Contexte et analyse

Contexte et analyse


Plan

Vocabulaire

Cette introduction a pour but de définir les termes utilisés dans la suite du travail afin d’expliquer le sens qui leurs sera attribué.

L’architecture vernaculaire

Vernaculaire : adjectif (latin vernaculus, indigène)

  1. Langue vernaculaire ou vernaculaire, n.m. : langue parlée seulement à l'intérieur d'une communauté (par opposition à la langue véhiculaire).
  2. Nom vernaculaire : nom usuel d'une espèce animale ou végétale dans son pays d'origine.

Selon Guindani et Doepper (Architecture vernaculaire : territoire, habitat et activités productives / Guindani S. et Doepper U.) vernaculaire correspond au terme consacré actuellement par l’usage dans le sens de " propre au lieu ". Plus ou moins synonyme de l’architecture sans architecture, spontanée, indigène, rurale, primitive, anonyme.

Ils en donnent les caractéristiques suivantes : " Par le caractère, l’originalité et l’invention, elle façonne l’environnement et s’y intègre naturellement. Elle surprend et stimule l’imagination et la créativité par la limpidité, l’expressivité et l’unité dans la diversité. Il semble que la vertu première de ces constructions est celle qui allie dans la création architecturale la conscience et le respect des autres et des choses, la modestie et l’efficacité des moyens employés. On lui attribue également le terme d’architecture fonctionnelle, par l’évidence avec laquelle elle exprime son contenu. Le bâti vernaculaire, médiateur entre l’homme et son territoire, exprime l’équilibre optimal de cette relation (...). "

Construction en terre

Le mode de construction en terre le plus rencontré au Mali est le banco (plus connu sous le nom courant d’adobe) : il s’agit du nom local donné au mélange de terre, de paille hachée et d’eau utilisé pour fabriquer des briques mises à forme dans des moules en bois et séchées au soleil. Un autre mode de construction utilisé au Mali est le pisé : la terre est comprimée au moyen d’un pilon dans des coffrages mobiles. La largeur de ces coffrages est variable, ce qui permet de diminuer l’épaisseur du mur réalisé plus celui-ci est élevé. C’est cette technique qui a été utilisée pour la reconstruction de la mosquée de Djenné au début de ce siècle.

Les civilisations

Introduction

Il me paraît important d'aborder le problème du contexte dans lequel nous nous trouvons : le travail a été réalisé sur un terrain que nous ne connaissons pas, avec des personnes issues d'une autre culture, ayant une vision du monde différente de la nôtre. Il est donc intéressant de replacer l'Europe dans le monde, son comportement face aux autres civilisations, et la place que celles-ci occupent et vont occuper dans les prochaines années. Les idées présentées ici sont inspirées du livre de Samuel P. Huntington (Le choc des civilisations / Huntington S. P..

Anciennes divisions du monde

À l'époque coloniale, et ce jusqu'en 1920, les pays étaient répartis en 2 zones : une zone sous contrôle occidental (les colonies) et une zone composée d'états formellement indépendants. La guerre froide a vu ensuite apparaître une nouvelle division en 3 parties : le " monde libre " s'opposant au " bloc cgmmuniste ", et la zone des pays non-alignés dont le tiers-monde fera partie. La fin des années quatre-vingts a marqué la suppression de cette division qui appartenait dès lors au passé. Ce fut la disparition des anciennes divisions communément admises : Nord – Sud correspondant à une division économique, orient – occident correspondant à une division culturelle.

Conception actuelle

Une nouvelle conception des relations internationales est alors présentée par S. P. Huntington, dans laquelle les pays sont regroupés par proximité civilisationnelle : on peut ainsi relever l'émergence de huit civilisations principales : occidentale, latino-américaine, africaine, hindoue, orthodoxe, bouddhiste, japonaise, islamique et chinoise, ces deux dernières connaissant actuellement un développement important.

Dans le cadre de ce travail, il est intéressant de relever les caractéristiques principales des civilisations rencontrées.

La civilisation occidentale

Elle regroupe les pays d'Europe occidentale, l'Amérique du Nord et l'Australie. Elle est et a été la civilisation dominante dans les relations internationales jusqu'il y a peu, et commence à décliner au profit d'autres civilisations, la Chine et l'Islam notamment. Les caractéristiques de la civilisation occidentale sont multiples : l'héritage classique (relations particulièrement serrées avec les civilisations antiques), la religion (le christianisme est certainement la caractéristique la plus importante de la civilisation occidentale), la multiplicité des langues, la séparation des pouvoirs entre le spirituel et le temporel, l'état de droit, le pluralisme social, les corps intermédiaires (chargé de représenter les intérêts de groupe de personnes de même rang ou profession) et enfin l'individualisme. On peut également ajouter le modernisme, la recherche scientifique, le développement des modes de production et de grands systèmes politiques.

La civilisation musulmane

Elle englobe les pays du Maghreb, l'Asie Centrale, le sous-continent indien et l'Asie du sud-est. Comme son nom l'indique, la base commune de cette civilisation est la religion, qui semble être difficilement séparable de la politique. L'influence de la religion musulmane se fait donc sentir sur l'ensemble de la société, et ce à tous les niveaux. La religion fait partie intégrante de la vie quotidienne des croyants.

La civilisation africaine

La civilisation africaine, si elle peut être définie comme telle, est difficile à identifier, car elle a subi l'influence des invasions successives : le Nord de l'Afrique appartient au monde musulman, tandis que l'Afrique subsaharienne a subi l'influence des colons européens qui ont importé la religion catholique. Cependant, même si ces influences ont été intégrées aux modes de vie, les croyances traditionnelles n'ont pas été abandonnées entièrement (croyance en un être suprême, rôle des ancêtres). C'est peut-être là une caractéristique de l'Afrique que de pouvoir assimiler de nouvelles idées sans pour autant écraser le passé.

Le Mali

Le Mali est à la frontière entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire. L’influence arabe se fait fortement sentir dans la partie septentrionale du Mali, dans les régions de Gao et Tombouctou. Cette partie du pays fait en fait la jonction entre Maghreb et Sahel, et même si 90 % de la population est musulmane, la culture malienne tient plus de la civilisation africaine que de la tradition musulmane telle qu’elle peut exister dans les pays arabes.

On rencontre au Mali une superposition de différentes influences extérieures assimilées et adaptées aux traditions locales. La " religion " originelle, l’animisme, a fait place à la religion musulmane, mais les gri-gri, les fétiches et la sorcellerie sont toujours présents dans la vie quotidienne, bien que très discrets. L’autre influence majeure qu’a subi le Mali a été la colonisation française, datant de la fin du 19ème siècle. Les conséquences sont surtout perceptibles dans l’organisation de l’état et le fonctionnement de l’administration.

Facteurs d’analyse

Climat

Introduction

La fonction première de l’architecture est la protection de l’homme contre les éléments naturels. Il semble donc évident que le climat est un élément qui va influencer fortement la construction de l’habitat humain. Le climat conditionne en effet de très nombreuses activités de l’homme, allant de l’architecture aux loisirs, du mobilier aux vêtements. Certaines thèses soutiennent par exemple que le développement du mobilier en Europe est dû à la nature du climat et ses conséquences sur l’approche de l’habitat : le sol étant froid et humide, il a fallu s’en écarter, d’où le développement de la chaise comme élément " protecteur " primaire.

Rayonnement solaire, température

La protection contre le froid a de nombreuses conséquences sur l’architecture et le mode de vie : isolation des murs, diminutions des ouvertures, cloisonnement des activités à l’intérieur des constructions, donc aménagement des espaces intérieures avant les espaces extérieurs, etc.

Rayonnement solaire...Rayonnement solaire...

La protection contre la chaleur demande, elle aussi, une certaine isolation, l’architecture pouvant également servir de protection contre le rayonnement direct du soleil.

Précipitations

La construction doit non seulement pouvoir protéger l’habitant de la pluie, mais doit également être conçue de manière à se protéger elle-même contre les effets néfastes de la pluie, des eaux de ruissellements, des infiltrations, etc.

Précipitations...Précipitations...

Humidité

L’humidité influencera le degré d’ouverture des bâtiments : en région tropicale, par exemple, l’air étant chaud et humide, il est préférable de construire des bâtiments aérés, détachés du sol, profitant du moindre mouvement d’air pour rafraîchir l’habitation.

Humidité...Humidité...

Vent

Le vent peut, selon les cas, servir à améliorer le confort ou devenir un élément contre lequel il faut se prémunir. Il existe ainsi des habitations entièrement conditionnées par le passage fréquent d’ouragans. L’habitation se fait souple et autorise un mouvement dans sa structure, tentant d’offrir une résistance moindre aux éléments extérieurs et ne s’opposant pas directement à la force des vents.

Les vents jouent également un rôle dans l’orientation de la maison et l’organisation des espaces extérieurs.

Vent...Vent...

Environnement

Relief

Les éléments du relief peuvent être, et le sont généralement intégrés à la conception de la construction : s'il existe une pente, les axes principaux de la construction chercheront le plus souvent à s'aligner sur les courbes de niveau et la ligne de plus grande pente. Le dénivelé permettra également de créer des différences de hauteurs et des décalages dans l'organisation des pièces, ou encore imposera à toutes les constructions une même orientation.

Relief...Relief...

Végétation

Qu'elle soit naturelle ou artificielle, elle participe entièrement à la vie d'une habitation. Sous certains climats, la végétation a une utilité directe : elle protège du soleil et humidifie l'air en été, elle laisse passer la lumière en hiver.

Végétation...Végétation...

Environnement et écologie

Les préoccupations écologiques des habitants vont influencer leur mode de penser la construction : réductions de l'utilisation des énergies fossiles, utilisation de l'énergie solaire sous forme active ou passive : ces principes orientent ainsi la conception même de la construction.

Environnement...Environnement...

Nature du sol et utilisation

Selon la nature du sol et les ressources disponibles, les habitations vont se concentrer dans les endroits où l’on ne peut pas cultiver, dégageant au maximum les zones dont on pourra tirer profit. La disponibilité de la nappe aquifère influencera également le positionnement des habitations.

Nature du sol...Nature du sol...

Matériaux et techniques

Nature des matériaux

La nature des matériaux va influencer l'utilisation que l'on va pouvoir en faire : les contraintes technologiques sont en effet inhérentes à la nature des matériaux et elles orienteront la conception du bâtiment : la longueur des troncs d'arbre disponibles, par exemple, limitera les portées franchissables sans appuis, de même que la nature même du bois utilisé, certains étant plus résistants que d'autres.

Nature des matériaux....Nature des matériaux....

Disponibilité des matériaux

Les disponibilités des ressources vont influencer l'utilisation que l'on peut en faire : si on dispose de bois à volonté, on pourra construire des maisons entièrement réalisées dans ce matériau. Si le bois vient à manquer, on le réservera au domaine d'application où il excelle. Le visage de la construction en sera ainsi modifié.

Disponibilité des matériaux...Disponibilité des matériaux...

Niveau de développement technique et technologique

Les matériaux ne sont rien si on ne dispose pas de techniques adaptées pour les rendre utilisables dans la construction. De même, à partir d'un même matériau de base, il est possible d'obtenir de nombreux matériaux dérivés qui sont tous différents quant à leur qualité et aux moyens à mettre en œuvre pour les transformer.

Développement technique...Développement technique...

Disponibilité de la technique

La connaissance des techniques n'implique pas nécessairement de pouvoir les mettre en œuvre. Le coût associé aux transformations et mise à forme en limite souvent l'application dans des pays ne disposant pas des ressources financières suffisantes.

Disponibilité de la technique...Disponibilité de la technique...

La culture et la société

La famille

Composition et structure

La composition de la famille et la hiérarchisation qui peut exister dans celle-ci va influencer l'organisation de la maison, sa forme ainsi que la répartition des pièces.

Une maison devant recevoir le mari, ses trois femmes et ses quinze enfants aura une toute autre physionomie qu'un appartement pour un couple sans enfant.

De même, lorsqu'il y a une descendance nombreuse, on privilégie, selon les régions, l'aîné, les garçons ou les filles, leur attribuant une pièce individuelle ou une position particulière par rapport au chef de famille.

Selon que l'on se trouve dans une société patriarcale ou matriarcale, la pièce respective du chef de famille peut acquérir une importance particulière.

Structure familiale...Structure familiale...

Mariage – Monogamie – Polygamie

Lors du mariage, plusieurs situations peuvent se présenter : les mariés deviennent indépendants et s'installent ensemble dans un endroit sans lien avec leur famille respective… mais la femme peut venir vivre dans la famille de son mari, l'habitation étant parfois une pièce de la maison du père, celui-ci faisant même construire, à ses frais, une nouvelle construction pour le jeune couple.

Le régime marital va aussi avoir de l'influence sur l'habitat : monogamie ou polygamie : comment sont installées les épouses (époux), vivent-elles seules, existe-t-il une hiérarchie entre elles, se traduit-elle physiquement, etc. Le mari vit-il dans la même maison que ses femmes, vivent-elles séparées, va-t-il chez l'une puis chez l'autre.

Régime marital...Régime marital...

Descendance et succession

Comment se transmet la propriété ? Revient-elle à la communauté à la mort de l'utilisateur ? La maison familiale a-t-elle une valeur affective particulière ? À qui revient la maison dans la descendance ? Préserve-t-on son habitat afin de le transmettre ? La succession des propriétaires a-t-elle une traduction formelle ?

Descendance et succession...Descendance et succession...

Propriété et régime juridique

Système foncier

Qui est propriétaire de la terre ? La notion de propriété privée va influencer l'usage que l'on va avoir du sol et l'investissement dans l'habitat.

Qui est responsable de l'attribution des terrains ? À qui reviennent les constructions bâties sur les terrains communs ?

Ces paramètres influencent à leur tour la manière d'aborder la construction.

 

Système foncier...Système foncier...

Attribution – ethnie – rang social

Qui peut s'installer à quel endroit ? Dans de nombreuses villes, ils existent des quartiers réservés à certaines populations, se regroupant et formant une communauté vivace. Volontaire ou non, cette ségrégation a pour effet de développer la conscience de son identité et devient souvent source de conflit.

On peut également trouver cette dissociation basée non plus sur un système ethnique mais économique : nous avons nos quartiers à logements sociaux, nos parcs résidentiels, nos cités ouvrières, qui cloisonnent tout autant les populations.

Attribution...Attribution...

Religion ou philosophie

La religion ou les croyances philosophiques peuvent se traduire par une adaptation de l'habitat, dans l'orientation de pièces par exemple, mais cette influence peut être beaucoup plus grande, la maison devenant la représentation symbolique du système philosophique des habitants.

Système philosophique...Système philosophique...

Développement économique

Le développement économique implique l'état de développement des techniques, des réseaux de communications et de transports, qui sont un ensemble de facteurs qui va avoir une influence directe sur les échanges d'idées et de matériaux, se répercutant eux-mêmes sur les modes de construction.

Développement économique...Développement économique...

Autres influences

À côté de tous ces facteurs dont l’influence peut être mesurée de manière objective, il en est d’autres dont les conséquences résultent plus d’une manière de penser et d’appréhender la construction que d’une analyse objective de la situation.

Ces paramètres sont évidemment plus difficiles à discerner mais jouent néanmoins un rôle important dans l’orientation des choix que seront faits pour la construction. Il s’agit des modèles communément considérés comme " la " référence en la matière, de l’image que l’on se fait de la " réussite ", en somme de tous les a priori culturels ancrés dans les mentalités.