Architecture vernaculaire au Mali et évolution

Architecture vernaculaire au Mali et évolution


Plan

Inventaire

Introduction

L’analyse qui suit concerne l’architecture traditionnelle de chaque région, accompagnée d’une mise en évidence des facteurs extérieurs principaux qui ont influencé la forme et l’utilisation des bâtiments.

Caractéristiques générales

Le climat

Le Mali peut être divisé en 3 régions distinctes pour une analyse climatique et ses conséquences sur l’architecture. On retrouve ainsi du Nord au Sud :

Zone du Sahara tropical

Le vent transporte beaucoup de poussières, il faut donc s’en protéger... donc pas d’ouvertures directement opposées aux vents.

Le rayonnement solaire est très important, il faut donc adopter des formes aux compacités maximales afin de diminuer la surface exposée au soleil.

Des matériaux de couleurs claires permettent de diminuer l’absorption du rayonnement solaire.

Les ouvertures sont de taille minimum pour diminuer l’apport d’air chaud pendant la journée.

Les écarts de température entre le jour et la nuit doivent être compensés par l’inertie thermique du bâtiment : il faut que les calories accumulées le jour soient restituées la nuit et que le refroidissement nocturne permette un rafraîchissement interne pendant la journée.

Zone sahélienne (la plus grande partie du pays)

Les conséquences sur l’architecture sont les mêmes, mais ici les précipitations commencent à entrer en ligne de compte dans la conception des constructions

Zone nord soudanienne

L’alternance d’une saison sèche et d’une saison humide fait naître des exigences a priori contradictoires. De plus, la faible amplitude thermique journalière ne permet pas de jouer sur un décalage entre l’accumulation et la restitution des calories. Il faut donc une structure légère, de grandes ouvertures favorisant la ventilation et des ouvertures transversales permanentes.

Influences extérieures

Pays voisins

Les échanges commerciaux avec les pays voisinant le Mali ont eu une influence sur l’architecture existante. Au nord du pays, l’influence de l’architecture marocaine est perceptible dans l’utilisation de certains détails et de techniques spécifiques à ce pays. On retrouve ainsi à Tombouctou des moucharabiehs semblables à ce qui existent dans les pays du Maghreb, et certains éléments de décorations sont empruntés à cette architecture (portes, ferronneries, etc.). Les mosquées de Gao ressemblent plus à celles que l’on rencontre au Niger qu’à celle de Tombouctou. Les influences se font ainsi sentir dans les deux sens et il est difficile d’identifier la provenance des styles rencontrés.

Islamisation

L’islamisation a également joué un rôle dans l’évolution de l’architecture. Tout d’abord par la construction de nouveaux édifices publics, les mosquées, mais également par les échanges que cette religion a imposés : le pèlerinage à la Mecque que tout musulman est tenu d’effectuer au moins une fois dans sa vie est certainement une source non négligeable d’échange d’idées et de transposition d’éléments culturels et donc d’architecture.

Colonisation

La colonisation française a marqué un point essentiel dans la définition de l’architecture locale. Les colons avaient en effet adopté une philosophie de construction particulière : ils se proposaient de construire selon les styles locaux en utilisant les matériaux locaux combinés aux techniques européennes existantes. Les responsables des régions colonisées se devaient de présenter leurs réalisations lors des expositions coloniales, ce qui a permis de définir et de développer le style " soudano-sahélien " ou plutôt " néo-soudanais ". Les bâtiments coloniaux étaient donc construits en analysant l’architecture locale et en en réinterprétant les éléments caractéristiques.

Matériaux disponibles

Les bâtiments utilisent toujours les matériaux disponibles sur place, et les moyens de transports limités ne permettent généralement pas l’utilisation de matériaux provenant d’un endroit éloigné (c’est d’ailleurs pourquoi les zones les plus influencées par les matériaux d’importation sont la capitale et la région environnante). Il existe peu voire pas d’exemple de bâtiments anciens construits en matériaux spécialement importés, comme cela a pu être le cas en Europe (villas en marbre de Carrare, par exemple).

Architecture populaire et bâtiments publics

Les bâtiments présentant des caractéristiques particulières de décoration et des éléments stylistiques reconnaissables sont prioritairement les édifices publics : mosquées, bâtiments administratifs coloniaux. On a malheureusement aucune trace des palais construits pour les rois ayant régné au Mali, mais les témoignages encore disponibles laissent à penser que leur particularité résidait plus dans les dimensions imposantes des constructions que dans la richesse de leurs ornementations.

La plupart des constructions privées n’ont pas de caractéristiques qui permettent de déceler un style affirmé pour chaque ville ou chaque région, même si les maisons de Djenné ou du pays dogon font exception à cette remarque.

Familles et traditions

La composition de la famille et le mode de fonctionnement même de la société se ressent dans l’architecture traditionnelle. Les familles sont souvent nombreuses, la polygamie n’est pas interdite, et les divisions par tranches d’âge sont très importantes. Les maisons doivent donc être grandes pour accueillir ces familles étendues, et la disposition des pièces permet une indépendance relative des enfants par rapport à leurs parents (au moins des garçons adolescents).

La société malienne comme probablement beaucoup de sociétés africaines est basée sur l’importance de la vie collective, l’individualisme était souvent vu d’un très mauvais œil. Les maisons sont donc souvent organisées autour d’une cour centrale, endroit de réunion de toute la famille où l’on reçoit également les étrangers, on l’on prend les repas et on discute toute la soirée en prenant le thé. Les chambres sont organisées de sorte que le contrôle d’une pièce sur une autre soit relativement faible. La cuisine se fait dehors, tout comme la majeure partie des activités familiales. La cour a donc une importance capitale dans l’habitat traditionnel et on pourrait presque dire que c’est en réalité l’espace principal de la maison.

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Régions visitées

Bamako

Introduction

Comme on le verra plus loin, c’est Bamako qui est la plus touchée par les matériaux de construction importés, c’est pourquoi ce travail est orienté principalement sur l’analyse de l’habitat de la capitale et sur les interventions qui permettraient des améliorations importantes ne nécessitant que peu de moyens.

Situation

Bamako, la plus rurale des capitales d’Afrique de l’Ouest s’est développée entre les monts mandingues au nord et le fleuve Niger au sud. L’extension actuelle se fait sur la rive droite du Niger, vers l’aéroport national, au sud de la ville.

Schéma d'extension de BamakoSchéma d'extension de Bamako

Bâtiments à étages

Il n’y a pratiquement à Bamako que 2 bâtiments construits en hauteur : l’hôtel de l’amitié et la B.C.E.A.O. (Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest). Les tours et les barres commencent à peine à se développer, et l’habitat collectif en hauteur a du mal à répondre aux habitudes des Maliens. Les rares opérations de ce type existant actuellement seraient orientées vers une clientèle d’intellectuels ayant fait connaissance avec cette manière de vivre lors de leurs études à l’étranger. L’absence de cours et d’espaces extérieurs privés crée des tensions et des problèmes encore plus grands que ceux qui se sont développées en Europe lors de la construction de ce type de logements. Le pilon et le mortier sont un élément essentiel de la cuisine malienne, mais le règlement d’ordre intérieur de l’immeuble que nous avons pu visiter en interdisait l’utilisation pour des raisons acoustiques évidentes. L’élevage d’animaux domestiques étaient évidemment également interdit, tout comme les jeux de ballon dans la cour commune, ce qui est déjà moins compréhensible.

La personne que nous avons rencontrée nous a affirmé qu’elle vivait très bien dans son appartement, malgré tous les interdits modifiant profondément le mode de vie d’une famille " classique ". Le taux d’appartements occupés n’allait cependant pas dans le sens de ces affirmations : plus de 30 % d’appartements vides, et une occupation par des familles " éclatées " ainsi que de nombreux ménages étrangers.

La politique d’urbanisation de Bamako est actuellement la promotion et le financement de ces immeubles à étages, permettant ainsi d’offrir un nombre maximum de logements aux immigrants ruraux tout en rentabilisant d’une meilleure manière les investissements réalisés dans les infrastructures.

Face à cette inadaptation, on a pu rencontrer deux réactions radicalement différentes : la première tend à prôner une adaptation du mode de vie à l’architecture : puisque l’on construit ainsi partout dans le monde, autant s’y adapter. Seulement voilà, ces barres qui n’étaient déjà pas vivables pour un Européen le sont encore moins pour un Africain ! Doit-on alors chercher une nouvelle forme d’habitat collectif pour la ville africaine ? Ce n’est pas ce que semblent dire d’autres architectes maliens qui abordent le problème d’une manière différente : au lieu de vouloir répondre à la demande sans cesse croissante de logements, il faudrait peut-être se demander pourquoi la demande est si importante. Les gens viennent à Bamako pour y trouver ce qui n’existe pas ou ce que l’on trouve difficilement dans les campagnes : travail, soins, enseignement, équipements publics, produits de consommation. Au lieu de leur construire des tours, ne faut-il pas imaginer le développement du pays tout entier en y intégrant les villes secondaires : si un minimum d’équipement était disponible dans les villes moins importantes, l’exode rural vers la capitale pourrait être contenu et on assisterait certainement à une amélioration des conditions de vie dans les régions avoisinantes. Les deux points de vue prouvent une fois de plus qu’il existe de nombreuses manières d’aborder un problème dont la résolution passe parfois par un changement d’échelle de l’intervention que l’on veut bien effectuer.

Typologie de l’habitat

L’analyse de l’habitat malien réalisée par les Nations Unies (Situation actuelle du logement au Mali / Centre des Nations Unies pour les Établissements Humains) répartissait l’habitat de Bamako en 4 catégories : les quartiers spontanés, le tramé ancien, le tramé nouveau ou en formation et les quartiers des villas.

Les quartiers spontanés

Dans ces quartiers, il n’existe pas de plan de lotissement et l’occupation du sol est illégale. Ils répondent cependant aux besoins en logement de 50 % de la population urbaine. L’explication de ce phénomène est l’habituel exode rural massif et une offre en logements nettement inférieure à la demande. En 1960, il y avait environ 129.000 personnes à Bamako et on a dénombré un afflux de 176.900 personnes en dix ans (1960-70), faisant ainsi plus que doubler la population de la ville.

Les maisons de ces quartiers sont construites en banco, et les toitures sont en tôle ; il y a peu de place pour les voiries et le problème majeur est l’assainissement : les eaux usées et les déchets ménagers sont déposés directement dans les rues.

Quartiers anciens

Il s’agit de lotissements " classiques " en damier réalisés avant les années 60. La maison s’organise sur une cour centrale et les pièces couvertes sont précédées d’une véranda. Vaisselle, cuisine et lessive sont faites dans la cour mais cette dernière est aussi l’endroit qui accueille toutes les cérémonies officielles : mariages, baptêmes, fiançailles... On trouve un puits au centre de la cour et les WC, non couverts, sont situés le long du mur d’enceinte.

Ces parcelles accueillent un nombre importants d’habitants, mais les bâtiments occupant déjà une surface respectable, il n’y a pas d’extension possible. Destinée aux familles nombreuses, la taille des concessions varie entre 1.000 et 1.200 m². Les parcelles distribuées actuellement étant d’environ 700 m², il n’est plus possible de construire ainsi.

Lotissements récents et/ou en formation : 1966-67

Il y a toujours une cour commune, mais l’urbanisme impose une emprise au sol maximale de 66 %. La cour est moins fermée, et les maisons ne peuvent plus accueillir des familles aussi importantes que les anciennes concessions.

Quartiers des villas

Ces quartiers sont distribués par des rues de 15 à 20 mètres de large, non équipées. La surface d’une parcelle va de 700 à 900 m². Étonnement l’équipement d’un quartier réservé à l’habitat de grand standing est peu développé : peu ou pas de caniveaux, pas d’éclairage public, routes rarement goudronnées...

On y construit des villas de style " international " qui s’inspirent des maisons bâties pour et par les colons français. On y constate un forte réminiscence du style néo-soudanais dans les décorations en béton qui ornent les façades.

allure générale des façades des villas de Bamakoallure générale des façades des villas de Bamako

Les éléments décoratifs reprennent le langage de l’architecture de terre utilisée pour les mosquées et les édifices publics : contreforts en façade, formes arrondies... mais qui n’ont plus aucune fonction structurelle ou technique.

Synthèse de l’évolution de l’architecture bamakoise

On peut trouver deux sources à l’architecture actuellement développée dans la capitale : la première est l’architecture traditionnelle : une maison qui tourne le dos à l’espace public, une cour centrale espace principal de la vie commune, de hauts murs séparant l’intérieur de la parcelle du monde extérieur.

Schéma de la maison traditionnelleSchéma de la maison traditionnelle

La seconde source d’influence est la villa " coloniale " de style européen : placée au milieu d’un vaste terrain et entourée de jardins, un simple muret délimitant la parcelle, la maison développe une architecture de façade qui cherche à se montrer.

Schéma de la villa " coloniale "Schéma de la villa " coloniale "

On arrive donc à la synthèse de ces tendances, chacune remplissant le rôle qu’elle s’était fixée : vie commune à l’abri des regards pour l’une, mise en évidence et ostentation pour l’autre.

Le bâtiment central est donc positionné au centre de la parcelle, mais l’éclatement des fonctions oblige la construction de bâtiments annexes, comme dans la maison traditionnelle dont on retrouve également le mur d’enceinte élevé.

Habitat résultant de la synthèse des deux tendances : traditionelle et colonialeHabitat résultant de la synthèse des deux tendances : traditionelle et coloniale

La position centrale du bâtiment principal, aux façades travaillées, entre ainsi en opposition avec l’utilisation même du mur d’enceinte. La cour n’est plus la zone autour de laquelle viennent s’articuler les fonctions annexes : elle n’est plus qu’un espace résiduel résultant du positionnement des bâtiments.

Cet état de fait est favorisé par les règlements d’urbanisme qui imposent en retrait minimum des constructions par rapport aux limites de la parcelle. Cette condition peut cependant être contournée moyennant accord des voisins à condition, bien entendu, de ne pas pratiquer d’ouverture sur la parcelle de ces derniers.

Ici encore on peut constater l’effet négatif de l’application d’un règlement qui n’a pas été pensé et rédigé en fonction de la situation locale et des modes de vie maliens mais qui est en fait une copie des règlements d’urbanisme existants en Europe.

Bamako est la ville la plus marquée par les influences extérieures. Celles-ci ne touchent pas seulement les matériaux utilisés, mais elles ont également des conséquences sur la forme et l’usage de la maison. Les autres villes subissent beaucoup moins cette influence et ont donc conservé en grande partie leurs spécificités. La partie qui suit développera sommairement les caractéristiques principales des architectures rencontrées au cours du voyage sans toutefois s’y attarder comme sur le problème de l’habitat de la capitale. Ce dernier fera d’ailleurs l’objet de développements ultérieurs dans la partie concernant l’évolution de l’architecture traditionnelle.

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