Des enfants sains ... même sans médecin (Dr R. Mendelsohn) : 

 

Chapitre 6

 

QUE POUVEZ-VOUS ATTENDRE 
DE VOTRE ENFANT ?

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La plupart des livres s'étendent largement sur les phases du développement de la petite enfance (à quel moment l'enfant s'assied, se tient debout, marche à quatre pattes ou marche), et sur tous les problèmes de comportement qui peuvent apparaître les années suivantes. Ces étapes vous intéressent, bien sûr, mais ne vous inquiétez pas si votre enfant s'écarte des normes. Je n'ai pas besoin d'écrire un gros livre pour vous donner mon avis à ce sujet, une phrase suffira: sauf si votre enfant présente clairement un problème, ne vous préoccupez pas du moment où il va s'asseoir, se tenir debout, aller à quatre pattes ou marcher.

Si c'est votre premier enfant, vous aurez tendance à comparer ses progrès avec ceux des autres enfants de son âge. J'espère pouvoir vous convaincre que ce type de comparaison n'est ni valable, ni utile. Pendant les premières années de la vie, le développement de chaque enfant est tellement différent de celui des autres que toute comparaison est vaine.

Cependant, si vous avez besoin d'une idée de départ, voici quelques données: la plupart des enfants s'asseyent avec support à 6 ou 8 mois, sans support à 8 ou 10 mois, marchent à 12 ou 18 mois, parlent à 18 ou 24 mois, font du tricycle à trois ans et dessinent un carré à quatre ans. Je vous conseille de résister à la tentation de vous enorgueillir si votre enfant franchit une de ces étapes à un âge plus tendre ou de vous faire du souci si son développement est tardif. Que ces étapes interviennent plus tôt ou plus tard n'a aucune importance.

Vos enfants finiront bien par comprendre ce que vous attendez d'eux si votre attente est raisonnable. Nous l'oublions parfois, mais nous savons tous que tous les enfants n'apprennent pas au même rythme et avec la même facilité. Cela ne nous empêche pas de trop attendre de nos propres enfants, parfois même dès le berceau. Cela ne nous empêche pas non plus de faire des comparaisons avec les autres, comparaisons inutiles et dangereuses. L'enfant précoce d'aujourd'hui peut très bien être l'enfant retardé de demain et vice-versa.

Vos beaux espoirs, à l'égard de vos enfants, sont bénéfiques s'ils vous encouragent à leur apporter les soins et l'aide dont ils ont besoin pour exprimer pleinement leur potentiel. Ils peuvent à l'inverse être désastreux s'ils dépassent leurs possibilités et si vous n'avez pas la patience d'attendre que leurs capacités et leurs intérêts se développent normalement au fil des années.

Il est parfois difficile à des parents, dont les espoirs Sont très grands et qui sont peut-être eux-mêmes des surdoués, de se rappeler que l'activité normale des enfants est de jouer et d'apprendre.

Nous devons nous habituer à accepter le fait que les enfants n'ont pas un comportement d'adulte. Rien de ce que j'ai à dire dans ce chapitre ne rendra leur comportement moins fatigant ou énervant, mais vous le tolèrerez mieux si vous comprenez ce qui est normal chez l'enfant.

COMPORTEMENT PHYSIQUE QUI INQUIÈTE LES PARENTS

Distinguons bien le comportement physique et le comportement émotionnel. Voyons quels problèmes physiques inquiètent le plus souvent les parents. Tous les bébés toussent, grognent, rotent, ont le hoquet, éternuent. ont des gaz, des régurgitations ou des vomissements. Au début, cela peut vous inquiéter et vous vous demanderez si le régime de votre bébé est en cause. Ne vous faites aucun souci: tant que le bébé a bon appétit et qu'il prend du poids normalement, tous ces problèmes n'ont guère d'importance.

Pendant que nous parlons de bruits, je vous conseille de ne pas trop vous fixer sur les rots. Une fois. dans le passé, une mère a découvert que son bébé régurgitait moins son repas si elle le tapotait dans le dos jusqu'à ce que l'excès d'air remonte de son estomac. Ce geste est devenu tellement rituel que parfois, les jeunes mères semblent croire que leur enfant ne survivra pas s'il ne rote pas bruyamment après chaque repas. Il n'y a en fait aucune loi, ni aucune justification médical, pour obliger les bébés à faire leur rot. Certains avalent beaucoup d'air et produisent des rots sonores, les autres non... Si vous voyez qu'un petit rot après le repas favorise la digestion de votre enfant, aidez-le un peu mais ne vous bloquez pas sur ce point.

Abordons maintenant le sujet des coliques, pour employer le nom que les mères et les médecins donnent à un phénomène habituel dans les trois premiers mois de la vie: un bébé, auparavant calme et satisfait, commence à se plier en deux en hurlant. Curieusement. bien qu'il y ait toujours eu des bébés sur terre, on n'a jamais compris d'où venaient ces coliques; c'est pourquoi le terme colique est utilisé par les médecins pour qualifier des cris qu'ils ne comprennent pas.

Certains livres médicaux parlent de « gaz» intestinaux produits par la fermentation des hydrates de carbones, mais ils notent également que le problème n'est pas résolu si l'on supprime ces hydrates de carbone de l'alimentation, ce qui ne semble pas en faveur de cette explication. Quand l'enfant pleure à cause de  gaz », de nombreuses mères et la plupart des médecins parlent de « coliques ». Les scientifiques avouent en ignorer la cause. Je me range dans leur camp. je ne sais pas non plus!

Les cris inquiètent aussi souvent les parents. Le premier cri à la naissance les rassure, mais ils se passeraient volontiers des suivants. Au cours des années, les médecins ont donné aux parents une grande quantité de mauvais conseils à ce sujet et beaucoup d'enfants en ont souffert.

A ce propos, j'ai retrouvé récemment un livre publié en 1894 par le Dr Luther Emmett Holt, que l'on considère généralement comme le père de la pédiatrie. Ce livre, Care and Feeding of Children (Soins et alimentation des enfants) a été réédité plus de 75 fois et publié en trois langues. Voici ce qu'il dit au sujet des cris:

Quand le cri est-il utile ?
Chez le nouveau-né, le cri forme les poumons et il est nécessaire que j'enfant crie pendant plusieurs minutes chaque jour pour que les poumons s'ouvrent bien.

Combien de temps un très jeune enfant doit-il crier ?
De 15 à 30 minutes par jour.

Quelle est la nature de ce cri ?
Il est fort et énergique. La face de l'enfant devient rouge, c'est en fait un hurlement qui est nécessaire à la santé. C'est l'exercice du bébé.

Comment définir le cri d'un enfant gâte ?
Même les très jeunes enfants crient pour qu'on les berce, qu'on les promène, qu'on mette une lumière dans leur chambre, qu'on leur donne un biberon à téter ou toute autre mauvaise habitude qu'ils ont déjà acquise.

Comment être sûr qu'il s'agit de ce cri ?
S'il s'arrête immédiatement quand il reçoit ce qu'il désire et crie à nouveau quand on le lui enlève.

Que faire d'un nouveau-né qui cri de rage ou pour obtenir quelque chose ?
Laissez-le crier tant qu'il le désire, il est rare qu'il ne se calme pas ensuite.

A quel âge commencer à jouer avec les bébés ?
Jamais avant quatre mois et, si possible, pas avant six mois. Moins vous jouez avec les bébés, mieux cela vaudra.

Quel mal cela fait-il aux enfants de jouer avec eux ?
Cela les rend nerveux et irritables, leur donne un mauvais sommeil et encore bien d'autres troubles.

Le Dr Holt recommandait aussi les repas à heure régulière, la mise au lit chaque soir exactement à la même heure, l'arrêt des repas nocturnes à cinq mois et il déconseillait de bercer les bébés, car c'était « inutile et parfois dangereux ». Il affirmait également qu'en aucune circonstance un enfant ne devait être autorisé à dormir dans le lit de sa mère.


LES ENFANTS PLEURENT PARCE QU'ILS ONT DES PROBLÈMES

La plupart des conseils du Dr Holt sont encore suivis par beaucoup de pédiatres. Étudiez-les bien, puis faites exactement le contraire! Les enfants pleurent parce qu'ils ont faim ou qu'ils se sentent seuls, fatigués ou qu'ils sont mouillés ou qu'ils ont mal. Les gens compatissants ne refusent pas de consoler les adultes qui pleurent, quelle qu'en soit la raison. Pourquoi, au nom du ciel, un parent aimant devrait-il refuser de consoler son enfant? Si votre enfant pleure, ne le laissez pas, prenez-le dans vos bras et cherchez la cause de son chagrin. S'il pleure la nuit parce qu'il se sent seul ou qu'il a peur, prenez-le dans votre lit.

Les psychologues et les psychiatres m'en veulent beaucoup de ce dernier conseil. Je me souviens d'une émission de télévision avec Tine Thevenin, auteur de The Family Bed (Le lit familial) et un psychiatre qui l'attaquait en invoquant le complexe d'Œdipe et d'autres théories. On me demanda mon avis et je répondis que j'étais d'accord avec le psychiatre. J'expliquai que les psychiatres ne devaient pas prendre leurs enfants dans leur lit... mais que je n'y voyais aucune objection pour le commun des mortels!

La diarrhée, la constipation et la propreté de l'enfant pour ses selles sont également causes de soucis pour les parents dès la naissance et durant toute l'enfance. Beaucoup de mères d'un premier enfant s'inquiètent de l'apparence des selles de leur bébé, surtout s'il est nourri au sein. La couleur et la consistance des selles d'un bébé varient considérablement suivant ce qu'il mange. Les bébés nourris au sein produisent des selles qui ressemblent à des œufs brouillés; ce n'est pas de la diarrhée, c'est parfaitement normal. Le seul danger est que votre pédiatre s'en fasse un prétexte pour vous conseiller un allaitement artificiel.

Ignorez ce genre de conseil. La seule règle à suivre est celle-ci: si votre enfant va bien et prend du poids, ne vous occupez pas de la consistance de ses selles. même si elles sont très claires ou dures comme des billes. En revanche, si l'enfant semble dépérir, s'il perd du poids ou si ses selles contiennent du sang, consultez un médecin. Mais, dans ce cas, méfiez-vous des médicaments s'il n'a pas diagnostiqué une affection précise. Les pédiatres sont obsédés par les selles et traitent trop souvent la diarrhée avec des opiacés. S'il n'existe pas de maladie précise, la manière d'agir la plus intelligente (pour laquelle vous n'avez pas besoin de médecin) est de rechercher les allergies alimentaires, puis d'éliminer les aliments en cause. Il s'agira, le plus souvent, du lait de vache.

On peut tenir le même discours sur la constipation. Il n'y a aucune raison de vous faire du souci si un jour, votre enfant ne va pas à la selle. S'il est constipé, cherchez-en la cause dans son alimentation et ne voyez un médecin que si la constipation est accompagnée de douleurs ou de saignements.

Quant à la propreté. n'écoutez pas les avis médicaux, car votre pédiatre n'en sait pas plus que vous à ce sujet. C'est une affaire de famille. Que votre enfant soit propre tôt ou tard ne fait de différence que pour vous. Certains enfants sont propres tôt, d'autres pas, et je n'ai pas de formule magique à vous donner. Mes filles en ont une, cependant: elles ont demandé à leur mère des conseils à ce sujet!

La liste des comportements émotionnels des enfants susceptibles de provoquer mécontentement et colère chez les parents est presque sans fin, depuis l'« âge terrible des deux ans »jusqu'à l'« adolescence turbulente». Vous devez vous souvenir d'une chose quand vous êtes à bout de nerfs: ces comportements viennent du processus de développement sans lequel votre enfant ne pourrait jamais devenir adulte. De plus, les gifles et les coups sont rarement, sinon jamais, la solution.

Lorsque votre enfant qui apprend à marcher tire la nappe de la table et brise votre vase préféré, votre réaction immédiate est certainement la colère. Apprenez à vous contrôler car, à cet âge, les gifles ne résolvent aucun problème; elles ne font que troubler votre enfant. Rappelez-vous plutôt qu'il n'a pas voulu mal faire. Il exerce simplement la curiosité normale qui lui permettra d'apprendre et d'utiliser ses aptitudes. Commencez, fermement, mais sans colère, à lui enseigner ce que non veut dire et mettez le reste de vos objets précieux hors de sa portée.


LES PUNITIONS NE SONT PAS LA SOLUTION

Tous les comportements inquiétants de vos enfants ont une cause émotionnelle. Ne punissez pas l'enfant, mais recherchez la cause de son trouble. Il arrive parfois qu'un enfant, enfin propre, recommence à mouiller ses culottes. L'enfant ne le fait pas exprès, car aucun enfant n'est heureux dans des culottes mouillées et il n'aime pas non plus les réactions négatives qu'il provoque chez sa mère. Il est certain que l'enfant réagit à quelque chose qui le gêne dans son environnement. Ne le giflez pas, essayez d'identifier et d'éliminer ce qui le gêne.

Si votre enfant devient violent avec ses camarades ou s'il a des problèmes de discipline à l'école, il s'agit probablement d'une réaction à une situation ou à un problème qui le dépasse: une maladie, la fatigue, la faim, un problème de la vue ou de l'ouïe ou simplement une réaction à des tensions à la maison. Il peut être troublé parce que l'image qu'il a de lui-même ne correspond pas à votre attente. L'enfant n'a que faire de vos punitions, il a besoin d'un soutien émotionnel, de votre amour et de votre affection constante.

Bien sûr, les enfants doivent être guidés vers un comportement adulte et responsable, mais ne soyez pas trop pressés! A tout âge, le châtiment corporel trouble et traumatise l'enfant, qui ne peut comprendre pourquoi ses parents qu'il aime, et qui sont censés l'aimer, le frappent soudain. Il se sent alors perdu, blessé et, même, dévalorisé.

Les conséquences des châtiments corporels sur le développement de l'enfant ont été abondamment étudiés et tous les chercheurs s'accordent à dire que la violence est mauvaise aussi bien pour les parents que pour les enfants. Les coups n'enseignent pas aux enfants ce qu'il faut faire et ne leur apprennent que d'une façon temporaire ce qu'il ne faut pas faire. J'avoue qu'il m'est arrivé, rarement, de lever la main sur mes enfants, mais j'ai le plus souvent essayé d'obtenir ce que je voulais par l'exemple ou par des encouragements pleins de tendresse. Je suis très satisfait du résultat. J'espère, et je crois, que mes petits-enfants subiront eux aussi rarement des châtiments corporels.

QUELQUES MAXIMES SUR LE COMPORTEMENT DES ENFANTS

Si votre enfant vous énerve au point que vous ayez envie de le battre, retenez-vous et cherchez d'autres moyens plus efficaces. Il y a beaucoup d'autres solutions que la violence, mais le sujet est très vaste. De nombreux livres en traitent. Ici, je me bornerai à vous donner quelques maximes que j'ai élaborées au fil des années.

- Les enfants ne sont pas des adultes, ne leur demandez pas de se comporter comme eux.
- Les enfants apprennent en faisant, vous ne pouvez donc pas être toujours d'accord avec ce qu'ils font.
- Il est rare qu'un enfant réponde à l'attente de ses parents.
- Les enfants suivront plus volontiers votre exemple que vos conseils.
- L'adolescence est une période où les enfants apprennent à être des adultes en essayant leur ailes. Ils ont parfois besoin d'être retenus, mais jamais enfermés. 
- Il est souvent plus important pour les parents de se contrôler eux-mêmes, que de contrôler la conduite de leurs enfants.
- Les enfants réagissent à la colère; ils répondent à l'amour et à l'affection.
- Vos enfants reporteront probablement sur leurs propres enfants les souffrances que vous leur faites subir.

Un environnement familial calme et aimant, ainsi que la stabilité émotionnelle, sont les éléments majeurs permettant d'assumer les comportements qui inquiètent ou mécontentent couramment les parents. Sucer son pouce, ronger ses ongles, se curer le nez, faire des mouvements de balancement de la tête, faire pipi au lit ou être somnambule font partie de ces problèmes. Il existe énormément de remèdes de grand-mère - parfois efficaces - pour y faire face, mais pas de « traitement médical ».

La meilleure attitude est de ne pas donner trop d'attention à ces problèmes, mais d'être plutôt attentif aux besoins émotionnels de votre enfant. Veillez à ce qu'il soit sûr de votre amour, quoi qu'il fasse, et qu'il se sente en sécurité. Si vous développez avec lui cette qualité de relation, vous ferez plus que d'éliminer des problèmes. Votre récompense sera un enfant heureux, confiant et émotionnellement stable.

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