La fonction paternelle dans la société contemporaine

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approche théorique et clinique

Compte rendu de la Journée - conférence du Mardi 18-5-99 du Centre de formation à la thérapie de famille à Liège, par Françoise Hurstel, psychanalyste, professeur de psychologie clinique à l’Université de Strasbourg

Madame Hurstel présente la théorisation de la fonction paternelle par J. Lacan, telle qu’elle fut élaborée pour l’essentiel entre 1953 et 1958, en la situant dans le contexte historique qui l’a induite.

Lié à des enjeux anthropologiques majeurs (celui de l’" humanisation " des enfants) et psychiques (celui du devenir psychique), cette théorie fait rupture épistémologique avec le discours de l’époque et a pour visée de répondre à la question " Qu’est-ce qu’un Père ? " ... au moment où tous les repères culturels et sociaux " se déchirent ".

Madame Hurstel montre l’usage clinique que l’on peut faire des repères théoriques apportés par Lacan, en particulier les distinctions entre les fonctions d’un " père symbolique ", d’un " père imaginaire " et d’un " père réel ". Ces trois registres constituent un ensemble de fonctions paternelles liées (le père œdipien).

Elle propose sur la base de ses travaux personnels une lecture des questions d’actualité qui n’amalgame pas la dimension psychique (le père œdipien) avec la dimension sociale des fonctions du père, mais qui articule ces fonctions les unes aux autres, tout en maintenant l’écart qui garantit la spécificité des champs (psychique et social). C’est l’institution légale du père et de la filiation qui en constitue le point d’articulation.

Des questions de clinique actuelle de la paternité sont posées à propos des familles recomposées.

Madame Hurstel discute les points suivants :

Peut-on parler de " pères " au pluriel et de " paternité plurielle " lors des recompositions familiales ?

Comment s’organisent les différentes fonctions, œdipiennes et sociales, des hommes qui constituent le réseau familial d’un enfant ?

Qu’est-ce qu’un père ?

Dans la période d’après guerre, on aperçoit que l’homme peut éventuellement jouer un rôle dans la famille. Après des décennies d’exclusion de la naissance, on tente de l’en approcher : on lui définit des fonctions sociales. Pour se faire, et pour qu’il les remplisse, on le valorise, " on passe la brosse à reluire ".

Lacan pense qu’il faut remonter le processus. Spécialiste de la psychose, il sait que dans la structure psychotique, il y a carence, dans le sens symbolique, de la paternité : le signifiant du nom du père est manquant, au même titre qu’il y a une non-différenciation des sexes. En se référant aux travaux de Levis Strauss : " il faut du père ! ", il développe " La forclusion du père ".

Il doit exister un rapport à la parole, à un nom : qui rendra compte du droit du père. Il n’aborde pas le problème en termes de comportementalisme, mais en donnant un sens, une signification.

Il y a du père, pour un enfant, lorsque la mère respecte le nom (le non !) du père. Ce qui revient aussi à respecter la loi qui a instauré ce qui tient du père. La notion de père appartient à la communauté sociale, même dans les familles monoparentales où seule la mère est présente physiquement.

Faisant référence à une salutation japonaise qui se dit au moment de la naissance d’un enfant : " Nos ancêtres saluent en vous, Oh mon enfant, les ancêtres de votre père ", Mme Hurstel nous rappelle l’importance des générations antérieures, qui se poursuivent dans les générations à venir, et replace ainsi l’individu dans une continuité sociale. Dès lors, l’individu a un sens dans la société.

En 1956, lors d’un séminaire sur les formations de l’inconscient, Lacan parle du nom de père en termes de transmission : la fonction du père dans l’œdipe.

Elle définit les 3 fonctions œdipiennes du père : R.I.S.

  1. le père REEL, soit le compagnon de la mère, celui qui focalise les émois de cette dernière. Ainsi, il prend l’angoisse de séparation de l’enfant, en lui permettant de se détacher de sa mère, de ne plus être elle. (Ce père REEL pourrait aussi n’être qu’une photo souvenir de l’homme décédé même avant la naissance de l’enfant.)
  2. le père INTERDICTEUR : le nom (ou non) du père interdit l’inceste entre la mère et l’enfant. Cette fonction est rendue par la mère, et seulement par elle, en reconnaissant son compagnon.
  3. le père SYMBOLIQUE : révélé par l’enfant. Devant la reconnaissance du père par sa mère comme figure de sa jouissance, l’enfant va imaginer en son père son idéal. Il ne peut, en effet, qu’être idéal, puisque la mère le préfère à lui. Mais aussi, de cette façon, l’enfant se débarrasse de sa frustration : il se donne la possibilité de passer du désir de la mère vers le désir du père idéal.

On observe un nouage RIS. Les trois fonctions s’imbriquent l’une dans l’autre, l’une renforçant l’autre, ...

Cf. proverbe bambara : "  La parole qui reste dans ton ventre est l’enfant de ta mère ; la parole qui sort de ta bouche est l’enfant de ton père ".

Qui est le père ?

On assiste à une évolution importante de la notion du père depuis les années 70-80. Cette évolution est liée à notre histoire sociale, et notamment au démariage des couples.

Les PMA (Procréations Médicalement Assistées) ont " créées " de véritables questions.

Ce qui amène à parler des 3 fonctions sociales du père :

  1. le père GENITEUR (cf. PMA, viol  ! ? ?)
  2. le père PATER, au sens latin, le père institué (cf. Pierre Legendre) : celui qui donne son nom
  3. le père EDUCATEUR, celui qui est présent auprès de l’enfant

Les pères sociaux participant aux pères œdipiens. Il y a lieu, en clinique, de tenter de repérer les trois pères œdipien parmi les pères sociaux, pour mieux comprendre la dynamique d’un enfant ou d’une famille. Cette grille de lecture permet de s’y retrouver dans des situations parfois très complexes, comme s’est le cas dans les familles recomposées.

Aujourd’hui, nous observons des cycles temporels familiaux, et non plus une famille constante. Un premier mariage donne naissance à un enfant. Un divorce fait suite, avec une période de vie monoparentale. Puis une recomposition avec un autre homme pour la mère (avec éventuellement d’autres enfants, et une autre femme pour le père (avec éventuellement d’autres enfants), ...