Des enfants sains ... même sans médecin (Dr R. Mendelsohn) : 

 

Chapitre 9

 

« MAMAN, J’AI MAL AU VENTRE ! »

 

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Les douleurs abdominales, la fièvre et le rhume sont les principales causes de visites inutiles aux pédiatres. Le « mal au ventre » est fréquent chez les enfants, mais il n’est généralement pas grave, une cause organique étant rare. Moins de 10% des enfants qu’on m’amène pour des maux de ventre ont besoin d’un examen médical.

 

Ne vous faites pas de souci pour une douleur abdominale si elle n’est pas accompagnée d’autres symptômes : vomissements, diarrhée, perte d’appétit ou de poids. Un petit travail de détective vous aidera probablement à cerner une cause non médicale expliquant l’inconfort de votre enfant. Ce sera le plus souvent une indigestion pour avoir mangé trop vite ou trop copieusement, le symptôme d’une autre maladie, le résultat de problèmes psychologiques ou émotionnels, une allergie à des aliments, des médicaments ou des additifs alimentaires chimiques.

 

Les causes psychologiques et émotionnelles ont déjà été décrites à propos des maux de tête. Votre enfant peut, par exemple, se plaindre du ventre le matin quand c’est l’heure d’aller à l’école. Vous hésitez, mais il a l’air de tant souffrir que vous le gardez quand même à la maison. Il est probable qu’il sera soulagé dès que le bus qui devait l’amener à l’école aura passé le coin de la rue !

 

Si cette scène se répète, vous aurez tendance à vouloir gronder ou punir votre enfant pour un mensonge. N’en faites rien, car sa douleur existait bien, mais elle a simplement et normalement disparu quand sa cause elle-même a disparu.

 

Cette réaction est même si fréquente qu’on lui a donné un nom – la phobie scolaire – et ce n’est pas en allant chez un médecin que vous pourrez résoudre le problème. Par sa douleur, l’enfant vous envoie un message, engagez avec lui un dialogue amical afin de comprendre le rapport entre l’école et sa douleur. Est-il rudoyé à l’arrêt du bus ou quand il arrive à l’école ? A-t-il des problèmes de discipline avec ses professeurs ? Est-il honteux ou angoissé parce qu’il ne réussit pas aussi bien que ses camarades ou s’ennuie-t-il parce qu’il comprend tout plus vite qu’eux ? Est-ce qu’on le gronde à l’école parce qu’il n’a pas fait ses devoirs ? A-t-il un maître incompétent qu’il ne supporte pas ou, s’il est très jeune, est-il simplement angoissé d’être séparé de vous et envoyé dans un lieu étranger, peut-être effrayant ? Si vous pouvez identifier et éliminer la cause de ses soucis, vous verrez probablement disparaître également ses maux de ventre.

 

Comme les maux de tête, les maux de ventre peuvent venir d’une réaction subconsciente de l’enfant qui désire éviter des tâches désagréables ou recevoir de l’attention de parents qui ne satisfont pas entièrement ses besoins d’être aimé. Bien des maux de ventre à répétition disparaîtraient si davantage de parents pensaient à embrasser chaque jour leur enfant.

 

LES MAUX DE VENTRE ONT SOUVENT POUR CAUSE DES ALLERGIES

 

Une autre cause fréquente de maux de ventre est l’allergie à des aliments ou des produits chimiques. L’intolérance au lactose (allergie au lait de vache) est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit. Beaucoup d’autres aliments peuvent être en cause.

 

Pour savoir si votre enfant est allergique à un aliment, établissez un programme d’alimentation précis pour déterminer la relation entre la nourriture qu’il mange et ses maux de ventre. Il vous faudra du temps et de la bonne volonté, votre enfant protestera peut-être, mais pour mettre en évidence une allergie alimentaire, le jeu en vaut la chandelle. Eliminez, l’un après l’autre, les aliments qu’il mange habituellement et observez si les douleurs disparaissent au bout de quelques jours. Lorsque vous avez identifié un aliment suspect, redonnez-le à l’enfant pour voir si la douleur réapparaît. Si c’est le cas, vous avez trouvé.

 

Si votre enfant est allergique à plusieurs aliments, votre tâche sera plus difficile, car l’élimination d’un des coupables ne fera pas disparaître la douleur tant que les autres seront présents. Dans ce cas, utilisez la technique dans l’autre sens en éliminant tous les allergènes probables et en les introduisant un par un. Si les douleurs réapparaissent lorsqu’un aliment est réintroduit, vous avez identifié l’un des coupables. Eliminez ce dernier complètement et continuez à réintroduire d’autres aliments un par un jusqu’à ce que vous les ayez identifiés tous.

 

Si vous utilisez la première technique, vous aurez plus vite des résultats en éliminant d’abord les candidats les plus probables, je veux dire les additifs chimiques. Cela signifie que vous devrez éliminer pratiquement toute alimentation raffinée et tout produit manufacturé et donner à votre enfant des aliments naturels. N’oubliez pas le pain, les pâtisseries et même les pâtes. Achetez des aliments dits « 100% naturels » en lisant soigneusement les étiquettes. Parmi les aliments naturels, tomates, concombres, oranges, abricots, pruneaux, pêches, prunes, framboises et raisins peuvent être responsables d’allergie et d’autres affectent peut-être votre enfant en particulier.

 

Si vous faites cette expérience, vous serez surpris de l’abondance des produits chimiques dans votre régime habituel. Les notices en tout petits caractères sur les emballages de nombreux aliments couperaient l’appétit de beaucoup de consommateurs sir leur vue était assez perçante pour les déchiffrer ! Que diriez-vous d’un bol de soupe contenant du carbonate de sodium, du carbonate de potassium, du tripolyphosphate de sodium, de l’alginate de sodium, du phosphate disodique, de l’inosinate disodique et du guanylate disodique ? Si on vous l’offrait sous cette forme, vous seriez certainement peu enthousiaste pour le consommer … et vous auriez raison. Et pourtant, c’est ce que contient une marque populaire de soupe aux nouilles chinoises !

 

Tous les colorants chimiques, les agents conservateurs, les stabilisants et les renforçateurs de goût [on peut ajouter, aujourd’hui, les arômes, dont les compositions ne sont pas publiées] sont des sources potentielles de réactions allergiques (et je ne parle pas d’autres effets secondaires plus dangereux). Ils sont la cause principale de l’hyperactivité des enfants dont je parlerai. Ils ne sont pas faciles à éliminer mais, si vous pouvez le faire, vous n’aurez pas seulement évité à votre enfant des maux de ventre, vous améliorerez également la santé de toute votre famille en basant son alimentation sur des produits naturels.

 

Je vous conseilles vivement d’user de cette tactique de détective dans le domaine de la nourriture et ce, pour deux raisons. La première : votre médecin ne peut pas et ne désire pas le faire. La seconde : si vous êtes capable d’identifier et d’éliminer le problème de votre enfant, vous lui éviterez des problèmes plus graves et les risques potentiels d’une visite chez le médecin. Si votre enfant a des douleurs abdominales à répétition, mais qu’il grandit normalement, qu’il paraît en bonne santé, qu’il prend du poids et qu’il ne présente pas d’autres symptômes, il n’existe aucun traitement médical pour lui et vous n’avez aucun besoin de voir un médecin. Entourez-le d’affection et recherchez les causes allergiques ou émotionnelles de ses maux.

 

N’UTILISEZ PAS DE MEDICAMENTS POUR « SOIGNER » LES MAUX D’ESTOMAC

 

Je ne recommande aucun médicament pour les « maux d’estomac » des enfants. Certains parents utilisent le bicarbonate de soude ou une préparation antiacide en vente libre en pharmacie. Je le leur déconseille pour deux raisons. D’abord, lorsque votre enfant se plaint de « maux d’estomac », sa douleur peut venir de n’importe où (intestin, rein ou autre organe). Le médicament anti-acide n’agit que si les douleurs sont d’origine gastrique. Ensuite, si les douleurs sont réellement produites par un excès d’acide dans l’estomac, chose rare chez l’enfant, le bicarbonate de soude peut les soulager de façon temporaire. Cette substance neutralise tout l’acide de l’estomac, mais son absorption va conduire par réaction, après quelques heures, à une augmentation de la sécrétion d’acide. Les seul traitement que vous puissiez offrir est une dose généreuse d’amour, de consolation et de sympathie, ou une activité distrayante. Si le symptôme est d’origine émotionnelle, la douleur disparaîtra.

 

Je ne prétends pas que les douleurs abdominales ne sont jamais graves, elles sont l’un des symptômes de plus de 50 maladies, dont certaines sont sérieuses et même mortelles. Mais lorsque les maux de ventre font partie d’un problème important, ils sont accompagnés d’autres symptômes. Si vous montrez votre enfant à un médecin, celui-ci va probablement ignorer les causes alimentaires et émotionnelles et mettre en route un processus d’investigations basé sur ces seuls maux de ventre. Compte tenu du nombre de maladies envisageables, le médecin dispose d’une batterie d’examens presque infinie qu’il risque d’infliger à votre enfant. Parmi ces examens, beaucoup ne sont pas toujours fiables et peuvent conduire à un faux diagnostic. Beaucoup sont douloureux et inutilement traumatisants pour votre enfant (pour vous aussi, en conséquence). Ils sont pratiquement tous dangereux, certains présentant même un danger mortel, alors qu’aucun d’entre eux n’est réellement nécessaire si le seul symptôme est le mal au ventre.

 

Le médecin voudra peut-être aussi hospitaliser votre enfant pour pratiquer ces examens, qui exigent souvent une préparation (lavements intestinaux, par exemple), plus facile à l’hôpital. C’est un lourd tribut à payer (pas seulement du point de vue financier) pour une recherche qui a peu de chances d’être fructueuse. Aux risques des examens et des radiographies s’ajoute le traumatisme émotionnel que vivent la plupart des enfants hospitalisés. De plus, votre enfant en bonne santé court un réel danger de contracter une maladie pendant son séjour à l’hôpital [maladie nosocomiale].

 

Si votre enfant présente d’autres symptômes que les maux de ventre (vomissements, diarrhée, sang dans les selles), alors montrez-le à un médecin, car il peut s’agir d’un problème grave, dont le plus fréquent est l’appendicite.

 

DIAGNOSTIQUER UNE APPENDICITE

 

L’appendicite se présente le plus fréquemment entre 15 et 30 ans chez les individus du sexe masculin, mais elle peut survenir à tout âge, même chez des nouveaux-nés de quelques semaines. L’appendicite peut être dangereuse chez les très jeunes enfants, car elle est alors difficile à diagnostiquer et l’appendice se perfore dans la majorité des cas avant que le diagnostic ne soit établi.

 

L’appendicite est presque toujours accompagnée de vomissements et de fièvre, mais le vomissement n’est pas toujours persistant et la fièvre peut être discrète. Au début, c’est tout l’abdomen qui fait mal puis, dans les heures suivantes, la douleurs se localise dans le cadran inférieur droit où la pression est extrêmement douloureuse. Si l’appendice se perfore, la douleur se généralise à nouveau dans tout l’abdomen. La crise est presque toujours précédée d’une perte d’appetit. Le médecin à qui vous montrez votre enfant devrait toujours faire un interrogatoire soigné en portant particulièrement son attention sur les événements  qui ont précédé le début des douleurs. Il devrait pratiquer un examen physique complet comprenant certains exercices qui l’aident à localiser la douleur : il devrait notamment demander à votre enfant de lever les jambes lorsqu’il est en position couchée sur le dos, ce qui mobilise les muscles abdominaux, et l’observer quand il marche pour voir si la douleur se situe à droite ou à gauche. Il devrait pratiquer une formule sanguine pour voir le nombre de globules blancs (signe d’infection), ainsi qu’une analyse d’urine pour dépister une infection urinaire.

 

Si le pédiatre soupçonne une appendicite, il adressera probablement votre enfant à un chirurgien. Si celui-ci conseille l’opération, insistez pour que votre pédiatre donne également son avis et partage la responsabilité de la décision. Le métier des chirurgiens est d’opérer et, s’ils suspectent une appendicite, ils saisissent d’habitude l’occasion d’exercer leur talent. C’est ainsi que des milliers d’appendices parfaitement normaux sont enlevés chaque année, ce qui cause bien des douleurs et bien des dépenses. De plus, il existe des preuves de l’utilité de l’appendice. Il n’est donc pas sage de permettre l’opération si elle n’est pas absolument indispensable. Assurez-vous que votre pédiatre et le chirurgien posent le même diagnostic et qu’un risque réel de perforation existe, avant de laisser votre enfant courir le risque de la chirurgie.

 

Si l’opération est indispensable, insistez pour que votre pédiatre soit présent en salle d’opération. Cela vous donne l’assurance que tout se passera bien et vous fournit un témoin dans le cas contraire. Bien que ce fait soit mal connu, on sait que de nombreuses recherches ont lieu dans les salles d’opération des hôpitaux universitaires ; parfois les patients et la famille ne sont pas au courant et n’ont pas donné leur accord. Il est prudent d’insister sur la présence de votre pédiatre pendant l’opération, afin de vous assurer que votre enfant ne fera pas partie d’un lot de sujets d’expérience.

 

Les douleurs abdominales à répétition peuvent être terriblement éprouvantes, comme toute affection chronique qui affaiblit votre enfant, car le malaise de votre enfant finit par devenir le vôtre. Heureusement, ni vous ni lui n‘êtes obligés de vous en accommoder. Avec les indications données ici, vous devriez réussir à découvrir la cause des douleurs.

 

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