Architecture vernaculaire au Mali et évolution 2
Architecture vernaculaire au Mali et évolution 2
Située à 235 kilomètres de Bamako, la ville de Ségou marque par le caractère de son architecture. Si les logements maliens nont rien hors du commun, le quartier administratif peut se vanter dêtre un des exemples les plus cohérents darchitecture coloniale au Mali. Cest dans ces bâtiments que le style néo-soudanais sest exprimé de la manière la plus forte.
Les bâtiments administratifs empruntent aux tradition locales les épais contreforts et les formes galbées, tout en y intégrant des élément darchitecture étrangers : la voûte en ogive et la véranda.
Schéma classique dune façade dun bâtiment
administratif de Ségou
Les logements construits pour et par les colons français respectaient deux principes : ventilation et recherche dombre.
Principes de la maison coloniale de Ségou et son évolution
Depuis lindépendance du Mali, ces maisons sont habitées par des familles maliennes. Ces familles comportent beaucoup plus de personnes que les familles françaises qui y vivaient auparavant. La place manque donc, et de nouvelles pièces ont été construites en refermant certaines parties de la véranda. Dans la configuration initiale, le débordement de toiture permettait lutilisation de grandes ouvertures non exposées au soleil. La création des nouvelles pièces pose deux problèmes : dune part laération transversale des pièces est devenue impossible, et dautre part les murs extérieurs sont directement exposés au soleil et accumulent ainsi la chaleur pendant toute la journée. Les transformations apportées ont donc modifié laspect, mais également, et surtout, le fonctionnement de lhabitation. Ceci met une fois de plus en évidence limportance des facteurs culturels dans la conception de larchitecture : les maisons de Ségou convenaient parfaitement aux colons français mais ne sont plus adaptées aux familles maliennes qui y vivent actuellement.
Entrée dune maison coloniale
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Décrite par certains comme légale de Tombouctou sans la légende, la ville de San " attire davantage les chercheurs étrangers ou les africains à la découverte de leur âme que les peu curieux touristes " (Le Mali aujourdhui / Andriamirado).
Elle est lexemple même dune ville soudanaise, et sa relative discrétion lui a évité les dérives touristiques perceptibles dans les villes comme Djenné ou Mopti. On y trouve une organisation classique de la maison : cour intérieure et vestibule faisant le lien entre lespace public et la cour intérieure. Les maisons, entièrement construites en banco, disposent dune toiture plate également réalisée en terre. Cette toiture sert de réserve de paille et permet également le séchage de produits alimentaires.
La grande mosquée de San
La ville comporte plusieurs mosquées dont la plus grande se démarque dans le paysage de la ville. Les maisons ne comportent pas détage et la mosquée est le seul élément à la verticalité marquée. Cette élévation symbolise le lieu de jonction entre le monde des hommes et le monde céleste. Les murs ont une épaisseur variable samenuisant avec la diminution de la charge à supporter. Les morceaux de bois (du rônier) débordant des façades ont plusieurs raisons dêtre : structurelle tout dabord, ils permettent daccroître la stabilité de lédifice ; fonctionnelle ensuite, ils servent dappui et facilitent lentretien annuel de lenduit de protection ; ornementale enfin, ils font partie des éléments décoratifs de la mosquée.
Le sommet des piliers est surmonté dufs dautruches, symboles de fécondité, permettant également de réduire lérosion due aux pluies violentes. Dans certains cas, ces ufs sont remplacés par des poteries de terre cuite intégrées au sommet de chaque pilier et recouverts dun enduit qui sera enlevé par les pluies dont laction se limitera à cette couche sacrificielle. On trouve parfois dautre élément décoratifs surmontant les piliers : étoiles, croissants de lune...
Escalier dune mosquée de quartier à San
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Le pays dogon sétend le long dune falaise dune hauteur variant de 200 à 400 mètres et longue de plus de 200 kilomètres.
Physionomie des falaises de Bandiagara
Au 15ème siècle, les Dogons refusant lislamisation sont venus se réfugier au pied des falaises jouxtant Bandiagara, chassant à leur tour les Tellems, pygmées vivant dans la falaise, à plusieurs dizaines de mètres du sol. Le site offre une protection naturelle et lintégration des villages au site est impressionnante. Il nest pas rare de longer un village pendant plusieurs centaines de mètres sans même sapercevoir de lexistence des dizaines de maisons et greniers à proximité du chemin.
Les Dogons constituent une des ethnies les plus étudiées dAfrique de lOuest, et on tient de Marcel Griaulle une étude très détaillée de leurs mythes et de leurs croyances. Ils ont élaboré une mythologie qui transparaît dans de nombreux éléments de la vie courante, allant de la disposition des villages tout au long de la falaise à la disposition des pièces dans une habitation. Les nombreuses croyances philosophiques et leurs implications dans larchitecture sont développée en détail dans le livre de Guidoni, " Architecture primitive " (Architecture primitive / Guidoni E.) auquel on pourra se reporter pour de plus amples informations.
Du point de vue technique, les maisons nont subi actuellement aucune influence extérieure. Daccès assez difficile, les maisons au pied de la falaise sont toujours construites comme elles létaient il y a plusieurs dizaines dannées.
Principe de limplantation des villages
Les maisons sont implantées dans les éboulis de pierre, laissant ainsi le fond de vallée disponible pour les cultures. Le matériau de prédilection pour la construction est évidemment la pierre qui est la base de tout édifice. Les maisons sont ainsi construites en pierre pour être ensuite recouvertes de terre qui permet daméliorer lisolation du bâtiment. Leur toiture plate permet le séchage des aliments et sert également de " dortoir " lors des nuits les plus chaudes. Un élément important de larchitecture locale est le grenier : sélevant sur une assise en pierre permettant légalisation du terrain et la protection contre les rongeurs, il est lui-même construit en terre et dispose de quatre compartiments intérieurs. On y range les graines, le mil, mais les femmes sen servent aussi comme rangement pour leurs biens personnels.
Greniers dans
le village de Tireli
Un autre élément marquant chaque village est la toguna ou case à palabres. Il sagit dun espace public recouvert par une importante couche de paille de mil (pouvant atteindre un à deux mètres dépaisseur) et distante dà peu près un mètre du sol. Cet espace est en fait le lieu de réunion des " vieux " où le conseil des sages se réunit pour discuter des affaires du village.
Élément de support dune " case à palabres "
Peu touchés par les influences extérieures malgré le nombre considérable détrangers qui y passent (cet endroit est réputé être lun des plus touristiques dAfrique de lOuest), le pays dogon est actuellement à la frontière du changement et constitue ainsi un réel défi : leau courante et lélectricité ny existent pas, et il est urgent de prendre en main le développement de la région, les jeunes se désintéressant de plus en plus des croyances populaires préfèrent aller vivre dans des endroits mieux équipés et disposant dautres sources de revenus que lagriculture. Lors de notre visite, nous avons pu rencontrer un des architectes maliens collaborant à la conservation de certaines maisons dogons (sur fonds allemands), mais le projet nen était alors quà la phase dinventaire et didentification des problèmes à traiter. Le type dintervention qui va y être effectué nétait donc pas encore connu.
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" La cité des sages et des savants " est située à une trentaine de kilomètres de laxe principal de circulation entre Mopti et San. La ville, qui jouit du statut de monument historique dans son intégralité, est située sur une proéminence se transformant en île à la saison des pluies. Le Bani en crue isole ainsi la ville de son environnement, qui est alors accessible en bateau. Un bac permet le passage des véhicules, mais labsence de pont ne facilite pas les échanges avec les villes avoisinantes, ce qui isole dautant plus la cité au profit de Mopti.
On trouve à Djenné une des mosquées les plus célèbres dans toute lAfrique musulmane. Édifiée au 13ème siècle sur le palais du Gouverneur de Djenné converti à lislam, elle surpassait en beauté, selon la tradition, la mosquée de la Mecque. Cette réputation fit de Djenné, sans cesse en concurrence avec Tombouctou, le sanctuaire de lislam ouest-africain. Détruites à de nombreuses reprises, la grande mosquée de Djenné fut reconstruite intégralement pour la dernière fois en 1907 par les français. Elle est aujourdhui lun des points forts du tourisme malien.
Façade principale de la grande mosquée de Djenné
La mosquée est située au cur de la ville, ses quatre côtés orientés en direction des points cardinaux. Deux axes perpendiculaires traversant la ville mènent à la place du marché qui lui fait face, mettant en évidence le caractère central et limportance de ce symbole pour la ville. La mosquée est lobjet dun entretient attentif de la part dune caste de maçons qui nexiste quà Djenné : le barey-ton. Ces constructeurs sont très respectés, et on fait toujours appel à lun dentre eux pour tout ce qui concerne la construction. Lentretien annuel est réalisé en deux étapes : deux équipes correspondant chacune à une partie de la ville (la riche... et la pauvre) sont chargées de la réfection des enduits au cours de deux journées différentes.
Djenné doit également sa réputation à ses maisons, actuellement en cours de restauration grâce à un financement hollandais. Ces habitations sont célèbres pour lornementation des façades, dont le style, probablement la source dinspiration de nombreux autres édifices dans toute la région, doit être à la base de larchitecture néo-soudanaise développée par les Français.
La maison de Djenné comporte un ou deux étages, ce que lon rencontre rarement dans les villages traditionnels. La situation particulière de la ville, une île, et le manque de place résultant, est donc à lorigine dun développement de lhabitat à étages. La forme plus ou moins circulaire de la cité a également des conséquences sur la configuration des voiries qui sorganisent de manière radio-concentrique au lieu du damier habituellement rencontré dans les autres villes.
Remarque : " Ces maisons qui, de lextérieur, paraissent luxueuses pour le pays ne sont point confortables et les pièces manquent daération faute douvertures suffisantes sur lextérieur. Lobscurité et la malpropreté font de ces demeures les refuges délection de la vermine, des insectes, des scorpions, des rats et autres bestioles dont le voisinage peu agréable, toujours, est dangereux quelquefois. " Tel était, au début de ce siècle, le commentaire de Charles Monteil sur les maisons de Djenné...
Façade dune maison de Djenné
Schéma dune façade " traditionnelle "
La porte occupe la position centrale de la façade et est souvent protégée par un auvent. Les angles comportent des renforts appelés toburu ou as saraf har qui signifie " pointe-homme ". On rencontre également dans la façade les mêmes pièces de bois que celles utilisées dans les mosquées. On retrouve aussi des éléments darchitecture maghrébine tel les grillages de bois, les moucharabiehs et les ferrures incrustées dans le bois des portes. Le style des maisons de Djenné serait donc dû, selon Charles Monteil (Une cité soudanaise : Djenné, métropole du delta central du Niger / Monteil C.), aux invasions marocaines qui eurent lieu au 16ème siècle.
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Au confluent du Niger et du Bani, Mopti (" le regroupement " en peul) est le point de rencontre du trafic fluvial et des caravanes traversant le désert. Cest également le point de passage pour se rendre à Gao, à San ou à Bandiagara. Tout comme Ségou, Mopti dû son développement en grande partie aux colons qui ont vu en cette ville un centre commercial idéal pour les échanges de vivres : sel, poisson, noix de cola, mil, riz. Mopti est organisée autour dune anse et la ville entière est orientée vers le commerce et les échanges par le fleuve.
Les maisons de Mopti comportent elles aussi un ou deux étages, la cour habituelle, et sont construites en banco. Certaines dentre elles sont recouvertes de briques de terre cuite assez fine disposées en parement selon leur plus grande face, protégeant ainsi dune manière plus efficace les murs de terre contre les intempéries.
La mosquée de Mopti
La mosquée de Mopti a été réalisée sous la direction des maçons de Djenné. Il est donc normal que lon retrouve des similitudes dans les formes utilisées, mais il y a tout de même une différence notable entre les deux édifices : à Mopti, les lignes sont plus franches et le caractère anguleux du bâtiment est tout à fait perceptible. Ceci est dû à la rénovation datant de 1980 au cours de laquelle lenduit habituel en banco a été remplacé par un enduit de ciment, rendant ainsi lentretien annuel inutile.
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