Une éolienne, tout simplement
En ces temps où nous nous penchons sur la nécessité de recourir à
des sources d'énergies renouvelables dans un avenir proche, les partisans de
l'éolienne marquent des points. Mais même dans la domestication du vent,
technique connue de longue date, on peut encore innover. Rencontre avec la
"turbo aqua éolienne contrarotative" et son inventeur, l'ingénieur
Pierre Kompany Tshimanga.
C'est sur
le site du moulin à vent d'Hautrage que nous avons eu le plaisir de
rencontrer Pierre Kompany, l'inventeur de la turbo aqua éolienne
contrarotative. Il nous a présenté le prototype de sa "drôle" de
machine. Celle-ci était justement déposée au sol.
L'emplacement d'Hautrage n'est pas fortuit. Dans ce village du Borinage, nous
sommes chez Ghislain
LEDRU, par ailleurs rédacteur de la
revue "Les Compagnons d'Eole". Les compagnons d'Eole est une
association qui regroupe les amateurs du vent, et de ses applications, parmi
lesquelles les éoliennes. C'était donc de tout coeur que Ghislain LEDRU avait
recueilli l'engin. Au vu des prix qu'il a récoltés, il est révolutionnaire.
Au départ, l'éolienne avait été montée au sommet du "Moulin
des culs tout nus" où elle a fonctionné sans relâche et sans
faiblesses pendant une période probatoire. On l'a déposée pour pouvoir faire
des expertises et des contrôles. C'est donc à cette occasion que nous sommes
passé par là.
Le petit engin vert va d'ailleurs pouvoir aller reprendre sa place sous la rose
des vents, tout prochainement, car il a fonctionné sans faiblesse.
Pour qualifier cette invention qui l'avait cependant sidéré, un de nos
confrères du journal "De Morgen" a usé du
mot "kinderlijk" (enfantin). Elle est en effet géniale ... de
simplicité. Et pourtant, elle fonctionne.
Un mémoire sur l'aérodynamique
Pierre Kompany aurait dû trouver une formule, comme "Eurêka" que
prononça Archimède, pour marquer une telle invention. C'est simple, encore
fallait-il y penser.
Pierre Kompany a quitté le Zaïre dans les années '70. C'est en 1982 qu'il a
entrepris les études d'ingénieur à l'ISIB (Institut Supérieur d'Ingénieurs
industriels de Bruxelles), après avoir obtenu le statut de réfugié politique.
Son mémoire a été consacré à l'aérodynamique. L'étude a débouché plus
tard sur cette invention. "Dans mon mémoire, j'étudiais un système
compliqué", nous confie-t-il. "Après, j'ai tenté de me mettre dans
la situation d'un homme vivant dans le dénuement, tout en étant inventif. Les
premières maquettes furent réalisées avec des cylindres intérieurs en
carton, de rouleaux de papier de toilette."
Un curieux insecte
On a déjà entendu comparer l'hélicoptère à l'abeille ou à la guêpe,
l'aile du moulin à vent au papillon ..., mais on se demande bien à quoi on
pourrait comparer cette structure de barres et de tubes, sinon à un drôle
d'insecte issu d'un accident des recherches génétiques.
Remarquons tout d'abord une chose : il y a une paire de rotors.
En premier lieu, l'éolienne est auto-démarrant. Ensuite, l'engin fonctionne
quelle que soit l'orientation du vent. C'est l'avantage des éoliennes à axe
vertical.
Le courant de l'air agit tout
d'abord sur les pales les mieux orientées par rapport à lui, puis il est
propulsé mécaniquement dans une seconde partie de l'hélice pour faire mouvoir
l'ensemble en sens inverse. Le rendement est donc régulier. L'effet
giroscopique néfaste aux éoliennes rapides, de taille petite ou moyenne, à
axe vertical, n'existe pas.

principe de la contra-rotativité
La construction donne une machine "contrarotative". Les rotors vont
toujours par paire, car ils tournent en sens inverse. Un différentiel
récupère les forces engendrées et les cumule.
Sous la marmite ....
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Les rotors sont constitués de demi-cylindres aux ouvertures
calculées, ils sont assemblés de manière inverse l'un par rapport à
l'autre. Le vent agit sur la partie concave des pales. Puis, le vent
doit s'échapper. Par un effet de style "cyclone", le flux
d'air est dévié par la partie convexe des pales, augmente la poussée
du vent dans la partie concave équivalente. C'est simple, mais c'est
ici que se concentre le trait de génie de l'inventeur ! Par effet
"turbo", le flux d'air en bout de pales augmente la poussée.
L'énergie du vent peut ensuite être transformée en électricité
par fixation de dynamo(s) ou d'alternateur(s). On pourrait également y
placer une pompe. La maintenance de l'ensemble est négligeable par
rapport aux autres systèmes proposés.
Pour autant que les pales soient équilibrées entre elles,
l'ensemble induit un auto-équilibrage, ce qui semble être de la plus
haute importance. C'est ce qui explique l'intérêt des rotors tournant
en sens inverse. M. Kompany estime qu'il n'y a pas de système de
freinage à prévoir, quelle que soit l'intensité du vent. Et les
vibrations sont réduites, ménageant ainsi la structure de fixation !
On pourrait se demander pourquoi le mot "aqua" figure dans
la dénomination de l'invention. C'est tout simple, parce que le
système, sans aucune modification, peut fonctionner avec autant de
succès dans un courant d'eau qui actionne les pales. Il a été testé
en rivière quelque part près de la Baraque Fraiture.
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Des médailles à la commercialisation
La machine concilie le besoin d'énergie et les préoccupations relatives au
respect de l'environnement. Le système auto-démarrrant, est insonore, à
turbines (ou rotors) empilables. Il peut aussi fonctionner sous une grille pour
la protection des oiseaux, ou des imprudents. Malgré sa simplicité, l'ensemble
de l'ouvrage (turbines et différentiel) est l'aboutissement d'une recherche
scientifique alliant aérodynamique et mécanique.
Après un premier prix de l'Institut Supérieur d'Ingénieurs industriels de
Bruxelles en 1988, la présence saluée de la première machine contrarotative
aux Arts et Métiers d'Erquelinnes en '89, Pierre Kompany a conquis des
médailles très enviées.
Après la médaille d'or au 46è salon mondial des inventeurs à
Bruxelles en 1997, une autre consécration a confirmé sa découverte, avec
médaille d'or également, à l'occasion du 26è salon international
des inventions à Genève en 1998.
Ces salons ont été l'occasion de multiples contacts. Architectes et
entrepreneurs sont nombreux à manifester de l'intérêt pour ce projet, que ce
soit pour le chauffage de piscines ou l'alimentation d'électrique d'habitations
privées. L'invention et son inventeur sont repris dans diverses publications,
notamment dans "Innovations des éco-industries",
Pollutec-Ademe Energies '97 du salon de Paris aux éditions Economia et le
"Livre mondial des inventions 99" de
Valérie Arne (éditions Fixot)
Des médailles à l'argent, il n'y a pas nécessairement de relation.
"Pour de l'argent de l'Etat ou des banques, il faut des contracts certains
et il faut être capable de produire" nous a confié l'inventeur qui a
constitué une sprl dénommée Eco-Turbines. Des promesses aux mirages, bien des
espoirs ont été jusqu'ici déçus. Mais cette fois, cela paraît imminent et
nous voudrions pouvoir en réserver la primeur à nos lecteurs. Une firme
wallonne s'est véritablement intéressée et investie dans le projet ...
On devrait passer bientôt du rêve et des médailles à la réalité
concrète qui est destinée à intéresser un secteur de l'approvisionnement en
énergie. Les cibles de ce projet sont en effet les maisons, les fermes, les
PME, les sites ruraux ou les stations isolées ... Le prototype engendre une
énergie de 700 Wh à une vitesse du vent de 10 m/sec, soit 36 km/h.
On devine aisément que cette technologie simple et peu coûteuse pourrait
permettre aux pays et régions en voie de développement de trouver une solution
à bien des problèmes qui se posent.
On pourrait par exemple imaginer l'Afrique tapissée d'éoliennes de Pierre
Kompany, "Compagnon
d'Eole" de Belgique !
La construction de l'éolienne est fonction du besoin. "Dites-nous combien
votre ferme consomme et nous vous dirons ce qu'il vous faut et combien cela
coûtera". C'est ainsi que le problème sera envisagé. Mais l'inventeur
persiste et signe : il n'y aura aucune comparaison avec le prix d'installation
classiques et il se prétend concurrentiel.
Guy-Arthur
Extrati du SILLON BELGE - 67è année - N° 2869
- 12 février '99 (page 37)
L'hebdomadaire indépendant des campagnes
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