Propositions dévolution
Au début de ce travail, mon opinion était quil fallait empêcher à tout prix la construction en béton et promouvoir, défendre et conserver larchitecture de terre, pensant que la perte de cette architecture serait une faute impardonnable. Cette opinion était cependant fondée sur les quelques photos disponibles dédifices publics encore existants : la Grande mosquée de San, les mosquées de Tombouctou, celle de Djenné et ses maisons aux façades ouvragées. Mais cétait en ne connaissant pas la totalité du contexte dans lequel évolue les habitants. Il est pour moi beaucoup plus difficile de garder cette opinion lorsque la conservation se fait au prix dune muséification des villes historiques, en forçant les citadins à rester dans des maisons ne répondant plus à leurs demandes. Celles-ci sont peut-être à nuancer, tout comme lenvie de conserver à tout prix que lon retrouve parmi les étrangers et certains responsables au Ministère de la Culture et du Tourisme.
Malgré cette nuance dans ma prise de position, je reste persuadé du bien-fondé de la construction en matériaux locaux, qui fera lobjet du paragraphe suivant.
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Le but nest pas de prôner lutilisation de la terre pour nimporte quelle construction, mais dutiliser au mieux les ressources disponibles : sil est possible de produire du ciment, quon le fasse et quon lutilise.
Pourquoi vouloir à utiliser les matériaux locaux ? Voici quelques raisons, qui devront certainement être nuancées par des critères économiques de rentabilité ; il serait peu intéressant de construire en pierre si le ciment importé revient moins cher... quoique ce calcul ne soit pas nécessairement le meilleur que lon puisse faire pour une évolution à long terme. On peut ici faire le parallèle avec lidée quEdgar Pisani (Pour l'Afrique / Pisani E.) se fait de la situation de lagriculture an Afrique : lEurope produit des céréales à grands coups de subsides, qui faussent forcément les prix sur les marchés internationaux, revend ses surplus aux pays en développement pour des sommes dérisoires. Il nest donc pas intéressant pour un Malien ou un Guinéen de se lancer dans lagriculture puisque sa production sera plus cher que les surplus européens et quil ne la vendra donc pas. Cest donc la raison pour laquelle, toujours selon Pisani, il nexiste quune agriculture dautosubsistance et que cette déviance empêche le développement dune agriculture vivrière en Afrique. Peut-être en est-il de même avec les matériaux de construction ? Même si le Mali produit lui-même du ciment, il en importe la plus grande partie dautres pays africains. Mais lintroduction de ce matériau revient aux Français qui, pendant la période coloniale, imposèrent la construction en matériaux durables (le banco étant donc interdit) et purent par la même occasion augmenter leurs exportations de ciment vers ces colonies.
Pour en revenir aux raisons de lutilisation des matériaux locaux, on peut tout dabord citer des justifications économiques : la première serait la diminution des coûts dimportation : en un an le Mali importe pour 5.321.341.825 CFA (environ 320 millions de FB) avec 22% de taxes sur le ciment et 30% sur le bois (Situation actuelle du logement au Mali / Centre des Nations Unies pour les Établissements Humains) ; ensuite une diminution des coûts de transport, lindépendance par rapport aux fluctuations de prix ou à déventuels problèmes politiques, la création dune industrie locale donc demplois. Il existe également dautres raisons, plus philosophiques : indépendance et fierté nationale, développement endogène, promotion dune architecture vernaculaire, logique de construction, intégration aux sites.
Quels sont alors les problèmes posés par lutilisation de ces matériaux ? Le développement et lexploitation de matériaux aux technologies connues est tout à fait possible car il ny a aucune recherche à faire, mais lutilisation de matériaux moins conventionnels (tels la terre stabilisée par compression, par adjuvants, etc.) demande recherche et développement de solutions encore inexistantes. Pour effectuer ces recherches, il faut des fonds, mais surtout une volonté de développement réelle de la part des services concernés. Il ne sert à rien de mettre sur pied un centre de recherche sur la terre stabilisée si celui-ci na dautre but que de récolter quelques millions auprès des nations unies ou dautres organismes internationaux. La démarche doit donc partir dune réelle envie de développement local et doit être mise dans un contexte plus large que la création dun matériau nouveau.
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Comme cité précédemment, mon a priori était quil fallait trouver un moyen pour promouvoir lutilisation de la terre crue. Ceci doit déjà être modulé et étendu aux matériaux locaux. Mais il faut également sérier les problèmes et savoir ce que l'on veut résoudre en priorité s'agit-il réellement de pousser les gens riches à construire en terre ou est-il question de vouloir un habitat décent pour tous adapté aux conditions locales ? Dans un certain sens, la villa en béton armé répond tout à fait aux données extérieures, les climatiseurs permettant de la rendre supportable à la saison chaude. Mais les plus pauvres, eux, ont un habitat qui nest que partiellement adapté aux éléments extérieurs. Le propos de ce travail devient donc le développement dun habitat basé sur lutilisation de matériaux locaux, mais pas uniquement, répondant à des critères simples : fonctionnalité, un minimum dhygiène et surtout respect et prise en compte des cultures constructives.
Le cas de base est celui des quartiers spontanés de Bamako. Dans ces zones urbaines, il nexiste pas ou peu dinfrastructures, pas de réseaux dégout, pas délectricité, une voirie mal entretenue... mais lorganisation sest faite au coup par coup, selon les vagues dexode rural successives.
Les espaces que lon y retrouve sont étonnants de qualité et de diversité, les rues sont tantôt larges, tantôt étroites, des ruelles débouchent sur de petites places qui donnent accès aux habitations et lambiance de ces quartiers est beaucoup plus agréable que celle des quartiers " organisés " , salignant sur une trame rectangulaire avec des rues pouvant atteindre 40 m de large, équipés deau courante et délectricité. Ces quartiers spontanés ont donc beaucoup dintérêt du point de vue de la qualité de vie que lon pourrait y retrouver, mais ils soufrent de nombreux problèmes qui sont pour la plupart dus à un manque de connaissances techniques et ne sont donc pas insurmontables.
Les architectes locaux sont cependant très évasifs quant on leur parle de logements sociaux et semblent assez peu enclins à résoudre les problèmes dégouttage de gens qui ne pourront de toute façon pas les payer, et on peut les comprendre.
La promotion dune architecture en matériaux locaux peut se faire, comme cité précédemment, par la réalisation de bâtiments publics ou destinés à de riches propriétaires, mais les éventuels effets se feront sentir probablement sur des personnes déjà sensibles à ce problème, en général des intellectuels formés à létranger. Ce développement peut peut-être venir de la base, pour les gens qui nont dautres possibilités que de construire avec ce qui est le moins cher. Actuellement, il nexiste aucun effort damélioration des constructions en terre de la part des habitants car pour eux ces habitations sont provisoires et ils naspirent quà une chose : pouvoir construire en dur. Cest une des raisons pour lesquelles les constructions en banco commence à dépérir et à perdre de la popularité : ne cherchant pas à les adapter au besoin nouveau et ne les entretenant pas, les habitants ne font quaggraver les problèmes quils reprochent à ces constructions, et veulent donc dautant moins sinvestir dans de telles constructions.
Pour faire évoluer la situation dune manière durable, il faut dabord prouver lutilité de lintervention dun architecte et impliquer les habitants dans les changements quils pourront effectuer eux-mêmes. Il faut également effectuer une analyse minutieuse de la situation, en oubliant toutes les idées reçues et en reprenant chaque besoin et chaque envie à la source.
Les propositions qui vont suivre sattacheront tout dabord aux sites classés et à leur conservation, tandis que les évolutions possibles pour lhabitat seront plus particulièrement inspirées des les quartiers spontanés de Bamako, car les plus touchés actuellement par une évolution négative.
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Pour reprendre lexemple de Djenné, une conservation intégrale de la ville figeant toute évolution serait inacceptable : on peut conserver des bâtiments, mais pas maintenir les habitants dans des constructions qui ne conviennent plus aux modes de vie actuels. Quelques bâtiments pourraient être transformés en musée et aménagés " à lancienne " afin de conserver intact un témoignage dun mode de vie passé, puisque cela semble être le désir de nombreux responsables.
La campagne de restauration actuellement en cours sapplique uniquement aux maisons dont les propriétaires ont accepté les termes dun contrat stipulant quaucune transformation majeure ne sera effectuée, ce qui garantit lintégrité de ces bâtiments.
Ceci ne signifie cependant pas que tout soit acceptable pour les autres habitations et il faudrait trouver une solution viable pour les personnes désireuses de bénéficier des équipements " modernes ". Les principes de restauration actuellement répandus en Europe pourraient y être appliqués : toute intervention doit être lisible, simple et réversible. Le nouveau ninterférerait pas avec lancien et permettrait peut-être den avoir une lecture nouvelle.
Pour ce qui est des édifices publics, on tombe dans un autre problème récemment apparu lors du classement par lU.N.E.S.C.O. de la grande mosquée de Djenné et des mosquées de Tombouctou : traditionnellement, lentretien de ces mosquées revenait aux populations locales, chacun apportant sa contribution aux travaux selon ses moyens, riches et pauvres plongeant les bras dans la boue pour terminer les travaux denduisage avant le coucher du soleil, la tâche devant être effectuée en une journée maximum, comme le veut la tradition. Les symboles que lon retrouve dans cette fête, car ces travaux sont bien considérés comme une fête, ne peuvent que faire rêver : renouveau annuel du bâtiment, évolution de ce dernier au rythme des saisons, solidarité et mélange des classes sociales...
Depuis le classement officiel, toute modification apportée au bâtiment doit recevoir laccord des responsables locaux et les travaux dentretien ne sont plus autorisés. Cette tradition de lentretien annuel commence donc à disparaître, mais, faute de moyens financiers, les travaux ne sont pas pris en charge par les responsables de la conservation. Ce mode dintervention ne convient donc pas à la culture locale et doit être adapté aux traditions qui ont cours dans ces régions. Il faudrait certainement revoir la notion de " transformations " et ladapter avec plus de souplesse afin que le contrôle seffectue sur les modifications majeures et non sur lentretien de " surface ". Une autre piste pour la conservation de bâtiments majeurs du point de vue architectural et culturel peut être la réaffectation en en proposant un usage nouveau.
Prenons le cas des sahos : chez les Bozos, chaque quartier construisait une maison communautaire destinées aux adolescents où, au début du siècle, filles et garçons " sinitiaient à lamour bien avant lâge du mariage " (" Les chefs-d'uvre en terre du peuple de l'eau " in GEO, n°181). Lirruption de lislam et de ses interdits a voué ces bâtiments à la disparition faute dentretiens réguliers. À lépoque où ces bâtiments étaient encore utilisés, il existait une rivalité entre les quartiers pour la construction du plus beau saho, susceptible dattirer les filles les plus belles. Cette émulation a donné naissance à des bâtiments extrêmement travaillés, dont la fonction était mise en évidence de manière symbolique dans la décoration des façades.
Saho à Kolenzé (Photo extraite
de : Spectacular
vernacular : the adobe tradition)
À lheure actuelle, ces bâtiments sont de plus en plus délabrés et rien nest fait pour garder vivants ces monuments impressionnants. Même si la fonction quil abritait est aujourdhui interdite, le saho pourrait être transformé en centre culturel ou en maison des jeunes. Nous transformons bien des halls industriels en salles de concert !
Cest en fait ici une problématique de la conservation en général qui ressort : si une forme est associée à une fonction, est-il juste de conserver cette forme alors que la fonction tend à disparaître ou faut-il trouver une nouvelle fonction susceptible de sintégrer à une forme existante ?
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Lélément le plus important à respecter dans un climat comme celui du Mali est de se protéger du rayonnement solaire direct. Les solutions traditionnelles étaient la toiture terrasse ou la toiture en paille, toutes deux offrant une épaisseur suffisante pour obtenir le décalage nécessaire entre la période la plus chaude de la journée et le moment le plus froid de la nuit.
La tôle noffre cependant pas cette inertie thermique et la température des pièces sélève très vite, la chaleur étant emprisonnée à lintérieur de la maison. Deux alternatives, combinables, sont possibles.
Principes de réalisation des toitures
On peut associer un second élément à une toiture plate, élément surélevé et dissocié au maximum de cette dernière et destiné à former un écran au rayonnement solaire direct (principe du " store " extérieur appliqué à la toiture). Ce système offre lavantage dune double couche en toiture, la première pouvant être réalisée en matériaux à faibles coûts (donc courte durée de vie), tels la paille de mil, et constituant une couche de protection pour la " seconde " toiture, en terre battue par exemple.
Le deuxième principe, basé sur une amélioration de la situation existante, consiste à dissocier la toiture en tôles des murs porteurs afin de bénéficier au maximum dune aération en toiture évacuant ainsi lair surchauffé par le soleil.
On peut également adjoindre à cette toiture des éléments daspiration fonctionnant sur le principe de Venturi (augmentation de la vitesse de lair et création dune dépression, donc mouvement dair naturel). Les accessoires nécessaires pourraient être fabriques de la même manière que dautres accessoires courants (foyers portables, seaux...), cest-à-dire à partir de boites de conserve " recyclées ".
Principe dun système daspiration naturelle
Le vent peut être utilisé de manière judicieuse pour aérer les toitures mais également pour créer un courant dair à lintérieur de la maison. En plaçant de petites ouvertures hautes sur la façade recevant les vents dominants, et de grandes fenêtres sur la face opposée, on utilise la dépression pour créer une aération naturelle des locaux traversés tout en évitant lentrée des poussières. Limplantation des bâtiments doit aussi être réfléchie afin de favoriser laération des rues et des places dun quartier.
Coupe dans un bâtiment et disposition des ouvertures
Cest évidemment ici que les plus grands efforts doivent être réalisés. Selon le proverbe anglais, une maison en terre peut résister des siècles durants si " elle a de bonnes bottes et un bon chapeau " (Traité de construction en terre / Houben H., Guillaud H.). Actuellement lutilisation de la tôle nest pas optimisée : on couvre la construction mais les débordements de toiture sont inexistants, les évacuations deau ne sont pas prévues et leau de ruissellement est libre daller nimporte où, sinfiltrant donc à la base des murs. Les jonctions entre les différentes parties des bâtiments sont mal réalisées, leau pouvant sécouler entre deux murs mitoyens et les ronger de lintérieur.
On reproche à lenduit de terre de ne pas résister aux intempéries, mais rien nest fait pour lui faciliter la tâche ! Quant à lenduit de ciment, son adhérence au banco laisse à désirer et la seule solution est darmer la façade avec un treillis métallique, ce qui nest pas économiquement abordable.
Quelques modifications permettraient daméliorer la situation. Tout dabord augmenter le débordement de toiture afin décarter au maximum les eaux de pluie. Lorientation peut jouer aussi un rôle important : diminuer les surfaces sous les pluies battantes si elles existent, protéger ces surfaces par un plus grand débordement voire même installer un revêtement résistant à la pluie (plaquette de terre cuite, terre stabilisée ou encore tôle métallique).
Les soubassements pourraient être réalises en matériaux résistant bien à leau, comme la pierre ou le béton ; une rigole pourrait récolter les eaux de ruissellement et les empêcher datteindre la base des murs.
Coupe de principe et dispositifs de protection contre
les pluies
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Population totale du Mali : 10.795.000
Population urbaine : 27% : 2.914.650
...habitant les quartiers spontanés : 50 % : 1.457.325
Il faudrait mettre au point quelques plans types prévus pour pouvoir accepter des extensions éventuelles en fonction du nombre dhabitants sur chaque parcelle. La vie se passant essentiellement dans la cour, les maisons sont constituées principalement de pièces servant de chambres précédées dune véranda. Lessentiel est donc surtout dimaginer des détails techniques simples et réalisables avec des matériaux que lon peut se procurer facilement.
Au lieu de donner des subsides pour des logements " sociaux " que seuls les cadres supérieurs peuvent acheter, létat pourrait subventionner la construction de logements plus modestes non pas par une aide financière mais en fournissant les matériaux de construction dune ou deux pièces. Létablissement de métrés réglementaires permettrait déviter que des matériaux ne se " perdent " en ours de chantier, et les constructions seraient réalisées par les habitants eux-mêmes : lautoconstruction encadre par des professionnels du bâtiment a déjà fait ses preuves dans dautres pays, et la plupart des familles sont qualifiées pour ce genre de travaux, 70% des logements étant actuellement produit en autoconstruction.
Une disposition rationnelle des différentes fonctions permettrait déviter que les fosses daisances soit creusées à côté du puits ou que les bâtiments fassent barrage aux évacuations des autres habitations...
Ici encore limportance du site est prédominante. Il faut, entre autre, prendre en considération lorientation du vent et éventuellement la modifier (végétation, implantation des bâtiments). La pente du terrain doit être utilisée pour permettre une évacuation aisée des eaux de pluie et dun éventuel égout public.
Il faut aussi envisager les différentes phases déquipement du quartier en prenant soin de jamais entraver une phase ultérieure dévolution. Le schéma classique est le suivant : installation de bornes fontaines, distribution deau courante (au Mali, seuls 3,74% des ménages ont leau courante), distribution délectricité, organisation de légouttage...
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