Des enfants sains ... même sans médecin (Dr R. Mendelsohn) : 

 

Chapitre 8

 

MAUX DE TETE : souvent d'origine émotionnelle, mais la douleur est réelle

 

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Presque tous les problèmes du corps (d'origine organique, psychologique ou émotionnelle) peuvent provoquer des maux de tête. La cause la plus fréquente chez les enfants est l'infection virale ou bactérienne, mais les allergies, les troubles métaboliques ou les traumatismes peuvent également en être responsables, ainsi que les tensions psychologiques ou émotionnelles.

 

Les maux de tête nécessitent rarement un traitement médical. Lorsque c’est le cas, on traite la maladie ou l’accident à l’origine du mal de tête et non la douleur elle-même. La seule chose importante est d’identifier la cause. Dans la plupart des cas, vous en êtes au moins aussi capable que votre médecin.

 

Les médecins utilisent des techniques de statistiques lorsqu’ils recherchent la cause d’un mal de tête. En questionnant l’enfant et ses parents, ils recherchent si d’autres symptômes sont présents et des événements d’ordre émotionnel peuvent être en cause. Au cas où ni l’interrogatoire, ni l’examen clinique ne permettent aux médecins de poser un diagnostic, ils pratiquent toute une batterie d’examens dans le but de déterminer ou d’exclure un certain nombre de causes. Ils procèdent par élimination en se fondant sur la fréquence statistique des causes de maux de tête. Si aucun diagnostic ne ressort de ces examens, le médecin considère probablement ce mal comme le résultat d’une quelconque tension émotionnelle ou psychologique et prescrira un antidouleur comme l’acétaminophène  ou l’aspirine. Il recommandera également aux parents de bien observer l »’enfant afin de détecter tout nouveau symptôme éventuel.

 

Selon mon expérience, 85 à 90 % des maux de tête de l’enfance trouvent leur explication dans l’histoire de l’enfant. Vous n’avez pas besoin de consulter un médecin pour savoir si votre enfant a un rhume ou une grippe, ou s’il a été contrarié juste avant d’avoir mal à la tête ! La plupart du temps, vous êtes mieux placé que lui pour comprendre ce qui s’est passé. vous pouvez observer votre enfant pendant 24 heures sur 24, attentif aux circonstances susceptibles d’être à l’origine d’un traumatisme psychologique ou émotionnel. Vous connaissez le comportement normal de votre enfant et vous pouvez vous rendre compte de ce qui le perturbe. Le medecin, en revanche, n’a que des informations fragmentaires rassemblées pendant une courte consultation.

 

Si votre enfant a mal à la tête, ne vous précipitez pas chez le médecin. Observez-le attentivement et interroger-le pour trouver vous-même la cause du mal. Si votre enfant est très jeune, assurez-vous également que sa plainte concerne bien un mal de tête ; vous seriez surpris du grand nombre d’enfants qui m’ont été amenés pour une migraine alors qu’ils avaient simplement mal à cause d’un coup reçu d’un camarade de jeu !

 

COMMENT DECOUVRIR LA CAUSE D’UN MAL DE TETE

 

Pour commencer votre recherche, passez d’abord en revue les causes les plus fréquentes des maux de tête de l’enfance en répondant à ces questions :

 

1.                      Votre enfant présente-t-il les symptômes du rhume ou de la grippe tels qu’ils sont décrits au chapitre 10 ? Si c’est le cas, rassurez-vous : le mal de tête n’est qu’un symptôme supplémentaire de ces maladies et ne nécessite aucun traitement médical.

2.                      L’enfant est-il tombé ou a-t-il reçu un coup sur la tête avant de se plaindre de mal de tête ? A-t-il perdu conscience ? Si c’est le cas ou si votre enfant présente d’autres symptômes alarmants comme des troubles de l’orientation ou des vertiges, appelez votre médecin ou, mieux encore, amenez votre enfant au service d’urgence d’un hôpital. Si l’accident n’a pas eu lieu devant vous et que vous ne savez pas s’il y a eu perte de conscience, il est prudent de consulter un médecin.

3.                      Votre enfant a-t-il absorbé récemment des aliments inhabituels auxquels il pourrait être allergique ? Venez-vous de déménager dans un lieu où poussent des végétaux auxquels votre enfant n’avait pas été exposé auparavant ?

4.                      Quand avez-vous remarqué les maux de tête pour la première fois ? La première crise a-t-elle suivi un événement désagréable, effrayant ou susceptible de déséquilibrer votre enfant sur le plan émotionnel ?

5.                      Les maux de tête reviennent-ils chaque jour à la même heure ? Cette observation peut-elle être liée à la crainte de certaines activités spécifiques (école, leçon de piano, …) ?

6.                      Dans l’entourage de votre enfant, se trouve-t-il une personne qui utilise habituellement les maux de tête pour recevoir de l’attention ou pour échapper à des responsabilités ?

7.                      Quelle tâche désagréable ou ennuyeuse, quels événements ou activités pénibles l’enfant a-t-il évité grâce à de précédents maux de tête ?

8.                      Quelles récompenses a-t-il obtenu de précédents maux de tête ? N’oubliez pas qu’il peut s’agir pour lui d’attirer davantage d’attention ou de sympathie.

 

Dans le même ordre d’idée, des causes spécifiques de maux de tête peuvent être découvertes en répondant aux questions suivantes :

 

L’enfant a-t-il récemment vécu des événements perturbant dans sa famille ou son entourage (par exemple le décès d’une personne aimée, une dispute entre ses parents, avec évocation d’un divorce ou d’une séparation) ?

 

Une situation désagréable ou effrayante peut-elle expliquer le mal de tête (par exemple la crainte de l’affrontement physique avec un camarade d »’école ; la crainte d’être grondé à l’école pour n’avoir pas fait ses devoirs ; une angoisse avant un examen) ?

 

Le mal de tête peut-il être la conséquence de changements récents des habitudes de vie (par exemple la séparation d’avec des amis ou des membres de la famille ; un déménagement avec la nécessité de se faire de nouveaux amis ; une maladie contractée pendant des vacances ; la mise en route du chauffage pour l’hiver) ?

 

La cause du mal de tête peut-elle être le désir d’échapper à des responsabilités ? L’enfant a-t-il « emprunté » ce symptôme à quelqu’un de son entourage qui utilise habituellement les maux de tête pour éviter des responsabilités (par exemple, si votre enfant doit faire la vaisselle tout seul parce que tante Isabelle se plaint de mal de tête toujours à ce moment crucial ; l’enfant comprend très vite ….) ?

 

Quels sont les événements immédiatement associés au début et à la fin des maux de tête (on peut, par exemple, suspecter des problèmes à l’école avec des camarades ou des maîtres), si l’enfant se plaint de mal de tête au petit déjeuner et que l’enfant se plaint de mal de tête au petit déjeuner et que ce mal disparaît rapidement si vous acceptez qu’il manque l’école ce jour-là ?

 

 

MEME LES MAUX DE TETE D’ORIGINE EMOTIONNELLE SONT REELS

 

Ne l’oubliez jamais, le mal de tête de votre enfant est réel, qu’il soit d’origine émotionnelle ou organique. Quand un adulte dit à un importun : « Tu me donnes mal à la tête », c’est souvent bien réel. Le comportement des autres, les soucis, les peurs, les colères – en un mot, toutes les émotions – peuvent parfois vous donner un honnête mal de tête qui fait vraiment mal. Ce qui est vrai pour vous peut l’être pour votre enfant.

 

Si vous identifiez une cause de ce genre, aucun traitement médical n’est utile. C’est votre rôle de parent de donner à votre enfant aide, amour, affection, compréhension et soutien moral et de lui montrer que vous avez son bien-être vraiment à cœur. Un médicament ne remplace pas le soutien émotionnel dont votre enfant a besoin.

 

Dans la plupart des cas, l’observation de l’enfant et l’étude des événements récents permettent de trouver la cause du mal+. Autrement, continuez à observer l’enfant de près pour voir s’il développe d’autres symptômes comme de la fièvre, des vomissements, une toux, une éruption cutanée, des troubles de la vue, une perte de poids, une fatigue chronique ou tout autre signe anormal.

 

La localisation du mal de tête peut aussi aider à en déterminer la cause. Si la douleur est frontale, pensez à une sinusite (accompagnée d’un gros rhume avec des sécrétions jaunes ou verdâtres). Cette affection guérit habituellement d’elle-même ; utilisez de faibles doses d’acétaminophène si la douleur est insupportable. Humidifiez l’air au maximum afin de permettre le drainage des sinus et donnez beaucoup à boire pour éviter la déshydratation. Si ces mesures sont inefficaces et que le mal de tête est insupportable, vous serez peut-être obligé d’amener votre enfant chez un médecin pour obtenir une ordonnance comportant un anti-douleur plus efficace, comme la codéine. Je n’aime pas prescrire ce médicament, ni aucun autre narcotique, parce qu’il peut mener à l’accoutumance et provoquer beaucoup d’effet secondaires dont certains sont très graves. L’utilisation limitée de codéine en cas de douleur aiguë est cependant acceptable.

 

Si les sinusites deviennent chroniques, cherchez à les prévenir plutôt qu’à les traiter à chaque fois. La cause peut en être un facteur allergique dans l’alimentation ou l’environnement. Vous pouvez tenter d’identifier vous-même la ou les substances en cause ou vous adresser à un spécialiste compétent.

 

Les sinus frontaux ne se développent pas avant six ans et ce diagnostic n’est donc pas envisager avant cet âge. Les problèmes de sinus peuvent également être aggravés par des changements de pression atmosphérique, ne voyagez donc pas en avion avec votre enfant s’il présente ce problème.

 

MAUX DE TETE CAUSES PAR DES TENSIONS

 

La douleur située derrière la tête a plus de chances de venir d’une tension que d’un problème émotionnel. Si la douleur se situe d’un côté de la tête, on peut penser à une migraine, bien que cette dern,ière soit rare chez les enfants, surtout avant l’âge de dix ans. Les migraines sont d’habitude familiales ou héréditaires, mais il faut aussi rechercher des causes allergiques. Elles sont souvent associées avec des vomissements et disparaissent après un moment de sommeil. Il n’existe aucun traitement spécifique autre que les médicaments contre la douleur.

 

Si vos investigations, aussi soigneuses soient-elles, ne révèlent pas la cause des maux de tête et que ceux-ci persistent, il est bon de consulter un médecin, mais vous n’aurez cependant pas perdu votre temps car vous serez à même de lui fournir des informations détaillées qui l’aideront à établir un diagnostic. Bien sûr, il est conseillé également de voir un médecin si d’autres symptômes se développent, qui ne sont pas ceux du rhume, de la grippe ou d’autres maladies fréquentes.

 

Lorsque vous êtes chez le médecin, expliquez-lui en détail la conclusion de votre recherche d’une cause possible du mal de tête, car toutes ces informations font partie de l’interrogatoire qu’il devrait mener. S’il ne vous écoute pas et s’impatiente, vous vous êtes peut-être adressé au mauvais médecin !  Il devrait aussi pratiquer un examen physique détaillé, effectué en général de la tête aux pieds, et qui devrait comprendre les éléments suivants :

 

        Examen du fond d’œil avec un ophtalmoscope pour voir l’état de la rétine. En examinant les nerfs et les vaisseaux sanguins du fond de l’œil, le médecin peut découvrir des anomalies susceptibles de le mettre sur la piste de problèmes vasculaires ou d’une pression exagérée à l’intérieur du crâne, peut-être causée par une tumeur cérébrale. Ces tumeurs sont très rares chez les enfants et s’accompagnent habituellement de vomissement et de nausées, surtout le matin. Elles provoquent également des évanouissements, des vertiges, des problèmes visuels et d’autres troubles neurologiques. Les tumeurs cérébrales chez les enfants sont si rares qu’elles sont tout en bas de la liste des causes des maux de tête.

 

        Examen des tympans et du conduit auditif externe avec un otoscope qui permet au médecin d’observer des perforations du tympan, une infection ou la présence de corps étrangers. Les petits enfants peuvent enfiler des crayons, des haricots, des perles et d’autres objets dans leurs oreilles, causes possibles d’une infection et de maux de tête.

 

        Prise de la tension [artérielle] à l’aide d’une manchette adaptée à la taille de l’enfant. Une hypertension peut être causée par des problèmes rénaux, certaines tumeurs ou des ennuis vasculaires.

 

        Un examen neurologique approfondi par lequel médecin teste les réflexes de votre enfant avec un marteau, ainsi que la sensibilité avec des aiguilles, des pinceaux et un diapason. Le médecin recherche les réflexes tendineux et d’autres réflexes qui, normalement, sont symétriques. Si ce n’est pas le cas, il faut songer à des problèmes neurologiques centraux ou périphériques, des maladies de la moelle épinière, une tumeur cérébrale ou d’autres troubles neurologiques.

 

        Lauscultation du cœur et du thorax et (tout aussi important) la recherche des pouls sur plusieurs points du corps afin d’identifier des problèmes cardiaques, pulmonaires ou vasculaires.

 

        Le médecin devrait examiner votre enfant entièrement nu, méthodiquement partie du corps par partie du corps ; cela peut se faire en plusieurs étapes. Il devrait rechercher des anomalies du foie, de la thyroïde et des ganglions lymphatiques.

 

Cet examen complet n’est pas toujours pratiqué, bien qu’il soit nécessaire. Les pédiatres ont tant de patients sur leur agenda qu’ils ont tendance à tout faire en vitesse, que ce soit l’interrogatoire ou l’examen. En fait, beaucoup de médecins pratiquent les examens physiques de leurs patients sans beaucoup de soin. Je l’ai observé pour la première fois lorsque j’étais interne dans un hôpital de Chicago. Il s’agissait d’examens pour obtenir un titre de spécialiste. Il n’était pas rare que le candidat ne s’aperçoive même pas que le patient avait une jambe de bois sous ses couvertures ! Lorsque je travaillais aux urgences du même hôpital, j’ai reçu un patient avec un diagnostic d’infarctus du myocarde. En enlevant sa veste, j’ai découvert une plaie due à un coup de poignard !

 

N’AYEZ PAS PEUR DE POSER DES QUESTIONS A VOTRE MEDECIN

 

Assurez-vous que votre médecin pratique bien un examen physique détaillé et, s’il ne le fait pas, demandez-lui pourquoi. Si votre question l’irrite ou s’il vous répond de manière évasive, envisagez la possibilité de changer de médecin. Si vous avez envie de lui expliquer pourquoi vous lui posez ces questions, dites-lui ce que vous avez lu dans ce livre. Cela le mettra certainement en colère ! Si le médecin ne trouve pas de cause au mal de tête dans l’interrogatoire et l’examen – et peut-être même s’il en trouve une – il vous dira probablement qu’il va faire quelques tests. Ceux-ci devraient comprendre une prise de sang, une analyse d’urine pour rechercher des infections et des désordres métaboliques comme le diabète. J’approuve ces deux examens si on n’a pas trouvé de cause au mal de tête, car leurs résultats sont habituellement peu fiables (au contraire de beaucoup d’autres examens que les médecins utilisent d’une manière routinière). En revanche, je fais des réserves pour tout examen supplémentaire.

 

Une radiographie du crâne, un scanner ou un électroencéphalogramme (EEG) apporte rarement des indications utiles, mais beaucoup de médecins aiment les faire ; ils ont l’air de croire qu’ils doivent faire tout ce qu’ils peuvent faire. Selon moi, les radiographies du crâne et les examens de scanners sont rarement indiqués et devraient en général être évités. Même un traumatisme crânien n’implique pas forcément une radiographie du crâne, sauf si l’accident est accompagné d’une période d’inconscience, de vomissements persistants ou d’autres symptômes comme l’impossibilité de fixer un point avec les yeux ou des pertes de mémoire.

 

Evitez aussi l’EEG, examen valable en cas de tumeur du cerveau, d’accident vasculaire ou d’épilepsie, mais inutile dans la plupart des autres cas. C’est un mauvais instrument diagnostique, car ses réponses ont presque autant de chances d’être fausses que justes. Des études ont montré que 20% des patients souffrant de problèmes neurologiques graves présentent des EEG normaux et que 20% des patients sans aucun problèmes neurologiques ont des résultats « anormaux ». Dans un de mes précédents livres, j’ai raconté l’histoire d’un chercheur qui avait branché un appareil à EEG sur la tête d’un mannequin rempli de gelatine. Les résultat : examen tout à fait normal !

 

A la fin de la consultation, votre médecin risque bien de vous prescrire des médicaments. Il est justifié d’utiliser avec mesure un analgésique si la cause du mal de tête a été diagnostiquée. Sinon, il est préférable de l’éviter à cause des risques associés à l’aspirine comme à l’acétaminophène. N’utilisez pas d’antihistaminiques, ni de drogue psychotrope, à moins qu’un diagnostic certain n’ait été posé et que le médecin puisse légitimer leur utilisation. Même s‘il n’apprécie pas, vous avez tous les droits de le questionner sur les bénéfices qu’il espère retirer de telle ou telle drogue et de l’interroger sur les risques d’effets secondaires du médicament.

 

Je pense qu’il ne faut pas utiliser de médicaments pour soulager un mal de tête dont la cause n’a pas été découverte : la douleur est un message de la nature qui signale un dysfonctionnement. L’utilisation d’un analgésique peut calmer la douleur, mais elle ne résout pas le problème sous-jacent. Votre enfant est toujours malade, mais si la douleur a disparu, vous êtes moins incité à continuer la recherche de sa cause. Il est important que vous et votre médecin soyez attentifs à l’apparition d’autres symptômes, tant que le mal de tête n’a pas disparu spontanément ou qu’un diagnostic n’a pas été posé.

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