Des enfants sains ... même sans médecin (Dr R. Mendelsohn) : 

 

Chapitre 10

 

TOUX, ÉTERNUEMENTS ET NEZ QUI COULENT

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Chaque année, les Américains dépensent en médicaments contre la toux et les rhumes, achetés sans ordonnance, une somme supérieure aux budgets du Guatemala, du Honduras et du Salvador réunis. Si vous y ajoutez les dépenses en antibiotiques, antihistaminiques et autres médicaments prescrits par les médecins, la somme atteindrait probablement de quoi couvrir le budget du Costa Rica et de l'Equateur.

Les toux, les rhumes et la grippe nous touchent tous, mais les enfants semblent plus vulnérables que les adultes et sont plus volontiers traités pour ces problèmes. Si ces traitements peuvent soulager, ils ne peuvent pas prétendre vraiment guérir. En fait, les remèdes inutiles sont à l'origine d'une plaisanterie que les médecins gardent en général pour eux: "Sans traitement, un rhume dure sept jours, traité, il dure une semaine. "

Le rhume est un phénomène si répandu, touchant presque tout le monde au moins une fois par an, qu'il existe de nombreuses théories sur ses causes et ses traitements. Ces théories se divisent en deux grands groupes: la théorie morale et la théorie virale. La théorie morale, basée sur la plus grande fréquence des rhumes en hiver, prétend qu'ils sont en relation avec le mauvais temps. C'est la théorie favorite des mères et des grands-mères qui prétendent que les enfants attrapent un rhume s'ils ne mettent pas leurs gants, leur écharpe ou leurs gros souliers. La théorie virale, prisée par les médecins, veut que les rhumes soient causés par l'un ou l'autre d'une centaine de virus et qu'ils sont plus fréquents en hiver parce que les enfants sont exposés aux autres enfants à l'école dans le confinement des classes. Les tenants de la théorie virale maintiennent que l'enfant aurait attrapé le même rhume s'il avait porté deux écharpes et trois paires de chaussettes de laine dans ses bottes.

Je crois à ces deux théories ou plutôt à leur combinaison. Les rhumes sont bien des infections virales et le virus se transmet bien par voie aérienne par ceux qui toussent ou ou par contact. Cependant, bien que l'on ne puisse pas prouver que le mauvais temps soit cause de rhume, je m'associe volontiers avec les mères et les grands-mères qui insistent pour que les enfants s'habillent chaudement pour sortir en hiver. Je pense que les mères et les grands-mères en connaissent plus long sur la santé que les scientifiques et les médecins et je n'exclus pas, en mon fort intérieur, que le froid puisse diminuer la résistance aux virus qui sont la cause directe des rhumes. De toute façon, vous n'aviez à perdre à ce que votre enfant soit bien habillé quand il fait froid. Le risque apparaît lorsque votre médecin - qui croit l'origine virale des rhumes - les traite à l'aide d'antibiotique qui sont inefficaces.


SYMPTÔMES DU RHUME ET DE LA GRIPPE

Les symptômes du rhume, dont l'intensité est variable d'un enfant à l'autre, sont les suivants: malaise, fatigue, nez qui coule, toux et éternuement, yeux battus et, souvent, un peu de fièvre. Dans la grippe, d'origine virale, on retrouve la plupart de ces symptômes avec, en plus, des vomissements, de diarrhée, douleurs dans tout le corps et, souvent, une fièvre élevée.

Si les sécrétions nasales sont claires, grises ou blanches, votre enfant est probablement la victime d'une infection virale, rhume ou grippe. Si elles sont jaunes ou vertes, il s'agit de pus qui indique une sinusite bactérienne. Les rhumes peuvent se compliquer également d'autres infections bactériennes, comme la bronchite ou une otite moyenne.

Rhumes et grippes n'exigent aucun traitement médical et les médicaments généralement utilisés pour les traiter, comme je l'ai dit, ne font que soulager les symptômes. Traiter ainsi son enfant n'est pas souhaitable car cela contrarie les efforts spontanés de l'organisme pour se guérir de lui-même.

On peut dire la même chose de la pneumonie virale dont ni vous ni votre médecin ne pouvez faire le diagnostic sans une radiographie. Les symptômes sont d'habitude peu importants et il n'y a aucun danger pour votre enfant avec ce type de pneumonie, sauf celui de la radiographie que votre médecin pratiquera si vous lui en donnez l'occasion. La pneumonie bactérienne, par contre, est plus grave. Elle est souvent accompagnée de fièvre dépassant 39° et de problèmes respiratoires avec parfois, cyanose de la peau (couleur bleue). Si votre enfant présente ces symptômes, vous sentirez bien vous-même qu'il s'agit d'une urgence et vous l'amènerez rapidement à un médecin ou au service d'urgence d'un hôpital.

Le faux croup est aussi un problème respiratoire assez fréquent chez les enfants. Son origine est également virale et on le reconnaît au bruit métallique et ronflant qui accompagne la respiration. On observe également une toux rauque et une contraction inhabituelle du thorax lorsque l'enfant respire. Dans ce cas, pour soulager votre enfant, emmenez-le dans la salle de bain pendant 20 minutes en faisant couler l'eau bouillante de la douche afin d'humidifier l'air. S'il n'y a pas d'amélioration, il faut suspecter une pneumonie bactérienne et voir un médecin.

Si l'enfant ne présente pas de difficultés respiratoires importantes, les parents devraient éviter de consulter un médecin et de donner des médicaments. Les médicaments utilisés communément dans le traitement du rhume et de la grippe, qu'ils soient prescrits ou non par un médecin, font partie d'une demi-douzaine de groupes (décongestionnants, expectorants, antihistaminiques, antitussifs, antidouleurs et antibiotiques). Leurs points communs sont d'être inutiles, d'avoir parfois des effets secondaires indésirables ou dangereux, de contrecarrer souvent les mécanismes naturels de défense de l'organisme et de représenter un gaspillage d'argent. On en donne souvent plusieurs en association, même si l'un ou l'autre concerne des symptômes que votre enfant ne présente pas.

Les décongestionnants, appelés aussi vasoconstricteurs, sont prescrits pour éviter les problèmes respiratoires provoqués par un gonflement des muqueuses du nez. Ces médicaments dégagent les voies respiratoires, ce qui apporte un soulagement temporaire. Mais c'est bien là le problème, ce soulagement n'est que temporaire. Lorsque le nez se bouche à nouveau, vous voudrez donner à votre enfant une nouvelle dose de médicament. De plus, après une action provisoire du médicament, la congestion s'aggrave. Il est plus approprié, et moins risqué, de traiter la congestion nasale par l'humidification de l'air.

Les antihistaminiques, soit seuls, soit en association, sont utilisés dans le traitement des allergies. L'organisme combat les allergies en produisant de l'histamine naturelle qui donne des yeux larmoyants et un nez qui coule. Les antihistaminiques empêchent la production d'histamine, assèchent les membranes nasales et contrarient les efforts de l'organisme pour se guérir du rhume. En fait, l'enfant enrhumé a besoin de plus d'hydratation et non de moins.

Les expectorants servent à liquéfier le mucus dans les poumons de façon à faciliter l'expectoration. La plupart des préparations qui existent sur le marché n'ont pas encore fait la preuve de leur efficacité. Il n'est pas très indiqué d'acheter un médicament dont l'efficacité n'a pas encore été prouvée.

Plusieurs préparations contre le rhume contiennent des antitussifs. Mais je pose la question: pourquoi supprimer la toux? Pourquoi voudriez-vous contrarier le mécanisme par lequel l'organisme se débarrasse du mucus qui encombre les bronches?

Les médicaments antidouleur utilisés en cas de rhume ou de grippe sont l'aspirine et l'acétaminophène. On les donne pour diminuer la fièvre (j'en ai parlé plus haut) et contre les douleurs qui accompagnent en général le rhume.

LES DANGERS DE TRAITER LA GRIPPE AVEC DE L'ASPIRINE

Votre pédiatre ne vous l'a probablement pas dit, mais l'aspirine dans le traitement de la grippe est vraiment dangereuse, de même que les drogues antivomitives dont plusieurs sont médicaments utilisés à l'origine pour le traitement des psychoses. On a prouvé qu'ils pouvaient causer le syndrome de Reye, maladie d'enfance souvent fatale dont manifestations sont l'encéphalite et l'hépatite. C'est pourquoi il est déconseillé de donner ces médicaments aux enfants pendant la saison des grippes, encore moins s'ils ont réellement la grippe.

Je m'oppose à l'utilisation de tout médicament dans le cas de grippe et de rhume. Si les symptômes de votre enfant vous semblent intolérables, utilisez des médicaments appropriés pendant un jour ou deux au maximum, et limitez-vous à ceux qui s'attaquent aux symptômes les plus pénibles pour votre enfant. N'utilisez pas les médicaments associés traitent quatre ou cinq symptômes en même temps.

Notez également que de nombreux médicaments contre le rhume, sous forme liquide et vendus sans ordonnance, un fort pourcentage d'alcool qui, dans certains cas, est le seul ingrédient utile. L'alcool peut aider l'enrhumé à s'endormir... mais, pour cela, il vaut mieux encore donner à l'enfant un fond de verre de whisky qui ne sera pas empoisonné par toutes sortes de substances dont il n'a nul besoin! Si vous amenez chez votre pédiatre un enfant souffrant de grippe ou de rhume, vous risquez bien de avec une ordonnance pour soulager l'un ou l'autre des symptômes et, le plus souvent, un médicament qui s'attaque à plusieurs d'entre eux. La plupart des remèdes les plus utilisés font partie de cette catégorie et nombre d'entre eux doivent encore prouver leur efficacité, sinon la FDA menace de les retirer du marché. Les médecins continuent à les prescrire malgré leur peu de valeur et alors que les patients se porteraient bien mieux sans eux.

Mais il y a pire, malheureusement. Il existe un réel danger que l'enfant reçoive un antibiotique, inutile dans le traitement des infections virales. Depuis l'introduction des antibiotiques, il y a quelques décennies, on a tendance, dans le monde entier, à les considérer comme un remède miracle. Au début, lorsqu'ils étaient utilisés de façon appropriée, ils méritaient vraiment ce titre. Ils ont traité efficacement beaucoup d'infections redoutables comme la syphilis ou la gonorrhée, si bien que d'optimistes futurologues ont évoqué le jour où toutes les maladies infectieuses disparaîtraient de la surface de terre.

Hélas, il s'agissait d'une utopie. Comme d'habitude quand les médecins ont à disposition un nouveau traitement, ils l'utilisent à tort et à travers. On a prescrit les antibiotiques pour de plus en plus de maladies, même si leur utilisation n'était pas appropriée. Plusieurs d'entre eux, mis sur le marché pour le traitement de maladies bactériennes très graves, sont maintenant utilisés pour des rhumes et des grippes.

Si l'on n'exposait les malades qu'à des effets secondaires dangereux et à des dépenses injustifiées, on pourrait déjà condamner les médecins qui prescrivent systématiquement des antibiotiques et parler d'aberration médicale. Mais il y a plus grave encore: d'une part, de nombreux germes résistent de plus en plus aux antibiotiques et, d'autre part, si votre enfant reçoit à plusieurs reprises des antibiotiques sans raison valable, il peut présenter des infections dues à des germes résistant à toutes les formes connues de traitement.

POURQUOI VOUS DEVRIEZ EVITER L'UTILISATION EXCESSIVE D'ANTIBIOTIQUES

Il n'est pas du tout rare que les antibiotiques soient utilisés sans discernement par les médecins et particulièrement les pédiatres. En fait, c'est plus souvent la règle que l'exception. Une étude a montré que, dans un hôpital, des antibiotiques étaient administrés à un tiers des patients et dans 64% des cas, ils n'étaient pas indiqués ou bien leur choix ou leur dosage étaient incorrects. Les auteurs de l'étude notent que «l'utilisation de grandes quantités de médicaments capables d'inhiber la croissance de micro-organismes peut avoir pour conséquence une sélection de flores microbiennes résistantes à ces médicaments. L'utilisation correcte des antibiotiques a une importance immédiate pour le patient qui les reçoit et également une importance potentielle pour d'autres patients susceptibles d'être infectés par des organismes résistants aux antibiotiques connus. C'est une caractéristique spécifique des agents antimicrobiens que leur usage puisse affecter leur efficacité dans le futur. »

On pourrait dire plus simplement que les antibiotiques tuent les bons microbes aussi bien que les mauvais, permettant à d'autres germes indésirables, et qui leur résistent, de prendre le dessus. En traitant par antibiotiques une maladie qui pourrait être traitée autrement, le médecin crée une nouvelle maladie que les antibiotiques connus ne peuvent contrôler. C'est un lourd tribut à payer à la légèreté et à l'incompétence médicales. La résistance croissante des microbes aux antibiotiques menace de placer la médecine dans la position où elle se trouvait avant l'introduction de la pénicilline, il y a plus de 40 ans. En fait, la mortalité due a certaines infections comme la septicémie (infection du sang) a déjà atteint le taux de l'aire pré-antibiotique. Si les médecins ne changent pas de comportement, s'ils ne deviennent pas plus rationnels et plus prudents dans l'utilisation des antibiotiques, nous connaîtrons probablement ce jour dont parle un Prix Nobel, le professeur Walter Gilbert, chimiste à Harvard, « où 80% des infections seront résistantes à tous les antibiotiques connus. »

Pourquoi tant de médecins prescrivent-ils des antibiotiques pour des rhumes, des grippes et d'autres affections virales pour lesquelles ils sont inutiles? Ils se disent entre eux qu'ils le font parce que leurs patients le désirent et, pourtant, les parents amènent leurs enfants aux médecins pour recevoir un avis médical et non pour en donner. Il est plus probable que les médecins recourent à ces antibiotiques parce qu'il n'existe pas de traitement pour ces maladies et qu'on leur a appris à toujours prescrire quelque chose à leurs patients, de crainte de ternir leur image de marque. Je le comprends, ayant subi moi aussi ce lavage de cerveau durant mes études. Mais s'il faut à tout prix donner quelque chose, pourquoi les médecins n'administrent-ils pas à leurs patients un placebo qui remplirait le même office et ne ferait aucun mal?

Si vous ne pouvez résister à la tentation d'emmener votre enfant enrhumé chez un médecin, ne manquez pas de le défendre contre les prescriptions d'antibiotiques et autres médicaments inutiles. Des études ont montré que 95% des médecins donnent aux patients un médicament, ou plus, pour le traitement du rhume et que 60% de ces médicaments sont des antibiotiques. Une étude sérieuse montre que 29% des enfants recevant de l'Ampicilline présentent des vomissements, des diarrhées et des éruptions cutanées. La plupart des effets secondaires ne sont pas très graves, mais des réactions sévères sont notées chez 2% des enfants traités. Ce pourcentage n'impressionne pas les médecins habitués à prescrire systématiquement des médicaments produisant des effets secondaires. Les parents, cependant, ne veulent pas prendre le risque de voir leur enfant figurer parmi les 2% qui souffrent de réactions sévères à des médicaments qui ne font aucun bien et qui n'auraient pas dû être prescrits.

Soyez particulièrement prudent si votre pédiatre prescrit à votre enfant des tétracyclines. Si votre enfant a moins de huit ans et que votre médecin lui prescrit des tétracyclines pour autre chose qu'une maladie potentiellement mortelle, quittez immédiatement son cabinet.  Cherchez un autre pédiatre, car celui-ci ne sait pas ce qu'il fait ou n'attache pas d'importance à ses actes.

En 1975, l'Académie américaine de pédiatrie a déconseillé l'usage des tétracyclines chez les enfants en dessous de huit ans car ce médicament peut empêcher la croissance des os, attaquer le foie et causer des nausées, des vomissements, des diarrhées et des éruptions cutanées. Son emploi prolongé peut également jaunir les dents d'une façon permanente.

Lorsque vous hésitez à amener votre enfant chez le médecin ou à utiliser les médicaments qu'il prescrit, ayez toujours présent à l'esprit que beaucoup de médecins s'inspirent de l'adage: « Tout ce qui peut se faire sera fait. »

La plupart des études sur l'utilisation des antibiotiques le prouvent. Dans un grand hôpital, une règle obligeait les internes à demander l'avis du consultant spécialiste en maladies infectieuses avant de pouvoir obtenir des antibiotiques de la pharmacie. Lorsque cette règle fut supprimée, l'utilisation de l'Ampicilline fut multipliée par huit. De même, lorsque le chloramphénicol fut placé sur une liste surveillée, son utilisation devint dix fois moins fréquente.

J'ai beaucoup insisté sur l'abus des antibiotiques, car c'est très important pour la santé future de votre enfant. Mais j'espère que vous serez également attentif à l'abus d'autres traitements et que vous n'allez pas donner à votre pédiatre l'occasion d'utiliser tous les tours inutiles et opportunistes qu'il a dans son sac. Dans le domaine des toux et des rhumes, votre bon sens remplace avantageusement la formation du pédiatre.

Références de l'auteur spécifiques à ce chapitre

 

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