GEORGES GUETARY,

Visage de l'Image (2/6)

de rien…
Quel visage cache cette voix 
génératrice 
de tant d'images diverses, 
de rivages attendus ?
…sommet
1.
Vagabond
d'illusion
2.
Va-nu-pied
de réalité
2.
 Aventurier 
du soleil
3.
 Identité
des merveilles
4.
 Voleur
de cœurs
5.
 Etre
de réalités
Sorties

"La, la, la-la-la, la----- !"

répond au cuivre de l'orchestre la claire vocalise aérienne sur la noire, ré noire, mi bémol-ré-do triolet, ré blanche tenue en rondes pour dix-huit temps du tempo lancinant de boléro muant en fox et qui se présente en rythme envoûtant évoquant le Moyen-Orient :
"Jesuis sous le ciel clair un vagabond
"Qui s'en va vers l'horizon
"Où m'entraîne mon destin,
Limbes
"Toujours plus loin.
"Mes rêves seuls me tracent le chemin.
"La route est longue au soleil d'été,
"Mais je ne puis m'arrêter,
"Car mon cœur me dit tout bas :
""C'est mieux là-bas".
"Je suis sans fortune, je n'ai rien.
"Pourtant le monde m'appartient
"Je vais sur la route blanche,
"Cueillant la fleur sur les branches
"Et les fruits qu'un soleil
"A poudrés d'or vermeil,
"Puis je goûte le raisin dans les vignes
"En chantant des refrains.
Limbes
"Ah, Ah, Ah, Ah
Ah, Ah, Ah, Ah
"Et la route peut s'enfuir
"je n'en garde pas un souvenir."
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Lambros de nulle part, Lambros le Lumineux

De Lambros Worloou

du sauvageon...
D.R.,

Lambros Worloou passé par Georges Lambros : se crée ainsi Georges Guétary
par la chanson de Vincent Telly & Moïses Simon, L'homme de nulle part (1939, éd Champfleury)
à Georges Lambros

...au policé
D.R.,

L'Homme de nulle part mord si parfaitement la cire, 
inspire si idéalement l'oreille en éveil 
que Pathé aussitôt signe un contrat de quatre ans 
au jeune chanteur qui se fait appeler Georges Guétary !

Georges Guétary...

Un inconnu, un nouveau venu.
À tel point que dans la rue, quand tel qui le connaît rencontre Lambros, il l'apostrophe : "Ah, tu es revenu... Que penses-tu de ce Guétary qu'on entend de plus en plus ?
- Beaucoup de bien !", répond le malicieux -le fort en jeu...

Certes, c'est Fredo Gardoni qui lui avait conseillé, rappelons-le, de prendre un pseudonyme plus aisé à mémoriser.
N'empêche, quand il avait quitté l'Egypte, c'était pour devenir commerçant : c'était entendu avec les parents.  Or, il avait trahi, le fils bien obéissant, le fils maintenant prodigue; et même, il avait impliqué Tasso dans l'affaire, Tasso l'oncle de confiance, l'oncle de Providence, l'oncle mentor, l'oncle si bon dont le hasard soudain écartait l'aile protectrice : n'était-ce pas le moment de se faire oublier... ou de devenir ?

Devenir !...
"Deviens ce que tu es", conseille le philosophe, et le destin le ferait Guétary.
Car c'était bien beau et ça l'avait bien servi, Fauré, Duparc, le chant italien sous direction de Ninon Vallin,  mais ça ne coulait pas dans ses veines, dans son sang, dans son âme, ce chant-là...
Et puis, la Miss après Jo Bouillon, ce n'était pas rien non plus, bien sûr, et même qu'ils avaient été levain sans doute, dans son destin; mais dans leur ombre, il n'était rien, lui :'un instrument parmi les autres, un banal servant qu'on laisse en plan !

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Or, dans ce Midi pas gris comme Paris, dans ce Midi si proche de chez lui, là-bas de l'autre côté de la Méditerranée qu'il ne cesse de respirer, de voir, d'entendre, qui le ravit, qui le ranime, Gardoni l’a délié : il trouve ce qu'il cherche, ce qui lui correspond, il s'aguerrit, il s'affermit, il s'affirme, il se fait lui : adieu, petit Lambros de rien, et que naisse et vive Guétary !
dans le Midi avec Fredo Gardoni qui le laissera devenir lui
éclosion 
D.R., X.

Guétary...
Un nom qui dit musique, un nom qui dit Midi.
Midi d'où il doit remonter vers Paris s'il veut s'imposer, triompher.
Et l'oncle qui veillait, l'oncle encore aiderait. 

Perdu de vue et de soutien depuis deux ans, il apparaît soudain, un soir de ramage, de chant engageant, il comprend que le poulain devient pur-sang piaffant digne de briller en vedette.

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"Une chanson aux lèvres, une plume à mon chapeau, …"

(Fernand Bonifay et Guy Magenta, "Marco Polo", Paris, Beuscher, 1953)
Avec l'aide de Jacques Thibaud, il lui fait traverser la ligne de démarcation, il le ramène à Paris; il lui fait choisir l'inédit, une chanson qu'il créera -que son nom créera : auquel son nom s'associera : qui fera naître son nom.
Jusque-là l'avait servi le répertoire courant, puisé en Tino, en Chevalier, en Mistinguett, Hélène Regelly, ... : en qui s'était fait un nom déjà.
Aujourd'hui, c'était pour lui cette chanson dans les cartons : il lui donnait une voix, il lui donnait un nom :
il créait !

L'homme de nulle part...

Tout Guétary y est déjà en synthèse antérieure :
La vocalise d'abord, appel, rappel à mi-narration, envol en coda, l'exotisme, le rythme et les thèmes de liberté d'amours délaissées par l'insaisissable vagabond bon larron personnifié par la voix de clarté, la voix typée que deux ans de tournée ont dégagée de la gangue encore qui l'enserrait.  La raideur du contrôle constant du noviciat a fait place au dégagement à l'élan, à l'aisance, à une liberté -à une personnalité.
Titre, texte, mélodie, orchestration sont fusion si idéale qui le rendent tel qu'attendu, qui le typent tel que cherché, espéré, appelé, et bientôt rappelé.

Car dès lors pour l'encore -et pour toujours troubadour-, on l'attendait, on le reconnaît, "on" de l'attente commune en la guerre qui désespère (1941-42) : être du vent, être de liberté, il fait rêver les filles et s’identifier les garçons : la voix jeune, claire, légère et particulièrement colorée en envolées donne bientôt mille figures : le vagabond volontaire, vagabond de l'air, libre d'absolu, personnage romanesque d'un certain romantisme typique, surgira porteur d'eau, ménestrel, chanteur de rue, saltimbanque, marchand d'oranges, voleur, marin, chercheur d'or -aventurier- images -et visage- de personnage mythique...

Il est de tous les temps d'attente, de tous les cieux rêveurs du mieux :
  • à Londres, dans Bless the Bride, “he stops the show" pour un appel au bis inaccoutumé là-bas;
  • fascinés, les producteurs, d'Oklahoma venus d'Amérique l'attirent à Broadway qui aussi le reconnaît : un aréopage de journalistes lui décernent le First Award accordé au meilleur interprète étranger (Arms and the Girl);
  • “He is my guy !”, bondit Gene Kelly pour An American in Paris; or, si  Hollywood le déroute,
  • Paris l'ennoblit -anoblit le vagabond de bon ton- : il devient le roi Don Carlos !  "Georges y était rayonnant.", se rappellera Fernand Sardou (le père de Michel) lorsqu’il écrira ses souvenirs;
  • l'Allemagne après confirmerait cet alliage de noblesse vagabonde en lui offrant le classique qu'il avait délaissé : Le Baron Tzigane.
  • ...
Ainsi les scènes d'opérettes, après la radio des éveils, après l'écran des merveilles, affirment sa destinée :
l'image par la scène se fait chair :
le temps mythique devient temps réel; le destin le fait Guétary dans la vie, prince vraiment autant que charmant, fascinant magicien dont le chant -dont la voix- est baguette magique et qui séduit.
a. 40..
D.R., Star, Cannes.
a. 40..
D.R., Carlet 
a. 40..
D.R., Harcourt
a. 40..
D.R., Carlet
a. 40..
D.R., Carlet
Images d'identité
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"Viens, l'Amour est mon nom, ..."

(F. Llenas & J. Uvergots, "L'Amour est mon nom", Paris,  SEMI Bourcier, 1942)
Etre du vent -du vent qui porte et moule le chant-, ce séducteur des ailleurs -cet "homme de nulle part"- porte nom : Amour; pour séjours idylliques, des Tropiques typés.

Image encore.

Vérité de l'être, du personnage et de l'image ?

Réalité à laquelle il voudra échapper.
À laquelle il ne pourra échapper.
Malgré ses essais, répétés et divers :

  • Malgré le mariage de durée cimenté de deux enfants.
  • Viendront ainsi Amour et Compagnie pour joyeuse fantaisie, Guétarhippie pour se mettre en charpie, Monsieur Pompadour qui le transmue second à son tour, Les Aventures de Tom Jones qui le vieillit;
  • Et viendra aussi l'intrusion en Ferré, Ferrat, Brel pour larguer le sucré sinon le niais, ....
hors plateau
Casanova, ça ?
avec Bourvil 
rire !
avec Jean Richard
et encore
en Western
éclatement 
Iconoclaste invétéré...
D.R., X, et J. Marquis pr Western

Mais !

  • Mais convainc-t-il quand il chante Avec le temps, La chanson des vieux amants, La Quête ?

  • Trop de soleil dans la voix, trop de santé, trop d'été dans l'être !
  •  Mais les "fans" tournent le dos au vieillissant-bedonnant-vitupérant Western que la critique pourtant glorifie.
  •  Mais quelle relance de l'élégance quand la personnalité comique d'un Bourvil (La Route fleurie, Pacifico) puis d'un Jean Richard (La Polka des LampionsMonsieur Carnaval, Monsieur Pompadour) qui l'écrasent rehaussent son charme naturel !
Et laissant la si fraîche comédie musicale Hourra, papa ! dans laquelle l'avait entraîné l'Ami-frère, Jo Moutet dont il ne contribuerait pas ainsi hélas à faire rayonner le nom, il prendrait la main que lui tendait Lopez une troisième fois pour le succès de quatre opérettes-redites dont il se lasserait enfin -mais que réclame le public : l'image ne le lâche pas, qu'il doit concéder d'ailleurs en ouverture de la deuxième partie de son Jubilé

Concessions ?  Compromis  ?

Fatalité et Destinée : Guétary, Guétary hors Worloou, serti en Worloou ?

Dame! c'est que le personnage a de l'allure, de la prestance, une élégance, un maintien, un port une grâce de naissance.  Qui subjugue et charme naturellement, a contrario dirait-on de ses origines modestes et pauvres.  Comme touché d'une grâce divine.
 

...rattrapé par son essence  :
Don Carlos
Royal !
D.R., X.
Sandor
ni baron, ni tzigane : davantage !
D.R., Berolina  films.
Western 
rayonnant
D.R., Jean Marquis.
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"C'est mieux qu'un titre de roi !"

(A. Hornez / J. Strauss, "Le Baron tzigane", 1954 -DR)
"Il a toujours ta matia tis Afroditis" (il a toujours les yeux d'Aphrodite) dit explicite ce qu'exprime le "Aah reconnaissant montant de la salle qui se laisse surprendre par l'apparition -prendre par l'image-, et reprendre par la voix qui la fit voir -image-, symbiose de la figure, du visage et du ramage de rare alliage -la voix reflet de l'être, reflet de l'âme.

Plus qu'image, mieux qu'image : reconnaissance antérieure :

  • "En Grèce, quand la radio apportait sa voix, on ouvrait la fenêtre et le travail s'arrêtait", poursuit la compatriote éblouie quarante ans plus tard quand enfin elle le voit sur scène et de chair et de près;
  • "Ah! chez nous cette voix-là !...", se pâme ce jeune émigré de vingt ans qui, surpris, l'entend ici : "Les anciens, jouit-il, mettaient leur tête dans le pavillon du gramophone pour l'écouter !  Ah ! on n'en entend pas tous les matins, des voix pareilles !", se laisse-t-il sourire et quérir vers Samos par la voix de là-bas, voix de choix.
Voix de couleur, voix de hauteur, voix de liesse, voix de vigueur, voix de charmeur voix d'enchanteur, catalyseur d'îles magiques.
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"Lalala, lalalalalalala, lalalala, lala..."

[Ch. Chalkitis-H. Banks & S. Vlavianos, "Musique" ("My Reason") DR]
Le merle sur la plus haute branche les soirs de printemps ne siffle pas que "cui-cui", et dans ses variations s'inscrivent, se sculptent des sons innombrables qui nous étonnent et nous enchantent.
Sons qui nous retournent et nous appellent et nous élancent comme nous appellent nous élancent et nous rappellent ces entrées, codas et inter-chants, cris qui ne sont pas cris puisque Cri d'harmonie, ciselé qui séduit, qui captive.

Or qu'est le chant -et qu'est la voix- finalement ?
Plus avant même et avant même la faculté de communication ?
Un instrument de captation.
Capter !
Captiver !
Soit... charmer.
 

...par grâce de naissance  :
<1949>
D.R., Pathé
1950
D.R.,ph illis
1952
D.R., éd. P.I.
<1955>
D.R.,Piaz 
59 ans
D.R., F. Darras
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"La vie est un jeu : je joue !"

(J. Plante & Ch. Aznavour, "Monsieur Carnaval", 1966, DR)
Oiseau...

En 1947, il ramenait d'Angleterre une chanson qui littéralement captiva par le sifflement qui introduisait, relançait, terminait le chant : rappelant l'écoute du Georges Guétary typique et fascinant en ses appels et codas vocaliques élevés, il emmenait en ailleurs qu'on ignorait, planté pourtant en notre mémoire primitive :

le sifflement transmué soudain en noblesse retrouvait sa réalité première
d'expression sur le roseau -sur le syrinx- :
le dieu Pan l'habiterait-il, ce Guétary  dont l'instrument vocal,
corde et bois mêlés, tient aussi à la racine du sifflet ?
L'homme de nulle part serait donc d'un quelque part bien précis :
de cet Olympe des dieux...

Telle est son essence.

"Chanter, je ne peux faire que ça", confie-t-il au micro comme en aparté; à quoi doit s'ajouter bondir (au volley) et rire (toute la journée).
Comme le merle enivré les soirs d'été jaillit, bondit, dynamise, il chante et enchante naturellement, ranime, ainsi que l'a observé le Professeur Tomatis qui nous dit que le chant dynamise l'esprit et l'être et l'âme.

Image ?  Mirage ?
Visage.

Magie :

"Il y aura d'autres dimanches,

"d'autres joies, d'autres chansons d'amour,"

(P. Sevran & J. Moutet-M. Pruvot,  "Je n'vous dis pas au revoir", D.R.,Disc Ambiance, 1993)
De cet oiseau,
de cet aïdonia ton Parission ainsi que le baptisèrent ses compatriotes lors même que sorti de Grèce depuis deux générations,
de cet être de l'air (Verseau) et de la terre (Georges),
 il tient le dynamisme primesautier
que traduit mobilise et régénère
sa voix qui rit, chante et enchante,
son corps qui bondit et danse,
son être qui vibre et s'élance,
son âme qui rit du bonheur d'enfance enjouée.

Voix d'élan, voix d'allant,
personnage de vigueur,
enchanteur, est-il de nulle part,
ou de cet ailleurs où peu savent aller,
là en ce "Pays où l'on n'arrive jamais",
à moins que l'on soit dieu...
dieu ou enfant n'est-ce tout comme ?

Jadis surgi de nulle part vagabond bon larron,
il a gardé toute sa vie la faculté fondamentale et essentielle de Joie;
mais métamorphosé aujourd'hui en vagabond marchand de bonheur,
il a transmué son plaisir égoïste en joie partagée,
coda infinie de son Jubilé :

pour des nuits magiques,
"Je n'vous dis pas au revoir,
"Mais à bientôt, mais à bientôt.
"Si nous nous quittons ce soir,
"Un peu trop tôt, un peu trop tôt,
"Il y aura d'autres musiques,
"D'autres bals, d'autres soirs de galas,
"On verra des nuits magiques,
"Des bonjours et des bonsoirs.
"(...)
"au revoir et à bientôt !"
au revoir et à bientôt !
Photos, ©, Laurence Francis,D.R.,  Louis Pieters.
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