hypophysaires. Injectées à des guenons rendues apathiques par la destruction de leur hypophyse, elles les ont amenées à prendre des attitudes maternelles, à prendre soin des petits face auxquels, auparavant, elles restaient froides et dont elles ne s'occupaient pas.

De son côté, Monoit a prouvé que le fonctionnement hypophysaire n'explique pas tout. Les réponses apparaissent même chez les animaux dont on a enlevé l'hypophyse et les ovaires.

Bien qu'on puisse contester la transposition de ces observations au genre humain, l'analogie n'est pas infondée, dans la mesure où les effets constatés se ressemblent, en une gamme variée d'espèces étudiées.

Il est établi que les principes qui règlent la formation des individus sont semblables pour toutes les espèces du même groupe. Comme chez les mammifères, chez les hommes le lien mère-enfant est facilement troublé. Les enfants séparés de leur mère pendant plus de trois semaines sont graves, ne sourient pas, rient très peu, manifestent très rarement du plaisir et pleurent deux fois plus que les autres. Il est prouvé que le lien s'établit immédiatement à la naissance (Witen). Le nouveau-né bouge, écoute et accompagne la voix de la mère, dès les premiers instants de la vie extra-utérine.

Qu'est-ce qui fait naître le comportement maternel ? On a émis beaucoup d'hypothèses pour expliquer le mécanisme par lequel le petit provoque les soins maternels. La majorité, avec Rosenblath, croient que les mouvements de désespoir de l'enfant, les cris et les gestes pour se cramponner à la mère, sont le moteur de ce phénomène. D'autres pensent que de tels gestes ne sont pas tout, qu'il doit y avoir quelque chose de plus. Ils supposent que le fœtus émet des vibrations d'énergie, des ondes, qui ne sont pas détectées par les organes des sens, et qui provoquent des réactions biochimiques dans l'organisme maternel.

 

Décubitus dorsal et accouchement en position accroupie : Quelle position est la plus conforme à la physiologie ?

De tout ce qui vient d'être dit, il est permis de conclure que le décubitus dorsal a une influence négative sur les premières relations materno-infantiles. La position couchée dissocie complètement la femme de l'arrivée de son enfant. Elle reste couchée, les yeux dirigés vers le plafond, sans prendre connaissance de ce qui se passe dans sa sphère génitale. Elle ne voit rien et ne peut qu'imaginer. Elle n'accompagne pas le résultat de ses efforts, contrairement à la femme agenouillée ou accroupie, qui suit attentivement les moindres détails de l'arrivée de son enfant. Avec quelque effort, elle peut observer le résultat de l'action des contractions, sur lesquelles elle exerce un certain contrôle volontaire. Le contact visuel mère-enfant s'établit immédiatement. La mère suit l’apparition graduelle des divers segments organiques de son enfant, dès les premiers instants, jusqu'au moment culminant de l'expulsion. Dès qu'on en arrive au grand moment, en un temps variable, qui dépend de la fatigue ou de la résistance physique, la mère regarde directement, longuement et de manière concentrée, l'enfant en train de naître (sensation visuelle). En un temps variable aussi, s'établit la première communication auditive entre les deux, d'abord a travers les vagissements du nouveau-né auxquels la mère répond par un murmure amoureux. De la même manière que l'animal bêle, gémit, ronronne, la femme, la voix profonde et grave, murmure des mots et des phrases tendres.

— Chéri.

— Mon mignon.

— Mon amour.

Et souvent, à l'heure actuelle :

— Mon petit chou, mon lapin, mon poulet.

Heureuse, elle rit et pleure, pleure et rit. Très vite, elle ne résiste pas à l'élan automatique, presque stéréotypé, d'une liaison tactile : l'une des mains le touche, d'abord timidement, avec la pointe des doigts, sur la partie antérieure de l'épaule, puis, de la paume de la main, elle glisse sur le dos de l'enfant, pour prendre la main du bébé, dont elle analyse longuement les doigts.

L'enfant est toujours déposé à côté d'elle. L'épaule qui a devancé l'expulsion est l'épaule supérieure du repos après la délivrance. Contrairement à ce qu'on croit, ce n'est que bien plus tard, d'une manière générale, que surgit la curiosité quant au sexe de l'enfant. Et la mère s'efforce de découvrir l'ultime secret à lui être révélé, le sexe de son enfant, difficile à voir, caché entre les jambes fléchies. Curieuse, elle prolonge le contact visuel, examinant soigneusement le bébé qui, passif et calmement, repose entre ses jambes. Tous ces actes se succèdent et se complètent spontanément. Spontanément, aussitôt que le cordon ombilical est sectionné ou même avant permettant qu'elle lui souhaite la bienvenue, la mère prend l'enfant sur son sein et le presse contre son cœur. Elle lui offre le sein. Le contact de la peau calme le bébé, ses lèvres s'entrouvrent, la langue s'avance et tâte la peau ; quand il sent le mamelon, il le prend entre ses lèvres et commence les mouvements de succion qui, à leur tour, déclenchent des réflexes mammo-hypophysaires qui induisent une plus grande production d'ocytocine et d'hormones mammogéniques, lesquelles on un rôle prépondérant dans la physiologie maternelle. L'ocytocine, de son côté, va collaborer plus intensément au terme de l'accouchement ; elle renforce les contractions utérines, accélère le détachement et la libération du placenta, met en route la récupération puerpérale et prépare l'organisme maternel à la réalisation des lourdes fonctions que la mère devra assumer dans l'avenir, et qui rendront apte à la répétition d'un nouveau cycle de grossesse.

Les travaux de Leboyer, acceptés par d'autres auteurs, recommandant que, tout de suite après l'accouchement, avant même de lier le cordon ombilical, on dépose l'enfant sur le ventre de la mère, ont eu et ont encore de grandes répercussions. Ces auteurs ne voient aucun inconvénient à procéder ainsi, car ils sont sûrs que les valves des vaisseaux ombilicaux empêchent le reflux du sang de l'enfant vers le système circulatoire de la mère. Ces chercheurs pensent que, agissant de cette manière, on donne à la mère une sensation de réalisation et à l'enfant un sentiment de sécurité, qui le réconforte et le calme. En réalité, ces auteurs ne font ainsi que diminuer les conséquences néfastes produites par la position de l'accouchement en décubitus dorsal, où les contacts immédiats se perdent définitivement.

Nous sommes convaincus que, sous peu, de nouvelles observations prouveront l'importance de ce lien materno-infantile dès les premiers instants de la naissance.

Dans l'accouchement indien, ces contacts sont immédiats, absolus, naturels et ne sont pas source de troubles. Ils rendent inutiles les artifices poétiques et théoriques qui se tissent autour des mères et des médecins, comme de recevoir l'enfant et le coucher sur le ventre de la mère, pour qu'elle puisse, dans une attitude forcée, arriver à le voir et le prendre pour la réalisation de contacts visuels, tactiles et auditifs.

 

Relations entre la mère et l'enfant pendant la grossesse

La croyance populaire prête à la grossesse une gamme variée de connotations. Le peuple croit toujours que l'alimentation, les gestes et les attitudes ont une influence et marquent le fœtus. Les médecins sont d'avis que ces choses n'auraient aucun fondement et qu'il s'agirait de simples croyances. Les études montrent qu'il y a exagération des deux côtés. Stoz a prouvé, par des statistiques, que le stress de la mère augmente l'incidence des anomalies physiques chez ses enfants. Les enfants des mères surchargées deviennent hyperactifs, instables, nerveux et pleurnicheurs. Ils souffrent de coliques sans motifs et présentent des crises d'hyperthermie (Thomas, Chumnez, Bisth). Semeroff et Zax montrent que plus le désordre mental est chronique, plus la mère est nerveuse, plus les incidences de complications du fœtus dans l'utérus sont nombreuses.

 

Et chez les Indiens, comment les choses se passent-elles ?

Quand la petite Indienne arrive à la puberté et qu'adviennent ses premières règles, on l'entoure de soins spéciaux ; après les deuxièmes règles, elle est prête à se marier. Auparavant, elle reste avec ses compagnes menstruées, en réclusion, pour se préparer à la cérémonie de présentation aux jeunes gens de la tribu, pour être choisie et pour en choisir un, afin de constituer un nouveau foyer. Parmi les enseignements qu'elle reçoit, d'une profondeur admirable, on lui donne les conseils dont nous avons parlé précédemment.

— Quand tu seras enceinte, ne te fâche pas, parce que la colère passe dans le sang et les os de ton fils. Depuis quand les sentiments de la mère passent-ils à l'enfant ? S'il en était ainsi, tous les enfants nés à des époques tourmentées seraient chargés de colère et de tension.

Ils ne le sont pas ? Qui sait ?

A ce propos, une anecdote :

 

La Bible a raison. Et l'Indien, non ?

Folle ? Serait-elle folle ?

Le médecin se limitait à prendre note.

" Je lui parle.

Pendant les autres grossesses, je lui parlais aussi !

Je suis enceinte de sept mois.

Quand je cause calmement, des bulles de bonheur se forment dans mon utérus.

J'ai beaucoup de problèmes. J'ai peur de mourir. J'ai subi deux césariennes.

Il y a trois semaines que je ne dors pas. Je sais que cela va faire mal au bébé. Je suis venue ici pour résoudre quelques problèmes que j'ai en moi.

C'est incroyable ce qui se passe avec mon bébé. Quand il ne fait pas signe ou ne répond pas à mes pensées, je me fais du souci. Pourvu que ce ne soit pas quelque chose qui le maltraite, comme le cordon ombilical enroulé autour du cou, quelque chose de mauvais.

Ma fille aînée, Karla-Regina, est une fille extraordinaire. Je communiquais avec elle, on s'entendait bien, on était amies.

Quand je suis contente, parlant avec mon bébé, il arrive quelque chose d'agréable. Mon ventre est alors plein d'air.

Quand je suis triste, irritée, le bébé devient dur en moi.

Quand je parle avec lui, le bébé devient mou, se détend et me donne des petits coups.

Quand je suis triste et que je pleure, il devient comme une boule.

Quand il n'y a plus de dispute et que la paix revient, il reste tranquille. "

Folle ? Psychotique ?

Auparavant, je l'aurais cru. Aujourd'hui, après ce que j'ai lu, ce que j'ai vu, que je sais les recherches qu'on est en train de faire et ce qu'on découvre, je dis seulement : Psychisme exalté, imagination.

Claudio m'a défini l'imagination : " Ampliation de ce qui existe réellement. " Je ne sais pas si cette idée vient de lui mais, en y pensant bien, on voit combien elle est logique.

Il est prouvé, statistiquement, que les enfants de mères traumatisées, surchargées, sont plus sensibles, sujets à des crises d'angoisse, de larmes, de coliques, de vomissements, de hoquets et autres manifestations psycho-somatiques. C'est peut-être ainsi que s'expliquent une série de maladies : crises d'asthme, migraines, diarrhées, dyspepsies, urticaire, psychoses qui attaquent les enfants, malmènent les adultes et se transmettent de génération en génération. Ce ne sont pas des maux génétiques, héréditaires, partie intégrante des cellules des individus, mais des maladies congénitales, acquises et transmises du père ou de la mère aux enfants.

N'est-ce pas exagéré ?

Peut-être que oui, peut-être que non. mais je ne le pense pas.

Encore une fois, je respecte de plus en plus le conseil indien, auquel j'ai fait référence plusieurs fois. Il vaut mieux ne pas s'en moquer, le trouver ridicule, penser que c'est de la bêtise, quand il dit :

" Femme, si tu es enceinte, ne te fâche pas, parce que la colère passe et se fixe dans le sang et les os de ton enfant. "

A la lumière de la médecine moderne, quelle sagesse !

D'ailleurs, dans la Bible, il y a une phrase bien différente, mais dont la signification est la même : " Quand les parents mangent des raisins verts, les enfants naissent en grinçant des dents "...

 

Forceps

Dans l'accouchement indien, les indications pour l'application du forceps sont devenues plus rares.

Le forceps est bien sûr un bon instrument. Il sauve des vies quand il est réellement indiqué, et appliqué convenablement. Son indication principale est de terminer l'accouchement lorsque celui-ci s'est compliqué, la tête étant insérée dans le vagin, près de la sortie du canal de l'accouchement. L'accoucheur applique et ajuste les cuillers sur les côtés de la tête fœtale, impose une traction qui ne doit jamais être supérieure à trois ou quatre kilos, sinon il y aurait des risques de léser les structures délicates du pôle céphalique de l'enfant, surtout de son cerveau.

Chez la femme couchée, le forceps tire l'enfant suivant une courbe ascendante, en direction du plafond de la salle (courbe de Carus).

En position accroupie, la courbe de Carus se dirige vers le bas. Le propre poids de l'enfant représente les trois ou quatre kilos de la traction du forceps ; de surcroît, le poids de l'enfant s'ajoute à celui de l'utérus et du placenta, sans compter les viscères abdominaux qui l'entourent.

En outre, la femme couchée a le corps étendu et défléchi fréquemment, ce qui représente presque un mouvement d'aspiration du fœtus. La femme accroupie, elle, s'oblige à fléchir son corps, ce qui pousse le fœtus vers le bas. De la somme du poids fœtal, de celui des viscères abdominaux et de la pression de la flexion, résulte une force de plusieurs kilos, qui se distribue sur tout le corps fœtal, protégeant la tête de toute agression directe, contrairement à ce que fait le forceps.

Dans la position accroupie, l'indication du forceps est donc très rare.

Et s'il est tout de même nécessaire de l'appliquer ?

Il n'y a pas d'inconvénient ni de plus grande difficulté à le faire. Seules quelques précautions se sont révélées nécessaires à l'expérience :

1) Les branches du forceps devront être courtes pour ne pas rendre difficiles les manipulations obstétriques.

2) II faut retirer le tiroir de réception fœtale, ce qui augmente le champ d'action du médecin.

La position n'ajoute aucun risque, à condition qu'on obéisse aux règles classiques de son application et qu'on fasse coïncider les tractions avec les contractions expulsives. Dans ces conditions, le forceps est un auxiliaire de réserve, utile et très sûr.

 

Césarienne

La césarienne est une des acquisitions les plus importantes de la médecine. Pour quelques-uns, ce serait même l'accouchement de l'avenir. Pour beaucoup, de plus en plus, elle devient l'accouchement d'aujourd'hui.

Elle est merveilleuse quand elle est pratiquée selon une indication précise. Elle est simple, facile, efficace. Anodine, jamais. Ses risques découlent de ses qualités. Des médecins trop confiants, téméraires, élargissent son indication. Des 8 % nécessaires, des 16 % tolérables — pour les plus prudents —, on passe à 30, 40, 60 et même 80 % des cas.

Ce sont des césariennes nuisibles.

Nuisibles ?

Le médecin prend la responsabilité de se substituer à la nature. Cette décision est sujette à des erreurs humaines : pressions des patientes, de la famille, obligations et nécessités socio-économiques, erreurs de temps, prématurité. Il y a une plus grande morbidité et une plus forte mortalité fœtales et maternelles. Il y a des infections, des hémorragies, des décès. La dépense est plus grande et l'hospitalisation se prolonge. La récupération est plus difficile, les séquelles fréquentes.

Et dans l'accouchement en position accroupie, n'en est-il pas de même ?

Bien moins. La patiente marche en sortant de la salle. L'hospitalisation est courte. Les suites et le retour à la maison sont sans problèmes. Les complications mère-enfant sont rares. Les risques de détermination de l'heure de l'accouchement sont inexistants. Elle s'établit d'elle-même. Quand il est temps, le fœtus naît. La nature se trompe rarement.

C'est au médecin de percevoir les erreurs et de les corriger à temps. C'est seulement de cette seule façon qu'il se trompera moins et que les dommages causés seront moindres.

 

Quelle est la position du médecin ?

A un symposium de congrès d'obstétrique, le coordonnateur, professeur respecté, s'emballe, oublie la coordination et part à l'attaque :

— Quelle est la position du médecin ?

Il se penche ? Il s'accroupit ? Il se couche par terre ? Il court le risque d'être atteint par les fèces et l'urine de la femme en position d'évacuation ? Et l'enfant naît au milieu des excréments et de l'urine ?

Rien de tout cela. Chez la femme accroupie, les fèces sont expulsées vers l'arrière, se déposant loin de l'endroit propre qui va recevoir l'enfant, et la femme court un très petit risque de se salir. Dans ces conditions, il n'est aucunement possible que le médecin vienne à être sali par l'urine et les excréments, comme cela arrive dans l'accouchement en position couchée, où le jet d'urine et, ce qui est pire, les fèces de la diarrhée ou des restes de lavement intestinal peuvent l'atteindre accidentellement.

A la première question, la réponse est non ; le médecin ne se couche pas, mais il a tout avantage à s'asseoir par terre.

 

S'accroupir

J'arrive en retard à une réunion sociale. Avant qu'on ait pu aller chercher une chaise. Je m'assieds par terre.

— Asseyez-vous à ma place, me dit un jeune homme.

— Non, merci, je préfère le plancher à la chaise.

— Pourquoi ? C'est mauvais, une chaise ?

— Ça dépend.

— Expliquez-moi pourquoi.

Je lui explique le désavantage de l'usage prolongé des bancs, des chaises, sur les fonctions organiques, en général, et sur le cerveau, en particulier. Moins bien irrigué, par la concentration du sang dans les jambes, on se fatigue vite, on s'affaiblit, une paresse générale survient et, en peu de temps, on se met à somnoler.

— Et si on s'assied par terre, on se sent mieux ?

— Bien mieux.

— L'attention aussi s'améliore ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce que le sang des jambes, poussé vers la tête, va mieux irriguer le cerveau qui, de cette façon, fonctionne mieux.

— Il serait donc préférable, dans une école, que les élèves s'assoient par terre ?

— Oui.

— Ils auraient besoin d'une planchette ou d'un petit appui pour écrire ?

— C'est cela.

— Quelqu'un a déjà fait cela ?

— Au Brésil, que je sache, pas encore. Mais au Japon, en Chine, c'est comme cela que cela doit se passer.

Le regard du jeune homme se perd. C'est comme s'il était en train de l'imaginer. D'une voix posée, ses idées se font jour :

— Un grand terrain... très grand... De la place pour les sports... Courir, sauter, jouer... Un jardin potager... Les enfants apprendront à travailler la terre... Pas de produits protecteurs, pas d'engrais chimiques, tout sera naturel... Une école sans bancs, sans pupitres, sans chaises. Une école écologique...

Le ton devient décidé, il revient à la réalité.

— Demain je prendrai des mesures. Dans quelques semaines nous pourrons l'inaugurer.

Les personnes qui l'entourent en restent bouche bée. Tout le monde entrevoit ce qu'il voyait. Des enfants... des professeurs... un jardin potager... la santé... la joie...

 

Personnellement, nous sommes chaque fois plus convaincu que l'accoucheur bénéficie lui aussi d'un meilleur fonctionnement organique reposé et détendu quand il s'accroupit ou s'asseoit par terre. Dans le choix entre deux chaises d'accouchement, l'une haute et l'autre basse, le premier embarras, fruit de notre éducation, passé, nous avons opté pour cette dernière. Nous assistons à nos accouchements commodément assis par terre.

Mais, exprimons-nous correctement ! Nous y assistons, nous ne faisons rien de plus ; c'est la femme qui fait l'accouchement. L'accoucheur est une réserve de sécurité, sans aucune obligation de participation active. Sa présence vaut par la vigilance qu'il exerce contre un éventuel écart de la normalité qu'il est de son obligation de connaître et de percevoir. Alors oui, son action sera utile et sa présence justifiée. Pour le reste, non. Moins il en fera, mieux cela vaudra. Toute femme, Indienne ou Européenne, est destinée à mettre ses enfants au monde en position accroupie. Elle sait le faire. Si personne ne la gêne avec des enseignements artificiels, elle s'en sortira bien. Elle n'a besoin ni de directeur ni de professeur. La principale fonction de la sage-femme est de ne pas la gêner. Mon expérience montre que c'est ainsi que c'est bien.

Et cela a été ainsi chez nous pour quatre mille femmes d'origine européenne, dans des accouchements spontanés en position accroupie, sans aucune interférence étrangère : Polonaises, Allemandes, Italiennes, Suissesses, Suédoises.

Notre statistique accuse, en chiffre rond :

Accouchement spontané .............. 91 %

Césarienne ............................... 8 %

Forceps.................................... 1 %

C'est ce qui arrive à la femme enceinte surprise dans les champs ou dans la forêt par le travail de l'accouchement. Quand elle sent que le moment de la délivrance s'approche, elle s'accroupit et laisse l'enfant sortir. Une femme en période expulsive agit de la même manière, dans son auto ou dans un taxi.

 

Rupture de la bourse des eaux

La voix du peuple est la voix de Dieu...

Voilà ce qu'affirme le peuple. Ce n'est pas ce que beaucoup de scientifiques disent. Pour eux, tout cela est de la sottise, il faut que tout soit prouvé, mesuré, calculé. S'il n'y a pas moyen de mesurer, ce n'est pas scientifique.

Pour eux... Pour moi, non. Je respecte de plus en plus la voix du peuple. Je m'efforce de ne pas condamner une affirmation infondée, qui paraît fausse, car je ne veux pas être obligé de reconnaître, plus tard, que je me suis trompé.

" Les enfants qui naissent coiffés de l'arrière-faix seront plus heureux pendant leur vie. "

" Pour lui, tout sera facile, il est né le derrière en l'air. "

Les deux affirmations sont des croyances populaires.

Elles font partie du folklore de tous les peuples, des incultes principalement. Des cultivés aussi. Dans le traité classique d'obstétrique de Greenhile, il est écrit, plutôt par plaisanterie : " Childborn with a caul will be lucky. "

Qu'est-ce qui a donné naissance à cette légende ?

Nous pensons que c'est l'observation des mères qui associent le succès d'un enfant au fait d'être né la tête couverte des restes de membranes ovulaires.

Simple hasard... Coïncidence...

Aucun travail sérieux, scientifique, n'y prête attention... Dans les livres d'obstétrique, les grands professeurs enseignent aussi que les membranes de la bourse des eaux peuvent se rompre spontanément, à différents moments de l'accouchement. La rupture est dite prématurée si elle a lieu avant la fin de la grossesse. Elle est dite à terme quand la grossesse est à sa fin. Rupture de la poche des eaux prématurée, avant terme. Rupture normale, à terme.

Dans la rupture prématurée de la poche des eaux, l'œuf contenant l'enfant est ouvert, sans protection contre l'invasion des germes, qui peuvent infecter tout ce qui est dans l'utérus, mettant en péril la santé et la vie de l'enfant et de la mère. C'est pourquoi les médecins, au cas où la poche des eaux est rompue, sont effrayés et prennent des mesures pour protéger le fœtus, comme l'induction de l'accouchement. Il vaut mieux faire naître un enfant prématuré sain qu'infecté.

Les gens ont aussi très peur quand ils entendent dire que " l'accouchement est sec ".

La rupture à terme a lieu pendant l'accouchement. Des études très sérieuses montrent que, dans la plupart des cas, elle a lieu quand la dilatation du col utérin atteint huit centimètres. En général, quelque temps après, l'enfant naît bien.

Si c'est ainsi, pourquoi attendre plus ? Beaucoup n'attendent pas. Ils " collaborent avec la nature ". Quand la dilatation atteint huit centimètres, ils rompent la bourse des eaux. Les naturalistes s'insurgent contre cette pratique. D'autres, à vrai dire peu nombreux, des non-naturalistes aussi, de loin en loin voient naître un bébé coiffé d'arrière-faix.

Les mères, ainsi que les pères et les grands-parents, en sont heureux.

Sottise ?

Après que nous eûmes commencé à adopter l'accouchement indien, nous les avons imités, défendant qu'on rompe sans nécessité la poche des eaux. Savez-vous ce que nous avons découvert ? Que, chez la femme accroupie, la poche des eaux ne se rompt pas à une dilatation de huit centimètres. Elle se conserve entière et avance comme une balle pleine d'eau qui ouvre le vagin, pour donner passage à la tête de l'enfant. Dans 60 % des cas, elle ne se rompt qu'après être apparue à l'entrée du vagin. Ce n'est qu'à ce moment-là que la rupture se produit, laissant sortir l'enfant tout de suite après. Il n'est pas rare que l'enfant vienne au monde dans la poche des eaux entière, c'est-à-dire dans le liquide qui l’a baigné pendant toute la grossesse. C'est le type de fœtus entièrement couvert par l'arrière-faix. Quand on observe tout cela, on se rend compte d'une série de choses.

Dans l'accouchement classique, la femme étant couchée, quand on rompt la poche des eaux, lors de la dilatation de huit centimètres, la tête de l'enfant est obligée d'ouvrir les parois vaginales et en subit la pression sur son chemin vers l'extérieur.

Dans l'accouchement indien, la femme étant accroupie, pour des raisons que nous avons essayé d'expliquer dans les chapitres antérieurs, la poche entière, pleine d'eau, se charge de préparer le canal vaginal pour le passage de la tête fœtale qui naît protégée des pressions, qui autrement l'atteindraient avec plus ou moins de violence, provoquant des œdèmes et des hémorragies, pas toujours anodins dans la masse cérébrale. Quand l'enfant naît coiffé, dans la poche des eaux entière, la protection est encore augmentée, car elle évite le risque d'aspiration du contenu vaginal qui cause des obstructions des voies respiratoires avec ses conséquences, atélectasies, infections, pneumonies, cause de tant de décès.

Or, chez un fœtus, un poumon propre, un cerveau intègre, à égalité de conditions, sont forcément plus aptes à remplir leurs rôles. Ce cerveau aura la possibilité d'un raisonnement plus rapide, pour découvrir ce qui est mieux, avant les autres. Ce qui paraît une grande chance n’est que discernement, acuité d'un cerveau qui n'a pas souffert (ou a moins souffert).

Quand la vieille cabocla (femme primitive) vous dit :

" Mon petit-fils sera un homme de chance, il est né coiffé ", ne doutez pas d'elle, elle sait ce qu'elle dit, d'expérience personnelle.

Ne doutez plus que la voix du peuple c'est la voix de Dieu.

Quant à l'enfant qui naît le derrière tourné vers la lune, le raisonnement est le même, les fesses se chargent de préparer le chemin pour le passage de la tête, qui souffrira moins... Heureux ceux qui naissent coiffés et ceux qui naissent le derrière en l'air.

 

Une explication : Pourquoi dans l'accouchement en position couchée, la poche des eaux se rompt-elle avant ?

Ce n'est pas difficile à comprendre. Chez la femme couchée, les eaux s'étalent et reposent sur la paroi postérieure de l'utérus. Entre les contractions, elles exercent bien peu de pression sur le petit secteur qui correspond à l'ouverture cervicale. Pendant les contractions, les eaux sont poussées en sens contraire dans une distribution inégale de forces. Son plus grand poids s'exerce par des poussées successives, se rompt avant que la dilatation ne soit complète.

Dans l'accouchement vertical, même en position accroupie, cela n'arrive pas. Le poids de l'eau distribué dans toute la circonférence cervicale met plus de temps à vaincre la résistance des enveloppes ovulaires qui, entières, exercent leurs fonctions de dilatateurs du canal de l'accouchement et protecteurs des structures délicates du pôle céphalique de l'enfant.

Avant de vous moquer, pensez-y à deux fois.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

 

Présentation du siège

L'enfant qui se présente par le siège a toujours préoccupé les médecins. Après la sortie du corps, la tête encore dans le canal vaginal est une cause de frayeur, surtout quand on s'aperçoit que le thorax a des mouvements respiratoires. On a peur que l'enfant meure asphyxié. Cela est vrai dans une grande partie des accouchements en position couchée, mais l'est bien moins dans les positions verticales.

Dans l'accouchement en position couchée, habituellement le médecin n'attend pas que l'enfant naisse spontanément. Il procède à une série de manœuvres auxiliaires qui ont reçu le nom de leurs inventeurs : Mauriceau, Praga, Bracht, Pipper. Bracht est le plus accepté. Dès la sortie du corps fœtal, l'accoucheur le projette en direction de l'abdomen maternel et, de cette façon, exerce une traction sur la tête, dans sa sortie vers l'extérieur. La pratique de l'épisiotomie pour élargir le canal de l'accouchement, plus étroit chez la femme couchée, est d'usage.

Dans l'accouchement en position accroupie, le canal s'ouvre automatiquement. Le poids de l'enfant, à sa sortie, exerce une traction légère et modérée, qui dégage les bras, les épaules et, sans aucune aide, donne une direction correcte à la tête, dans son chemin vers l'extérieur. La nature exécute toute seule, sans violence, une petite manœuvre corrigée de Bracht.

Voici les normes généralisées en obstétrique moderne :

1) Présentation de siège chez les primipares = césarienne.

2) Quelques-uns vont plus loin dans leur indication : présentation du siège, même chez les multipares = césarienne.

3) Un troisième groupe adopte : prématuré de siège = césarienne.

Nous respectons toutes ces lois, mais, sans nécessité absolue, nous n'y obéissons pas. En aucun cas, nous ne sommes dogmatique. Chaque cas est un cas spécial. Ce qui vaut, c'est l'impression clinique et la précaution. Un bassin ample, un fœtus petit, une sensation clinique de proportions et de passage facile — indication d'accouchement spontané, surveillé. L'épisiotomie et les manœuvres de Bracht, le forceps de Pipper restent en réserve, prêts à être employés en cas de nécessité.

L'expérience de l'auteur en accouchements spontanés avec présentation du siège se résume à dix cas :

a) Deux chez des primipares, arrivées à l'hôpital avec les parties du siège fœtal près de la vulve.

b) Deux prématurés qui, contrairement à la crainte généralisée, se sont dégagés sans difficulté.

L'argument, selon lequel le petit corps de l'enfant, avant terme, ne prépare pas convenablement le canal pour la tête, proportionnellement plus grande, est valable pour les accouchements en position couchée, mais ne l'est plus pour les femmes accroupies, chez lesquelles cette position ouvre automatiquement le canal.

c) Six multipares ont mis leur enfant au monde avec présentation du siège, sans grandes difficultés.

Parallèlement, des indications cliniques nous ont fait pratiquer la césarienne chez quatre primipares.

 

Auscultation des battements fœtaux

Une des justifications pour coucher la femme, c'est que, de cette façon, il est plus facile de faire l'auscultation des battements de l’enfant et l'application du forceps.

Ce serait vrai s'il n'existait que les stéthoscopes du type Pinard. Aujourd'hui, avec les appareils à écho, ce problème a disparu. L'auscultation est la même dans n'importe quelle position de la femme.

 

Toucher vaginal

Le toucher vaginal, ou rectal, plus facile, est un autre argument en faveur du décubitus dorsal. Au Brésil, on pratique le toucher vaginal. En vérité, si les pelvis de deux femmes à être examinées étaient au même niveau (à la même hauteur), chez la femme couchée l'introduction des doigts de l'accoucheur serait plus directe et moins forcée, pour le toucher vaginal.

Chez la femme accroupie, l'accoucheur sera obligé de forcer la flexion ou l'angle du poing, petit désavantage, compensé par la facilité de pénétration dans un canal vaginal distendu, les lèvres entrouvertes. Avec un peu de pratique, les enseignements s'égalisent dans les deux conditions.

 

Circulaire du cordon ombilical

Une question revient souvent dans les discussions sur l'accouchement en position accroupie :

— S'il y a une circulaire du cordon ombilical, le médecin s'en aperçoit. Comment procède-t-il ?

Il s'en aperçoit de la même façon que dans l'accouchement en position couchée :

1) par les variations des battements fœtaux ;

2) par l'examen systématique de la région cervicale de l'enfant, aussitôt que la tête apparaît.

Il procède de la même manière : si le cordon est lâche, rien ne coûte de le dérouler. S'il est serré, on sectionne le cordon entre deux pinces et on laisse l'enfant naître.

Il y a une circonstance qui rend l'occurrence plus dangereuse dans l'accouchement, la femme étant couchée. En général, chez la femme étendue, le corps se distend, le fond de l'utérus monte et élève l'insertion placentaire, ce qui cause un raccourcissement relatif du cordon et augmente le risque de souffrance et même de mort fœtale. Deux mécanismes expliquent l'occurrence : la constriction et l'obstruction des vases étirés, ce qui arrive rarement, ou l'étranglement de l'enfant par un cordon très serré. La troisième complication serait que le cordon trop court se rompe ou, étiré, provoque le décollement placentaire.

La femme étant accroupie, le corps se plie, l'utérus est plus bas et l'insertion placentaire descend, ce qui diminue l'extension du canal de l'accouchement et rend le cordon ombilical relativement plus long, diminuant le danger des complications citées ci-dessus.

 

Réactions humaines

Le professeur Caldeyro Barcia avait raconté à un New-Yorkais, fabricant de meubles chirurgicaux, que nous avions écrit un livre sur l'accouchement en position accroupie. Il nous envoya le prospectus d'une nouvelle table d'accouchement et nous demanda notre opinion. En même temps, il sollicitait nos suggestions.

Uruguayen, président de la Société mondiale de gynécologie, le professeur Caldeyro est un " nom " dans l'obstétrique moderne. Il est venu à Curitiba, invité à faire un cours sur l'accouchement vertical. Un vrai succès !

Je suis allé le voir.

Attentif, il me traite avec tous les égards. Il est très poli, c'est sa manière à lui.

— Je viens dans votre ville, je fais un cours sur l'accouchement vertical et je commets une grave injustice : je ne fais aucune allusion au travail que vous et Claudio faites depuis longtemps sur l'accouchement en position accroupie. C'est impardonnable.

— Eh oui, professeur ; voilà comment sont les choses. Ce sont les circonstances...

— En tout cas, c'est une injustice...

Le professeur donne encore deux leçons...

Est-ce qu'il parle de l'accouchement indien ?

Je ne sais pas. Je n'y suis pas allé. Il paraît que non.

J'ai compris. Au fond, j'en ai même ri. Il faut comprendre, ce sont des réactions humaines, naturelles, aussi naturelles que la note de la biographie de Dino : " Le professeur uruguayen condamne l'accouchement en position couchée. Il vante les avantages de l'accouchement vertical (ne pas confondre avec l'accouchement en position accroupie). "

La discrimination mise entre parenthèses n'est pas partie de Dino. Il n'est pas médecin et il ne pouvait pas savoir que l'accouchement en position accroupie est la forme la plus simple et la plus naturelle de l'accouchement vertical.

Le jeudi, peu après midi, le téléphone sonne.

— Les professeurs Paul Palmer et Jean Cohen, de Paris, sont ici. Ils sont venus à Curitiba faire un cours sur la stérilité. Ils demandent si vous leur permettez de visiter votre service. Est-ce possible demain à 10 heures ?

— Dites-leur que c'est un honneur pour moi de les recevoir. Qu'ils viennent quand ils le pourront. Notre maison leur est ouverte.

Je ne connaissais pas personnellement Jean Cohen. Je savais seulement qui il était. Médecin connu, de l'hôpital de Sèvres, un des plus modernes et renommés d'Europe, il est rédacteur de la " Revue française de Gynécologie et Obstétrique ".

Quant à Palmer — le grand Palmer —, quel est le gynécologue qui, ces quarante dernières années, ne lui doit pas d'innombrables enseignements ? Son hôpital à Paris — le Broca — tient porte ouverte. Les médecins du monde entier se retrouvent dans les salles de consultations, d'examens, d'opérations chirurgicales du professeur Palmer. Il est simple, cordial, sans secrets, il laisse voir, montre, enseigne. Je suis allé quatre fois au Broca.

Vous pouvez imaginer ma satisfaction de savoir que les professeurs de France ont manifesté l'intention de visiter un modeste hôpital, dans un coin éloigné de l'Amérique du Sud.

— Nettoyez, lavez, brossez l'hôpital. D'ici à demain, tout doit être en ordre. Je veux des uniformes impeccables. Ne me faites pas honte. Les visiteurs les plus importants que vous pouvez imaginer viendront nous rendre visite, demain dans la matinée.

En fait, le lendemain matin fut... le soir même. Car, après l'agréable réception offerte par le couple Laertes Justino de Oliveira, une bonne partie de ces visiteurs sont venus nous surprendre dans notre hôpital.

Le professeur Jean Cohen et sa jolie femme, blonde et sympathique, désiraient assister à un accouchement en position accroupie... Donàdio de Sâo Paulo les accompagnait.

Pas de chance !

Ils ont attendu quatre heures ; des cinq femmes en attente d'accouchement, aucune ne se décidait à mettre son enfant au monde. Au petit matin. fatigués, somnolents, ils sont retournés à l'hôtel. Cinq minutes après leur départ, le premier, un garçon, est né ; dix minutes plus tard, le deuxième et, en moins d'une heure, encore deux autres.

Le lendemain matin, le Français et sa femme sont à leur poste.

Instruits, cultivés, curieux, ils n'ont pas plus de succès. Encore quatre heures : aucun bébé n'a voulu naître. Ils ont dû se contenter de voir les accouchements filmés. Pourtant, même ainsi, ils ont été émus... La petite Française a fondu en larmes. Lui, il a tiré son mouchoir, a reniflé et s'est mouché... Avant qu'ils sortent, arrive Ernani.

— Laissez-moi vous présenter.

— Nous nous connaissons déjà.

— Mais d'où ? Depuis quand ?

— Depuis hier, au restaurant. C'est lui qui nous a donné votre numéro de téléphone. C'est intéressant, raconte le Français ; quand nous avons reçu l'invitation de venir à Curitiba, nous en avons été enchantés. Nous avons quitté Paris avec le ferme propos de connaître l'hôpital et les médecins qui sont en train de faire revivre l'accouchement de l'Indien brésilien. Nous n'y sommes presque pas arrivés. il n'y avait pas moyen qu'on nous dise où vous découvrir. Sans la coïncidence de l'arrivée de votre fils au restaurant à ce moment-là, nous allions repartir sans avoir vu ce que nous voulions tellement voir. Nous partons demain. Nous sommes ici depuis cinq jours...

 

Le problème

Le Dr Paulo Cordeiro, médecin de la FUNAI, s'est présenté dans ma salle de consultation.

— Docteur, je viens voir si vous pourriez nous rendre un petit service : aller jusqu'à la réserve des Indiens de Guarapuava nous aider à résoudre un problème.

Inutile de dire que ma curiosité était éveillée et que j'étais prêt.

— De quel problème s'agit-il ?

— Il se passe un phénomène curieux. Toute ou plutôt presque toute la tribu se dit possédée par des esprits. Des gens de plus en plus nombreux sont dominés par des attaques convulsives. Ils ne travaillent plus. Ils sont révoltés. Ils ne font que des réunions de prières et des processions, plusieurs fois par jour. Ils s'enferment dans l'église. Ils allument des cierges. Ils chantent des cantiques toute la nuit. Ou bien ils rôdent autour du siège de la FUNAI. Ils tournent autour de la maison, les gens sont effrayés.

— Pourquoi n'y allez-vous pas ? L'assistante sociale, dona Maria-José, est aimée de tous. Les Indiens la connaissent et la respectent.

— C'est justement à cause de cela. C'est parce qu'ils la connaissent que ce ne peut être ni elle, ni moi, ni ma femme qui y allions.

— Alors la femme du médecin, la doctoresse Maria, médecin elle aussi, active et compétente.

— Ça ne va pas, aucun de nous ne peut s'en charger. Il faut que ce soit une personne étrangère, pour qu'elle soit reçue sans qu'ils pensent qu'on veut s'immiscer dans leurs affaires. L'évêque de Guarapuava y est allé, sans succès. Vous seriez la personne idéale. Vous savez vous y prendre, vous savez comment parler, ça ira. Emmenez un psychologue ou un psychiatre. Il pourra peut-être nous aider à interpréter les faits et à rendre le calme aux esprits.

— Et que disent tes Drs Brasileiro et Kanayama ?

Le D' Brasileiro est un Paraïbain, toujours de bonne humeur et actif, qui, avec beaucoup d'adresse, dirige la zone sud de la FUNAL. Son auxiliaire et adjoint efficace est le Dr Kanayama, patron zélé, connaisseur des mœurs et des réactions des peuples primitifs.

— Je parle en leur nom. Ils croient que vous pouvez nous être utile. Ils vous fournissent la voiture. Vous pouvez y aller quand cela vous conviendra.

— Ce samedi vous va ? J'emmène Claudio.

— Non, pas le Dr Claudio. Personne de votre équipe. Les Indiens les connaissent. Il faut que ce soient des gens inconnus. Vous ne devez même pas leur dire que vous êtes médecin ; les autres non plus ; sinon ils se méfieront.

 

La raison de mon enthousiasme

On pourrait penser que c'est par altruisme que j'ai accepté si vite de passer la fête de carnaval au milieu de la forêt. Le fait est qu'à la même époque mon équipe est en train de terminer une étude comparative entre l'état génital des femmes civilisées et celui des Indiennes.

Des femmes civilisées, j'en vois énormément, au moins dix par jour. Il y a plus d'un an que je ne suis pas allé dans les réserves. La dernière fois, c'était à Ivai. Nous nous sommes trompés de route, nous avons traversé une forêt terrible. Après plus de deux heures, on nous a dit que nous étions sur le mauvais chemin. Nous étions perdus, à plus de soixante kilomètres de notre but. Nous sommes arrivés exténués, couverts de poussière, affamés et assoiffés. Nous avions quatre heures de retard sur l'horaire prévu. Les Indiens nous avaient préparé une fête : repas, jeux et danses. Ils avaient déjà tout mangé ! Le match de football durait déjà depuis plus de six heures. Ils avaient attendu si longtemps que personne n'avait plus envie de danser ou de faire n'importe quoi. Les enfants, fatigués, pleuraient et voulaient rentrer. Mis à part une causerie en fin d'après-midi, nous n'avons rien fait d'autre. Tout le monde s'est dispersé. Nous n'avons examiné personne. C'est la raison pour laquelle le Dr Pauto nous avait dit : " Venez à l'heure exacte ", et c'est ce que nous voulions. Nous allions avoir l'occasion d'examiner un grand groupe d'Indiennes. Enthousiasmés, nous avons voulu parler avec le Dr Brasileiro. Il n'était pas là. La veille, il était parti en vacances. C'est le Dr Kanayama qui nous a reçus.

— Ces manifestations peuvent être dangereuses. Il ne manque plus qu'un leader intelligent... Nous sommes contents que vous ayez accepté d'aller parler avec les Indiens. Mais, j'insiste, je n'ai pas l'intention de procéder à des examens, ce n'est pas le moment. Cela pourrait provoquer une réaction négative ; emmenez un psychiatre, il vous sera utile.

 

À la recherche du psychiatre

Qui pourrait bien avoir la curiosité d'assister à une telle manifestation collective, de l'observer et de l'étudier ? Nous pensions qu'il n'y avait qu'à téléphoner et offrir cette possibilité à n'importe quel spécialiste. Nous avons commencé par les fils de quelques amis, jeunes médecins en début de carrière, venant tout juste de finir leurs études. Nous pensions leur faire un cadeau.

— Docteur, dans une réserve indienne, il y a une psychose collective. J'y vais samedi. J'ai besoin d'un psychiatre pour faire les observations spécialisées. Voulez-vous venir avec moi ?

— Je ne peux pas... je suis occupé... je n'ai pas le temps...

— Mais le cas est intéressant, il se peut que ce soit un travail scientifique de valeur.

— Je ne peux pas ! Je n'ai pas le temps !

— Alors mettez-moi en contact avec l'un de vos collègues ; l'un d'eux pourra peut-être venir.

— Non, je n'en connais aucun.

Quelle affaire ! Je suis au bout de mes possibilités. J'ai passé à un autre et puis encore à un autre. J’ai fini par me sentir gêné. En tout, j'ai parlé à huit spécialistes, psychologues ou psychiatres. Deux seulement, bien entendu les plus vieux, ont eu du courage. L'un a accepté immédiatement.

— Mais pourquoi pas ? C'est formidable. J'irai certainement. Quelle occasion ! Si ma famille est d'accord, je pars avec vous.

— C’est bien, alors je ne cherche plus personne.

— Non, ne cherchez plus.

Le jeudi, je suis allé assister à un Congrès de mastologie, à Campinas. En arrivant à la maison, vendredi, la veille du voyage, je trouve un mot me disant que mon compagnon n'avait pas obtenu la " permission " de sa famille.

J'ai téléphoné à Arnaldo Gilberti, un vétéran. Il était deux heures de l'après-midi.

— Quel dommage, je suis en train de partir pour Santos. Ma famille est déjà dans la voiture. J'aimerais bien vous accompagner. Attendez, je vais retarder mon départ. Si quelqu'un de mon équipe est à Curitiba, je suis sûr qu'il ira avec nous.

Deux heures plus tard, il m'appelle au téléphone et, ennuyé, me dit que, malheureusement, c'est la veille du carnaval, il n'a trouvé personne. Sans grand espoir, je continue à travailler. A cinq heures, je lis la fiche de la patiente qui me consulte : psychologue.

— Vous êtes psychologue. Madame ?

— Oui, je viens de défendre ma thèse de doctorat. Je donne des cours à la Faculté de philosophie.

— Quelle chance, vous pourriez peut-être m'aider à résoudre un problème.

Alors je lui ai raconté mes recherches infructueuses.

— Vous n'avez pas frappé aux bonnes portes.

Et elle m'a donné une série de noms. En vain. Je n'ai pas trouvé de compagnons de voyage en dehors du Dr Liota et aussi de Claudio.

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