Quel cheminement m'a amenée à vouloir accoucher
dans une Maison de Naissance ?

 

 

Image2.gif (1651 octets) Retour au Menu Carrefour Naissance :
"Témoignages
"

 

 

 

POITEL Blandine
353 Rue de la Clairière
17580 LE BOIS - France
Tel. 05.46.09.33.11

06.08.2000

Mon 1er enfant, une fille, est née à Paris, en 1982, dans une "usine à bébés". Scotchée dans un lit, avec contractions dans les reins toutes les 5 min., j'ai demandé poliment à la sage femme qui venait m'examiner toutes les heures - en me faisant accessoirement une piqûre de "calmant" (en réalité de l'ocytocine, je l'ai su après) si je pouvais avoir la péridurale ... Au bout de 8 heures de ce régime, j'ai piqué une GROSSE colère - et dieu sait qu'il y a des meilleurs moments pour cela - et après une heure de bagarre, j'ai fini par l'obtenir ... et ce n'était pas fini ! "On" m'a fait pousser trop tôt : déchirure du col de l'utérus, ensuite une "petite" épisiotomie : 14 points de suture ... et j'en passe ! Il m'a fallu près de 10 ans pour commencer à désirer un autre bébé …

Pour mon deuxième enfant, 12 ans plus tard, les choses se sont beaucoup mieux passées : dans une petite maternité, seule à accoucher à ce moment là, j'ai pu parler avec la sage femme et aménager certaines choses : éteindre le scialytique, sortir mon bébé moi-même, attendre que le cordon ait fini de battre pour le couper, éviter 1'épisiotomie ...

Mais pas question de marcher jusqu'au dernier moment, d'accoucher autrement que couchée ...

J'ai accepté la péridurale du bout des lèvres, parce que la position à plat dos m'était intolérable ...

J'avais attendu le dernier moment pour partir à la maternité (il n'est pas très difficile de vérifier soi-même, entre 2 contractions et avec des mains lavées et brossées, où en est la dilatation ... et ce même sans être professionnelle . . . mais ce geste qui est déjà une responsabilisation et une prise en charge par soi-même, qui osera l'enseigner aux femmes enceintes ?), et quand "ils" ont fini de m'harnacher (monitoring, perfusion, péridurale), j'étais à 8 cm. de dilatation, et bébé est arrivé ¾ d'heure après (dont ½ heure pour l'expulsion !!!)

J'étais heureuse du déroulement de cette naissance, même s'il restait un petit goût amer d'inachevé ...

Quand j'ai su que j'étais enceinte d'un 3ème enfant, une certitude s'est imposée : cette fois ci, je ne me ferais pas accoucher, je donnerais naissance à mon enfant. Où, comment, par contre, je n'en savais rien. Et puis une amie, à qui j'annonçais ma grossesse, m'a parlé de la Maison de Naissance de Sarlat, où elle même venait de donner la Vie. Je me suis renseignée, j'ai écris, téléphoné, c'était plus que tentant, c'était l'oasis dans le désert.

Mais en même temps ... je craignais non pas tant la douleur que la durée de la douleur. Et la sécurité ? J'ai cherché, fouiné. Appris que l'hôpital avait l'art de compliquer les choses simples et provoquer une foultitude de pathologies qui n'auraient sans doute pas existé sans lui, et puis qu'à l'hôpital, on vous injectait et faisait subir des tas de choses qui n'avaient d'autre raison d'être que l'habitude, la rentabilité des équipements et la simplification de la vie des soignants … et votre avis dans tout cela ? On s'en moquait comme de sa première chemise !

Je n'hésitais plus et m'inscris à Sarlat. Je suis arrivée le 12.07, bébé était prévu pour le 30, mais j'ai préféré mettre un peu plus de marge. Mon compagnon et mon fils partageaient cette aventure.

Le 21 à midi, je n'ai presque rien mangé. Je sentais que les choses prenaient tournure : le vent se levait, la tempête se préparait. Je n'avais plus peur, j'étais "remontée à bloc" !

Je tournais, virais, ne tenais plus en place. Les contractions n'étaient pas là, mais je sentais que cela ne saurait tarder. Vers 17 h., Floriane, "accompagnatrice de naissance" si on le désire, s'apprête à rentrer chez elle. Je l'avertis qu'elle risque de devoir revenir très vite. Elle me recommande de ne pas m'inquiéter : elle sera là.

Vers 17h.30, le départ est donné : les contractions sont là, qui s'installent tout de suite à un rythme soutenu : toutes les 5 mn.

Je vais dans la chambre, et, accrochée au montant du lit, debout, je commence à me balancer en chantant. La sage femme m'examine : le col est juste effacé, il est 18h.30. Elle me demande si je désire un bain : bien sûr ! Une fois remplie la très grande baignoire, je m'y allonge ... répit bienvenu, qui ne dure pas. En bougeant dans l'eau pour tester différentes positions, j'entends un craquement sec, qui vient de mon ventre : la poche des eaux vient de se rompre, mais rien ne sort.

A 19h., le col commence à s'ouvrir. Puis les choses se précipitent : les contractions s'enchaînent, sans répit, sans arrêt. J'ai l'impression d'être dans des montagnes russes devenues folles. Floriane est à mes côtés, qui me parle doucement, et me masse le des avec le jet d'eau très chaude.

C'est mon seul lien avec la réalité, cette voix douce, et à travers la tempête qui me ballote, je réussis à dire : "Va vite chercher la sage femme, Eric et Ychan (mon compagnon et mon fils), j'ai très envie de pousser !

Floriane part. La sage femme est là tout de suite, qui constate avec stupeur que la dilatation totale s'est effectuée en un peu plus d'½ heure.

Eric m'aide à me redresser et m'assoit sur le bord de la baignoire. Je pousse une première fois : le tête sort, et la sage-femme m'ordonne de ne plus pousser : il y a ce cordon enroulé autour du cou de bébé, il faut qu'elle donne "du mou".

Je me retiens pendant ce qui ressemble à une éternité, puis soudain "Feu vert !"

Une deuxième poussée, j'ouvre les yeux et je vois mon bébé jaillir littéralement sur une vague.

Il a le cordon enroulé deux fois autour du cou, autour de l'épaule, du thorax ... mais il est tout rosé (alors que mes deux aînés sont nés violets, après ½ heure d'efforts expulsifs ...), il ne crie pas, ne pleure pas, respire sans problème ... et tète son poing en regardant partout.

Il est 19h.50.

Regarder un nouveau-né prendre contact avec son monde en douceur, avec le minimum de stress, se repaître de son visage, de son odeur toute neuve ... prendre le temps d'apprécier ces moments UNIQUES qui ne reviendront jamais, s'émerveiller de son calme, de sa détente, magie d'instants arrachés à l'éternité ...

Brice n'a pas été intubé ni sondé, n'a pas reçu ces gouttes douloureuses dans les yeux, le cordon a été coupé quand il ne battait plus et la mise au sein s'est effectuée très rapidement …

Et après que j'ai dévoré comme un ogre un repas copieux et délicieux, accueillis les parents présents à la Maison de Naissance, téléphoné la bonne nouvelle ...

J'ai passé une partie de la nuit à contempler cette Vie qui venait de nous être confiée, ce petit bout d'homme qui reposait paisiblement entre mes jambes croisées qui lui faisaient un berceau ...

Cette naissance m'a donné une force, une énergie, une sérénité que rien ni personne n'avait pu m'apporter.

J'en ressens encore les effets bénéfiques.

C'est une confrontation brutale avec les forces primitives venues du fond des âges, une épreuve de vérité qui réorienta ma vie dans son axe originel.


Je vais revenir quelques instants sur deux questions qui m'ont été posées, relatives à mon choix d'accoucher en Maison de Naissances, sous la seule responsabilité d'une sage femme, et non pas en milieu hospitalier.

Tout d'abord : "Mais vous n'avez pas eu l'impression de prendre de gros risques, et pour deux ?" Etant entendu que le deuxième en question ne pouvait guère apparemment donner son avis ...

Et bien d'abord, et aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai la certitude que ce deuxième en question pouvait fort bien et fort clairement donner &on avis ... en décidant de naître avant le départ pour Sarlat, voire même en provoquant une pathologie quelconque ... Je suis persuadée (avec Françoise Dolto) que, aussi bien pour la conception, que la grossesse et l'accouchement, l'enfant est beaucoup plus partie prenante et interlocuteur qu'on veut bien le croire ...

J'en veux pour "preuve" une petite anecdote : nous sommes concubins, mon compagnon et moi, et n'avions pas eu le temps de faire la reconnaissance anticipée conjointe en paternité et maternité à la mairie de notre domicile ... (ce n'est pas obligatoire, mais cela simplifie les choses). Nous l'avons donc fait à Sarlat, après quelques jours, le temps de s'installer et prendre ses marques ... En sortant de la mairie, j'ai posé la main sur mon ventre, et j'ai dis à mon bébé : "ça y est, tout est en règle, tu peux venir quand tu veux maintenant ..." Coïncidence ou autre, Brice est né le soir même ...

J'ai "préparé" l'accouchement durant pratiquement toute la grossesse. Cela ne veux pas dire que je ne pensais qu'à cela, mais qu'à certains moments de "vacance" dans la journée, ce thème revenait, avec alternance d'instant de certitude absolue (tout se passerait bien, cela serait la maison ou Sarlat), et d'instant tout aussi tranché de doute absolu (je prenais trop de risques, je présumais de mes forces, je n'avais pas le droit choisir autre chose que la "sécurité" de l'hôpital ...)

Cela a été une période étrange et concentrée où j'amassais beaucoup d'informations, je lisais et discutais beaucoup, mais avec le recul je me rends compte que finalement la décision a été prise très tôt dans la grossesse (vers le troisième mois environ) ...

A aucun moment, je n'ai contacté l'hôpital, cela ne m'était pas venu à l'esprit, tout simplement. Si l'hôpital avait été une option aussi sérieuse que Sarlat ou le domicile, je me serais inscrite, quitte à me rétracter ensuite ...

Mon compagnon s’est décidé à me suivre dans mon choix, même si cela lui a semblé étrange dans un premier temps de vouloir accoucher ailleurs qu'à l'hôpital.

Et puis au bout d'un moment la décision consciente s'est imposée comme une évidence ; j'ai encore eu des périodes de doutes, mais pas assez sérieuses pour remettre en cause notre décision. Je crois que j'étais unifiée dans mon désir, dans ma démarche, et c'est aussi pour cela que tout c'est si bien passé. Je m'étais préparée : yoga, sophrologie, contrôle de la respiration (en expire forcé, et pas du tout celle du "petit chien", qui ne m'a jamais aidée en rien), j'avais passé en revue beaucoup de scénarii (jusqu'au plus tragique ou presque), enfin c'était comme des répétitions générales ...

Et puis il y a une parole de sage femme, celle qui faisait les cours de préparations : comme je lui répétais (pour la énième fois, je crois), que je craignais plus la durée de la douleur que son intensité, elle m'a répliqué : "vous, vous accoucherez en deux heures". Coïncidence (encore une fois ?), Brice est né en deux heures trente … Faites attention. Mesdames et Messieurs les Soignants (dans toute l'ampleur du terme), à ce que vous dites, faites, et laissez entendre ou supposer, surtout devant une femme enceinte, surtout devant un enfant qui naît ... L'être est si perméable, si "poreux" à certains moments ... Tout ce que peut dire une "représentation maternelle" (quelqu'un qui comme la mère à pouvoir de vie et de mort) peut vite se transformer en injonction à suivre (j'allais écrire en injonction à vivre ... ou à mourir, malheureusement parfois).

Pour en revenir au risque ... Je n'ai vraiment pas eu l'impression d'en courir ni d'en faire courir à mon enfant. Mme de Béarn donne une extraordinaire impression de "connaissance" intuitive (par exemple, elle m'a parlé de sa crainte d'une circulaire du cordon juste avant l'expulsion, et c'était le cas, même pire : une double circulaire du cordon ...) Je me sentais prête, en confiance, j'avais le sentiment de contrôler le cours des événements, et tout en même temps de me laisser porter, mais que de toute façon rien de fâcheux ne pouvait advenir.

Pour clore ce témoignage, je vais répondre à la deuxième question, concernant la douleur. Pour mon 2ème comme pour mon Sème accouchement, je connaissais ce qui m'attendait ; si, pour certaines femmes, les douleurs de chaque naissance sont différentes, ce n'est pas mon cas. En prenant la décision de me rendre à Sarlat, je me coupais radicalement de toute possibilité de subir une péridurale. Cette fois ci, (la dernière, je pense, mais on ne sait jamais), je voulais m'affronter avec cette douleur, les yeux dans les yeux, voir jusqu'où elle m'emmènerait, sur quelles plages inconnues de moi-même ses vagues me poseraient ... Je voulais vivre entièrement cette naissance, être participante de A à Z, ne plus me laisser imposer quoique ce soit entre mon corps et moi, entre mon corps et mon enfant, entre mon enfant et moi.

Plus d'appareils, plus de produits pour ceci ou contre cela, plus de tenue ou de position imposée : la nudité de ma propre naissance, et l'eau pour rendre tolérable l'intolérable.

Parce que il ne faut pas que la poésie des mots vous induise en erreur : je ne suis pas de celle qui accouche avec des souffrances modérées ou supportables. Les douleurs endurées sont de celles qui vous feraient faire n'importe quoi pour que "cela" s'arrête, de celles qui vous broient ... Alors pourquoi s'imposer cela, en pleine et entière connaissance de cause ?

Parce que la douleur n'était pas le plus important.

Parce que le plus important était de permettre à mon enfant de naître dans les meilleures conditions possibles, conditions de sécurité mais aussi conditions d'accueil humain, et que si la douleur était le prix à payer, je m'en acquittait de bon cœur et sans regret.

Parce que de surcroît, cette douleur était enseignante, était transformatrice, était initiatrice, parce que, entre autres, pas subie mais acceptée, pas refusée mais accueillie, pas absurde mais signifiante.

Signifiante que j'étais vivante (cela paraît idiot, je souffre donc je vis ?), signifiante que j'étais une femme (donc une fille de ...), signifiante que je donnais la vie (donc que j'étais également une mère), signifiante que ces facettes : fille, femme, mère pouvaient coexister dans le même espace et le même temps sans entrer en conflit Signifiante d'une identité profonde unifiée, d'une réalité définie par ce que je pouvais contenir sans exploser, sans me perdre ...

"Et si c'était à refaire,
Je referais ce chemin.
Une voix monte des chaînes
Et parle pour les lendemains" ...


 La Naissance ... autrement,

L'accouchement peut être un événement fabuleux, extrêmement enrichissant et pour la mère qui se découvre, repousse ses limites, s'agrandit (psychiquement et physiquement), et pour l'enfant qui naît car naissant de quelqu'un d'agissant, responsable et participant pleinement au processus de la Naissance. La rencontre entre ces deux "partenaires" peut être intense, pendant et après le processus de la Naissance.

L'accouchement est un des temps les plus forts de la vie d'une femme. Si le processus est bien compris et bien préparé, il peut être un révélateur extrêmement efficace de ce qu'elle est, mobiliser des énergies puissantes, dynamiser sa vie pour très longtemps ... et donner à son enfant le meilleur départ qui soit.

Enfermer une femme, dans ces moments où elle a particulièrement besoin de tous ses moyens, dans un carcan de règles inutiles voire iatrogènes, l'obliger à subir des positions qui vont à 1'encontre de ce qu'elle vit dans son corps avec son enfant, la rendre dépendante et de son entourage, et de produits et techniques qui peuvent être médicalement utiles dans une très petite proportion des cas (autour de 10%), inutiles voire nocifs pour la grande majorité est une aberration incompréhensible pour toute personne s'étant penchée quelque peu sur la question avec un minimum d'ouverture d'esprit et sans à priori.

Mais dans nos temps frileux de "politiquement correct", haro sur ces vécus qui dérangent, pas de respirations amples, pas de cris libérateurs, pas de mouvements incongrus, et cachez ce sein que je ne saurais voir !

Surtout ne pas dire que l'accouchement est un moment intensément charnel, un corps à corps et un cœur à cœur violent, un moment unique de rencontre avec soi, une occasion rare de se ressourcer au plus profond, une mobilisation puissante de deux êtres tendus vers un but : la séparation, et ce dans une harmonie et une coordination incroyable

Ne pas dire que violer ce processus sous prétexte de l'aider, le déclencher, le retarder, inférer de quelque manière que ce soit quand c'est inutile relève d'une méconnaissance totale du déroulement intime des choses et/ou d'une volonté de toute puissance ... le plus souvent, un peu de tout cela.

Ne pas dire qu'il est criminel de séparer un nouveau-né de sa mère, de pratiquer sur lui des examens et tests douloureux, traumatisants et inutiles (dans plus de 90% des cas), d'intervenir hors de propos et intrusivement dans le processus d'attachement. Ne pas dire enfin que le lait de sa mère est pour le bébé qui vient de naître le seul aliment réellement indispensable ; que tout biberon de complément ou d'eau sucrée, donné de façon autoritaire (ou presque) par le personnel soignant est une stupidité ; que le lait de vache, aussi "maternisé" soit-il restera toujours du lait de vache, destiné au veau et à nul autre ; que "forcer" (dans le sens physiologique : obliger un organisme à se développer plus rapidement) un bébé humain au lait de vache dès la naissance n'est pas sans conséquences néfastes sur sa santé : allergies (respiratoires, alimentaires, cutanées ...) obésité ... et que la maxime "mieux vaut un biberon donné de bon cœur que le sein de mauvais cœur" remplit les comptes en banque des trusts laitiers et médicaux ...

Car, pour certains portefeuilles, mieux vaut un accouchement hypermédicalisé (si possible avec césarienne, c'est plus rapide et plus rentable) et un bébé nourrit au biberon (à 50,00 FF. la boîte de 400 g., plus l'eau, les biberons, le stérilisateur, le chauffe biberon ...), qui risquera d'avoir une santé moins solide ... qu'un accouchement physiologique bien vécu, épanouissant pour la mère et l'enfant, suivi d'un allaitement prolongé, protecteur et gratuit…

 

Il n'est pas facile de réfléchir à un processus dans lequel on est engagé, de s'en abstraire pour tenter de voir, avec un peu de recul, l'ensemble de la scène, ses racines et ses plus ou moins probables répercussions. C'est pourtant cette démarche que je tente, depuis la naissance de mon dernier enfant : une réflexion sur la genèse de l'être, de la grossesse aux premiers pas, avec pour pivot, axe et moment fondateur : la Naissance.

Aujourd'hui, certains veulent tout résoudre, et imposent les solutions avant même que les "problèmes" aient eu l'audace de montrer ne serait-ce que le bout de leur nez.

Un accouchement, de nos jours, cela se programme, se péridurale, s'ocytocine, se forceps, voire se césarienne. Emballé, c'est pesé : bébé et maman vont bien, du moins en apparence, au suivant !

Mais une Naissance, ce n'est pas cela !!

... c'est quelque chose qui vous attrape par le col et vous retourne de fonds en comble,
... c'est la Vie qui fraie son chemin à travers vous,
... c'est une préparation du corps et de l'esprit qui dure des mois et des mois ...

DONNER NAISSANCE A SON ENFANT, C'EST :

... accepter de vivre le processus de l'accouchement, consciente et active,
... accepter de ressentir ce que votre corps et celui de votre enfant ont à vous dire,
... accepter la douleur, non comme "un mauvais moment à passer", mais comme un processus de croissance,
... accepter de traverser cette tempête, ce déchaînement, les yeux grands ouverts et le cœur confiant quant à ses ressources profondes et celles de son enfant ...

MAIS DONNER NAISSANCE A SON ENFANT, C'EST AUSSI :

... refuser la facilité, l'accouchement en "kit complet" tel qu'il est proposé par l'hôpital,
... refuser ce qui. n'a pas été justifié médicalement, ce qui ne répond pas à une nécessité pour l'enfant ou pour soi,
... débattre de chaque protocole imposé,
... proposer des alternatives, des aménagements souvent possibles aux contraintes imposées par l'hôpital,

NE JAMAIS OUBLIER :

CE N'EST PAS L'EQUIPE MEDICALE QUI ACCOUCHE ...
MAIS SOI,
QUE C'EST SON ENFANT QUI NAIT,
ET QU'IL NE NAIT QU'UN FOIS ...


La Naissance ... autrement,

La douleur ... la douleur qui me broie, qui me crucifie ... souffler, lentement ; décrocher les mâchoires ; ne pas se crisper, laisser passer la vague ; elle monte, de plus en plus fort ; l'accompagner, et soudain ... plus rien. Détente merveilleuse : ne plus avoir mal, m'étirer doucement dans l'eau, savourer le plaisir d'habiter mon corps ... deux ou trois mots avec Floriane, et soudain je la sens qui remonte, embrasant les reins et puis le ventre ; le jet d'eau chaude puis brûlante qui atténue le pire ; de plus en plus fort, de plus en plus longtemps. Et puis, brutalement, les contractions qui s'enchaînent, sans dix secondes de pause ; paradoxalement, le soulagement : à cette intensité, cela devrait aller vite.

Effectivement, l'envie de pousser s'installe bientôt avec une force renversante. Juste le temps de demander à Floriane de prévenir la Sage-Femme, Mme de Béarn, mon compagnon et mon fils ... je sens que je ne pourrais contenir très longtemps cette puissance qui me prends les reins et le ventre. Aidée de mon compagnon, je m'assois sur le bord de la baignoire ... et puis ... une poussée, "cela" pousse hors de moi avec une efficacité redoutable, et la tête sort. Je suis d'une concentration extrême à ce que je ressens ; la Sage-Femme me demande d'attendre : bébé a le cordon serré autour du cou, il faut lui donner "du mou". Je souffle avec application, mais le temps me semble long ! Il me tarde d'obéir à l'injonction qui me tord le ventre :"Pousse, pousse, POUSSE !!!" Enfin, j'ai le feu vert.

Encore une poussée, mes yeux s'ouvrent, et l'image que je vois me reste encore gravée au fond du cœur : mon enfant qui jaillit de moi, comme porté par la vague des eaux qui l'accompagnent. Les mains qui se tendent, qui le prennent, l'enveloppent d'une serviette, et le retournent vers moi. Stupeur, affolement : il ne pleure pas, ne crie pas ? Non, deux petits bruits de gorge, et ça y est !!! Il respire, d'abord à petits coups puis de façon plus ample.

Merveille des merveilles, mon bébé est totalement détendu, lové contre moi, sa peau nue contre la mienne, tétant son poing, les yeux grands ouverts qui scrutent attentivement tout ce qui l'entoure ...

Il ignore le sein que je lui propose, plus concentré sur tout ce qu'il absorbe autour de lui. Je le dévore des yeux, euphorique : il me semble tellement parfait !!! Et ce regard qui ne s'était posé sur aucun visage, qui me contemple maintenant, et ces mains qui n'avaient touché d'autre peau que la sienne qui m'agrippe, et puis enfin cette bouche qui n'avait goûté d'autre chose que le liquide amniotique qui me boit avec vigueur ...

La Naissance de Brice fut un de ces instants magiques où le rêve rejoint la réalité, où le miracle de la Vie qui prend Chair s'impose implacablement, où chaque chose, chaque être semble se justifier et être à la place qui lui revient.

Retour au Menu Carrefour Naissance : "Témoignages"