Introduction

Introduction


Plan

Réflexions préliminaires

" Peut-on construire n’importe quoi n’importe où ? " Voilà en résumé la question centrale de ce travail. La réponse logique serait évidemment négative, mais au vu de ce qui se construit actuellement en Belgique notamment, la question mérite tout de même d’être posée.

Au départ cette question provient des deux constatations suivantes :

  1. D’une part on assiste à la construction massive de maisons de type " fermette " dans l’ensemble du pays. Le rôle de l’architecte, son travail, se résume souvent à une signature, son métier étant alors simplement alimentaire.
  2. D’autre part, on voit apparaître de nombreuses constructions " objets ", posées au milieu de leur terrain et sans grande relation avec leur environnement (physique ou culturel). L’architecte semble construire pour lui, pour être reconnu et publié.

Il est évident qu’il n’est pas possible de résumer l’architecture de nos régions à ces deux clichés, mais comme tous clichés, ils ont un fondement qui ne peut être imaginaire.

Un élément d’explication de cette situation est le type de société dans laquelle nous vivons, et son évolution récente. Dans le domaine de la construction, l’industrialisation a permis la production de masse d’une quantité impressionnante de matériaux, qui sont à la disposition de tous et permettent des combinaisons infinies. C’est ainsi que l’on peut actuellement construire à peu près n’importe quel bâtiment avec n’importe quelle technique, quel que soit l’endroit : la technologie offre toujours une solution, qui n’est pas forcément la plus économique, mais permettra de satisfaire les envies des architectes ou des commanditaires. Depuis le début du 19ème siècle nous avons vu se développer la technologie qui devait être la solution de tous les maux présents et à venir. Malheureusement en cette fin de 20ème siècle, le résultat n’est pas aussi satisfaisant que ce que l’on espérait, et la science n’a pas apporté le bonheur absolu et sans faille aux êtres humains. Même si certains placent toujours leur espoir dans cette science sans faille, de plus en plus de gens se posent des questions et essayent de vivre selon d’autres valeurs. Pour ces personnes, dont je pense faire partie, deux attitudes semblent prévaloir : se tourner vers le passé ou aller voir ailleurs.

  1. Le passé : on peut remarquer l’intérêt croissant de la population pour le patrimoine, pour le vieux et l’antique. Un grand nombre de personnes a pour idéal d’habitat une " vieille ferme retapée ", meublée d’objets anciens auxquels on peut raccrocher des histoires que l’on n’a malheureusement pas vécues.
  2. aller voir ailleurs : que ce soit au travers des religions ou des voyages, on essaye de trouver autre part ce que l’on ne trouve plus ici : les relations sociales, l’attachement au temps, certaines valeurs morales, une autre qualité de vie. Le mode de vie que l’on peut rencontrer dans des pays étrangers basé sur un plus grand sens de la collectivité, la présence et le respect de valeurs traditionnelles, etc. séduit de nombreux occidentaux, qui semblent trouver dans ces régions une vie que l’on a connu jadis chez nous. Il s’agit là aussi de se plonger dans notre passé perdu qui est encore le présent de millions de gens sur terre. Mais on remarque que ces sociétés tendent à évoluer vers notre propre mode de vie (cette généralisation est un peu rapide, car certaines cultures sont conscientes de ce phénomène et se proposent de trouver une autre voie que celle que nous avons empruntée, mais est vraie pour de nombreux pays dont le Mali). On peut résumer la situation par le schéma suivant.

Démarche généraleDémarche générale

Ces deux attitudes ne sont certainement pas les seules prises de position qui existent parmi les personnes qui s’interrogent sur l’avenir de notre société, mais elles sont les plus courantes. Pour ma part, j’ai choisi délibérément la recherche de réponses dans un pays étranger.

Remarque : " Le désastre des grands ensemble a conduit l’architecte à aller chercher l’artiste refoulé. Aujourd’hui, l’architecture tente de redonner au cadre de vie la part de sens qu’un fonctionnalisme réducteur lui avait fait perdre. Cependant, le retour de l’artiste se fait au risque d’une architecture qui se présente comme une exposition d’œuvres personnelles. Il faudrait aussi que les architectes se rapprochent de celui pour lequel ils construisent : l’autre qui habite. " (Architecture et modernité / Pinson D.).

Architecture traditionnelle

Partant de ces constatations, il me paraît intéressant de se pencher sur le problème de l’évolution de l’architecture traditionnelle des pays où cette expression signifie encore quelque chose. L’architecture de terre a exercé sur moi son attrait pour diverses raisons : esthétiques, fonctionnelles, économiques, je dirais presque philosophiques : comment rester insensible à cette architecture faite de presque rien, à base d’un matériau des plus simples qui soit, surtout lorsqu’on la compare à notre production actuelle dans laquelle les prouesses techniques semblent ne plus servir l’architecture et deviennent à la limite une fin en soi.

Le Mali s’imposait alors comme endroit idéal pour mener cette recherche. Ce pays possède en effet un patrimoine architectural de renommée internationale, allant de la ville de Djenné et sa célèbre mosquée aux villages dogons en passant par les mosquées de Tombouctou, tous trois classés patrimoine mondial de l’humanité par l’U.N.E.S.C.O. Ces exemples encore vivants d’architecture " traditionnelle " subissent actuellement des transformations qui seront peut-être irréparables ; faut-il empêcher ces transformations, les guider ou les favoriser ?

Comment les formes et les modes de construction sont-ils en train d’évoluer face aux techniques et matériaux importés ? Notre expérience peut-elle servir à quelque chose dans cette évolution ? Quelle attitude adopter face à la tradition ?

L’intérêt d’un travail sur une architecture et une civilisation étrangère est tout d’abord de détruire les préjugés et les idées reçues sur de nombreuses conceptions architecturales que l’on a pu acquérir au cours de notre formation. Plongé dans une culture inconnue, plus rien n’a de sens et on est obligé de remettre tout en question et de découvrir le sens et le pourquoi des choses. Les évidences sont balayées et on repart avec un regard neuf sur ce que l’on découvre ailleurs, mais également sur ce que l’on connaît ou croit connaître si bien chez soi.

Les questions posées ne concernent donc pas seulement l’architecture du Mali, mais également celle que l’on rencontre ici et qui nous apparaît banale et dépourvue de sens. Ces questions, qui reprennent à la base la définition d’une architecture, peuvent également influencer la perception de l’architecture européenne, et c’est la raison même de ce travail.

Il serait dommage de voir disparaître rapidement de tels monuments avant que le peuple malien ne prenne conscience de la valeur de ces constructions, mais il est également important de prendre en compte les envies des habitants pour leur propre logement aujourd’hui, avec tout ce que cela implique dans les formes et les matériaux.