Des enfants sains ... même sans médecin 

Dr R. Mendelsohn

 

INTRODUCTION

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Ce livre reflète une conviction: les pédiatres américains, comme les autres spécialistes d'ailleurs, ne font pas toujours la meilleure médecine. Je ne veux pas dire que les médecins soient moins intègres ou moins compatissants que le reste de l'humanité; le problème vient d'une certaine conception de la médecine et de la manière de l'enseigner, et non de la personnalité de ceux qui l'ont apprise.

Les médecins ne sont pas « coupables », mais, comme leurs patients, ils sont victimes du système. Ils sont les premiers à souffrir du fait que les études de médecine se préoccupent davantage d'intervention que de prévention et mettent en avant médicaments et technologie.  Des habitudes et comportements parfois ridicules sont inculqués aux étudiants, qui terminent leurs études la tête si pleine de niaiseries institutionnalisées qu'il n'y reste guère de place pour le bon sens.

Je fais ici également mon autocritique. Je reconnais avoir commencé ma carrière médicale en croyant tout ce qu'on m'avait enseigné; mes patients en ont payé le prix pendant de nombreuses années. J'ai heureusement appris - peut-être quand j'ai commencé à enseigner à remettre en question beaucoup de principes médicaux. J'ai appris à douter de chaque nouveau médicament, de chaque nouvelle intervention chirurgicale ou autre «innovation ». J'ai bien vite découvert que la plupart de ces nouveautés ne résistent pas à une évaluation scientifique rigoureuse et qu'un fort pourcentage de « médicaments miracles» ou d'« opérations révolutionnaires» disparaissent dès que l'on s'aperçoit qu'ils font plus de mal que de bien.

Dans mes deux livres précédents: Confessions of a Medical Heretic et Malepractice .. How Doctors Manipulate Women, mon intention était de mettre en garde le lecteur et de lui recommander la vigilance, jamais de le dissuader de recourir à une aide médicale lorsqu'elle est nécessaire. Malgré les défauts de leur formation, les médecins sauvent parfois des vies et guérissent parfois des malades. Ils sont le plus utiles lorsqu'ils sont confrontés à des urgences et le plus dangereux quand ils se sentent obligés - comme on le leur a appris- de traiter des gens qui ne sont pas vraiment malades.

Dans les deux livres que j'ai cités, ainsi que dans celui-ci, je souhaite attirer votre attention sur les défauts de la pratique médicale, afin que vous puissiez vous préparer à vous défendre contre des traitements dangereux ou inappropriés. Si un nombre croissant de patients questionnent les médecins sur les traitements prescrits, les médecins eux-mêmes commenceront peut-être aussi à s'interroger. Du moins, je l'espère.

Cela a d'ailleurs commencé, grâce à mon travail, peut-être, et certainement grâce aux nombreuses critiques émises ces dernières années aussi bien par les médecins que par le grand public. Beaucoup de praticiens sont poussés par leurs patients et par les médias à remettre en cause leurs croyances médicales: mes collègues m'en parlent souvent, et des enquêtes effectuées auprès de médecins montrent que de plus en plus de patients refusent de les croire sur parole.

Les patients sont maintenant moins respectueux et moins dociles. Ils ne prennent plus leurs médecins pour des savants infaillibles. Ils assaillent le clinicien de questions, parfois agressives, sur les médicaments prescrits, les examens à faire et l'opportunité des opérations conseillées. Le médecin qui cherche désespérément à s'expliquer à longueur de journée finit par être obligé de se remettre en question ! 

De nombreux praticiens sont heureux de cette situation, mais d'autres sont peu habitués à devoir justifier les prescriptions ou les actes qui ont fait la routine de leur pratique pendant tant d'années. Dans tous les cas, la compréhension nouvelle des défauts de la pratique médicale conventionnelle amène à des changements constructifs. 

On admet, depuis quelques années, que les effets secondaires de nombreux médicaments sont plus dangereux que les maladies qu'ils sont censés guérir, que la chirurgie est souvent inutile et toujours périlleuse, et que de nombreux examens de routine, radiologiques ou autres, comportent plus de risques que les maladies qu'ils sont censés diagnostiquer. Grâce à la pression de l'opinion publique, beaucoup d'actes médicaux ont été abandonnés ces dernières années. Par exemple : 

- L'Académie américaine de pédiatrie s'est prononcée contre la radiographie systématique du thorax des enfants admis dans les hôpitaux, reconnaissance tacite des dangers potentiels cumulatifs des rayons X.
- La même académie a également recommandé l'abandon du test systématique à la tuberculine, sauf dans les régions où la maladie est encore très fréquente. Nous espérons que c'est le premier pas vers l'élimination totale des tests et vaccins dangereux et inutiles qui profitent aux médecins et non à leurs patients.
- L'Association américaine de médecine déconseille actuellement l'examen physique annuel de routine.
- La Société américaine du cancer ne recommande plus de faire chaque année un frottis du col de l'utérus. Elle a, pendant un certain temps, déconseillé également les mammographies de routine. Sans que des arguments bien convaincants aient pu être avancés - autres que la protestation des radiologues sans emploi - la Société américaine du cancer a changé d'attitude : elle conseille actuellement une mammographie chaque année ou tous les deux ans à toutes les femmes entre 40 et 50 ans ne présentant aucun symptôme, ce qui est en contradiction avec les recommandations publiées par l'Institut national du cancer en 1977 (qui ne recommande cet examen que chez les femmes ayant une histoire personnelle ou familiale de cancer du sein). Pour ma part, je pense que ce sont ces mammographies qui vont bien souvent provoquer les cancers qu'elles sont censées prévenir !
- Les radiographies thoraciques de routine ont également été abandonnées, alors qu'on avait créé des systèmes d'unités mobiles afin que toute la population puisse y avoir accès...
- Bien que les compagnies pharmaceutiques continuent à inventer chaque jour de nouveaux médicaments, les malades commencent à résister au matraquage chimique. En 1980, les médecins ont rempli cent millions d'ordonnances de moins qu'en 1974. D'ailleurs, l'industrie pharmaceutique fait fortement pression sur la Food and Drug Administration (FDA), organisme américain de contrôle des aliments et des médicaments, pour que la publicité des remèdes puisse se faire auprès du public et non uniquement auprès des médecins.
- Les ordonnances de tranquillisants ont passé de 104,5 millions en 1973 à 70,8 millions en 1981. De 1975 à 1983, l'utilisation du Valium (cause importante de mort par overdose) a diminué de moitié.
- Les prescriptions de somnifères, après un pic de 40 millions, sont tombées à 21 millions en 1980.
- De plus en plus de femmes abandonnent la pilule et le stérilet à cause des dangers qu'ils présentent.
- L'allaitement maternel - qui est un bienfait pour les mères et les bébés - redevient populaire malgré la résistance de nombreux obstétriciens et pédiatres.
- La technologie obstétricale est remise en cause et modifiée, et il existe un mouvement, lent mais irrésistible, en faveur de la naissance naturelle et même de l'accouchement à domicile.

Tous ces changements notables montrent clairement que les médecins réagissent bel et bien à la marée montante des critiques. La pédiatrie y a cependant relativement échappé jusqu'à présent. Dans ce livre, je donne des éléments qui permettent de juger cette discipline avec la même exigence que les autres branches de la médecine. Parce que la pédiatrie est ma spécialité, que j'ai pratiquée et enseignée pendant plus d'un quart de siècle, je me sens compétent pour faire mieux que la critiquer. J'offre ici aux parents, qui veulent éviter les risques et les dépenses liés à des interventions inutiles, les conseils leur permettant d'assumer eux-mêmes la santé de leur enfant, depuis sa conception jusqu'au jour où il quittera sa famille.

Je ne prétends pas écrire une encyclopédie, mais je vais essayer de vous montrer comment reconnaître les maladies graves, comment vous tirer d'affaire quand un médecin est inutile, décider à quel moment la prudence vous demande d'en appeler un et vous assurer que les traitements prescrits sont appropriés et sans danger.

Grâce à cette information de base, tout parent peut assumer un rôle important. Cela ne signifie pas cependant que vous devez «jouer au médecin ». Malgré les défauts de leurs études, les médecins apprennent certains actes utiles que les parents ne devraient pas essayer de faire à leur place.  Si vous le lisez soigneusement, ce livre dissipera la plupart de vos doutes et de vos craintes au sujet de la santé de votre enfant. Il vous aidera à le préparer pour une vie longue, saine et heureuse !

Docteur Robert S. Mendelsohn
Evanston, Illinois
1er novembre 1983

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