Lycia zonaria - Lepidoptera - geometridae

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernières nouvelles concernant l'espèce :

Une femelle a été observée le 16 mars 2002 par L. Dosquet ( dans un des sites où l'espèce fût déplacée en 1993).
Une femelle observée le 10 mars 2000, une autre observation d'une femelle le 16 février 2001( obs. très précoce ), ces deux données proviennent du site où Lycia zonaria a été déplacé il y a 10 ans.

 

 

Aujourd'hui, du site de Waltzing, il ne reste plus rien, que des souvenirs...

Une des rues du lotissement porte le nom de " Lycia "... bien maigre consolation pour ce petit papillon qui ne demandait qu'à exister!

 

 


 

 

 

 

 

 

Pour citer l'article orginal :

Debaiffe, Ph., Renneson, J-L., Taymans, P. et Valenne,Y., 1995 - Contribution à la survie de Lycia zonaria en Belgique.

Bulletin du Cercle des lépidoptéristes de Belgique, 24 : 45-53.

Lycia zonaria : couple sur une brindille sèche ( Belgique - Lorraine - Waltzing - printemps 1993 ) -
Photo : J-L Renneson 1993

Auteurs de l'article :

Par Philippe DEBAIFFE * Rue du Chênel * 6724 MARBEHAN.
Jean-Luc RENNESON * Rue de l'Eglise, 30 * 6724 MARBEHAN.
Paul TAYMANS * Bd. des Invalides, 191 * 1160 BRUXELLES.
Yves VALENNE * Rue du Panorama, 66 * 6700 FREYLANGE-ARLON.

INTRODUCTION:

Voici une phalène peu observée en Belgique, sans doute à cause de sa période d'activité, de sa répartition géographique et de son type de biotope. Les conditions atmosphériques en fin mars et début avril sont rarement favorables à la prospection, notre géometridé est localisé au sud du pays et les lépidoptéristes ne sont guère enclin à parcourir les prairies à fauche.

Lambillion se doutait déjà en 1903 de la présence de l'espèce dans notre pays. Il fallu cependant attendre 1911 pour en avoir confirmation: Sibille trouvait des chenilles en Gaume !

Chenille de L. zonaria , photo : P. Debaiffe

Depuis lors, les citations sont peu nombreuses et proviennent pour l'essentiel des mêmes localités.

L'année 1992 fut l'occasion de recherches particulières dans la partie orientale de la Lorraine belge. L. zonaria D.& S. fut retrouvée de jour dans deux sites déjà connus et un mâle à été pris à la lumière dans le carré UTM FR 90 par J-L Renneson. Cette espèce est chez nous extrêmement localisée.

REPARTITION EN LORRAINE BELGE :

REPARTITION GEOGRAPHIQUE DANS LES REGIONS VOISINES.

Belgique - Région flamande :

Deux citations anciennes :

- Diepenbeek ( prov. Limbourg ) 30.03.1913 : 1 mâle ex-larva ( Malfiet )

- S'Gravenwezel ( prov. Anvers ) 19.04.1942 : 1 mâle ( Janssen )

Belgique - Région wallonne :

A part une observation ancienne de chenille à Nisme en 1941 (prov.Namur) par Mr. Fontaine, l'espèce est seulement présente dans le district lorrain ( prov. Luxembourg ).

Une tentative d'introduction à Warsage ( prov. Liège ) a été tentée par Mr. Warlet, mais celle-ci n'a pas donné de résultat durable.

Pays-Bas:

Nombreuses observations anciennes et plus récentes dans l'est et le sud du pays.

Grande-Bretagne :

L. zonaria semble bien représentée.

Allemagne:

Présente dans la plupart du pays, en fréquence variable.

Pour les régions proches de la Belgique: Rhénanie, Eifel, Sarre, palatinat, Bade-Würtemberg, Bavière.

Luxembourg:

Quelques anciennes observations, plus de citations ces dernières années ( Meyer ). Sa présence actuelle est pourtant probable vu la proximité des sites lorrains belges.

France:

Dans le nord et le centre du pays, notamment dans les départements voisins de la Gaume: Meurthe-et-Moselle, Ardennes, Moselle. En Alsace, n'aurait plus été observée depuis quelques années.

Remarque : les informations concernant les pays voisins datent déjà de quelques années. La situation actuelle à l'étranger n'est pas parfaitement connue et n'est pas facile à établir parce que cette espèce se manifeste à une époque où les chercheurs éventuels ne sortent que très peu sur le terrain !

BIOTOPE:

L. zonaria D.& S. habite, dans notre région les prairies à fauche riches en espèces végétales, c'est à dire peu amendées. Ces prairies seront facilement repérées au printemps par les capitules de centaurées. L'âge géologique ne semble pas être important, les sites lorrains belges abritant notre géomètre reposent sur les étages Hettangien, Sinémurien, Doménien et Bajocien (faciès marneux, macignos ou calcaires). Bien qu'en Angleterre, L. zonaria D.& S. semble affectionner les collines sèches et sablonneuses , le papillon vit en France dans les lieux humides.

En Belgique, on peut définir le biotope de L. zonaria par des pentes chaudes exposées au sud, souvent humides à la base en hiver et plus sèches dans les parties supérieures.

Il semble d'après nos constatations que l'époque de fauche joue un rôle très important . En effet dans le biotope principal, la fauche était pratiquée plus tardivement que dans toutes les prairies à fauches avoisinantes. Cette fauche plus tardive était simplement due au fait que l'agriculteur qui gérait cette prairie habitait assez loin de l'endroit et qu'il fauchait au moins 15 jours plus tard que les autres. ( après avoir fauché tous les autres plus proches.) Grâce à un élevage réalisé en extérieur nous constatons que les chenilles n'ont pas terminé leur développement au moment de la fenaison. L'époque normale de fauche ne convient donc pas. Les chenilles étant encore dans la végétation herbacée sont emportées avec le foin. Si la fauche est pratiquée 15 jours à 3 semaines plus tard, les chenilles ont terminé leurs cycle et se trouvent alors dans le sol pour la nymphose.

RECHERCHE DES IMAGOS:

Période d'activité des adultes:

De la mi-mars au début du mois de mai, avec un maximum en début avril.

Recherches diurnes:

Les mâles et les femelles restent immobiles le jour dans la végétation herbacée, c'est à dire sur les brindilles, les tiges sèches ou les capitules de centaurées. Il sera cependant plus commode de rechercher les exemplaires fixés sur les piquets de clôture lorsqu'il y en a.

D'autres supports ont été cités dans la littérature: mur à proximité d'une source de lumière, taupières, pied des arbres. Lorsqu'on touche les adultes, ils tombent à terre et font le mort. On peut classer L. zonaria parmi les espèces héliophiles : les mâles peuvent voler le jours au soleil (South) à la recherche des femelles (Barrett). L'un de nous a pu assister à ce phénomène un matin ensoleillé avant 10 heures. Un autre à aussi observé un mâle volant a 10 h15 également par beau temps.

Recherches nocturnes:

Les conditions optimales sont probablement fonction du temps, les témoignages sont en effet contraires: certains signalent que les mâles répondent mal à la lumière, d'autres écrivent que les papillons viennent à la lampe à partir de minuit, ou au coucher du soleil, ou très tôt à l'aube!

PLANTES NOURRICIERES:

Notre géomètre est polyphage: on trouve dans la littérature une multitude de plantes hôtes.

Notamment: Lotus corniculatus, Achillea millefolium, Hypericum perforatum, Artemisia campestris, Salvia pratensis, Onobrychis viciifolia, Bellis perrennis, Primula officinalis, Genista tinctoria, Medicago lupulina, Lonicera sp., Trifolium sp., Scabiosa sp., Plantago sp., Taraxacum officinale, Leucanthemum leucanthemum, Calluna sp., Salix caprea, Carex sp., Luzula Sp.,...

L'espèce végétale la plus souvent citée est Centaurea jacea.

PREMIER ETATS:

Ponte: en avril, la femelle dispose ses oeufs en groupe dans les interstices ( moëlle des tiges, creux des brindilles, intérieur des capitules secs de centaurées,...) à l'aide d'une tarière assez longue. Voir Warlet: 36.

Oeuf: en avril, éclosent + ou - 3 semaines après la ponte. Voir Blaschke: 142, Döring: 118, pl 60, Hofmann: 195, Sarlet: 24,Stockoe: 193, pl 36, Wilde: 399.

Chenille: matures en juin - juillet, se nourrissent la nuit. Le jour, elles adoptent une position arquée. Les chenilles trahissent souvent la présence de l'espèce sur un site. Voir Barrett: 149, pl.304, Berce: 40, Blaschke 141-142, Eckstein: 47, pl. 53, Frionnet: 194, Hofmann: 195, pl. 42, Robert: 368-369, pl. 58, South: 298, pl. 126, Spuler: 101, pl. 42, Stockoe: 194, pl. 34, Wilde: 399, Wilson: 88, pl. 18.

Chrysalides: hivernent dans la terre, sans cocon. Elles passent parfois 2 hivers. Voir Barrett: 149-150, Blaschke: 142, Eckstein: pl. 53, Frionnet: 194, Hofmann: 195, Robert: 369, South pl. 126, Stockoe: 194, pl. 46, Wilde: 399.

 

UN ELEVAGE EFFECTUE EN 1992:

Une ponte a été obtenue d'un accouplement trouvé sur un piquet de clôture, le 4 avril 1992.

La ponte s'effectua vers le 8 avril. L'éclosion des œufs eut lieu le 21 avril. Les chenilles se sont enterrées dans le courant du mois de juin. Elles furent nourries avec des plantes de centaurea cf. jacea L. Pour la ponte, des tiges séchées de centaurées, avec ou sans inflorescence, avaient été piquées dans de la mousse. Des bandes de papier essuie tout ( papier doublé ) pendant librement furent collées dans le pondoir et quelques morceaux froissés avaient été disposés à même le fond de la boîte.

La femelle a choisi le papier, indifféremment positionné. Elle a pondu entre les deux feuilles. L'ovipositeur est très long en comparaison du corps.

Les œufs sont disposés par groupe, les uns à côté des autres, l'ensemble formant une tache de + ou- 2 cm carrés. Ceux-ci changent de couleur au fil du temps.

Une autre particularité est à mettre en exergue : les chenilles sont très voraces, elles choisissent d'abord les feuilles, elles s'attaquent ensuite aux tiges et laissent des traces en formant des petites rainures. Enfin, elles mangent le sommet des tiges ou la base de l'inflorescence qui finit par se détacher. En résumé : l'élevage de Lycia est très facile à partir des œufs. Le seul problème c'est l'hivernage des chrysalides. Jusqu'à présent il y a eu très peu d'éclosion l'année suivante.

POPULATIONS EN DANGER :

Notre groupe de travail étudia avec assiduité deux populations en 1993.

Le premier site est localisé dans le carré UTM GR00 près d'Arlon( La localisation précise de ce site n'était vraisemblablement pas encore connue ). Plusieurs dizaines de mâles et de femelles ( population la plus importante jamais décrite en Europe)furent observées lorsque des travaux de remblayage commencèrent. Après enquête dans le voisinage, il apparut que la prairie était destinée à un lotissement d'habitations. Plusieurs tranchées furent creusées afin d'enterrer des câbles. La presse locale fut avertie du problème, un article à été publié dans un quotidien.

Aucune démarche ne pourra aboutir au classement de l'habitat de notre phalène. ( Intérêts économiques importants.) En quelques jours, de nombreuses femelles ont été prélevées dans le but de les faire pondre.

Le deuxième site s'étend dans le carré UTM GQ01. Dans cette localité, les prairies à fauche furent fortement amendées et au cours de l'année, elles furent labourées. Actuellement ( 01/94 ), il ne reste que quelques mètres carrés. Nous ne sommes pas optimistes pour l'avenir de Zonaria dans ce site.

( Un seul couple à été observé en 1993 ! ).

Il semble bien que ce papillon soit menacé de disparition de notre pays à brève échéance.

TENTATIVES DE SAUVETAGE..:

Devant la menace pesant sur les biotopes de L. zonaria, il fut décidé de tenter de déplacer le papillon sur d'autres prairies de la Gaume. Une prairie fut érigée en " réserve naturelle ", c'est dans ce site que nous avons le meilleur espoir car nous avons la garantie de conservation du site. D'autres localités furent choisies à la hâte alors que des milliers de petites chenilles devenaient embarrassantes. Plusieurs femelles furent aussi relâchées. Les carrés UTM suivants FQ99, GQ01, FR90, FR80.

Il nous faut remercier Mr. le Ministre Guy Lutgen pour avoir prêté attention à cette affaire, mais également les Professeurs Charles. Verstraeten, Charles. Gaspard (FSAgx) et le Dr, Philippe Goffart (UCL) pour leur aide et leur appui quand il le fallait.

L'avenir nous dira si cette opération portera ses fruits.

L'idéal fut de retarder la construction du lotissement pendant le temps nécessaire à l'adaptation de l'espèce dans un autre site, malheureusement, compte-tenu des enjeux financiers, et malgré nos efforts soutenus, cela n'a pas été possible.

A méditer...
Chaque fois qu'une espèce animale ou végétale disparaît par suite de l'activité humaine, c'est un drame dont on ne mesure encore les conséquences
.

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La Meuse Luxembourg. 8 avril 1993 - Papillons rarissimes à Waltzing ( Arlon ).

 

Liens utiles

http://ukmoths.org.uk/show.php?bf=1928

http://www.lepinet.fr/especes/nation/lep/?e=l&id=36770

http://www.papillon-poitou-charentes.org/ancien/Chenille_Geometridae/pages/Chenille446.htm

 

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