Georges Guétary,

l'Image des Rivages.

(reflet 2/4 )
mythe
Quelle est donc, d'où vient donc 
cette voix étrange 
qui dès ses premiers éclats inouis
réveilla 
ces appels au plus profond enfouis, 
ces rêves non dits ?
germe
1.
Le plus fier  et le plus beau
2.
Chanson de Venise
3.
Les Iles d'or
4.
Une chanson  pour Marinette
Chemins
 
  Ainsi Georges crée-t-il en Louis un fond féerique qu'il serait sans doute dommage de ramener à des tailles normales (...)  Il érige son souvenir inlassablement parce que, selon Musil, "la féerie s'en était mêlée dès les premiers instants."
Anne PIERJEAN, écrivain,
11 septembre 1999

 
Georges Guétary donc.

Dont le nom seul déjà donne le ton.
Ton de soleil, voix de vermeil et voix d'éveils,
qui cette année-là fêtait cinquante ans de vedettariat dans le courant dynamisant de quatre-vingts ans de vie enivrée d'enviable joie de vivre.
C'est cela, cet élan-là qu'ils viennent chercher, 
cela avec leur âge des mirages, leur âge des rivages 
que leur chanta la Voix, 
la Voix qui enchanta 
et leur donna image d'enchantement.

Celle-là probablement que leur montra le cinéma et qui ne trahissait pas celle que leur oreille avait, rien qu'à l'entendre, justement dessinée.

Le Cavalier Noir
D.R., affiche du film
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"Va, toi le plus fier et le plus beau, ..."

(L. Poterat, M. Bert & F. Lopez, Chic à Chiquito, 1944)
Elle était de prestance, elle était d'élégance, elle était jeunesse et aussi hardiesse, exaltant éclat de mâle beauté.
Et tant mieux si le film lui a fait endosser costume passé, vêtement d'Histoire : le noble habit cintré du XVIIIème siècle d'où bouffe le jabot et sortent les manchettes, l'habit coiffé d'un tricorne emplumé sur perruque ondulée, l'habit qui lui sied comme créé pour lui le montre fier et beau cavalier de virilité ! Tel qu'attendu -tel qu'entendu par pouvoir de la voix qui donne à voir et à bien voir !
Il éperonne du chant un merveilleux cheval blanc qui répond à la voix qui l'enchante dès qu'elle chante :
"Va, toi le plus fier et le plus beau,
"Chiquito !  Chiquito !
"Oh !
"Va, par les vallons et les coteaux,
"Chic à Chiquito !
"La, la-a-la, la-a-la, la-a-la, la-a-la,
"Héo!, Héo !
"Vas-y, mon Chiquito !"
l'Image mythique
D.R., Marc Fossard 
    Ils bondissent à l'unisson du son joyeux, ils s'envolent pour front de l'aventure, la voix leur est voilure qui s'évanouit en Sol supérieur dans le decrescendo de la coda infinie, là où rêvent d'aller celles et ceux qui dans le noir les regardent, et qui écoutent, écoutent et goûtent cette voix qui leur fait voir le personnage des mirages de possible réalité...
    Ils emportent en leur élan ceux qui les regardent et les entendent, ce fascinant Cavalier Noir sur son fabuleux cheval blanc.
    Car ils sont image de force toute chargée d'une puissance symbolique universelle et qui transfère d'Amérique cinématographique ses sources oniriques : un cavalier des ténèbres inquiétantes emporté par la pureté solaire du cheval, un cavalier qui nuit aux mauvais, qui protège et rassure les bafoués, un justicier anonyme, un justicier sublime.

Car c'est cela même qu'il est, Georges Guétary dans les esprits, dans les oreilles, pour les merveilles, pareil à l'image imaginée dès qu'on l'entendit affirmer
-ce qu'on voulait bien croire- :
"On m'appelle Robin des Bois,
"Je m'en vais par les champs et les bois
"Et je chante
"Ma joie par-dessus les toits..."

Rencontre !  Fusion !  Magie du cinéma qui marie mirage et visage, rêve et réalité, fait voir les rivages de l'irréel, rend présent le passé et le rend éternel.
Magie de l'image !
Alliage de l'image et du son -magie de la voix : symbiose !
Et fission.

Car elle est si forte et répond si bien à l'attente publique et créatrice sans doute, cette image hors mièvrerie, qu'elle revient deux ans plus tard, tournée l'année suivante :
Casanova; en deux épisodes  !

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"C'est une chanson de Venise, ..."

(R. Rouzaud, M. Vandair & R. Sylviano, La Chanson de Venise, 1947)
Elle est pareille sans être la même : elle est résurrection; autre figure en mêmes traits qui traversent le temps, elle donne à celui qui les incarne immortalité !  Et puis elle porte dans un ailleurs des meilleurs : Venise !
Venise qui brille, Venise de prestige, Venise d'art, de commerce, de richesses -Venise d'ivresses-, Venise cité inaccoutumée d'appels de libertés, Venise Renaissance habitée par l'Inquisition de contradiction et de révolutions... : Venise-Casanova !
    Car Casanova n'est pas Don Juan, le tragique, le tourment -et le sadisme aussi, la volonté de mal, celle d'avilir et de détruire la femme : Casanova, c'est... Venise... 
Venise et le jeu du masque, du libertinage contre prison de fausses vérités, 
de l'esprit qui se libère en quête de vérité non dictée par les règles faussées 
-carnaval ! ... carnaval déjà...
     Il fallait ici une musique qui ne pût, quoique s'adressant à l'inculture (le cinéma pardi était alors encore art mineur de perdition et de mépris -tout comme la chanson !), crier l'anachronisme, une musique digne.
Pour Le Cavalier Noir, lier le fox au galop de Chiquito pouvait encore s'admettre, et puis aussi la valse; et Lopez suffit -et combla.  Mais ici !

    Ici, ce furent les partitions les plus élaborées, les plus fines peut-être que reçut Georges Guétary,  les compositeurs et les auteurs ont alors si bien découvert les ressources, les richesses, les potentialités de la voix qu'ils la servirent au mieux, qu'ils la haussaient, la sublimaient, l'ennoblissaient : René Sylviano avec textes de René Rouzaud, Maurice Vandair et Jean Boyer; elles y furent la vocalise pure qui vole de L'Oiseau fidèle, et qui appelle la tarentelle, laquelle va vers la légende belle de La Chanson de Venise qui grise de tout ce légendaire d'éternité, Pierrot et Colombine, et...

Casanova d'éveils...
D.R., SIRIUS
Et c'est l'appel des origines, l'appel des sources qu'on devine divines de la voix cristalline, de la voix en sa pureté d'argent qu'on écouterait sans paroles.

Car d'où vient-elle, cette voix qui enchante, cette voix pour le chant, cette voix argent et diamant,
cette voix pureté et clarté et force et richesse,
cette voix qui éclata et se figura et qui portait nom éloquent, évocateur et aussitôt prestigieux
-nom de dieu mystérieux-
et nom de jeu, et qui avait dix ans quasiment déjà d'existence,
et peut-être même d'éternité (Orphée ?), on ne sait.

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"Where flamingoes fly, ..."

("Vers les Iles d'or,...")
(J. Kennedy>A. Hornez & M. Spolianski, 1947)

    Attirée par la mer et les étoiles, confiante en la beauté des rivages d'Orient, une jeune fille tout à coup atterrée crie "Voïthia ! Voïthia !" ("Au secours ! Au secours !") : des garçons la poursuivent, des garçons veulent la prendre !

    "Voïthia ! Voïthia !"

    Surgit de la nuit un jeune homme intrépide : il la sauve du viol... ils se volent leurs cœurs.
    De l'amour chevaleresque qui devra fuir l'envahisseur turc naît un enfant qui devenu grand épousera une compatriote de même diaspora grecque qui fera souche à Alexandrie en union de Vorloglou et de Janopoulo.  En naîtront treize enfants à qui le père à la veillée chante et conte le pays de légendes, la civilisation prestigieuse des ancêtres hellènes.  On s'enivre de vie dans l'exil qu'on peuple, dans la pauvreté qu'on ignore.
 

Lambros et Savas
ph. X (DR)
    Un jour, passe l'oncle de prestige : Tasso, le frère de mama, celui-là qui est allé à Paris, y a acquis renommée; il vient donner concerts, accompagnant un violoniste qu'on dit grand, un certain Jacques Thibaud.
    Rentré en France après la tournée, Tasso qui depuis tant d'années vivait célibataire saigne maintenant du besoin d'enfant : il revoit dans le souvenir deux de ses neveux; il leur écrit.
    L'un, tandis que l'autre s'essouffle bientôt, répond, répond, répond, et bientôt dit qu'il est prêt à venir à Paris vivre avec lui, l'oncle des merveilles !
    C'est Lambros, il a dix-neuf ans, l'âge de la fin du lycée, l'âge du choix que le conseil de famille décide commercial sous cette tutelle de l'oncle.

  Ainsi, docile, le jeune Lambros entreprend à Paris des études commerciales au terme desquelles il devra rentrer à Alexandrie seconder le frère aîné, Christos, qui, après la misère, s'impose dans les affaires.
   Mais la musique habite la demeure de France -tout comme elle habitait d'ailleurs, fût-elle autre, celle d'Alexandrie.
   Et le soir de Noël de 1935, qui a réuni des amis de Tasso Janopoulo, Jacques Thibaud, Milstein, Kreisler, Alfred Cortot, Ninon Vallin, il chante, Lambros, une de ces chansons du folklore grec que lui a apprises son père, I Garifalia(L'Œillet et le Basilic), une fable de pur amour. 

 
Tasso Janopoulo,  accompagnateur des grands violonistes,
en filiale complicité,
prépare son neveu, Lambros Worloou -Georges Guétary
D.R., X
Et chacun confirme ce que Tasso sans doute n'osait formuler : pourquoi laisser aux chiffres ce garçon dont le si beau timbre de voix attend les notes, dont le visage et le maintien appellent l'artiste ?
Douze heures de travail quotidien éduquent bientôt le jeune homme : Ninon Vallin lui fait travailler Fauré, Duparc, Schumann, Schubert et le chant italien; à l'Ecole Normale Cortot-Thibaud-Casals, il étudie le piano et l'harmonie; chez René Simon il apprend l'articulation et le maintien qu'assouplissent en outre les cours de danse à Pigalle.
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"Les vers avaient bonne façon,

"La musique fut bientôt faite."

(D. Tagliafico, La Chanson de Marinette, 1937 ou avant)
    Un jour, par hasard -c'était en 1937-, l'organisateur de concerts Valmalète, chez qui Lambros passe à la demande de Jacques Thibaud, lui dit qu'il tombe bien : le chef d'orchestre Jo Bouillon cherche un chanteur pour remplacer le sien qui est malade; s'il veut auditionner, puisqu'il apprend le chant,...

    Aucun rapport entre cette musique de variétés et celle qu'il chante.  Et même, une certaine barrière les sépare -ou veut les séparer.  Mais chanter, chanter, chanter au cours tous les jours sans en sortir, avoir un compagnon de cours qui s'appelle Jean Lumière qui déjà se fait connaître, savoir que Reda Caire déjà célèbre se soumet aussi à la science de Ninon Vallin,  ça n'autorise pas d'aller là auditionner, sans vouloir, bien sûr, le gagner, ce remplacement ?
    Mais il le gagne !  Car Tonton au lieu de le gronder le prépare.

    Et la presse le cite.

     Et le regard et l'oreille de Mistinguett un soir s'y accrochent, et elle dit : "Je le veux, ce beau gars, ce Georges Lambros !" -car pour l'oreille française, il a laissé son nom grec de Vorloglou, même anglicisé en Worloou par le grand-père avisé : il a pris le prénom de son père et transféré son propre prénom en nom.
    Et elle l'aura, la Miss, jusqu'en 1939, et il souffrira, recommençant jusqu'à vingt fois une entrée en scène, devant aller chez elle apprendre à marcher comme il lui convient, et il bonifiera, et il remplacera Reda Caire qui partage avec la Miss la vedette dont elle prend ombrage d'ailleurs.
Boy chez Misstinguett
parmi d'autres encore, mais
qui, l'enlève à Jo Bouillon
et lui prédit un grand avenir...
D.R., X
    Et la presse encore le citera.

    Et même, le ténor classique Antonio Parera qui, comme compositeur, le rencontrera en 1938 aux éditions Vedette, annoncera aux siens, nous confie sa fille, la princesse Myriam de Béarn, auteur du "best seller" Gaston Fœbus : "Son élégance naturelle, son très beau visage, sa musicalité, sa voix -enfin- très "personnelle", tout cela laisse prévoir une future star"

    Mais la guerre éclata.
    La guerre pour laquelle l'Administration française ne donnera jamais suite au souhait formel d'engagement de l'oncle et du neveu, Janopoulo, Tasso et Worloou, Lambros.

    Et le chanteur débutant devient ainsi serveur dans un restaurant; en zone Sud où l'attention d'un maire ami de Jacques Thibaud a pu le faire expulser après l'avoir sauvé du peloton d'exécution où l'aurait probablement conduit son trop franc-parler contre l'occupant.

    Et l'accordéoniste Fredo Gardoni le reconnaît, qui l'invite à l'accompagner dans sa tournée.  Deux cents villes continuent ainsi en deux ans à aguerrir, affermir, former, créer le jeune chanteur qui s'est, sur suggestion de prudence et de meilleure possibilité de mémorisation publique du nom, appelé Georges Guétary par souvenir sympathique de la localité de Guéthary toute proche de la villa de Jacques Thibaud où était comme chez lui l'oncle Tasso Janopoulo.

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