Synthèse
Voici pour conclure un résumé de la démarche effectuée et lévolution de ma position par rapport à larchitecture traditionnelle dans un pays comme le Mali.
À la base de ce travail il y avait avant tout lattrait pour un pays étranger, une culture différente, une autre civilisation... et larchitecture que lon y rencontre. La comparaison avec larchitecture de notre pays pose des questions sur la tournure que celle-ci a pris au cours des dernières décennies. Le développement de la technique, lutilisation de structures complexes et de matériaux nouveaux ont-ils réellement servi larchitecture ?
Larchitecture ne doit-elle pas rester simple et nest-il pas possible de créer avec des méthodes moins onéreuses du point de vue énergétique, environnemental et humain ? Larchitecture de terre apporte évidemment une réponse possible à cette question : la simplicité du matériau, sa vulgarité presque laisse rêveur lorsque lon voit la richesse de la production en terre et la beauté des édifices construits de la sorte.
Lattrait pour le Mali résidait donc dans cette architecture faite de matériaux basiques et dans léconomie de moyens pour y arriver, à mettre en relation avec la qualité des résultats obtenus.
Le voyage débutait donc dans loptique dune recherche de solutions permettant la conservation à tout prix de larchitecture traditionnelle. Arrivé sur place, loin des livres et de leurs belles photos, la situation était passablement différente de lidée que je men faisais, ce qui paraît évident. Cette visite a donc permis de remettre les choses en place : même si larchitecture traditionnelle est digne dintérêts, il ne faut pas oublier le rôle premier de larchitecte qui, selon moi, est le suivant : produire espaces et volumes, bâtiments et constructions, répondant aux demandes du destinataire, sy adaptant et étant susceptibles de lui offrir une meilleure qualité de vie. Car il ne faut jamais oublier que larchitecte ne construit pas pour lui, mais pour lêtre humain qui utilisera la construction. Cest donc cet homme qui doit être au centre du projet, en noubliant pas que le bâtiment devra sintégrer dans un environnement appartenant à une collectivité.
Ce nest donc pas la construction en terre et sa conservation qui doivent être le sujet principal de ce problème, mais lhomme qui y vit. Les maisons de terre lui sont-elles toujours adaptées ? Quelles évolutions doit-on y apporter et dans quel but ?
La solution proposée se décompose alors en deux points : le premier est la conservation pure et simple à la manière européenne dune partie des bâtiments existants. La seconde est lintervention sur des bâtiments qui ont subi une transformation mais ne répondent plus à des exigences fonctionnelles primaires. Or cest peut-être une des nécessités primordiales de toute architecture : le fonctionnement correct du bâtiment est une condition nécessaire (mais pas suffisante) à respecter par tout architecte. Cest dailleurs pourquoi jestime quil y a des interventions plus urgentes à effectuer que le changement de lhabitat dune personne qui peut se permettre béton et climatisation au Mali. Même si, pour des raisons philosophiques, ces constructions ne me conviennent pas, ces bâtiments fonctionnent et répondent aux exigences de leurs propriétaires. Pour moi, les problèmes les plus importants et intéressants à traiter se situent dans la construction populaire en blocs de ciment et en tôle. Cette architecture qui répond à des envies légitimes de durabilité nest malheureusement pas adaptée aux conditions climatiques. Or nest-ce pas là une des fonctions des plus basiques de larchitecture ? Offrir un abris qui protège lêtre humain des agressions extérieures ? Partant de cette constatation, il est nécessaire de faire évoluer la situation rencontrée dans les quartiers spontanés.
Que la solution proposée soit en terre, en ciment ou en verre, peu importe, si elle est économiquement soutenable et quelle répond à ces exigences primaires.
Une fois que la construction aura évolué et quelle fonctionnera correctement, il sera alors temps de se poser des questions moins urgentes, mais néanmoins essentielles, où un engagement personnel sera possible, voire nécessaire. Lorsquun niveau de confort minimum sera atteint, ce qui peut se faire sans grande révolution dans les pratiques constructives et avec un minimum de bon sens, dautres options seront à déterminer par les habitants eux-mêmes. Et cest aux architectes de prouver leur utilité et leurs compétences en partant de la situation existante.
Si actuellement la construction en terre nest pas économiquement viable, cest peut-être par un manque de volonté des pouvoirs publics, mais plus certainement encore à cause de la mentalité actuelle de la population vis-à-vis de la construction en terre. La terre est un matériau de pauvre, et il ne sert à rien de faire des recherches pour laméliorer car personne ne voudra lutiliser, si on ne travaille pas en même temps son " image ". Les maisons construites en terre dans les quartiers spontanés sont mal entretenues et se dégradent fortement à cause dimperfection de construction, mais qui voudrait investir et prendre soin dune habitation que lon utilise de toute façon de manière provisoire en attendant davoir largent qui permettra la construction en béton.
En résumé, la protection et le développement de la construction en matériaux locaux peut donc passer par deux voies exploitables conjointement :
Cest assurément ce dernier point qui me paraît le plus intéressant. Pour moi, le changement ne doit pas venir den haut, des décideurs politiques, mais de la base, des gens qui construisent eux-mêmes leur habitat. Pour ce faire, larchitecte doit dabord prouver sa compétence par des interventions mineures ne demandant peu ou pas defforts de la part des habitants. Une fois que la valeur et lutilité de ces améliorations auront été reconnues et approuvées, on pourra sattaquer à lévolution que lon veut choisir et aux conséquences morales et philosophiques que ces choix impliqueront. Cependant, quelle que soit la voie dévolution choisie, il faudra toujours garder à lesprit le fondement et la raison dêtre de larchitecture : le bien-être et le développement de lhomme.
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