"La,
la, la-la-la, la----- !"
répond
au cuivre de l'orchestre la claire vocalise aérienne sur la
noire,
ré noire, mi bémol-ré-do triolet, ré
blanche
tenue en rondes pour dix-huit temps du tempo lancinant de boléro
muant en fox et qui se présente en rythme envoûtant
évoquant
le Moyen-Orient :
"Jesuis sous le
ciel
clair un vagabond
"Qui s'en va
vers
l'horizon
"Où
m'entraîne
mon destin,
|
"Toujours
plus
loin.
"Mes
rêves seuls
me tracent le chemin.
"La route
est longue
au soleil d'été,
"Mais je
ne puis m'arrêter,
"Car mon
cœur me dit
tout bas :
""C'est
mieux là-bas".
"Je suis
sans fortune,
je n'ai rien.
"Pourtant
le monde
m'appartient
"Je vais
sur la route
blanche,
"Cueillant
la fleur
sur les branches
"Et les
fruits qu'un
soleil
"A
poudrés
d'or vermeil,
"Puis je
goûte
le raisin dans les vignes
"En
chantant des refrains.
|
|
"Ah, Ah,
Ah, Ah
Ah, Ah, Ah, Ah
"Et la route
peut
s'enfuir
"je n'en garde
pas un
souvenir." |
|
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|
Lambros
de nulle part, Lambros le Lumineux
|
|
De
Lambros
Worloou

D.R.,
X
|
Lambros
Worloou
passé par Georges Lambros : se crée ainsi Georges
Guétary
par la
chanson de
Vincent Telly & Moïses Simon, L'homme de nulle part
(1939, éd Champfleury)
|
à
Georges
Lambros

D.R., X
|
L'Homme
de nulle part mord si parfaitement la cire,
inspire si
idéalement
l'oreille en éveil
que Pathé
aussitôt
signe un contrat de quatre ans
au jeune
chanteur
qui se fait appeler Georges Guétary !
Georges
Guétary...
Un
inconnu, un nouveau
venu.
À
tel point
que dans la rue, quand tel qui le connaît rencontre Lambros, il
l'apostrophe
: "Ah, tu es revenu... Que penses-tu de ce Guétary qu'on entend
de plus en plus ?
- Beaucoup
de bien
!", répond le malicieux -le fort en jeu...
Certes,
c'est Fredo
Gardoni qui lui avait conseillé, rappelons-le, de prendre un
pseudonyme
plus aisé à mémoriser.
N'empêche,
quand
il avait quitté l'Egypte, c'était pour devenir
commerçant
: c'était entendu avec les parents. Or, il avait trahi, le
fils bien obéissant, le fils maintenant prodigue; et même,
il avait impliqué Tasso dans l'affaire, Tasso l'oncle de
confiance,
l'oncle de Providence, l'oncle mentor, l'oncle si bon dont le hasard
soudain
écartait l'aile protectrice : n'était-ce pas le moment de
se faire oublier... ou de devenir ?
Devenir
!...
"Deviens
ce que tu
es", conseille le philosophe, et le destin le ferait Guétary.
Car
c'était
bien beau et ça l'avait bien servi, Fauré, Duparc, le
chant
italien sous direction de Ninon Vallin, mais ça ne coulait
pas dans ses veines, dans son sang, dans son âme, ce
chant-là...
Et puis,
la Miss après
Jo Bouillon, ce n'était pas rien non plus, bien sûr, et
même
qu'ils avaient été levain sans doute, dans son destin;
mais
dans leur ombre, il n'était rien, lui :'un instrument parmi les
autres, un banal servant qu'on laisse en plan !
|
|
|
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|
| Or,
dans ce Midi pas
gris comme Paris, dans ce Midi si proche de chez lui, là-bas de
l'autre côté de la Méditerranée qu'il ne
cesse
de respirer, de voir, d'entendre, qui le ravit, qui le ranime, Gardoni
l’a délié : il trouve ce qu'il cherche, ce qui lui
correspond,
il s'aguerrit, il s'affermit, il s'affirme, il se fait lui : adieu,
petit Lambros de rien, et que naisse et vive Guétary
! |
dans
le Midi avec
Fredo Gardoni qui le laissera devenir lui
D.R., X.
|
Guétary...
Un nom qui
dit
musique, un nom qui dit Midi.
Midi
d'où
il doit remonter vers Paris s'il veut s'imposer, triompher.
Et l'oncle qui
veillait,
l'oncle encore aiderait.
Perdu de vue
et de
soutien depuis deux ans, il apparaît soudain, un soir de ramage,
de chant engageant, il comprend que le poulain devient pur-sang
piaffant
digne de briller en vedette.
|
|
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|
"Une chanson
aux lèvres, une plume à mon chapeau, …"
(Fernand
Bonifay
et Guy Magenta, "Marco Polo", Paris, Beuscher, 1953) |
Avec
l'aide de Jacques Thibaud, il lui fait traverser la ligne de
démarcation,
il le ramène à Paris; il lui fait choisir
l'inédit,
une chanson qu'il créera -que son nom créera : auquel son
nom s'associera : qui fera naître son nom.
Jusque-là
l'avait
servi le répertoire courant, puisé en Tino, en Chevalier,
en Mistinguett, Hélène Regelly, ... : en qui
s'était
fait un nom déjà.
Aujourd'hui,
c'était
pour lui cette chanson dans les cartons : il lui donnait une voix, il
lui
donnait un nom :
il
créait
!
L'homme
de nulle part...
Tout
Guétary
y est déjà en synthèse antérieure :
La vocalise
d'abord, appel,
rappel à mi-narration, envol en coda, l'exotisme, le
rythme
et les thèmes de liberté d'amours
délaissées
par l'insaisissable vagabond bon larron personnifié par la
voix
de
clarté, la voix typée que deux ans de tournée ont
dégagée de la gangue encore qui l'enserrait. La
raideur
du contrôle constant du noviciat a fait place au
dégagement
à l'élan, à l'aisance, à une liberté
-à une personnalité.
Titre, texte, mélodie,
orchestration sont
fusion si idéale qui le rendent tel qu'attendu, qui le typent
tel
que cherché, espéré, appelé, et
bientôt
rappelé.
Car dès lors pour l'encore
-et pour toujours
troubadour-, on l'attendait, on le reconnaît, "on" de l'attente
commune
en la guerre qui désespère (1941-42) : être du
vent,
être de liberté, il fait rêver les filles et
s’identifier
les garçons : la voix jeune, claire, légère et
particulièrement colorée en envolées donne
bientôt
mille figures : le vagabond volontaire, vagabond de l'air, libre
d'absolu,
personnage romanesque d'un certain romantisme typique, surgira porteur
d'eau, ménestrel, chanteur de rue, saltimbanque, marchand
d'oranges,
voleur, marin, chercheur d'or -aventurier- images -et visage- de
personnage
mythique...
|
Il est de tous
les temps
d'attente, de tous les cieux rêveurs du mieux :
-
à Londres,
dans Bless the Bride, “he stops the show" pour un appel
au
bis inaccoutumé là-bas;
-
fascinés,
les producteurs,
d'Oklahoma venus d'Amérique l'attirent à Broadway
qui aussi le reconnaît : un aréopage de journalistes lui
décernent
le First Award accordé au meilleur interprète
étranger
(Arms and the Girl);
-
“He is my
guy !”, bondit
Gene
Kelly pour An American in Paris; or, si
Hollywood
le déroute,
-
Paris
l'ennoblit -anoblit
le vagabond de bon ton- : il devient le roi Don Carlos !
"Georges
y était rayonnant.", se rappellera Fernand Sardou (le
père
de Michel) lorsqu’il écrira ses souvenirs;
-
l'Allemagne
après
confirmerait cet alliage de noblesse vagabonde en lui offrant le
classique
qu'il avait délaissé : Le Baron Tzigane.
-
...
Ainsi
les scènes
d'opérettes, après la radio des éveils,
après
l'écran des merveilles, affirment sa destinée :
l'image
par
la scène se fait chair :
le temps
mythique
devient temps réel; le destin le fait Guétary dans la
vie,
prince vraiment autant que charmant, fascinant magicien dont le chant
-dont
la voix- est baguette magique et qui séduit.
D.R., Star,
Cannes. |

D.R., Carlet
|

D.R.,
Harcourt
|

D.R.,
Carlet
|

D.R., Carlet
|
Images
d'identité
|
|
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|
"Viens,
l'Amour est mon nom, ..."
(F.
Llenas & J. Uvergots, "L'Amour est mon nom", Paris, SEMI
Bourcier,
1942) |
| Etre
du vent -du vent qui porte et moule le chant-, ce séducteur des
ailleurs -cet "homme de nulle part"- porte nom : Amour; pour
séjours
idylliques, des Tropiques typés.
Image encore.
Vérité
de l'être, du personnage et de l'image ?
Réalité
à laquelle il voudra échapper.
À
laquelle
il ne pourra échapper.
Malgré
ses
essais, répétés et divers :
-
Malgré
le mariage
de durée cimenté de deux enfants.
-
Viendront
ainsi Amour
et Compagnie pour joyeuse fantaisie, Guétarhippie
pour se mettre en charpie, Monsieur Pompadour qui le
transmue
second à son tour, Les Aventures de Tom Jones qui
le vieillit;
-
Et viendra
aussi l'intrusion
en Ferré, Ferrat, Brel pour larguer le
sucré
sinon le niais, ....
hors plateau
|
avec Bourvil
|
avec Jean Richard
|
en Western
|
Iconoclaste
invétéré...
D.R., X,
et J. Marquis pr Western
|
Mais !
-
Mais
convainc-t-il quand
il chante Avec le temps, La chanson des vieux
amants,
La
Quête ?
Trop de soleil
dans
la voix, trop de santé, trop d'été dans
l'être
!
- Mais
les "fans"
tournent le dos au vieillissant-bedonnant-vitupérant Western que
la critique pourtant glorifie.
-
Mais
quelle relance
de l'élégance quand la personnalité comique d'un Bourvil
(La Route fleurie, Pacifico) puis d'un Jean Richard (La
Polka des Lampions, Monsieur Carnaval, Monsieur
Pompadour)
qui l'écrasent rehaussent son charme naturel !
Et laissant la
si fraîche
comédie musicale Hourra, papa ! dans laquelle
l'avait
entraîné l'Ami-frère, Jo Moutet dont il ne
contribuerait
pas ainsi hélas à faire rayonner le nom, il prendrait la
main que lui tendait Lopez une troisième fois pour le
succès
de quatre opérettes-redites dont il se lasserait enfin -mais que
réclame le public : l'image ne le lâche pas, qu'il
doit concéder d'ailleurs en ouverture de la deuxième
partie
de son Jubilé
Concessions
?
Compromis ?
Fatalité
et
Destinée : Guétary, Guétary hors Worloou, serti en
Worloou ?
Dame! c'est
que le
personnage a de l'allure, de la prestance, une élégance,
un maintien, un port une grâce de naissance. Qui subjugue
et
charme naturellement, a contrario dirait-on de ses origines modestes et
pauvres. Comme touché d'une grâce divine.
|
|
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|
"C'est
mieux qu'un titre de roi !"
(A.
Hornez / J. Strauss, "Le Baron tzigane", 1954 -DR) |
| "Il
a toujours ta matia tis Afroditis" (il a toujours les yeux d'Aphrodite)
dit explicite ce qu'exprime le "Aah reconnaissant montant de la salle
qui
se laisse surprendre par l'apparition -prendre par l'image-, et
reprendre
par la voix qui la fit voir -image-, symbiose de la figure, du visage
et
du ramage de rare alliage -la voix reflet de l'être, reflet de
l'âme.
Plus
qu'image, mieux
qu'image : reconnaissance antérieure :
-
"En
Grèce, quand
la radio apportait sa voix, on ouvrait la fenêtre et le travail
s'arrêtait",
poursuit la compatriote éblouie quarante ans plus tard quand
enfin
elle le voit sur scène et de chair et de près;
-
"Ah! chez
nous cette voix-là
!...", se pâme ce jeune émigré de vingt ans qui,
surpris,
l'entend ici : "Les anciens, jouit-il, mettaient leur tête dans
le
pavillon du gramophone pour l'écouter ! Ah ! on n'en
entend
pas tous les matins, des voix pareilles !", se laisse-t-il sourire et
quérir
vers Samos par la voix de là-bas, voix de choix.
Voix
de couleur,
voix de hauteur, voix de liesse, voix de vigueur, voix de charmeur voix
d'enchanteur, catalyseur d'îles magiques.
|
|
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|
"Lalala,
lalalalalalala, lalalala, lala..."
[Ch.
Chalkitis-H. Banks & S. Vlavianos, "Musique" ("My Reason") DR] |
Le
merle sur la plus haute branche les soirs de printemps ne siffle pas
que
"cui-cui", et dans ses variations s'inscrivent, se sculptent des sons
innombrables
qui nous étonnent et nous enchantent.
Sons qui nous
retournent
et nous appellent et nous élancent comme nous appellent nous
élancent
et nous rappellent ces entrées, codas et inter-chants, cris qui
ne sont pas cris puisque Cri d'harmonie, ciselé qui
séduit,
qui captive.
Or qu'est le
chant
-et qu'est la voix- finalement ?
Plus avant
même
et avant même la faculté de communication ?
Un instrument de
captation.
Capter !
Captiver !
Soit... charmer.
|
...par
grâce
de naissance :
|

D.R.,
Pathé
|

D.R.,ph
illis
|

D.R.,
éd. P.I.
|

D.R.,Piaz
|

D.R.,
F. Darras
|
|
|
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|
"La
vie est un jeu : je joue !"
(J.
Plante & Ch. Aznavour, "Monsieur Carnaval", 1966, DR) |
| Oiseau...
En 1947, il
ramenait
d'Angleterre une chanson qui littéralement captiva par le
sifflement
qui introduisait, relançait, terminait le chant : rappelant
l'écoute
du Georges Guétary typique et fascinant en ses appels et codas
vocaliques
élevés, il emmenait en ailleurs qu'on ignorait,
planté
pourtant en notre mémoire primitive :
le
sifflement
transmué soudain en noblesse retrouvait sa réalité
première
d'expression
sur
le roseau -sur le syrinx- :
le dieu Pan
l'habiterait-il,
ce Guétary dont l'instrument vocal,
corde et bois
mêlés,
tient aussi à la racine du sifflet ?
L'homme de
nulle
part serait donc d'un quelque part bien précis :
de cet Olympe
des
dieux...
Telle est
son essence.
"Chanter, je
ne peux
faire que ça", confie-t-il au micro comme en aparté;
à
quoi doit s'ajouter bondir (au volley) et rire (toute la
journée).
Comme le merle
enivré
les soirs d'été jaillit, bondit, dynamise, il chante et
enchante
naturellement, ranime, ainsi que l'a observé le Professeur
Tomatis
qui nous dit que le chant dynamise l'esprit et l'être et
l'âme.
Image
? Mirage
?
Visage.
|
|
Magie
:
|
"Il
y aura d'autres dimanches,
"d'autres
joies, d'autres chansons d'amour,"
(P.
Sevran & J. Moutet-M. Pruvot, "Je n'vous dis pas au revoir",
D.R.,Disc
Ambiance, 1993) |
De
cet oiseau,
de cet aïdonia
ton Parission ainsi que le baptisèrent ses compatriotes
lors
même que sorti de Grèce depuis deux
générations,
de cet
être
de l'air (Verseau) et de la terre (Georges),
il
tient
le dynamisme primesautier
que traduit
mobilise
et régénère
sa voix qui
rit,
chante et enchante,
son corps qui
bondit
et danse,
son
être
qui vibre et s'élance,
son âme
qui
rit du bonheur d'enfance enjouée.
Voix
d'élan,
voix d'allant,
personnage de
vigueur,
enchanteur,
est-il
de nulle part,
ou de cet
ailleurs
où peu savent aller,
là en
ce
"Pays où l'on n'arrive jamais",
à
moins
que l'on soit dieu...
dieu ou
enfant
n'est-ce tout comme ?
Jadis
surgi de nulle
part vagabond bon larron,
il a
gardé
toute sa vie la faculté fondamentale et essentielle de Joie;
mais
métamorphosé
aujourd'hui en vagabond marchand de bonheur,
il a
transmué
son plaisir égoïste en joie partagée,
coda infinie
de
son Jubilé :
|
"Je
n'vous dis
pas au revoir,
"Mais
à bientôt,
mais à bientôt.
"Si nous
nous quittons
ce soir,
"Un peu
trop tôt,
un peu trop tôt,
"Il y aura
d'autres
musiques,
"D'autres
bals, d'autres
soirs de galas,
"On verra
des nuits
magiques,
"Des
bonjours et des
bonsoirs.
"(...)
"au revoir
et à
bientôt !"
|
|
Photos, ©,
Laurence Francis,D.R.,
Louis Pieters.
|