Lara est née … à la maison

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"témoignages"

 

 

 

Processus naturel pour les uns,
acte irresponsable pour les autres,
l’accouchement à domicile divise parents et médecins.

par Manuella Damiens  (Victor : magazine supplément du journal Le Soir. Numéro 12. 25-26/3/2000.)par Manuella Damiens  (Victor : magazine supplément du journal Le Soir. Numéro 12. 25-26/3/2000.)

ventreunemain.jpg (119150 octets)Vendredi matin, dans un village retiré du Brabant wallon. Au coin d'une rue campagnarde, une fermette fraîchement rénovée s'apprête à abriter un événement exceptionnel. Les cris d'enfants qui l'égayent habituellement disparaissent, les petits s'octroyant une visite chez leur grand-mère. Lentement, baignée par un soleil de fin d'hiver, la maison change de rythme. Pour adopter celui des contractions de Sophie.

Toutes les dix minutes au début, puis de plus en plus fréquemment. Très calme, la jeune femme n'en est pas à son premier accouchement. Et puis, son mari est à ses côtés, conscient de la mission qu'il va devoir accomplir. Non, il ne jouera pas les Fangio sur la route pour rallier l'hôpital. Pas de raison de quitter les lieux puisque Sophie et Philippe ont décidé que leur enfant verrait le jour à la maison.

Complètement irrationnel ? D'un autre temps ? Pas pour eux. Car ils vouent une confiance sans bornes à Michèle Roels, la sage-femme qui s'est déjà occupée de la naissance de leurs précédents enfants. Elle a des doigts de fée et une expérience énorme, explique Sophie. J'aime l'idée de n'être entourée, dans ce moment si particulier, que de personnes qui me sont intimement proches. Pas d'intrus, pas d'infirmières, pas de médecins ou autres.

Il est 21 heures et, dans sa grande chambre, Sophie dresse le lit avec Michèle. Rien de très spécial : une alèse et un drap. Pendant ce temps, les instruments de la sage-femme sont stérilisés... dans le four de la cuisine. Cela fait partie des choses à préparer, avec l'argile verte pour sécher le cordon ainsi que ma valise, au cas où il y aurait une complication...

Faire connaissance, sans coupure ni artifice

Une heure plus tard, à 22 h 05 précisément, une petite tête ébouriffée de cheveux noirs annonce l'arrivée en beauté de Lara, joli bébé de 53 cm, 3,850 kg. Immédiatement la sage-femme la dépose sur le ventre de sa maman. Elle y restera un bout de temps. Le temps qu'il faut pour faire connaissance, sans le stress des examens à subir. L'infrastructure de l'hôpital semble lourde dans des moments pareils. Là-bas, il y a des électrodes, des monitorings partout, qu'il faut utiliser car ils sont là. Un monitoring, Michèle en transporte toutefois un dans ses valises, avec les bouteilles d'oxygène — on n 'est pas des barbares. D'ailleurs, la sage-femme s'en est servi trois fois durant le travail de Sophie.

Vers 2 heures du matin, après que la jeune maman ait été recousue, le bébé lavé et soigné, la maison retrouve sa sérénité. Le lendemain, Martin et Marie viendront découvrir leur petite sœur. Sans avoir à affronter les couloirs d'hôpital, la froideur de la chambre. Sans coupure.

 

C'est probablement cet aspect-là qui contribue le plus à la beauté de l'accouchement à domicile, insiste Sophie. C'est tellement touchant de voir les enfants venir sur la pointe des pieds embrasser Lara, se serrer contre elle dans mon lit. Martin avait même confectionné des guirlandes en forme de cœur qu'il comptait tendre aux fenêtres pour annoncer la naissance de sa petite sœur. Mais l'émotion était si forte qu'il les a oubliées. insiste Sophie. C'est tellement touchant de voir les enfants venir sur la pointe des pieds embrasser Lara, se serrer contre elle dans mon lit. Martin avait même confectionné des guirlandes en forme de cœur qu'il comptait tendre aux fenêtres pour annoncer la naissance de sa petite sœur. Mais l'émotion était si forte qu'il les a oubliées.

En Belgique, sur 120.000 naissances, moins de 400 se déroulent sous cette forme, contrairement aux Pays-Bas, par exemple, où l'accouchement est remboursé lorsqu'il se déroule à la maison. Convaincue par la méthode — vieille comme le monde —, Michèle Roels en pratique 25 par an. Uniquement quand le déroulement de la grossesse le permet et lorsque l'enfant se présente la tête en bas. Parmi ces naissances, cinq en moyenne débouchent sur un transfert à la clinique, au moment du travail, avant l'expulsion, ou encore au moment de la naissance, par exemple quand le placenta ne sort pas.

 

Le fait de mettre un enfant au monde dans son cadre de vie habituel offre beaucoup d'avantages, explique-t-elle, rodée dans l'argumentation de son propos par les multiples remarques émanant des gynécologues. La naissance est un processus naturel qui fait partie de la vie. C'est souvent à la maison que le bébé a été conçu, pourquoi ne pas l'y faire venir là ? Et puis, cela permet d'éviter la sensation de rupture pour les autres enfants. L'intégration se fait beaucoup plus vite. Enfin, au niveau du rythme de vie, c'est très différent : une matinée à l'hôpital démarre à 7 heures, que la maman ait bien dormi ou non. Les visites s'enchaînent sans qu'on puisse vraiment les contrôler et le soir, esquintée, vous ne comprenez pas pourquoi votre bébé hurle. A la maison, en revanche, l'accoucheuse vient faire les soins du bébé et de la maman de façon groupée. Le couple connaît l'heure de son passage et peut donc gérer son temps. Evidemment, a l'hôpital, vous avez toute la sécurité... Le fait de mettre un enfant au monde dans son cadre de vie habituel offre beaucoup d'avantages, explique-t-elle, rodée dans l'argumentation de son propos par les multiples remarques émanant des gynécologues. La naissance est un processus naturel qui fait partie de la vie. C'est souvent à la maison que le bébé a été conçu, pourquoi ne pas l'y faire venir là ? Et puis, cela permet d'éviter la sensation de rupture pour les autres enfants. L'intégration se fait beaucoup plus vite. Enfin, au niveau du rythme de vie, c'est très différent : une matinée à l'hôpital démarre à 7 heures, que la maman ait bien dormi ou non. Les visites s'enchaînent sans qu'on puisse vraiment les contrôler et le soir, esquintée, vous ne comprenez pas pourquoi votre bébé hurle. A la maison, en revanche, l'accoucheuse vient faire les soins du bébé et de la maman de façon groupée. Le couple connaît l'heure de son passage et peut donc gérer son temps. Evidemment, a l'hôpital, vous avez toute la sécurité...

Une prise de risque inutile ?

Le mot est lâché. Car c'est bien en son nom, et parce qu'ils considèrent l'accouchement à domicile comme une prise de risque inutile, que la majorité des médecins s'opposent à cette pratique. C'est une hérésie, s'insurge le professeur Frédéric Rodesch, chef du service de gynécologie à l'hôpital Erasme. La majorité des complications qui surviennent à la naissance sont imprévisibles et peuvent nécessiter une infrastructure hospitalière. C'est une prise de risques inutile, pratiquement du " child abuse", à moins de déplacer systématiquement une ambulance superéquipée devant la porte de la maison. Comme c'est le cas en Californie, ce qui nous coûterait une fortune à tous.

A cela, la sage-femme répond que 95% des accouchements sont naturels et se déroulent merveilleusement. Un débat qui n'est pas sans douleur.