Article de "La Recherche" (11/09/01)
VENISE, 11 sept 2001 - La forme qui vient de "remonter" à l'air libre est oblongue, l'eau qui en affleure les bords laisse entrevoir un navire : les archéologues italiens viennent d'extirper de la fange de la lagune vénitienne, là où ils ne l'attendaient pas, les vestiges d'une galère, l'unique exemplaire jamais découvert à ce jour.
"Vous imaginez la surprise, l'émotion et la joie. On étaient venus pour un monastère et les sépultures de morts de la grande peste de 1348 et on a trouvé deux navires du 14ème siècle en plein milieu de la lagune",
à un peu plus d'un kilomètre de la place Saint Marc, de l'île du Lido et de la terre ferme, s'émerveille encore Marco D'Agostino.
Pour ce dernier, l'un des deux spécialistes en archélogie sous-marine qui travaillent sur le site avec deux historiens de la marine et une quinzaine d'autres techniciens, l'aventure a commencé en 1996.
Elle est coordonnée par le consortium Venezia Nuova chargé de dresser l'état des lieux cartographique et archéologique de la lagune.
A l'époque, c'est un morceau de bois tout simple qui a éveillé la curiosité des archéologues sub-aquatiques. Une fois nettoyé, il leur fait penser à un bout de pilier servant à bloquer un bateau.
Quelques mois plus tard, en juin 1997, les archéologues-plongeurs découvrent un bateau de transport lagunaire et fluvial, dont on voit aujourd'hui le fond et les flancs, et une galère, le navire-roi du Moyen-âge qui a assuré un temps la suprématie maritime de la Sérénissime mais dont aucun exemple n'a été à ce jour trouvé en Méditerranée, pourtant son lieu de prédilection.
"Les français ont été les derniers des pays du pourtour méditérranéen à l'utiliser encore au 17ème siècle et l'on a cru avoir trouvé des galères à plusieurs reprises notamment en France et en Espagne mais après examen il a fallu déchanter", souligne M. D'Agostino.
"Ici, il ne s'agit pas d'une galère militaire mais probablement d'une des premières galères commerciales. Longue de 38m et large de 5m, elle était dotée de deux files de 29 bancs à deux places et tout compris il devait y avoir environ 150 personnes à bord dont 116 rameurs", explique Marco D'Agostino. Le bateau de transport, au fond plus plat, est un peu plus ventru (6m de large) et moins long (24m).
Il aura fallu quatre ans d'efforts pour pouvoir mettre hors d'eau les deux bateaux. Les vénitiens ont recréé artificiellement l'île de San Marco in Boccalama qui avait disparu sous la lagune profonde de quelque 2m à cet endroit. Utilisant les hautes plaques de fer imbriquées les unes dans les autres servant habituellement pour mettre au sec un canal, ils ont pour la première fois isolé un territoire de 10.000 m2.
Négligeant l'exploration du monastère, dont il reste quelques fondations enfouies dans le sol, les spécialistes ont mis leur savoir-faire au service du sauvetage des embarcations.
Ils en expliquent le bon état actuel par la conjonction des poteaux-piliers qui ont empêché les navires de partir à la dérive et par le sable qui a envahi l'intérieur maintenant ainsi l'ossature à l'abri dans un carcan.
Mais, revenu au contact de l'air et des rayons du soleil, après un long séjour de cinq siècles dans l'eau douce, le bois se désèche et doit être humidifier constamment sous peine de détérioration rapide.
L'avenir de la galère et du bateau de transport sont encore aujourd'hui incertains. Leur sort dépend en fait de la "Magistrature des eaux" qui depuis 1501 règne sans partage sur le destin de la lagune et qui en dernier ressort décidera ou non de les rendre à la nature. (
Source : La Recherche)
Article du "Mondes des Arts" (12/09/01)
Dans la lagune de Venise, à un kilomètre de la place Saint Marc, et de l'île du Lido, des archéologues italiens qui faisaient des recherches sur un monastère du XIVème siècle et sur les tombes des victimes de la peste de 1348, sur le site disparu sous l'eau, de l'île de San Marco de Boccalama, ont découvert en 1996, un morceau de bois qui faisait penser à un ancien milier de soutien en bois utilisé dans la construction des bateaux.
En 1997, les archéologues-plongeurs découvrent sur ce même site, dans la vase de la lagune, un bateau de transport, ancien, mais aussi une galère de transport du Moyen-âge dont aucun exemplaire n'avait été encore trouvé en Méditerranée.
Les recherches sur le monastère, ont permis de retrouver des fondations enfouies dans le sol, mais c'est surtout les navires qui ont interessé les spécialistes, dont cette galère qui vient après
quatre ans d'efforts, d'être remontée à la surface de l'eau.
Les vestiges du navire d'une longueur de 38 mètres et de 5 mètres de large, qui était enfoui à 3 mètres sous l'eau à cet endroit, devait être équipé de deux rangées de bancs à deux places, et transporter environ 150 personnes dont plus d'une centaine de rameurs pour le commerce et les échanges entre Venise et les différents ports de la péninsule.(
Source: Le Monde des Arts)