Introduction
" Peut-on construire nimporte quoi nimporte où ? " Voilà en résumé la question centrale de ce travail. La réponse logique serait évidemment négative, mais au vu de ce qui se construit actuellement en Belgique notamment, la question mérite tout de même dêtre posée.
Au départ cette question provient des deux constatations suivantes :
Il est évident quil nest pas possible de résumer larchitecture de nos régions à ces deux clichés, mais comme tous clichés, ils ont un fondement qui ne peut être imaginaire.
Un élément dexplication de cette situation est le type de société dans laquelle nous vivons, et son évolution récente. Dans le domaine de la construction, lindustrialisation a permis la production de masse dune quantité impressionnante de matériaux, qui sont à la disposition de tous et permettent des combinaisons infinies. Cest ainsi que lon peut actuellement construire à peu près nimporte quel bâtiment avec nimporte quelle technique, quel que soit lendroit : la technologie offre toujours une solution, qui nest pas forcément la plus économique, mais permettra de satisfaire les envies des architectes ou des commanditaires. Depuis le début du 19ème siècle nous avons vu se développer la technologie qui devait être la solution de tous les maux présents et à venir. Malheureusement en cette fin de 20ème siècle, le résultat nest pas aussi satisfaisant que ce que lon espérait, et la science na pas apporté le bonheur absolu et sans faille aux êtres humains. Même si certains placent toujours leur espoir dans cette science sans faille, de plus en plus de gens se posent des questions et essayent de vivre selon dautres valeurs. Pour ces personnes, dont je pense faire partie, deux attitudes semblent prévaloir : se tourner vers le passé ou aller voir ailleurs.
Démarche générale
Ces deux attitudes ne sont certainement pas les seules prises de position qui existent parmi les personnes qui sinterrogent sur lavenir de notre société, mais elles sont les plus courantes. Pour ma part, jai choisi délibérément la recherche de réponses dans un pays étranger.
Remarque : " Le désastre des grands ensemble a conduit larchitecte à aller chercher lartiste refoulé. Aujourdhui, larchitecture tente de redonner au cadre de vie la part de sens quun fonctionnalisme réducteur lui avait fait perdre. Cependant, le retour de lartiste se fait au risque dune architecture qui se présente comme une exposition duvres personnelles. Il faudrait aussi que les architectes se rapprochent de celui pour lequel ils construisent : lautre qui habite. " (Architecture et modernité / Pinson D.).
Partant de ces constatations, il me paraît intéressant de se pencher sur le problème de lévolution de larchitecture traditionnelle des pays où cette expression signifie encore quelque chose. Larchitecture de terre a exercé sur moi son attrait pour diverses raisons : esthétiques, fonctionnelles, économiques, je dirais presque philosophiques : comment rester insensible à cette architecture faite de presque rien, à base dun matériau des plus simples qui soit, surtout lorsquon la compare à notre production actuelle dans laquelle les prouesses techniques semblent ne plus servir larchitecture et deviennent à la limite une fin en soi.
Le Mali simposait alors comme endroit idéal pour mener cette recherche. Ce pays possède en effet un patrimoine architectural de renommée internationale, allant de la ville de Djenné et sa célèbre mosquée aux villages dogons en passant par les mosquées de Tombouctou, tous trois classés patrimoine mondial de lhumanité par lU.N.E.S.C.O. Ces exemples encore vivants darchitecture " traditionnelle " subissent actuellement des transformations qui seront peut-être irréparables ; faut-il empêcher ces transformations, les guider ou les favoriser ?
Comment les formes et les modes de construction sont-ils en train dévoluer face aux techniques et matériaux importés ? Notre expérience peut-elle servir à quelque chose dans cette évolution ? Quelle attitude adopter face à la tradition ?
Lintérêt dun travail sur une architecture et une civilisation étrangère est tout dabord de détruire les préjugés et les idées reçues sur de nombreuses conceptions architecturales que lon a pu acquérir au cours de notre formation. Plongé dans une culture inconnue, plus rien na de sens et on est obligé de remettre tout en question et de découvrir le sens et le pourquoi des choses. Les évidences sont balayées et on repart avec un regard neuf sur ce que lon découvre ailleurs, mais également sur ce que lon connaît ou croit connaître si bien chez soi.
Les questions posées ne concernent donc pas seulement larchitecture du Mali, mais également celle que lon rencontre ici et qui nous apparaît banale et dépourvue de sens. Ces questions, qui reprennent à la base la définition dune architecture, peuvent également influencer la perception de larchitecture européenne, et cest la raison même de ce travail.
Il serait dommage de voir disparaître rapidement de tels monuments avant que le peuple malien ne prenne conscience de la valeur de ces constructions, mais il est également important de prendre en compte les envies des habitants pour leur propre logement aujourdhui, avec tout ce que cela implique dans les formes et les matériaux.